Gourou, vaginite et sphère publique/privée

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Dans mon dernier billet Gourou, papesse ou reine des médias sociaux, inaccessibilité et narcissisme, je croyais naïvement avoir cloué au pilori la vision que mon blogue et Les médias sociaux 101, soient vus comme une expression narcissique. C’était sans compter sur le « fair-play » de certains journalistes, qui ont du plaisir à alimenter la guéguerre journaliste/blogueurs –twittereurs dont je suis sans doute la Jeanne d’Arc. Toujours est-il que Stéphane Baillargeon dans l’article Médias – Twitter ou ne pas twitter? de le Devoir, en rajoute une couche ce matin.

Ce qui ne règle pas le problème des comptes personnels, enfin de ceux liés à des journalistes et des patrons de presse. Devraient-ils pouvoir gazouiller sur leur média, voire comme bon leur semble et sur tous les sujets? En fait, à l’oeil, la plupart se soumettent à des règles informelles en ne publiant pas n’importe quoi. On croise bien de petites dérives ou des insignifiances ici et là, mais, franchement, il s’en trouve beaucoup moins que sur certains sites des pros des nouveaux médias.

Celui de Michelle Blanc (qui vient de publier le guide Médias sociaux 101 sur du bon vieux papier) concentre l’autopromotion et le nombrilisme au pur jus. La semaine dernière, entre quelques liens de pro, madame causait vaginite. Du très profond ego inc.

«Plutôt que d’inventer des cas d’espèce fictifs comme certains autres auteurs qui ont écrit sur le sujet l’ont fait, j’utilise un cas qui est notoirement publicisé, pour faire diverses démonstrations de l’utilité des médias sociaux et il s’avère que ce cas est moi-même», a candidement expliqué Mme Blanc sur son blogue.

Fixer une limite plus claire

Franchement, qui se plaindrait si les journalistes fixaient une limite plus claire entre le privé et le public? Quoique, justement, le chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé a twitté cette semaine qu’il n’avait pas et n’avait jamais eu de vaginite…

Faut-il donc distinguer les gazouillis des préposés à l’opinion et ceux des préposés aux faits? Ou bien l’un devient l’autre, et tout se mélange en 140 caractères, de tous les côtés, y compris le public et les marketologues?

Stéphane Baillargeon, Stéphane Baillargeon, Stéphane Baillargeon!


Comme je suis une marketologue, parlons donc des journaleux. Vous savez ceux qui s’amusent à faire une démonstration en utilisant des exemples capilotractés (tiré par les cheveux) en faisant l’apologie du pour versus du contre. C’est bien la dialectique d’opposition et de démonisation. Ça a l’avantage de ne pas réellement pousser la réflexion (ho est-ce une autre manipulation egotistique que de mettre le mot réflexion ici?) et de chier un texte subito presto pour respecter l’heure de tomber. Donc la substance de l’article (si substance il y a) est de se demander si les twitts présence Facebook et autres médias sociaux des journalistes, doit se faire sur le plan strictement professionnel ou doit-elle aussi inclure des éléments personnels? C’est une très bonne question pour laquelle habituellement on me mandate. Ma réponse est toute simple et elle a été largement documenté ici, dont par vous-même dans votre ancien article ego inc., qui a eu l’avantage de m’envoyer nombre de journalistes comme clients (je vous en remercie). Je dirais qu’idéalement, vous faites un savant mélange des deux. Le journaliste est avant tout un salarié dont le contrat n’est peut-être pas éternel avec son média et s’il perdait son emploi, son brand serait sans doute le meilleur véhicule pour en trouver un autre. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé par exemple à monsieur Franco Nuovo qui malgré le lock-out du Journal de Montréal, anime maintenant une émission à Radio-Canada, sans doute à cause de la force de son brand. Par contre, du côté de l’employeur, il semble évident que le média a avantage à restreindre le côté « personnel » de l’employé journaliste afin que celui-ci se concentre sur « la commercialisation » du média de l’employeur. Cependant, à long terme, ce genre de stratégie a le désavantage de faire perdre l’individualité (que nous pourrions aussi appeler narcissisme) du journaliste, ce qui le rend très souvent plus sympathique et humain pour les lecteurs. Dans la dialectique médias sociaux, la frontière privée/publique change grandement. Les vieux (et les patrons et élites qui sont généralement vieux) ont de la difficulté avec ça. Dans les médias sociaux on se dévoile plus. On ne dit pas tout, mais on se dévoile plus quand même. Qu’un million de personnes sachent que j’ai eu une vaginite, je crois que c’est un « statement politique » et une œuvre de vulgarisation populaire (oui une nouvelle femme a un vagin, il est fonctionnel et peut même avoir une vaginite ). Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire mon billet du blogue Femme 2.0, Vaginite 2.0 (classé l’un des 11 meilleurs blogue de langue française par la radio-télévision Allemande (re-plogue narcissique qui prouve que souvent faut être reconnue à l’extérieur du Québec avant que nos élites locales reconnaissent qu’on a peut-être déjà fait quelque chose)). Je vous signale en terminant que vous n’avez pas encore vu de photos de mon vagin ou de cette infection vaginale. Je me garde une petite gêne tout de même et cette frontière gênante est sans contredit très différente dans ma conception, que dans la vôtre. En conclusion, je vais vous citer de l’article Éloge de l’engagement, mais contrairement à vous, je vous ferai la délicatesse d’un contexte et d’hyperliens. Vous écriviez cet article en guise d’analyse d’un débat entre Joseph Facal et Jean-François Lisée par tribunes interposées et visant à déterminer la suite de l’évolution et des stratégies indépendantistes au Québec. Vous disiez :

(…) Savant, militant et bête à média, c’est donc possible ? Max Weber pensait pouvoir trancher au rasoir entre la description objective de la réalité sociale et les jugements de valeur liés à l’intervention sociopolitique. D’autres, comme Pierre Bourdieu ou Guy Rocher, ne veulent pas séparer la compétence académique et l’engagement. Pour eux, la connaissance critique peut guider l’action. Mieux, la résistance analytique doit s’affirmer contre les vulgarités béotiennes souvent charriées par les médias.
Au fond, c’est l’idée que le savant ou l’artiste ou l’écrivain demeurent des citoyens et qu’à ce noble titre partagé, ils ont parfaitement le droit et peut-être le devoir strict de participer au débat public.
(…)Ces engagements politico-médiatiques ont aussi le mérite de rappeler le retrait de l’espace public des autres intellos. Leur désaffiliation du social va souvent de pair avec l’hyperspécialisation stérile des sciences sociales. Les « fonctionnaires de l’humanité » (Bourdieu, encore), pour ne pas dire les corporatistes du particulier, s’esquivent et retraitent confortablement.
Les pros du commentaire viennent combler ce vide. Ce qui pousse à se demander quelle est la différence entre le savant-militant-commentateur (minoritaire) et le chroniqueur-journaliste (en surnombre) ?
(…)La chicane fait aussi se poser des questions sur le positionnement (ou l’engagement) des médias à l’ère de l’hypermédiatique. Quand tout le monde dit la même chose, ou presque, c’est bien de trouver et de garder sa voix distincte.

MAJ

Tiré du blogue Butterflyhunt, le billet : Oh Déjà Vu: On Social Media and Narcissism [Redux]

Much of what is being said about “social media” was said about blogging before, as it was said of “traditional” literature and art before that. It is ironic that in a culture that embraces, encourages and demands self-sufficiency and autonomy recent representational methods (such as social media) are being accused of propagating “the narcissism epidemic”. (Susan Sontag would have had a lot to say about the pejorative medical metaphor). As Piombino brilliantly explained,

At this moment in time, blogging, as a writing movement, is blessed with an opportunity to evolve a writing tendency that can combine self-sufficiency with empathy in a way that can be advantageous to the individual writer, and at the same time to the writing community, the local community, the nation, and the world. Blogging is quite capable of allowing individual writers quite a lot of space to take a place on the continuum of community involvement and sustain quite a lot of automonomy. This is largely because of the technological advances inherent in html linking, and the fact that, at the moment, it is being made available free of charge.

We can easily substitute “blogging” in Piombino’s writing for “social media” without betraying its message. Blogging and social media are representational methods which allow the design of “profiles” which are an online extension of ourselves. Social media and blogging do not have to be more “narcissistic” than a good resume or CV. The average professional job advert seeks extraordinary qualities that strictly speaking only pathologically narcissistic individuals would truly believe they honestly possess.

et j’ajouterai, du collègue de monsieur Baillargeon, Jean Dion, dans son article La bataille des Plaines annulée pour raisons de sécurité, Le Devoir

.

Les médias n’aiment rien de mieux que de faire étalage de la « subversion » pour faire oublier qu’ils la récupèrent.

Ma conclusion :

J’admets volontiers être subversive… :-)

MAJ2

Je réalise aussi que la condescendance d’une certaine classe journalistique, est sans doute la forme la plus dégueulasse de narcissisme…

MAJ3

Un autre point de vue sur la question, que j’aime beaucoup (oui je suis biaisée) chez Facteur Pub, Les bornés :

(…) On se confine plutôt à des analyses de surface, à des jugements de valeurs, de Nathalie Petrowski à Stéphane Baillargeon hier dans Le Devoir (quelle sale petite attitude), on sent que Twitter agace, irrite.

et comme je suis aussi capable d’autodérision, une caricature amusante de toute l’affaire chez Zema-inc, Pour la vaginite la plus répandue sur les internets

Caricature de Zema-Ink.com

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Commentaires

  1. Tweets that mention Gourou, vaginite et sphère publique/privée • Michelle Blanc, M.Sc. commerce électronique. Marketing Internet, consultante, conférencière et auteure -- Topsy.com

    [...] This post was mentioned on Twitter by Michelle Blanc, Kleiber nicolas, Fabienne Malenfant, Anne Gagné, Frédéric Therrien and others. Frédéric Therrien said: RT @michelleblanc Gourou, vaginite et sphère publique/privée: Dans mon dernier billet Gourou, papesse ou reine des… http://bit.ly/9DZKqf [...]

  2. Sophia Cassivi

    Je suis en train de ma positionner face à cette nouvelle façon de dire et faire les choses sur le web. Le média social est quelques chose de nouveau pour moi et je suis contente d’avoir prit 7 mois de ma vie  »il y a quelques années » à faire du Anger Management avant de me lancer sur Facebook. Twitter, LinkedIn et cie.. J’étais du genre qui n’avait aucun filtre dans une réunion, échanges de courriels, au téléphone ou dans un bar devant un drink. Chose qui pouvait souvent créer des chicanes, confrontations et même plus. J’ai décidé de tenter toujours trouver du positif dans tout et je dois avouer que la nouvelle façon de faire du web me place souvent à l’épreuve. J’aimais à l’époque choisir les mots ou sujets rock’n'roll pour provoquer et faire avancer les choses, maintenant je tente toujours rester cool, relaxe et respectueuse de mon environnement.
    La plus belle chose avec tout cela, nous avons toujours le droit de ne pas regarder, pas lire et de ne pas écouter ce dont nous n’avons pas le goût. Donc il n’y a peut-être moins de filtres de sorties mais les filtres d’entrée existent toujours.

    Sophia Cassivi

  3. A. Mondoux

    Je vous invite à revoir (ou me consulter) votre définition/emploi du terme «dialectique», il n’est pas juste. Quand au caractère «politique» de votre déclaration sur la vaginite, je crois que cette démarche a été largement entamée par la révolution féministe, bien que beaucoup reste encore à faire (qu’on soit encore à lutter pour implanter l’équité salariale est une honte).

    Tout le problème,justement, consiste à définir le politique à l’heure de l’hyperindividualisme qui, je le répète, N’EST PAS du narcissisme (penser ainsi est une simplification réductrice). Néanmoins : quand l’auto-expression débouche-t-elle sur le politique ? Quand les moyens deviennent la fin (l’instrumentalisation portée par les médias dits sociaux), dans quels genres de rapports politiques sommes-nous ? Il faut effectivement repenser la dichotomie (et non pas dialectique) traditionnelle entre vie privée et espace public. Du même souffle, il faut également interroger ce débat au-delà de sa surface et aborder les questions sous-jacentes dont la banalisation de la surveillance (un sujet dont l’émancipation repose sur une dynamique du «se dire» est aussi un sujet qui se laisse surveiller),notamment par l’infiltration d’une logique marchande au sein même des rapports d’intersubjectivité.

    À bien y penser, j’en ferai le thème de mon intervention au prochain Webcomm.

  4. Christian Aubry

    Je suis vraiment éberlué (et ravi) de te voir entrer dans cette conversation, Gourou Mondoux. En tant que Dalaï-Lamothe et troll originel de Michelle, je t’y souhaite la bienvenue par cette petite plogue HTML vers le résumé de ta conférence: http://bit.ly/AMondouxMT

    Incidemment, je serais très honoré de te recevoir au webcom live, le talk show 2.0 que je vais co-animer avec Sandrine Prom Tep et Philippe Martin, afin que tu m’expliques depuis quand le présumé Web 2.0 prônerait « une société « libérée » de tout rapport idéologique et politique ». J’y vois au contraire une société où la politique serait certes moins hiérarchique, mais nettement plus présente. Beau débat en perspective.

    PS: Merci de m’avoir troublé au point que je recherche (et trouve!) la différence profonde entre la et le politique ;)

  5. Danielle Desjardins

    Depuis deux jours je cherche le commentaire futé qui répondrait à A.Mondoux…

    Ne maîtrisant pas aussi bien que lui les mots savants et les formules intellectuelles, j’ai plutôt choisi d’offrir à Michelle Blanc, en ma qualité de femme pas embarrassée de se réclamer féministe, la permission de politiser sa vaginite. Les activés publiques de Michelle, tant ses tweets portant sur sa condition de nouvelle femme, que ses billets nous faisant profiter de son expertise, s’adressent à sa « communauté » et sont autant de façons de s’inscrire dans cette communauté – en sa qualité de papesse, si vous voulez. Dans notre monde interconnecté, c’est un acte politique. C’est une nouvelle façon de communiquer et le message est vraiment dans cette nouvelle façon.

    Danielle Desjardins

  6. A. Mondoux

    Bonjour Madame Desjardins.

    Je suis désolé que mes propos vous aient inspiré, du moins me semble-t-il, un sentiment de réplique; loin de moi l’idée de renier la politisation du corps féminin (ou le droit d’être ou non féministe), puisque je ne faisais que souligner que c’était là un combat qui dure depuis longtemps. Ceci dit, votre intervention soulève d’intéressantes questions. En effet, quelles sont, sur le plan politique, les différences entre une communauté et une polis (cité/société – d’où dérive le terme «politique«)? De quelle nature sont les rapports politiques entre une «papesse» et «sa» communauté ? Enfin, lorsque vous avancez que «c’est une nouvelle façon de communiquer et le message est vraiment dans cette nouvelle façon», devons-nous comprendre, comme McLuhan, que le médium (le média/l’outil) est le message ?Si oui, alors quels sont les rapports politiques inhérents à cet outil et comment lui sont-ils conférés ? Je ne prétends nullement détenir les réponses, je trouve seulement que se sont des questions intéressantes. Sur ce, Madame, bonne journée à vous.

    Au plaisir,

    AM

  7. Christian Aubry

    Pourquoi, André, es-tu désolé d’inspirer une réplique? N’est-ce pas l’essence même des blogues que de donner lieu à des conversations, tout comme le Web favorise l’approfondissement par l’hypertexte? Je trouve « intéressant » que cela t’inspire une émotion négative et je me demande si celle-ci n’est pas liée à ta longue carrière de journaliste habitué au silence de 99,9% de ses « lecteurs » ;)

    La différence entre la polis et la communauté réside, à mon sens, dans la mondialisation et dans la fragmentation des audiences ayant cours dans les nouveaux médias. En d’autres termes, la communauté de Michelle est un sous-ensemble d’une polis francophone mondiale encore balbutiante, incluant un sous-ensemble de la polis québécoise qui est évidemment sur-représentée dans l’ensemble. Est-ce là une réponse claire et utile? :)

    De quelle nature sont les rapports politiques entre Michelle et «sa» communauté? Je me hasarderais à dire qu’elle instruit et divertit sa communauté (elle est donc, en ce sens, un média) et qu’en retour, celle-ci l’inspire et la gratifie d’une promotion gratuite, de bouche à oreille et de clavier à écran, de grande valeur. Ni Michelle ni la communauté n’exerce de véritable « pouvoir » dans ce rapport d’échange, mais tout le monde y trouve son compte et s’en nourrit. Il s’agit donc d’une « symbiose néo-médiatique ».

    Wow! J’me peux p’us! ;)

    Enfin, il est évident que, oui, « le médium est le message ». McLuhan nous l’a appris et l’évolution d’Internet n’a fait que confirmer cet axiome de façon magistrale. C’est d’autant plus vrai dans le cas de Michelle qu’il s’agit du sujet central de son blogue. Le médium Internet, par essence, est interactif, bidirectionnel et décentralisé. La maîtrise de ces concepts est essentielle si l’on veut en tirer quelque pouvoir politique. C’est pourquoi les systèmes de pouvoir massifs et centralisés s’y cassent assez souvent les dents.

    La question du « rapport politique » au médium m’échappe un peu, je l’avoue, me ce qui me semble évident c’est que ce dernier bénéficie actuellement de l’attention de tous les pouvoirs : politiques, entreprises, commerçants, religieux, ONG, médias, citoyens, terroristes, etc., tout le monde veut se l’approprier afin d’en tirer du pouvoir. Ce faisant, ils découvrent les bénéfices — et les exigences! — de l’interactivité, de l’échange bi-directionnel et de la décentralisation du message — en un mot, de la collaboration organique.

    Je ne veux pas présumer du résultat à long terme de cette démarche, mais il me plait de croire qu’Internet, ce médium de communication, de stockage et de transport de biens immatériels révolutionnaire — tout comme le cheval, la roue/charrette, la quille/Caravelle, l’imprimerie, la machine à vapeur, l’avion ou la télévision — nous invite à changer le monde une fois de plus.

    Les médias sociaux ne sont, dans ce contexte, qu’une étape passionnante vers un futur appartenant à ceux qui savent le déchiffrer. Merci de ton aide — pas trop « tour d’ivoire », j’espère ;)

  8. A. Mondoux

    Salut Christian.

    Il ne s’agissait pas d’une émotion négative de ma part. C’est que dans la dynamique d’une communauté (nous y reviendrons), le rapport au politique est masqué par l’appartenance (tous sont « naturellement » d’accord sur le même « intérêt ») : la divergence potentielle face au fondement du groupe (le politique) ne joue pas ou peu. Voilà qui explique en partie pourquoi, si souvent (et je n’assume pas que c’est nécessairement le cas de Madame Desjardins), la réaction des « Web 2.0 « (désolé pour cette grossière généralisation, mais je fais au plus court) face à toute forme de critique/ non-adhésion est virulente, car elle met en jeu les valeurs d’appartenance et d’identification (le droit d’être moi, mon droit inaliénable de choisir) versus un véritable rapport politique (la rencontre des différentes façons d’être moi, soit le « nous »). En d’autres termes, et j’en ai fait souvent l’expérience à mes dépens, tout questionnement de la communauté est souvent assimilé à une critique qui déclenche des sentiments de « réplique », soit de marquer l’opposition entre ceux qui font partie de la communauté (l’exclusion sur la base de la non appartenance).

    Une perception populaire en ce moment (issue de l’idéologie cybernétique) est que la communauté soit un microcosme parfait du social; que le second est une simple extension de la première. Bref, le social ne porterait plus en lui de déterminations, il n’est, pour reprendre ta conception, que configuration de sous-ensembles de communautés. Si effectivement, selon le vieil adage systémique, 1+1 = 3, il ne faut pas oublier que 3-1 = 1. Autrement dit, que le social soit déterminé, évidemment, mais que l’individu ne soit pas affecté par les déterminations du social est une incongruité. Entre le communautaire et le social, le passage est essentiellement qualitatif : il introduit le symbolique avec son arbitraire, soit le politique. La fascination actuelle pour le communautaire (versus le mouvement communautaire des années 70) est induite par la représentation de la technique selon la cybernétique : c’est bien à l’échelle communautaire que prend mieux l’illusion de pouvoir sortir des rapports idéologiques/politiques qui empêchent la machine sociale de fonctionner harmonieusement (en quoi l’outil est toujours socialement déterminé, ici la notion de production maximale si chère au capitalisme). Ainsi, cette citation de Gilbert Simondon : « Une communauté pure se conduirait comme un automate; elle élabore un code de valeurs destinées à empêcher les changements de structure, et à éviter la position des problèmes. Les sociétés au contraire, qui sont des groupements synergiques d’individus, ont pour sens de chercher à résoudre des problèmes. Elles mettent en question leur propre existence, tandis que les communautés cherchent à se persévérer dans leur être. Norbert Wiener a analysé la manière dont les pouvoirs de rigidité d’une communauté assurent son homéostasie. La communauté tend à automatiser les individus qui la composent, en leur donnant une signification fonctionnelle pure. » (Simondon, L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, p. 519.) Heureusement, nous ne sommes jamais dans des communautés pures : chassez le naturel politique du décor et celui-ci reviendra toujours au galop; que ce soit formellement ou informellement. Autre sujet intéressant : les rapports de pouvoir au sein des communautés décentralisées (Web 2.0 ?) ont tendance non pas à disparaître, mais à devenir informels, plus flous, plus vulnérables, ce qui, couplé avec le laisser-faire néolibéral, favorise les rapports de pouvoir économiques établis : «it seems obvious that there has been a substantial shift away from hierarchical governance. But the shift seems to favour market, rather than network, governance». (Richard Collins, «Hierarchy to homeostasis? Hierarchy, markets and networks in UK media and communications governance», Media, Culture & Society, 2008 ; 30. http://mcs.sagepub.com).

    De l’opposition, légitime, aux structures traditionnelles (centralisées, non-branchées, etc.), il faut prendre garde à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain et, comme le font plusieurs ténors du Web 2.0 (Tapscott et all.), de rejeter carrément toute forme de structures sociales structurantes de par l’agir même des individus en invoquant des métaphores animalières (ruche, fourmilière) qui somme toute ne font que reconduire le vieux thème naturaliste des philosophies du XVIe siècle, mais cette fois-ci avec une fragrance néolibérale (la marché comme pure autorégulation d’où la «nécessaire» politique socioéconomique du laisser-faire). L’auto-régulation du marché est une voie politique qui passe pour a-politique (la régulation «naturelle») ; des milliards engloutis par Wall Street aux catastrophes environnementales, elle a malheureusement fait ses preuves… Il est par ailleurs étonnant qu’au moment même de notre pleine émancipation individuelle, nous serions en retour livrés pieds et mains liés à une dynamique «naturelle» nous excluant de tout apport de détermination à cet égard.

    «tout comme le cheval, la roue/charrette, la quille/Caravelle, l’imprimerie, la machine à vapeur, l’avion ou la télévision — nous invite à changer le monde une fois de plus.» Oui, dans la mesure où le monde est toujours à changer. Cependant, je ne vais pas jusqu’à être dithyrambique («une étape passionnante vers un futur appartenant à ceux qui savent le déchiffrer»). D’une part, on ne pas établir de véritables rapports humains/politiques sur la base de ceux qui savent/ne savent pas déchiffrer le code. Il y a aussi ceux et celles qui ont/n’ont pas accès au code… D’autre part, souvenons-nous, dans les années fastes de l’automobile (60-70), des voix déjà s’élevaient contre le gaspillage et la conception de ressources naturelles comme étant éternelles; voix à qui notre inaction collective a malheureusement donné raison.
    Voilà pourquoi, entre autres, tout en n’étant pas technophobe (au contraire, tu/on connaît ma carrière en technologie), j’entends pointer ce qui me semble des dangers potentiels et réels (no free lunch – j’ai trop vu de révolutions techniques dans ma vie) : principalement, la substitution du symbolique/politique par la technique (the medium is the message) : on ne dit plus société, mais système; on ne dit plus capitalisme mais économie, et consommation a usurpé la notion de marché. Le danger ici est de perdre la notion même de discours/idéologie afin de discuter avec ce qui seront toujours des propositions symboliques/politiques, mais qui seraient en apparence neutres puisqu’enfouis dans une logique du mode d’emploi de l’outil (qui peut contredire l’emploi ? Comment s’opposer à l’optimisation, à la performance ?). Déjà, par exemple, avec le «système« de la santé : tout le monde veut voir se terminer les chapelets de civières dans les corridors de l’urgence, mais «vous savez, le système est complexe et…etc.». Bref la situation stagne. Mais quand il s’agit du «système» bancaire… Autrement dit, le piège est que les moyens ont tendance à devenir la fin, transformant effectivement le futur de ceux qui veulent en un futur réservé à ceux qui savent (mode d’emploi de l’outil présumé neutre). Le futur doit-il être techno-méritocratique ? Si oui, les chances sont-elles égales pour tous ?

    Enfin, je tiens à te remercier d’avoir entretenu ce débat nourricier ; débat que j’espère tu accepteras de poursuivre cet hiver avec mes étudiants lors d’un de nos séminaires de maîtrise.

    Au plaisir,

    A.

  9. Christian Aubry

    Mon cher André. On ne saurait écarter de la problématique l’impulsion nietzschéenne du rigorisme rationnel, en effet. Mais il ne faut pas oublier pour autant qu’il particularise la relation entre tantrisme et contemporanéité. Le fait qu’il systématise la conception phénoménologique de l’objectivité signifie qu’il en interprète la réalité empirique comme concept génératif de la connaissance.

    Pourtant — et quel que soit le contenu de ta conférence à webcom — il serait inopportun d’ommettre qu’il conteste la démystification circonstancielle de l’objectivité ; l’objectivité ne se borne ainsi pas à être un esthétisme dans sa conceptualisation. Et si on peut, par ce biais, reprocher à Leibniz sa certitude empirique, il conteste cependant la démystification originelle de l’objectivité et il en donne donc une signification selon l’aspect génératif dans sa conceptualisation bien qu’il conteste donc l’origine de l’objectivité. Tu me suis, là ?

    Cela nous permet donc d’envisager avec une certaine sérénité qu’on ne peut contester l’impulsion rousseauiste du comparatisme afin de le resituer dans le contexte intellectuel qui constitue le coeur de la problématique universelle. Pourtant, il est indubitable qu’il conteste la destructuration existentielle de l’objectivité. Notons néansmoins qu’il en spécifie l’analyse universelle dans sa conceptualisation. L’objectivité ne peut cependant être fondée que sur l’idée du monoïdéisme.

    NB: Réveillez-vous, dans le fond, j’en entend un ou deux qui ronflent…

    On ne saurait, par la même, écarter de notre réflexion la critique du monoïdéisme subsémiotique par Montague, et néanmoins, Montague envisage l’analyse primitive de l’objectivité. L’innéisme déductif ou le pointillisme ne suffisent cependant pas à expliquer le pointillisme génératif dans sa conceptualisation.

    Pour le reste, discutons-en devant les internautes endormis, en vidéo et en direct, au #webcomlive de mercredi. Et merci à charabia.net pour la substantifique moëlle ;)

  10. Christian Aubry

    Plus sérieusement, André, je ne conteste pas ta technophilie, mais j’aimerais bien savoir ce que tu proposes concrètement. La critique de la technologie n’est pas mauvaise en soi et la plupart des acteurs du « web social » et des « médias sociaux » veillent au grain, je te l’assure. Ils n’ont pas envie de devenir les dindons de Big Brother.

    Il serait donc intéressant de donner à la plèbe numérique quelques exemples concrets à se mettre sous la dent. Je te fiche mon billet et tous ses commentaires que plusieurs voix 2.0 se sont élevées pour en dénoncer les dangers et/ou la perversité, s’il y a lieu.

    Le fait que la multitude mette quelques décennies à réagir n’est pas une nouveauté et notre époque n’échappe probablement à la règle, en effet. Belle conversation en perspective ! ;)

  11. A. Mondoux

    Cher Christian.

    Tu me vois ravi (Shankar) de ma future présence à ton émission. J’espère que nous y parlerons de tout et surtout de MOI MOI MOI. Au fond, c’est vrai qu’il est chouette ton futur puisque MOI MOI MOI j’y serai. ET puisque nous tous serons des MOI MOI MOI, fini le chiant NOUS NOUS NOUS, on en fera une abstraction,un dinosaure de ce qui a malheureusement été, et ainsi nous pourrons tous être MOI MOI MOI. C’est que j’ai hâte MOI MOI MOI.

    André

  12. A. Mondoux

    Plus sérieusement, Christian,je conteste ta vision de la multitude, de la plèbe numérique ; cette vision où elle se représenterait «toute seule» organiquement (seule façon de préserve le moi du social). Ce discours là, il est connu depuis des lustres : c’est la bonne vieille philosophie néolibérale du laisser-faire où la main invisible, est désormais autorégulation; laissons les choses faire et nous aurons une société plus juste. Fini les idéologies, concentrons-nous sur les «vraies choses» concrètes. Étonnant comment les vraies choses ne cessent d’être de l’ordre de la logique marchande. Je me méfie de ces discours qui prétendent parler au nom de la multitude, que ce soit sous forme de «l’émancipation naturelle», du retrait de l’État (Viva el Harper)ou de l’auto-réglementation des marchés qui, en passant, nous ont notamment donné ces beaux legs que sont la crise des produits dérivés de Wall Street et, pour se mettre à la table du capitalisme, une belle nappe de pétrole dans le Golfe du Mexique. À mon tour donc, cher Christian, de te demande qu’est-ce que proposons-nous de concret sur le plan socio-politique ? Quels sont les vraies choses qui nous ferons sortir de la logique marchande et de ses 101 trucs pour entreprises. Le discours social est par essence symbolique, et en ce sens tout aussi «concret» que le reste; lui opposer la concrétude du marché (tous ces discours «publicistes» animant une certaine vision du Web 2.0) n’est pas une option valable et encore moins viable (vu l’état de la planète…).

    À+

    André

    André

  13. Christian Aubry

    @André Nul ne peut être contre la vertu et tes propos n’en sont pas exempts, loin de là. Ceci dit, il me semble que ton discours (qui répond à ma question par une autre question plutôt que par une réponse) critique essentiellement la tentative de récupération des concepts 2.0 par le système marchand/néo-libéral qui est inévitable et à laquelle nous assistons depuis quelques temps plutôt que cette logique elle-même.

    En ce qui concerne le phénomène communautaire, je te renvoie par exemple à cet excellent billet de Bertrand Duperrin qui, ce matin, dénonce les marchands de chimères 2.0 et rétablit les communautés dans un contexte intelligible. En fait, les adopteurs précoces du Web 2.0 (pas ceux qui, comme toi, l’ont découvert de l’extérieur depuis très récemment, mais ceux qui l’explorent activement depuis 3 ans ou plus) sont également très vigilants quant à l’arrivée des « marchands du temple » dans l’arène de la « conversation » — transformée un peu trop vite en impératif de conversion.

    Car c’est d’INTELLIGENCE dont nous avons besoin, André, pas de chimères. INTELLIGENCE => INTELLIGIBLE => CRÉER DU SENS CONCRET => DE LA VALEUR UTILE. Si, à l’Université, le jargon des sciences sociales et sa manipulation habile de concepts abstraits se mérite tous les honneurs, je doute de son efficacité à la tribune de webcom (« Des cas concrets, des directions précises, SVP! ») et encore plus à celle du webcom live (« comment créer de la valeur en moins de 8 mn »).

    En ce qui concerne le politique, je pense sincèrement que la dynamique des réseaux décentralisés, qui multiplient les échanges, les angles, les points de vue et leurs expressions, tend à rendre les organisations un peu moins hiérarchiques et un peu plus transparentes. Pas par désir, certes, mais par nécessité car, à la longue, ce qui est payant est ce qui est vrai, confirmé et accepté par une majorité d’acteurs ou de commentateurs, donc ce qui est le plus proche de la réalité objective, voire scientifique.

    Il est évident, cependant, que les sociétés n’évoluent pas en une semaine et que nous assistons actuellement à toutes sortes de manifestations de résistance, de contre-attaque ou de récupération de la part des systèmes de pouvoir hiérarchiques hérités de la société productiviste industrielle du siècle dernier. Mais je crois que nous allons dans la bonne direction.

    Le « JE ME MOI », en effet, est un héritage direct d’un star system à mon avis révolu. À cet égard, le titre du livre récent de Dominic Arpin et Pat Dion est révélateur d’un détournement de sens pervers: « Comment devenir une star des médias sociaux » reflète une préoccupation liée aux mass medias, pas aux médias sociaux. Les gens qui voient clairs dans l’évolution techno-sociologiques en cours ne s’y arrêteront même pas, à moins de vouloir profiter des restes de pouvoir des médias de masse.

    À mercredi !

  14. A. Mondoux

    Cher Christian.

    Je ne doute pas de la bonne volonté de ceux et celles sont « très vigilants quant à l’arrivée des ‘marchands du temple’ », mais c’est que le loup est déjà entré dans la bergerie ! Mieux, on le célèbre désormais en tant que mouton nouveau. À preuve :

    Ta formule « INTELLIGENCE => INTELLIGIBLE => CRÉER DU SENS CONCRET => DE LA VALEUR UTILE » me sidère. Comment diable arrive-t-on à établir une équivalence entre intelligence, concrétude et valeur ? Avec des valeurs « utiles » en plus !! L’intelligence se ramène-t-elle à seulement de l’utile ? Comment diable le SENS (signification) peut-il être concret ??!!?? (et qu’est-ce que du sens « non-concret » ??!??) Devons-nous comprendre que le sens peut être appréhendé sans symbole (représentation); que nous aurions une emprise directe sur la vérité des choses, sans représentation symbolique/idéologique (le « non concret ») ? Ciel, c’est justement ainsi que le naissent les tentations totalitaires…

    Les valeurs ne sont pas utiles (pas plus qu’inutiles), elles sont des affects, on n’adhère ou pas. Discriminer ainsi, c’est établir une hiérarchie entre les valeurs « utiles » et « inutiles » : drôle de société où les rapports de force se font ainsi sur le « concret » (qui décide de ce qui est utile….). Le sens de l’appartenance et de la filiation, l’amour, l’honneur c’est du concret, du pas utile ? En fait le concept-clé ici est matérialisation, le maniement de l’outil en vue d’une production concrète (réduction de l’intelligence à de l’intelligible, du symbole à un signal, de la valeur à utilité). Mais qu’est-ce qui est donc à l’origine de cette fixation sur la production…. Tiens donc, revoici le capitalisme qui se pointe du bout du Capital : produire plus, avec toujours plus de profit. Ici la notion de performance- économique – devient la métaphore sociale, son fondement même : l’important est de maximiser la production /le profit, soit « créer de la valeur en moins de 8 mn » (parce qu’en 10, 20 ou 30 minutes, la valeur cesse d’être « utile » ?). Qu’est-ce qu’un sens « performant » ? Celui qui est concret ? Utile ? Utile en quoi, pour qui ? Elles sont là, ami Christian, les véritables chimères que tu redoutes avec raison : plus possible de penser le monde hors des assises de la production capitaliste : augmenter son efficacité en ayant des valeurs « utiles », maximiser son exposition (augmenter la circulation de messages où se greffent de la pub), de devenir soi-même une marque de commerce, etc. De fait, la matérialisation des choses se fait marchandisation et consommation de masse. Voilà l’ultime concrétude des choses (dûment achetées et consommées en vue de rachats futurs)! Le risque est que l’on devienne incapables de penser, de faire abstraction justement, pour créer effectivement un monde réellement nouveau; mais non, on reste prisonnier des concrétudes et autres utilités d’un système qui a malheureusement fait ses tristes preuves. Pour ma part, j’aime les inutilités de Picasso, celles de Pagnol, de Wharol, de Quignard et de bien d’autres.

    La dérive du livre (les Stars du Web 2.0) dont tu fais allusion, n’est en fait qu’une extension d’une dérive précédente : nous sommes en présence d’une idéologie qui se présente comme non idéologique (technique, efficacité gestionnaire, les valeurs « utiles », etc.). La seule façon de représenter un social qui serait fondé sur le primat absolu de l’individu (qu’il soit star narcissique ou blogueur émérite) est de rendre ce social neutre en apparence, c’est-à-dire technique (efficace, optimal ; bref tout entier consacré à la production. Si tu es vite à souligner (avec une pointe d’ironie ?) qu’à « l’Université, le jargon des sciences sociales et sa manipulation habile de concepts abstraits se mérite tous les honneurs », je te souligne qu’il y a plein d’experts et consultants qui font leur choux gras, justement, de leur « manipulation habile de concepts abstraits » (à moins que, « mashups », « Tag Cloud » et autres soient soudainement devenus « concrets ». Ou bien, issus de la technique/outil, ils sont consacrés d’office utiles ce qui les sauve de la « tare » de l’abstraction ?). Pourquoi entendais-je sourdre entre tes lignes une critique contre l’abstrait (versus la supposée concrétude tant valorisée par un des courants du Web 2.0) ? S’agissant après tout de médias dits « sociaux », pourquoi la sociologie n’aurait pas légitimement son mot à dire ? Elle serait trop « abstraite » ? En quoi le jargon des sciences sociales est-il moins/plus abstrait que le jargon des autres spécialistes ? Et puis, n’est-ce pas l’instrumentalisation derrière tout ce débat (l’outil, l’utilité, la production, etc.), c’est-à-dire prôner le mode d’emploi (les valeurs « utiles »), qui sert justement de légitimation idéologique pour s’imposer parmi tous les autres discours du Web 2.0 ?

    Contrairement à ce que tu crois, je ne suis pas de ceux qui, à propos du Web 2.0, « l’ont découvert de l’extérieur depuis très récemment ». Ce n’est pas que j’ai regardé le train passer – j’œuvre dans ce domaine depuis plus de 25 ans et j’ai bien vu le phénomène, peut-être même trop vu : j’ai opté de ne pas monter à bord de ce courant spécifique des activités liées aux TIC que je trouve trop aligné sur la logique marchande, d’où mon retour à ma formation première de sociologue. Le Web 2.0 n’est pas monolithique, défini uniquement par la même communauté de leaders informels, une concrétude achevée par un quelconque mode d’emploi instrumental. Nous sommes en plein médias sociaux ? Parfait. Bienvenu à la multitude, pas celle qui est castrée par une soi-disant autorégulation naturelle (la communauté d’intérêt, la ruche ou la fourmilière) ; non, embrassons la multitude qui se fait pluralité, celle qui force toutes ces communautés à s’ouvrir une fenêtre sur le social. Ici commence les luttes idéologiques. Et ce n’est pas de l’abstraction, loin de là. Dans ce monde de certitudes (le concret et l’utilitaire), je prends le parti du questionnement.

    À mercredi !

    A.

  15. Avis à mes détracteurs, La conversation, c’est de jaser… • Michelle Blanc, M.Sc. commerce électronique. Marketing Internet, consultante, conférencière et auteure

    [...] Bin oui justement, de parler d’autres choses ça fait parti d’une saine conversation. D’ailleurs on revient toujours avec quelques statuts Twitter choc, comme celui de ma vaginite, de ma blague du premier avril (sans mentionner que c’était une blague du 1ier avril), de mes recettes ou de mon chien. C’est gens là n’ont pas compris que comme dans la conversation hors web, celle du web se doit aussi d’être variée, diversifiée, venant de vos tripes et vivante. J’ai déjà expliqué qu‘à cause de la loi des grands nombres, je suis maintenant plus en mode broadcast que de réelle discussion, mais ça ne m’empêche pas de répondre à ceux qui m’interpellent (dans la mesure du possible) et surtout, d’être spontanée et diversifiée dans mes partages de contenus. D’ailleurs la question de mon blogue de Charlotte, fait maintenant partie du contenu de mes conférences et est une analyse de cas médias sociaux fascinante (elle a eu 13 000 pages vues lors du premier mois en ligne et oui, ce n’est qu’un chien). J’ai en outre valorisé les avantages stratégiques de savoir déconner, parler De l’importance du pâté chinois dans une stratégie médias sociaux, de l’importance de garder sa saveur linguistique régionale, d’aborder des sujets aussi sérieux que celui de la mort, De la transparence, de la mise en scène et de la perte de contrôle, et du narcissisme et de ma vaginite. [...]