Questionnement sur le code déontologique des journalistes membres de la FPJQ

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Dans le code de déontologie des journalistes membres de la FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes du Québec) on peut lire :

2. Valeurs fondamentales du journalisme
Les journalistes basent leur travail sur des valeurs fondamentales telles que l’esprit critique qui leur impose de douter méthodiquement de tout, l’impartialité qui leur fait rechercher et exposer les divers aspects d’une situation, l’équité qui les amène à considérer tous les citoyens comme égaux devant la presse comme ils le sont devant la loi, l’indépendance qui les maintient à distance des pouvoirs et des groupes de pression, le respect du public et la compassion qui leur font observer des normes de sobriété, l’honnêteté qui leur impose de respecter scrupuleusement les faits, et l’ouverture d’esprit qui suppose chez eux la capacité d’être réceptifs aux réalités qui leur sont étrangères et d’en rendre compte sans préjugés.

Mais que ce sont de beaux principes! Ce sont des valeurs que je partage aussi. Bon, peut-être que je manque de compassion parfois, mais je ne suis pas parfaite et moi je ne prétends pas l’être.

c) Les titres et présentations des articles et reportages ne doivent pas exagérer ni induire en erreur.

Bon j’aime bien faire des titres « punch » comme on dit. Mais la presse écrite, et les infos télévisées? Non, eux comme ce sont des pros de l’info ils sont certainement au-dessus de ça. (humm)

3 e) Une rumeur ne peut être publiée sauf si elle émane d’une source crédible, et si elle est significative et utile pour comprendre un événement. Elle doit toujours être identifiée comme une rumeur. Dans le domaine judiciaire, la publication de rumeurs est à proscrire.

Si je comprends bien ce point, une rumeur qui vient de quelqu’un de confiance, c’est OK mais il faut dire que c’est une rumeur. On continue :

3 h) Les journalistes ne doivent pas se livrer au plagiat. S’ils reprennent une nouvelle exclusive qui vient d’être publiée ou diffusée par un autre média, ils doivent en identifier la source.

Ça, c’est carrément ce que fait tout blogueur qui se respecte. Mais c’est drôle, j’ai comme l’impression que ce ne sont que les blogueurs qui citent les sources médiatiques de ce dont ils parlent? De mémoire, je vois rarement un journaliste qui parle de Google, par exemple, citer que ça vient de ZDnet, de Techcrunh ou d’ailleurs. C’est comme s’ils avaient rêvé çà durant la nuit et qu’au matin, ils savaient ce qu’avait dit Eric Schmidt le matin même en Californie, à partir de Montréal. Mais bon, ils ont sans doute des sources très bien informées qu’ils ne nomment tout simplement pas. On ne va pas couper les cheveux en quatre pour ça…

9. Conflits d’intérêts
Les journalistes doivent éviter les situations de conflits d’intérêts et d’apparence de conflits d’intérêts, que ceux-ci soient de type monétaire ou non. Ils doivent éviter tout comportement, engagement ou fonction qui pourraient les détourner de leur devoir d’indépendance, ou semer le doute dans le public.

Il y a conflit d’intérêts lorsque les journalistes, par divers contrats, faveurs et engagements personnels, servent ou peuvent sembler servir des intérêts particuliers, les leurs ou ceux d’autres individus, groupes, syndicats, entreprises, partis politiques, etc. plutôt que ceux de leur public. Le choix des informations rendues publiques par les journalistes doit être guidé par le seul principe de l’intérêt public. Ils ne doivent pas taire une partie de la réalité aux seules fins de préserver ou de rehausser l’image de tel individu ou de tel groupe. Les conflits d’intérêts faussent ou semblent fausser ce choix en venant briser l’indispensable lien de confiance entre les journalistes et leur public.

Les conflits d’intérêts ne deviennent pas acceptables parce que les journalistes sont convaincus, au fond d’eux-mêmes, d’être honnêtes et impartiaux. L’apparence de conflit d’intérêts est aussi dommageable que le conflit réel.

Sur ce point, « Il y a conflit d’intérêts lorsque les journalistes, par divers contrats, faveurs et engagements personnels, servent ou peuvent sembler servir des intérêts particuliers, les leurs ou ceux d’autres individus, groupes, syndicats, entreprises, partis politiques » je me demande si de faire partie de la FPJQ constitue un conflit d’intérêts? Si les journalistes en lock-out au Journal de Montréal et qui montent Rue Frontenac sont aussi en conflit d’intérêts? Si les journalistes fédéralistes qui écrivent pour un journal fédéraliste sont en conflit d’intérêts? Si les journalistes qui sont « embedé » avec l’armée en Irak et en Afghanistan sont en conflit d’intérêts? Si les journalistes qui deviennent politiciens ou les politiciens qui deviennent journalistes sont en conflit d’intérêts? Bref, il me semble que je vois pleuvoir des conflits d’intérêts? Mais c’est sans doute juste moi et mon esprit tordu? Quoi qu’il en soit, un blogueur qui se respecte déclare toujours en ouverture de billet ses conflits d’intérêts. Je le fais systématiquement et je suis consciente qu’il y en a souvent. Je ne me souviens cependant pas d’avoir lu ou entendu un journaliste déclarer les siens. Mais encore là, ce n’est probablement que juste moi. Ha oui, comme le dit la FPJQ:


Le respect des règles de déontologie journalistiques est la seule chose qui distingue les journalistes professionnels des autres communicateurs publics, entreprises ou journalistes citoyens.

Pour votre info, cette citation est commanditée sur le site de la FPJQ par Radio-Canada, Gesca, Astral Media, Séletion du Reader’s Digest et Rogers…

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Commentaires

  1. Francine Boisvert

    Hé bien Michelle, ça prend des femmes comme toi curieuses et intellectuellement aiguisées pour nous faire connaître les paradoxes de la fédération. Comme quoi paradoxe un jour paradoxe toujours!!

  2. Etienne Denis

    Michelle,

    Tu dis « un blogueur qui se respecte déclare toujours en ouverture de billet ses conflits d’intérêts ». Oui bien sûr.

    Mais tu soulignes toi-même une différence fondamentale entre les journalistes et les autres.

    Le journaliste (blogueur ou non) doit éviter les conflits d’intérêt réels ou apparents.

    Le non journaliste (blogueur, chroniqueur, etc.) doit les déclarer.

    Mais c’est quoi un conflit d’intérêt? Ou pour poser la question comme tu le fais: est-ce qu’il y a des conflits d’intérêt partout?

    C’est une question de jugement. On ne peut pas empêcher un journaliste d’être un citoyen. En simplifiant un peu, les journalistes québécois sont soit souvrainistes, soit fédéralistes, soit neutres. Tous ont un point de vue, et si on considère qu’avoir un point de vue personnel est un conflit d’intérêt, aucun journaliste ne pourrait écrire sur la politique Québec-Canada. Ni sur plusieurs autres sujets.

    Si tout est un conflit d’intérêt, rien n’est plus un conflit d’intérêt!

    C’est une question de jugement. Un journaliste ne peut pas militer pour ou contre une cause donnée et faire du reportage sur cette cause.

    Donc en réponse à tes questions, selon moi (i.e. mon opinion personnelle) tous les exemples que tu donnes ne sont pas des conflits d’intérêt, sauf le dernier: un ex-politicien est quelqu’un qui a été très engagé pour une cause, et ne peut donc pas prétendre couvrir impartialement ce sujet comme journaliste.

    (Cela dit, tu pourras me répliquer que mon point de vue est biaisé par des années de journalisme. J’ai même milité très activement dans l’Association des journalistes indépendants du Québec!)

  3. jfp

    2 commentaires en 4 jours de publications ce n’est effectivement pas normal pour toi. Ça doit être le beau temps.

  4. Olivier

    Ce serait peut-être pas mal d’avoir un code de déontologie auquel n’importe qui publiant sur le web pourrait souscrire, pas juste les journalistes (et hop, un nouveau badge sur les sites).

  5. Christian

    Je ne sais si j’ai bien compris les conflits d’intérêts. Mais une chose est certaine…
    Dans le conflit du JdeM contre le STIJM financé par la multimillionnaire CSN, la FPJQ s’est transformé en syndicat banal.
    Elle a accusé la direction du JdeM d’enfreindre les lois qui donnent avantage au syndicat.
    C’est-à-dire en utilisant des travailleurs et journalistes autonomes.
    Ce n’est plus une fédération professionnelle.
    ch

  6. Youssef Shoufan

    p.s. @ Etienne Denis

    quelle est la différence entre l’ex membre d’un parti et un citoyen qui a de fortes convictions politiques ?

    pour moi c’est différent sur la forme et non le fond. donc pour moi, les deux s’équivalent si on n’est pas hypcrite…

  7. Code de deontologie journalistique Michelle Blanc et la federation des journalistes « Raymond Viger, rédacteur en chef de Reflet de Société

    […] si j’ai beaucoup de respect pour Michelle Blanc et pour son travail, je me donne le droit de critiquer ce billet. Je ne critique pas l’ensemble […]

  8. Etienne Denis

    @ Youssef Shoufan

    Je ne parlais pas de mon opinion personnelle, mais plutôt comment ça marche dans la vraie vie, i.e. ce qui est généralement considéré comme un conflit d’intérêt et ce qui ne l’est pas.

    Est-ce hypocrite? Peut-être. Peut-être pas.

    Est-ce que quelqu’un a quelque chose de mieux à proposer? Est-ce que les journalistes devraient abolir leur propre code de déontologie? Il me semble que cette question là leur appartient…

  9. Serge

    À propos de déontologie et blogue…

    Il faudrait effectuer une mise à jour de vos pratiques et logiciel blogue.

    Vous ne respectez pas l’éthique généralement reconnue, acceptée et appliquée, à la section des commentaires.

    Elle consiste à afficher un avis clair et visible, quand le blogue est en mode modération avant que le lecteur ne tape son commentaire. Un avis à priori pour dire à tous les lecteurs que les commentaires seront affichés si approuvés ou censurés et effacés.

    Un avis de modération après que le commentaire a été expédié, n’est pas acceptable. Parce qu’il constitue un arnaque pour tous les lecteurs qui préfèrent ne pas commenter, lorsqu’il y a risque d’être censuré et sans explication.

    Dans cet aspect de la conception d’un blogue, la plateforme Blogger est supérieure à la Motpresse. Au Blogger il est impossible de piéger les lecteurs, un avis à priori s’affiche automatiquement lorsque l’auteur choisit la modération des commentaires.

    sp

  10. Gab Goldenberg

    ’C’est comme s’ils avaient rêvé çà durant la nuit et qu’au matin, ils savaient ce qu’avait dit Eric Schmidt le matin même en Californie, à partir de Montréal. Mais bon, ils ont sans doute des sources très bien informées qu’ils ne nomment tout simplement pas. On ne va pas couper les cheveux en quatre pour ça…’

    Marrant :D!

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