Flashcode, Code à barres et intelligence numérique et collective des objets

C’est lors d’un lunch avec le copain Henri Kaufman que j’ai pour la première fois été exposée à l’importance du Flashcode pour l’évolution du Web. Il en a d’ailleurs garni amplement son livre Internet a tout changé. Wikipedia décrit le flashcode comme étant

(…)la marque des codes-barres 2D développée par l’Association française du multimédia mobile. Ces pictogrammes composés de carrés peuvent notamment être décodés par des téléphones mobiles disposant du lecteur flashcode. Certains téléphones mobiles sont déjà équipés de ce lecteur, pour d’autres, il est nécessaire de l’installer.
La photographie d’un flashcode, comme celle d’autres types de code-barre 2D, avec un portable peut déclencher différentes actions, telles que :

  • se connecter à un site Internet mobile pour recevoir aussitôt un article, par exemple ;
  • envoyer un SMS, un MMS ou un courrier électronique ;
  • générer un appel téléphonique ;
  • enregistrer une carte de visite dans ses contacts.

Je vous parle de ça parce que le flashcode sera intégré à mon prochain livre (écrit en collaboration avec Nadia Seraiocco) et qu’il vous permettra en utilisant un lecteur de flashcode comme Mobiletag, installé sur votre téléphone intelligent, de lire une vidéo explicative d’un élément de mon livre ou toute autre information numérique que je pourrais vouloir vous partager. Ainsi, pour prendre un exemple d’affaires, les producteurs de volailles du Québec (clin d’œil ici au pote le chef Cong Bon, Chef officiel des producteurs de volailles) pourraient décider d’imprimer des flashcode spécifiques sur leurs emballages de poulet pour permettre de suivre une recette vidéo du chef Cong Bon qui nous illustre comment le préparer. Un producteur de spectacle pourrait aussi inclure des flashcode sur les affiches de ses spectacles à venir pour diriger l’internaute mobile vers un clip du groupe, le site d’achat de billets, une carte de la salle ou autre, comme le fait d’ailleurs Disneyland Paris (selon Wikipedia).

À Disneyland Paris, des flashcodes insérés sur les flyers distribués dans le parc et les affiches publicitaires permettent aux visiteurs équipés de découvrir la dernière vidéo de Mickey et de consulter les informations pratiques du parc (horaires des spectacles, offres spéciales sur les restaurants et boutiques)

Mais le code-barre que nous connaissons tous déjà et qui garnit tous les produits de consommation est maintenant aussi exploité par des outils mobiles permettant d’ajouter des informations générées utilisateurs, sur divers produits. L’application IPhone Stickybits permet déjà cette prouesse et quoiqu’elle ne soit encore peu utilisée ici, bientôt, les consommateurs ne se gêneront pas pour diffuser des infos pertinentes et des critiques positives ou négatives sur une foule de produits de consommation. Nous entrerons bientôt dans l’ère de l’intelligence numérique et ou collective des objets.
À quand des flashcode avec informations touristiques sur le mobilier urbain de Montréal comme c’est déjà le cas à Paris Bordeaux, Sarlat, et Toulouse?

Pourquoi le Flash c’est de la merde

Comme suite à mon billet Le leurre du référencement des sites en Flash, qui semble avoir déchaîné les passions dans les commentaires, j’aimerais en rajouter une petite couche venant de Jacob Nielsen. Il avait déjà écrit Flash: 99% Bad, que je traduis par Flash c’est 99% mauvais. Les raisons qu’il développe un peu plus dans son billet sont :

Although multimedia has its role on the Web, current Flash technology tends to discourage usability for three reasons: it makes bad design more likely, it breaks with the Web’s fundamental interaction style, and it consumes resources that would be better spent enhancing a site’s core value.

Je ne suis pas toujours d’accord avec Nielsen, mais dans ce cas, je ne peux que m’incliner devant sa sagesse…

Le leurre du référencement des sites Flash

Comme vous le savez déjà, je ne suis pas une grande fan des sites complètement montée en Flash. Je crois que Flash a son utilité si c’est un petit « frame » flash qui est dans un site HTML (ou mieux XHTML) et que l’application Flash a une utilité d’affaires qui répond à un objectif d’affaires. Mais voilà qu’Adobe s’entend avec Yahoo et Google pour que finalement, leur technologie qui était jusqu’alors invisible aux moteurs de recherches soit maintenant visible.

Pourquoi le référencement des sites Flash est un leurre?

Déjà il était possible de référencer techniquement un site en Flash. Pour ce faire, les développeurs faisaient une copie « fantôme » d’un site Flash en HTML. Le client payait donc pour deux sites au lieu d’un. Cette étape supplémentaire sera désormais inutile puisque les moteurs pourront voir les textes dans un site Flash, qui étaient invisibles jusqu’alors. Mais ce qui est possible techniquement est inutile et contreproductif dans la pratique. Pourquoi donc? Ce qui fait un bon référencement est un ensemble de facteurs dont les plus importants sont la qualité du contenu et sa mise à jour fréquente et le nombre d’hyperliens externes menant vers un site, qui agissent comme des votes de confiance. Plus vous avez d’hyperliens, plus vous devriez être pertinents et plus vous méritez d’apparaître dans les premiers résultats des engins de recherches. Or, la technologie Flash est une technologie dispendieuse qui ne permet pas de faire des mises à jour fréquentes à peu de frais. Donc, les clients qui achètent des sites en Flash ne le mettent à jour que très sporadiquement et ces sites perdent donc de la pertinence de jours en jours.

À partir du moment qu’ils sont mis en ligne, ils n’ont pas la chance de commencer à être considérés par les engins de recherches que déjà la dégringolade commence. De plus, lorsque vous naviguez dans un site en Flash, l’URL ne change pas, elle ne contient pas de mots-clés (ce qui est un autre avantage considérable en terme de positionnement dans les moteurs de recherches) et il est pratiquement impossible pour un visiteur externe d’y faire un hyperlien spécifique. Or, comme nous venons de le voir, le nombre d’hyperliens externes est l’un des critères majeurs d’un positionnement adéquat dans les engins de recherches. En résumé, même si les engins de recherches arrivent enfin à voir le contenu d’un site Flash, jamais ils n’arriveront à la cheville d’un site HTML qui est mis à jour fréquemment et qui jouit d’un nombre d’hyperliens externes raisonnables. Mais ça va permettre aux « Flasheux » de continuer de faire des « trips de concepts » d’agences et de faire du fric supplémentaire en vendant de la bannière et des campagnes AdWords pour que finalement quelqu’un sache que ce site Web existe…

« Flash bashing »

Bon, bon, bon, ce n’est pas moi qui le dit (cette fois-ci) et ça viens d’un des prêtres de la liberté d’expression sur le Web, Cory Doctorow, dans Informationweek. Alors qu’il explique comment générer du buzz auprès des bloggeurs, il a cette délicieuse sortie à propos de Flash:

Flash sites stink. Designers, architects and artists, this means you: putting your whole site into a giant Flash blob with no internal links, no way to copy a representative bit of text into a post or e-mail, and no way to point to a specific page means that a large number of bloggers and other word-of-mouthers will just pass on it. Also, sites like this are invisible to search engines. Your whole graduating class may be making Flash portfolios, but if you break with them, you'll get work from your site while they languish in search- and blogger-invisibility. PDFs stink. It's not a Web page (see "Have a link"). It's hard to copy and paste out of. It doesn't show up in browsers half the time. The Web is made of HTML.

Merci Michelle de m'avoir pointé l'article…

À propos de design et de Flash

Léonard de Vinci

J’aime dire de temps à autre que le plus grand designer du millénaire était sans doute Léonard de Vinci et qu’il utilisait le fusain et la feuille blanche. Tout ça pour démontrer que le design n’est pas tributaire du médium, en l’occurrence Flash, avec lequel les designers aiment expérimenter. Question d’alimenter la réflexion des designers en mal de beauté, je les invite à visiter ffffound.com, un site de mise en signet d’images époustouflantes, que des designers aiment bien. Ha oui, on n‘a pas nécessairement besoin de Flash pour mettre de belles photos. D’ailleurs, le copain Harry Wakefield gagne très bien sa vie à discuter de design contemporain dans son blogue Mocoloco.com, qui n’est pas en Flash…

Via Threeminds (qui n'est pas non plus en Flash et discute entre-autre de design)

Ce que je pense de Flash

Pas très gentil pour les créateurs de Flash mais c’est tout de même ce que je pense d’un site qui est entièrement conçu avec cette technologie…
Via GapingVoid

Le questionnaire de la revue ZAQ, ce que je pense de la mode

Pour une prochaine édition de l’originale et excellente revue ZAQ, on me demande de répondre au Questionnaire de l’Inspecteur ZAQ qui porte sur la mode. C’est avec plaisir que vous avez ici mes réponses à ce fameux questionnaire, qui est adapté spécifiquement pour chacun des numéros.

Pratiques, habitudes et goûts. Vous portez volontiers le coton ouaté ou le legging aux motifs zébrés. On veut le savoir.

1. Votre tenue est classique, décontractée ou fashion victim ?

Ma ou plutôt mes tenues sont classique, décontractée et/ou artistique en fonction de comment je me lève le matin et de mon horaire de la journée. Il faut aussi comprendre que puisque j’ai vécu une deuxième puberté très tardive, je suis encore à peaufiner et expérimenter mon (mes) style.

2. Mode d’hiver ou d’été ? Autrement dit, gros chandail de laine ou petite camisole en dentelle ?

Je suis maintenant très frileuse, mais aussi coquette. Alors l’hiver j’aime bien les leggings chauds et les gros chandails, mais pour la saison chaude j’adore les petites robes d’été et ses tissus soyeux et satinés qui me font sentir femme.

3. L’époque qui vous inspire le plus en matière de look ?

J’aime bien l’époque actuelle qui nous permet justement de naviguer à travers différentes époques.

4. Ce que vous avez tendance à porter quand vous ne sortez pas ?

Lorsque je ne sors pas, j’aime bien mes grosses robes de chambre en ratine.

5. Que pensez-vous du « linge mou » (ces vêtements ultra confortables qui manquent de chic et de forme…) ?

J’adore le linge mou dans le privé de ma demeure.

6. Le vêtement que vous détestez le plus magasiner ?

J’haïs magasiner des souliers et des bottes. Comme je chausse du 13WW, il n’y a que deux magasins pour moi à Montréal avec un choix très limité. Je fais donc des efforts pour ne pas regarder les façades des boutiques de souliers, question de ne pas trop me faire souffrir.

7. Maîtrisez-vous le séchoir, le fer plat et les bigoudis ?

J’ai la chance d’avoir des cheveux frisés naturels. Le seul bogue avec ça est que pour qu’ils soient beaux, ils doivent sécher à l’air. Ce qui fait que si j’ai un déjeuner à 7h00, je dois me lever à 5h00 pour être présentable.

8. Devant le miroir, vous fermez les yeux ou aimez ce que vous voyez ?

Devant le miroir j’aime ce que je vois. J’ai en outre la chance d’être très photogénique. Ce que j’haïs par-dessus tout est d’entendre ma voix qui est encore beaucoup trop masculine.

9. Chez un homme : barbe, moustache ou favoris ?

Je me suis découvert une attirance pour la barbe. J’aime bien ça recevoir la bise d’un barbu et sentir les poils caresser ma douce joue ☺

Expériences et fantasmes. Souvenirs et désirs.

10. Votre âge le plus mémorable en matière d’apparence physique ?

J’étais très beau bonhomme à vingt ans. Mais comme je n’étais pas bien dans ma peau, ça n’avait pas d’importance pour moi. Aujourd’hui je suis vieille, mais je suis enfin la personne que j’aurais toujours dû être. Alors je me sens finalement en synchronisme avec moi.

11. La mode vestimentaire qui vous a le plus fait souffrir ?

La mode vestimentaire qui me fait souffrir est le bas-culotte. Je n’en trouve pratiquement jamais de ma grandeur et c’est toujours délicat de les remonter sans que ça paraisse. Par ailleurs, j’ai essayé les bas jarretelles et le maudit ti-plastique qui ceinture désormais la cuisse, me donne des éruptions cutanées ☹

12. La partie de votre corps que vous souhaiteriez changer ?

La partie de mon corps que j’aimerais changer est ma cuisse. J’aimerais TELLEMENT ça avoir une culotte de cheval, l’une des caractéristiques sexuelles secondaires que je n’aurai jamais.

13. À qui aimeriez-vous ressembler physiquement ?

Dans ma tête j’aime me faire croire que je ressemble à Charlize Theron. Si jamais il y a un film sur ma vie, j’aimerais TELLEMENT qu’elle soit celle qui joue mon rôle (après). Je revendique le droit de rêver et de se faire des « à croire ».

14. Et maintenant, l’inverse : à qui n’aimeriez-vous pas ressembler physiquement ?

Arnold Schwarzenegger

15. Vous connaissez l’expression « Coupe-de-cheveux-ratée-je-ne-peux-plus-sortir-de-chez-moi »?

Je n’ai heureusement pas encore expérimenté la catastrophe capillaire qui me retienne d’être fière de moi.

16. Ce que vous pourriez vous faire tatouer, de manière très visible ?

J’aimerais bien me faire tatouer un flashcode sur l’épaule

17. Pour un changement de carrière : designer de mode, chirurgien/ne esthétique ou conseiller/ère en image ?

Si je faisais un changement de carrière, je serais peut-être designer d’intérieur. J’ai un certain talent avec ça.

18. On vous donne 1000 $ pour changer votre garde-robe. Qu’achetez-vous ?

On me donne 1000$ pour changer de garde-robe et je vais m’assoir avec les designers Denis Gagnon, Luc Fontaine, Marie St-Pierre, Renata Morales, Kollontaï ou Karkass et je leur demande de me faire quelque chose d’inédit.

Phrases à compléter. En 2, 10 ou 25 mots. C’est vous qui voyez.

19. J’appelle une beauté plastique une personne qui …

Une allure à couper le souffle sans avoir chaleur humaine qui l’accompagne.

20. La Charte sur la diversité des apparences est…

Fondamentale afin que toutes puissent s’identifier et se trouver belles comme elles le sont déjà sans le savoir.

21. C’est dans les salons de coiffure que l’on…

Se fait du fun à jaser mode et potin.

22. Avoir un je-ne-sais-quoi signifie…

Dégager une aura, un style, une assurance qui détonne de la masse.

23. En matière de séduction, le rôle de l’apparence est…

Secondaire, ce qui importe réellement est la présence, la verve et le regard.

24. Rien de pire que… pour gâcher un look.

Que d’essayer d’être quelqu’un d’autre que soi.

25. Les mannequins d’aujourd’hui devraient ressembler à …

La moyenne des ourses qui sont voluptueuses, chaudes et maternelles.

26. Les perçages (apparents) du corps me font l’effet de…

D’une mode qui va mal vieillir

27. Dans la commode des Québécois on trouve toujours…
Une paire de gros bas de laine

28. On reconnaît le talent d’un designer de mode à…
L’intemporalité de ses créations

29. Le « Québécois moyen » a une apparence plutôt…

Sportive et débrouillarde. Elle manque malheureusement de style, de « oumff » et de personnalité unique et assumée.

30. Le look, c’est…

La porte d’entrée de la mise en relation, mais ce n’est tout de même que l’emballage.

Les étonnés et le rapport d’étonnement

Vous pouvez enfin prendre connaissance de notre Rapport d’étonnement (PDF) et je vous invite VIVEMENT à poursuivre la conversation sur le portail mis en ligne spécifiquement à cette fin http://plannumeriquequebec.org/, à le critiquer, l’améliorer et à le partager à votre tour. N’oubliez surtout pas de pousser dans le cul de nos élus afin qu’eux aussi, s’étonnent, s’indignent et finalement se bougent, pour que nos enfants et petits-enfants jouissent des retombés économiques de cette nouvelle économie de l’immatériel.

MAJ

 

Photo officielle - Les 13 étonnés (crédit photo Irois Léger)

Le groupe des 13 étonnés

Le groupe des 13 étonnés, dans l’ordre habituel, Monsieur Cyril Béraud, Monsieur Jean-François Gauthier, Madame Monique Savoie, Monsieur Michel Chioini, Monsieur Claude Malaison, Monsieur René Barsalo, Monsieur Mario Asselin, Monsieur Vincent Gautrais, entourant Madame Monique Chartrand, Monsieur Michel Cartier, Monsieur Hervé Fischer, Madame Michelle Blanc, ainsi que Monsieur Sylvain Carle qui s’est joint à celui-ci via Skype.

MAJ2

Le vrai rêveur est celui qui rêve de l’impossible.
Citations de Elsa Triolet

L’utopie est la volonté de modeler l’image de la Société à partir d’un idéal éthique, d’une certaine conception de la justice, du bonheur, de l’efficacité, de la responsabilté.
citation de Jacques Attali

Invitation aux rêveurs, aux utopistes et même aux réalistes, à brasser la cage de l’immobilité numérique ici http://plannumeriquequebec.org/

MAJ3

 

L’importance de la symbolique du mouvement étudiant

Il y a quelque semaines de ça, le réputé anthropologue Serge Bouchard parlait à Radio-Canada de la crise étudiante. Il soulignait entre autres l’importance de la symbolique de la crise étudiante. La veille, il était cité par Marie-Claude Lortie dans son article La fête, le risque et les casseroles :

Selon l’anthropologue Serge Bouchard, on est en train, sans s’en apercevoir, loin de nos divertissements solitaires, de «découvrir le plaisir d’être dans la rue, de respirer et d’exister collectivement».
Dans les médias, on parle beaucoup de la casse, des blessés, de la violence de la police et de certains manifestants… Mais combien de fois faudra-t-il répéter que ce n’est vraiment qu’un aspect très spécifique de ce qui se passe dans la rue?
Pour le reste, la foule porte le roi en dérision dans la joie et le bruit.
Et nos gouvernants devraient le comprendre.
«C’est typique, explique Serge Bouchard. Tout cela a été analysé souvent. Jean Baudrillard, notamment, a écrit là-dessus.»
Il serait intéressant, d’ailleurs, qu’on profite de ces recherches et réflexions pour donner au cabinet un petit cours accéléré de sociologie. Ainsi, ses membres pourraient comprendre ce que tout le monde ici voit bien en regardant les gens taper sur leurs casseroles: ce mouvement, aussi joyeux soit-il, n’a plus rien de rationnel.
On est dans un univers qui relève du cri du coeur et des symboles. On ne demande plus un gel des droits de scolarité, on demande du respect pour les gens dans la rue, un signe démontrant que leur colère n’a pas été méprisée, mais bien entendue et prise au sérieux. «On est dans le symbolique et pour sortir de ça, il va falloir nécessairement du symbolique», ajoute l’anthropologue.
Car il faut penser à une sortie de crise, c’est clair.
«La ligne entre la fête et l’émeute est extrêmement fine, continue Bouchard. Et on est dans un emportement qu’on ne contrôle pas.»

Quels sont certains des symboles de la crise étudiante?

L’AnarchoPanda

La Banane Anarchiste

Le carré rouge

La casserole

Le printemps érable

Le drapeau noir

Le salut hitlérien

Le SSPVM

Les hashtag Twitter #GGI #Manifencours #Casserolesencours

Manifestations nue

L’affiche La Liberté guidant le peuple

Certains des mots-clés
Perturbations, combat, anticapitalistes, lutte des classes…

Il serait vraiment intéressant que des sociologues neutres (si ça existe encore) s’intéressent à ces questions et nous aide à comprendre sans le parti pris de la gauche, ce phénomène nouveau au Québec. De mémoire d’homme, jamais un sigle politique (le carré rouge) n’avait été porté par une frange importante de la population ici. On sait sans doute que d’autres éléments symboliques politiques ont eu cette portée ailleurs dans l’histoire récente (le col mao, la barbe islamiste, la croix gammée), mais ici, au Québec, je ne trouve pas de corolaires. Dans vos commentaires, évitez de me dire que la jeunesse est belle et que c’est une saine expression de la colère. Je sais déjà tout ça et la jeunesse qui est belle a déjà très bien servi Hitler ou Mao (qui étaient de droite et de gauche). Comme le soulignait Bouchard, nous sommes maintenant dans l’irrationnel symbolique et ça va prendra sans doute un autre symbole pour nous sortir de cette crise.

Entretemps, regardez le clip du film The Wave, qui basé sur une expérience réelle, à Palo Alto en 1967, recréa la montée du nazisme dans une classe étudiante…

La culture et le choc des cultures numériques

Ce week-end je ferai pratiquement du bénévolat pour aider les artistes. Je donnerai une formation Web à plusieurs artistes de la galerie SAW à Ottawa. D’ailleurs, le site de cette excellente galerie (tout en Flash donc invisible aux moteurs de recherche) est symptomatique du choc des cultures des artistes non numériques avec ce qu’on pourrait appeler les artisans du web. Mais il y a pire. Les artistes souffrent beaucoup du Web. Pas juste parce que pour la très grande majorité ils ne le comprennent pas, mais parce que le Web, cette maudite invention, vient gruger chaque jour plus profondément dans leur poche, dans leur gagne-pain. Je les comprends. J’ai beaucoup d’amis artistes. Ce n’est pas facile pour eux en ce moment. Ce n’est pas facile non plus pour les journalistes. Ce ne sera pas facile bientôt pour les enseignants et pour plusieurs catégories de travailleurs. C’est que le web change la donne. Il la change lentement mais sûrement. Il change surtout les modes de rémunération et ce que nous appelons « platement » les modèles d’affaires.

Donc avant de continuer, je vais réécrire ici ce que j’ai déjà écrit dans mon billet : La difficulté des artistes avec le Web, en parlant d’un de mes potes qui est musicien reconnu internationalement.

(…)Quelques minutes plus tard, un autre pote qui lui est acteur vient me voir. Je lui raconte la mésaventure puis il me dit :

Tu sais Michelle, tu n’as pas été très à l’écoute. C’est très difficile pour les artistes présentement. Ils ne vendent presque plus de disque et contrairement à toi et tes conférences, faire des spectacles ce n’est pas payant. Ils ont une grosse équipe de tournée, des musiciens, des techniciens, de l’équipement, un manager, au bout du compte, ils ne touchent pratiquement rien. Je comprends qu’il ait pogné les nerfs. D’ailleurs, on a le même problème avec l’UDA qui n’arrive pas à se faire payer les pubs que les artistes font et qui passe sur le Web. Le web est en train de nous ruiner. La prochaine fois ferme ta gueule et écoute-le. Ne parle plus de Web.

Morale de l’histoire

Je compatis avec les artistes, je comprends que plusieurs n’usent pas du Web de la bonne manière et je suis consciente que ceux qui font le plus de frics avec les contenus en ligne, quels qu’ils soient, sont les fournisseurs de services internet qui ne paient aucune redevance à qui que ce soit et que c’est SCANDALEUX. Je comprends aussi que comme le mentionne Attali, les modèles d’affaires doivent changer et la culture qui a toujours été financé par le privée et le public, ne l’est pratiquement pas pour le web et les créateurs qui y déversent de nombreux contenus. Entre-temps, bien des gens sont pris dans l’étau du changement et n’arrivent plus à vivre de leur art et c’est d’une tristesse profonde.

J’aime les artistes et je suis prête à faire ma part pour les aider à capitaliser sur le Web plutôt qu’à le démoniser et à lutter avec acharnement contre les changements qui sont inévitables. Je suis donc prête à offrir mes services de consultante, à moitié prix, selon ma disponibilité aux regroupements d’artistes qui pourraient requérir mes services. Pour le reste, je ne peux malheureusement que compatir pour ceux qui malheureusement, sont pris dans le tordeur sans pitié du changement…

Pourquoi je vous parle de ça ? Sans doute parce qu’hier, ma Bibitte Électric chérie me dit : Michelle c’est toi qui avait dit à Luc De Larochellière cet été qu’il devait commencer à songer aux produits dérivés de son oeuvre pour faire plus d’argent ? Va lire sa déclaration dans l’article du Voir Manifeste pour la chanson de pointe.

(…)« Depuis l’avènement du gramophone, il a toujours été de plus en plus rentable d’être musicien jusqu’à aujourd’hui, où plutôt que de progresser, nos revenus régressent, lance Luc De Larochellière. Moi, quand un expert du Web me dit que de donner ma musique sur Internet va me faire vendre plus de t-shirts, j’ai juste envie de l’envoyer chier. Je ne suis pas un vendeur de t-shirts, mon travail est de composer des chansons, et cette musique a une valeur. »
(…)

J’étais en effet l’invitée de Penelope McQuade cet été, en même temps que Luc De Larochellière. Les recherchistes m’avaient demandé au préalable d’aller voir la présence de Luc De Larochellière en ligne. Elle était si moche que par respect pour monsieur De Larochellière, j’ai demandé au recherchiste de parler d’autre chose. C’est là qu’on me proposa de plutôt parler « de la musique en ligne ». J’ai en effet répété ce que je dis souvent : l’argent est maintenant dans les produits dérivés de l’œuvre plutôt que dans l’œuvre elle-même. L’argent est dans les spectacles, les ventes de CD sur place, les t-shirts, la musique pour la pub et regardez ce qu’est en train de faire Misteur Valaire pour vous inspirer (c’était donc une peu plus que strictement vendre des t-shirts). D’ailleurs encore la semaine passée, Guillaume Déziel, le brillant manager de Misteur Valaire récidivait pour son propre combat dans son article du HuffingtonPost L’aberration du droit d’auteur :

Culture, agriculture, droit d’auteur, brevet : même combat. Ce n’est pas ce qu’on invente qui a de la valeur; c’est ce qu’on en fait !

M’étant fait envoyer chier anonymement par monsieur De Larochelière (malgré que plusieurs centaines de milliers de personnes aient écouté l’émission où je suis supposé lui avoir dit de vendre des t-shirts) je reprends ici un commentaire du chroniqueur de Triplex, Laurent LaSalle, sur le mur Facebook de Marc Desjardins :

«Sur Internet, le contenu n’a plus aucune valeur. Pourtant, nos chansons et nos vidéoclips circulent en malade sur les réseaux sociaux.» En malade? Luc, un peu de sérieux…

Du système que ça prend pour faire rouler la machine

Comme vous le savez peut-être, je suis aussi auteure à succès. Mon Les médias sociaux 101 a en effet été best-seller durant 32 semaines au classement Gaspard/LeDevoir. Pourtant, je ne touche qu’environ $1.50 du livre vendu. Ce qui se résume à une intéressante avance puis plus rien. J’avais aussi le choix de m’autoéditer. Cependant, de s’autoéditer suppose que je ne serai qu’en numérique, pas en papier. Cela suppose que si je voulais être en papier, que j’avance moi-même les sommes nécessaires à l’impression, que je me monte un réseau de distribution, que je gère les stocks, que je monte moi-même ma campagne publicitaire, de relation publique, que j’engage un directeur littéraire, graphiste, réviseur et autre. Finalement, ça se résume à ce que je me monte une tout autre business parallèle. D’ailleurs, les éditeurs ont aussi des enjeux encore non résolus avec Apple (pour iTunes) et Amazon qui ne respectent pas les DRM et grugent un pourcentage indécent sur les éditeurs et les auteurs. De surcroit, mon livre ne se vend toujours pas en France, mais des discussions avancent (ironiquement) avec le marché chinois. Comme quoi mon livre qui est déjà en Français a plus de chance d’être traduit en chinois que d’être disponible en français en France. Mais c’est ça qui est ça et heureusement pour moi, je ne vis pas strictement de ma plume. On me dit aussi que ce qui se vend au Québec ce sont les bio et les livres de cuisine, mais que depuis 18 mois, étant donné la surabondance de livres de cuisine, les ventes de cette catégorie sont tombées de façon dramatique (heureusement pour moi ma bio va sortir l’automne prochain, peut-être avant que cette catégorie ne tombe aussi). Tout ça pour vous dire que les bio et les livres de cuisine ce n’est pas de la grande littérature. Ce n’est pas l’équivalent de ce que l’auteur  OLIVIER ROBILLARD LAVEAUX appelle « la chanson de pointe » dans son Manifeste pour la chanson de pointe, pour la littérature, disons. Mais c’est tout de même ça qui se vend. Tout comme la pop qui est peut-être une musique merdique, mais c’est elle qui se vend. On peut se draper dans le linceul « de l’artiste qui cré une œuvre originale et de pointe » et crever de faim, ou être extrêmement chanceux et trouver un mécène qui nous fait vivre, être déclaré génie par la population mondiale et faire bin du fric. La réalité est que ça risque rarement d’arriver et que pour tous les artistes, quelque soit leur art, le web est là pour foutre le bordel et révolutionner les manières de faire.

Je me rappelle aussi d’un pote de Québec qui durant des années a fait des sites Web pour l’industrie du cinéma québécois. Il a récolté de nombreux prix. Ces sites étaient tous en Flash et ne vivaient que quelques mois ou quelques années. Il les vendait pourtant plusieurs centaines de milliers de dollars. Il rit aujourd’hui de l’imbécillité du système qui finançait ses trucs à la con.

Le web dérange, il modifie, il retourne les gros joueurs, le corporatisme des éditeurs de musique, de livre, de tv, de cinéma, des regroupements d’artistes et de bien d’autres industries encore. Certains se font des concours pour se remettre des prix bidon pour leurs « œuvres web » et se rassurer que tout est toujours pareil. Ils font des sorties épisodiques contre ces méchants usagers (qui s’adonnent à être aussi des clients), mais rarement les entend-on réfléchir lucidement sur les modifications qu’eux même doivent entreprendre. Sans doute parce que ça ne fait pas encore assez mal…

Vous aimerez sans doute mes autres billets:

Attali et l’argumentation pour le téléchargement gratuit.
Certaines entreprises culturelles peuvent en montrer en matière de marketing 2.0
Le problème des artistes avec le Web
LeLab VOXtv, chronique Pourquoi les artistes sont « poches » en ligne
Permettre ou non l’utilisation de téléphones intelligents durant les spectacles?
Paywithatweet : une nouvelle forme de paiement viral et social
Robert Lepage et les médias sociaux
Le mauvais cheval de bataille de l’ADISQ
L’ADISQ poursuit sa campagne de perte de temps