Victime de cyberharcèlement, les impacts psychologiques (une autocatharsis)

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Depuis ma transition d’homme à femmes et sa médiatisation inévitable, je suis victime de menaces de mort, de diffamation criminelle, de cyberharcèlement en ligne et de mépris hors ligne. Mon identité sexuelle différente et ma renommée sont la source de tous mes maux. J’ai plusieurs fois consultés pour apprendre à gérer les impacts de cette haine et je retournerai encore prochainement fouiller davantage les méandres de mon subconscient. D’ailleurs, le billet que je vous écris aujourd’hui participe aussi à mon propre rétablissement.

Plusieurs plaintes au criminel ont été déposées et déjà plusieurs suspects ont aussi été condamnés ou sont en voie de l’être. D’autres plaintes criminelles sont aussi toujours en processus d’enquête ou de judiciarisation.

Il y a un an, je rencontrais une psychologue anglophone qui ne me connaissait ni d’Ève ni d’Adam. C’était très « neutre » comme environnement thérapeutique. Après avoir fait le tour des techniques habituelles de gestion de la haine, je prenais congé d’elle. Nous avons évidemment approfondis les techniques de dénie, de relativisation, d’aveuglement volontaire et autres création de l’esprit pour nier l’évidence de la haine et du mépris quotidien en ligne et hors ligne. Lors d’une session particulière, j’ai pu enfin pleurer un bon coup. Elle m’apprit que la tristesse profonde étant trop pénible à vivre, j’avais développé le mécanisme de protection qu’est la colère. Ainsi, cette colère sortait n’importe comment et contre n’importe quoi à tout moment. C’est bien de comprendre, mais ça n’aide pas nécessairement à toucher à et évacuer cette profonde tristesse.

Plus récemment, je discutais avec une autre psychologue spécialisée dans la gestion de crise et le choc post-traumatique. Elle me dit qu’elle ne pouvait malheureusement pas m’aider puisque je suis continuellement en « état de choc », que je vis ces assauts sur une base régulière et qu’elle est spécialisée en choc post-traumatique, donc dans le « après l’événement ». Moi je suis toujours dedans et je risque fortement de l’être le reste de mes jours.

Je me souviens aussi d’une discussion avec mon premier psy, lors de ma transition. Je lui demandais s’il avait déjà eu une personnalité publique comme patient(e) qui devait faire une transition qui risquait d’être très médiatisée. Il me répondit qu’en 25 ans, ça ne lui était jamais arrivé et qu’il apprendrait avec moi. Or, un exemple très médiatisé d’une transsexuelle d’homme à femmes est celui de Mike Penner/ChristineDaniels qui se solda par un suicide. D’ailleurs, les transsexuelles se suicident dans une proportion alarmante et principalement à cause de harcèlement et de rejet. (dans une récente étude à USLA de janvier 2014 (PDF))

The prevalence of suicide attempts among respondents to the National Transgender Discrimination Survey (NTDS), conducted by the National Gay and Lesbian Task Force and National Center for Transgender Equality, is 41 percent, which vastly exceeds the 4.6 percent of the overall U.S. population who report a lifetime suicide attempt, and is also higher than the 10-20 percent of lesbian, gay and bisexual adults who report ever attempting suicide. Much remains to be learned about underlying factors and which groups within the diverse population of transgender and gender non-conforming people are most at risk.
(…)

Based on prior research and the findings of this report, we find that mental health factors and experiences of harassment, discrimination, violence and rejection may interact to produce a marked vulnerability to suicidal behavior in transgender and gender non-conforming individuals

Pas très rassurant disons et pourquoi je continue ma quête d’un mieux-être psychologique.

Les impacts directs et indirects du harcèlement

Je ne vous parlerai pas d’évènements en particulier puisque certains dossiers sont toujours en cour. Mais outre la colère latente dont je suis consciente et que je tente de contrôler, il y a aussi plusieurs autres impacts. J’ai ainsi perdu plusieurs journées de travail par angoisse ou découragement. J’en ai aussi perdu plusieurs justes à gérer ce mépris et ses incidences en ligne ou hors-ligne comme de devoir monter des dossiers criminels, rencontrer divers intervenants, faire du monitorage et des copies d’écrans, écrire des dépositions et être bouleversée par tout ça. J’ai aussi dû sécuriser par différents mécanismes de sécurités mes demeures physiques et mes propriétés Web. J’ai aussi dû gérer la peur d’être agressée par les lecteurs instables psychologiquement de harceleurs notoires qui ont de très grands lectorats. Je reçois même des menaces les « citant textuellement ». D’ailleurs récemment, pour la première fois de ma vie j’ai fait une crise de panique et j’ai sérieusement songé à m’armer pour me protéger. Lors de la marche des Janette, j’étais pour la première fois de ma vie, suivie par un garde du corps qui protégeait mes arrières. Je sais me défendre, mais je ne peux pas grand-chose contre quelqu’un qui m’attaquerait par derrière ou qui déciderait de me tirer. Ma grande angoisse. Me faire tirer par un jeune lecteur de l’un de mes harceleurs qui filmerait son acte et le diffuserait sur YouTube pour devenir célèbre. On a même menacé de me faire exploser à la cocotte minute (comme pour l’explosion lors du marathon de Boston).

Lors d’une récente conférence sur la cyberviolence en ligne, lorsque je parlais de mon cas personnel sur scène, je me suis observée blasphémer et traiter mes agresseurs de tous les noms. Je me suis excusée à l’auditoire, mais je sais avoir blessé certaines personnes. D’ailleurs, l’automne dernier, au plus fort de certains assauts en ligne, j’ai remarqué devenir plus masculine, ne plus me maquiller, cesser de prendre mes hormones et sacrer comme un chartrier. Je me suis aussi observée souhaiter mourir d’une crise de cœur.

Bref, j’ai vécu des moments extrêmement difficiles, sans parler de l’immense culpabilité de faire vivre ça par ricochet à la personne que j’aime le plus au monde, ma conjointe. Je ne parle pas non plus de ma très grande tristesse d’être toujours coupée de plusieurs membres de ma famille.

Mon salut

J’ai cependant la chance de vivre un amour extraordinaire de ma douce chérie et de ma fidèle chienne Charlotte. J’ai de très bons moments avec notre fils, sa conjointe et notre petit-fils. Je peux m’épanouir avec ma passion, le web, grâce à de nombreux clients que j’apprécie beaucoup. Mon chalet en bord de lac et ma propriété qui jouit de la présence de pins centenaires sont aussi d’un immense réconfort et me permettent de me retirer quelque peu de la civilisation et de me «grounder» pour refaire mes forces. J’ai aussi un appui public positif extrêmement touchant, des dizaines de milliers de lecteurs qui m’envoient régulièrement de l’amour et une reconnaissance professionnelle et personnelle qui me comble. D’ailleurs ce week-end je recevais le prix Christine Jorgensen pour mon support à la communauté trans de l’Association des Transsexuelles du Québec. J’ai donc un flot constant d’amour à ma portée. Mais l’esprit étant ainsi fait, malgré toute la sagesse populaire facile, le négatif que je reçois et qui statistiquement est somme toute minime, fait son mal et ses cicatrices.

J’investigue et débute les techniques de la pleine conscience et j’ai fait une demande pour un autre psy qui pourrait peut-être m’aider à gérer cette haine constante qui me fait si mal…

J’ai une tête de cochon, je suis une battante et une survivante. Je fais et ferai tout en mon possible pour terrasser tous ces revers et ces attaques vicieuses et je continuerai de m’observer lorsque je navigue en ces eaux troubles…

MAJ
Avant de changer de sexe je n’avais jamais eu peur de ma vie ou vécue d’angoisse (à ce que je sache consciemment). Depuis, j’apprends aussi à gérer ça…

D’ailleurs l’automne dernier, lors de l’épisode des Janette, les insultes étaient si intenses que j’ai partagé sur Twitter songer à m’acheter un 12 pour me protéger. Des inclusifs se sont servis de ça pour alerter la Sureté du Québec en sous-entendant que je voulais peut-être « tirer des minorités visibles ». Après enquête de la Sureté du Québec, ils ont vite compris que ça n’avait pas de sens et que comme tous les citoyens du Québec et vivants dans le bois, j’ai aussi droit d’aimer la chasse. J’ai d’ailleurs eu bien des cours de maniement d’armes et j’avais autrefois mon permis de chasse. Tout ça pour vous dire que oui des fois, j’ai encore peur et que j’angoisse pour un tas de trucs reliés directement à la perception négative de certaines petites personnes. J’apprends aussi à vivre avec ça…

2e MAJ

Une autre conséquence indirecte de la haine en ligne est l’hypervigilance en ligne et hors-ligne que je développe. Mon métier c’est déjà de monitorer le web (j’ai pas mal écrit là-dessus et fais des reportages et conférences sur le sujet). Ça a déjà aussi été d’observer attentivement mon environnement physique. J’ai été « bouncer » dix ans. Et l’une des conséquences de monitorer en ligne et d’observer ce qui si passe, est que ça nourrit aussi le sentiment de danger dans les mondes réel, en ligne et psychologique. Ça arrive n’importe quand et on ne sait pas toujours d’où. Du moins, à court terme. Le temps d’investiguer et de trouver. Ça absorbe et fatigue beaucoup en plus de gruger du temps sur une foule d’autres activités. Certaines fois même, ça arrive bousiller complètement un moment justement de repos avec mon amour. Criss, je me suis même déjà fait harceler le jour de Noël. Ça empêche de dormir aussi des fois. Et pas juste parce qu’un énergumène téléphone aux petites heures du matin aux cinq minutes. Parce que l’angoisse s’installe aussi des fois. Comme ce soir. Mais ma Charlotte vient vaillamment grogner après quelque chose d’invisible à l’extérieur de la porte d’entrée. Elle repousse sans doute les mauvais esprits et ça me fait sourire.

Mais bon, j’ai fait l’armée (et les tranchées d’exercice). Je vais les avoirs ces salauds et je garderai ce sourire qui est sur certains de mes avatars, avec mes belles dents toutes neuves

Bonne nuit, je vais me coucher. Charlotte est remontée au 2e. Il n’y a plus de danger. Pour ce soir, du moins.

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Commentaires

  1. Marie Jose poirier

    Ma tres belle Michele, nous nous sommes,rencontres a turquoise il y a quelques annees. Conseillere en scrabble!
    J ai tellement de peine de constater que les, menaces et commentaires méchants que tu reçois t affectent à ce point. Je t en prie…. DELETE. Ne perds pas de temps, d énergie et de haine avec ces gens.. Tu es une femme formidable, un exemple remarquable à plusieurs points de vue. Te laisser toucher par ces horreurs les fait gagner sur toi.
    Ne te laisse pas détruire par ces ordures…. Oui, pleure un bon coup, va dans le bois et hurle de toutes tes forces… Mais après, tourne leur le dos… Tu as une femme adorable et un chien… Trop affectueux…
    Éventuellement cela cessera… Pense à ta vie, justement avec bibitte, ton fils et sa famille
    Je ne sais pas…
    Yoga ? Zen?
    Je t embrasse bien fort
    Dis toi que 99 % des gens sur la terre t adorent…..
    Gros câlin

  2. Hélène

    Bonjour Michelle,
    Je trouve désolant tout ce qui t’arrive car tu as parcouru tellement de chemins pour être ce que tu es maintenant. Tu as su prouver que tu es une battante alors regarde le côté positif droit devant toi et fonce car tu mérites d’être heureuse avec ta douce.
    Courage et je souhaite que ta vie devienne un long fleuve tranquille pour que tu puisses d’y ressourcer et de reposer.
    Amicalement
    Hélène

  3. Jean-François Paradis

    Salut à nouveau Michelle…

    Ton billet me touche. Car c’est une Michelle sincère et vraie qui s’y exprime… la Michelle que j’apprécie.

    Être soi-même est un combat de tous les jours, malgré le degré de « normalité » qu’on présente (car ce dernier est une mascarade obligée pour tous selon moi). Je combat moi-même chaque jour pour y arriver le mieux possible… avec comme exemple ultime ma défunte mère.

    Alors voilà que j’imagine ici à peine le courage et la détermination que la personne que tu es te force à vivre.

    Estie que l’ouverture à l’autre est encore le mal du siècle… et triste que tu en sois une victime, vraiment.

    Bon courage dans ta perpétuelle démarche et… sincère amitié (bien ressentie).

    Xx JF

  4. danielle talbot

    Chère Michelle que je ne connais pas personnellement malheureusement! je viens de lire votre billet qui m’atteint profondément …. vous dire que je vis la même chose serait faux..vous dire que je comprends est archi-vrai …

    Vous faites bien des envieux et vraiment j,aurais peur aussi mais que cela ne vous fasses pas abandonner l’etre complet qui s,est battu la tête haute … ne vous reniez pas vous êtes admirable! Merci de m’avoir lue et d,avoir partagé avec nous …xxx

  5. Josée

    bonjour,

    Je vous lis et ça me rend triste. Je suis pompée depuis ce matin. Les conneries à la radio concernant M. Drainville, et je vous lis ce matin et ça m’attriste.

    Soyez courageuse. De loin, je suis avec vous.

    xxx

  6. Camille

    Chère Mme Blanc,

    Vous êtes une source d’inspiration constante pour moi et des milliers de personnes qui en apprennent plus chaque semaine à vous lire.

    Je fais le souhait que toute l’affection que nous portons saura surpasser la haine des trolls et des imbéciles de toutes sortes. Je ne suis pas une Janette, mais je comprends pourquoi vous en êtes une et je le respecte.

    Courage, vous en avez tellement déjà! xx

  7. Helene (vieux bandit)

    Michelle,
    (je ne vais plus sur Twitter alors on ne se croise plus, mais je te lis!) je capote quand je lis ces choses que tu vis. Je ne me sens tellement pas de la même race que ces gens qui te disent n’importe quoi sans penser (ou pire, qui y pensent et le disent quand même!). Qu’on fasse un effort, qu’on agisse pour blesser par haine, incompréhension, bêtise, intolérance, ignorance… ça me sidère. Je. Ne. Comprends. Pas!

    J’écris donc pour te dire ce que tu sais déjà, pour en témoigner: pour chaque imbécile, il y a autour de toi nombre de gens qui t’admirent, t’appuient et te veulent du bien. Longue vie et bonne santé à ta tête de cochon!

  8. Victime de cyberharcèlement, les impacts psychologiques (une autocatharsis) | Bienvenue! | %blog_URL%

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  9. Richard

    Bonjour Michelle,

    Je n’ai jamais subis de harcèlement et je compatis avec vous.
    J’aimerais vous soumettre mon point de vue d’outsider.

    J’ai identifié trois vecteurs précis ou l’agresseur à le dessus sur la victime.

    1 : isolement des victimes : les victimes se sentent seules face aux multiples agresseurs, pourtant ces mêmes agresseurs ont surement plusieurs autres victimes sur leurs tableaux de chasse.

    2 : la récurrence des attaques : se faire dire « va chier » par une personne est une chose, se faire dire « va chier » par 500 personnes différentes en est une autre.

    3 : la multi-segmentation des attaques : à l’école, dans la rue, dans le transport en commun, au téléphone, sur le web, pcq vous êtes noir, gai, gros,… la victime est toujours la même personne et elle a le fardeau d’initier une plainte dans chacune de ces sphères.

    Je ne suis pas un spécialiste et je n’ai aucune solution miracle face au harcèlement et à l’intimidation, mais je crois que pour faire diminuer ceux-ci, on doit tenir compte de ces 3 vecteurs.

    Richard, Montréal

  10. Les effets positifs de la narration personnelle dans un contexte d’affaires Michelle Blanc, M.Sc. commerce électronique. Marketing Internet, consultante, conférencière et auteure

    […] un peu mon impression à la suite de ma très forte pulsion d’écrire mon dernier billet Victime de cyberharcèlement, les impacts psychologiques (une autocatharsis). Or, ce matin, je lis deux billets de mon mentor virtuel qui au contraire, me confirme […]