Certains des problèmes structuraux du commerce électronique au Canada

De toute évidence, le plus gros problème des entreprises Canadiennes et québécoises face aux défis du commerce électronique, est leurs propres inhabilités ou pires, leur absence à acquérir une saine présence en ligne. Cela va de soi. Mais au-delà de cette présence qui est déjà déficiente, plusieurs autres problèmes structuraux nuisent à nos entreprises.

Tout d’abord, la question de l’iniquité des taxes (en ligne vs hors-ligne) est un facteur déterminant dans le déclin des ventes en magasin et en ligne au Canada. C’était d’ailleurs un argument présenté la semaine dernière par le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), tel qu’expliqué chez Radio-Canada.

« Le problème fondamental, c’est que nous assistons à une situation inéquitable au vu et au su de nos décideurs politiques », a résumé le président-directeur général du CQCD, Léopold Turgeon, lors d’un point de presse tenu mardi matin, à Québec.
« Le CQCD dénonce cet état de fait depuis au moins trois ans et rien ne bouge », déplore-t-il, en soulignant qu’il en va pourtant « de la survie même de plusieurs détaillants et, par extension, de celle de nos artères commerciales et de nos centres commerciaux, partout au Québec. »
« Nos détaillants ici paient des taxes, des salaires, des loyers, alors que toutes les entreprises étrangères qui nous envoient leurs produits, leurs services, ici, au Québec et au Canada, ne contribuent en rien à l’économie du Québec », résume M. Turgeon dans sa capsule diffusée en ligne.

Puis il y a la question des coûts de transport avec Poste Canada. J’en parlais récemment dans mon billet : Comment Poste Canada nuit au Commerce en ligne canadien.

Faire livrer un produit acheter en ligne au Canada chez une entreprise canadienne peut coûter jusqu’à dix fois plus cher que si le même produit est livré par une entreprise chinoise, depuis la Chine.
C’est le triste constat que fait l’entrepreneur Claude Denis, PDG d’Électro-5 dans une lettre qu’il a adressée à Françoise Bertrand, Présidente du Groupe de travail sur l’examen de Postes Canada.

Il y a certainement aussi la fracture numérique qui existe entre les services internet disponibles dans les grands centres et ceux disponibles en régions. Ainsi, un commerce de détail qui se trouve dans l’une de ces régions aura toutes les difficultés du monde à téléverser les images de son produit sur son propre site internet. Si cette entreprise doit téléverser des vidéos ou un inventaire très volumineux, on parle alors d’une tâche quasi impossible. Cette fracture numérique grand-centre/région est un thème abordé dans ce blogue depuis des années déjà.

Finalement, il y a aussi le problème criant de la disparité des prix et des taxes, des deux côtés de la frontière canado-américaine, pour un produit strictement identique. C’était le propos d’un article du National Post hier Why Canadian Club is cheaper in America: A product-by-product look at the U.S.-Canada price gap.

BFGoodrich Advantage T/A (size 195/65R15)
U.S. (TireRack): $94.75 ($71.25 USD)
Canada (Canadian Tire): $120.99
Price gap: 27.6% more expensive

Canadian Club Whiskey (1.75 L)
U.S. (BevMo!): $25.25 ($18.99 USD)
Canada (LCBO): $59.00
Price gap: Canadian price is 233% of U.S. price (133% higher)

Mini stripe crewneck sweater
U.S. (The Gap): $79.73 ($59.95 USD)
Canada (The Gap): $64.95
Price gap: 18.6% cheaper

Barney’s Version
U.S. (Barnes and Noble): $15.27 ($11.48 USD)
Canada (Chapters Indigo): $19.98
Price gap: 31% more expensive

The Canadian Customs Tariff Schedule is a 1,600-page document detailing virtually every product known to humanity, and outlining whether or not it’s slapped with a surcharge at the Canadian border. Near-identical products can have wildly different tariffs, and the tariff also depends heavily on where the product is from. Footwear is a particularly byzantine section of the schedule. Soccer cleats are hit with a 17.5 per cent tariff, while Australian cleats are only 13 per cent. A women’s running shoe can be hit with a border tariff of as much as 18 per cent, while luxury women’s shoes with an “at cost” rate of more than $30 only get an 11 per cent tariff. For reasons that may be forever lost to history, the highest shoe tariff of all (20 per cent) is for “riding boots.” Nobody ever lost an election by levying higher taxes on people who own ponies. 

C’est intéressant de s’attaquer aux défaillances de présence en ligne de nos entreprises, mais il ne faudrait certainement pas oublier les autres facteurs qui aggravent de manière généralisée, la compétitivité de nos entreprises qui y sont déjà, face à cette concurrence qui est de plus en plus mondiale…

Pourquoi devrions-nous investir massivement dans les infrastructures numériques

(Dévoilement j’ai travaillé autant pour le PQ que le PLQ à titre de consultante pour les questions numériques)

 

Enfin, il est de plus en plus question des infrastructures numériques au Québec et au Canada. Il était temps. La ministre Anglade entamera une consultation populaire à ce sujet dans les prochains jours, tandis que la candidate à la chefferie du PQ, Martine Ouellet, si elle devenait première ministre, donnerait deux ans aux TELCO pour fournir 1GBPS aux Québécois, sans quoi elle nationaliserait leurs services.

 

Mais POURQUOI faut-il s’intéresser à cette question de large bande ?

 

Pour le commun des mortels, la consultation publique qui s’amorce au Québec n’est sans doute que de peu d’intérêt. Qu’est-ce que ça mange en hiver la large bande et quel impact ça peut bien avoir dans nos vies ?

 

La large bande est (pour faire simple) des liens internet très haute vitesse. Ça va potentiellement si rapidement que vous n’aurez pas besoin, à court terme, de toute cette puissance de vos branchements internet. Pour vous expliquer, le Canada se targe d’avoir de la haute vitesse à 5MBPS (pour méga bit par seconde) alors que la ministre Anglade propose de fournir 30 MBPS pour tous les foyers québécois et que la candidate à la chefferie du PQ réclame quant à elle 1000 MBPS qu’on traduit aussi par 1GBPS.

 

Le Québec peut faire quelque chose pour les infrastructures filaires, mais n’a que très peu de possibilités d’intervention pour les infrastructures mobiles, ce champ d’activité étant strictement sous contrôle du fédéral et du CRTC. Mais pour le filaire, il semble que l’on puisse agir (à ce que je sache). Aussi, les deux paliers de gouvernements se gargarisent depuis bientôt 10 ans du mot-valise « innovation ». Or, les innovations circulent sur des réseaux qui sont justement des infrastructures numériques. Les nôtres sont désuètes et nous coutent la peau des fesses (comme consommateurs).

 

Les bénéfices de la très large bande

 

La très large bande circule le plus efficacement sur la fibre optique. C’est ce que nous appelons « Fiber to the home » ou FTTH (la fibre jusqu’à la maison et c’est loin d’être la « Fibe » que Bell Canada a si judicieusement utilisé comme termes pour désigner l’un de ses services).

 

Parlant d’innovation, les récents déboires d’Uber au Québec, ne sont que l’un des nombreux changements qui nous attendent et qui sont issus de cette nouvelle révolution industrielle, qu’est l’économie numérique. L’un des pays les plus visionnaires à ce chapitre est la Norvège. Très tôt, dès 2004 en fait, ils ont identifié que la FTTH était la bouée de secours indispensable pour se positionner dans cette nouvelle économie et y ont investi massivement. D’ailleurs, l’internet le plus rapide de la planète se trouve dans un « shack » isolé de la mer du Nord, sur l’île de Bjørndalen, à plusieurs centaines de kilomètres de la Norvège.

L'internet le plus rapide du monde
(source: http://www.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303325204579467542262163298)

Le tableau suivant, illustre de façon éloquente, plusieurs des bénéfices qui y sont associés. Pour ne prendre que quelques exemples, imaginez un réseau fibre optique à la grandeur du Québec si efficace, jumelée à des incitatifs fiscaux favorisant le travail à domicile, pourraient réduire très substantiellement le trafic, les congestions routières, l’énergie pour chauffer les grandes tours à bureau, le pied carré commercial nécessaire, la pollution, le besoin d’un nouveau train électrique à Montréal et favoriser la croissance des régions. Imaginez aussi que présentement vous pouvez faire votre bac en ligne à Virginia Tech. Il serait sans doute intéressant par exemple que l’UQAC se questionne à savoir comment elle va faire compétition avec ça dans les années à venir.

 

Bénéfice socio-économique de la FTTH
(Source: http://www.epliitto.fi/images/09_Tobias%20Ahl_FTTH%20Council.pdf)

 

On investit massivement dans de super hôpitaux alors que présentement, plusieurs radiologistes américains travaillent de chez eux, avec de la large bande. Il en sera ainsi de plusieurs spécialistes médicaux et les consultations médicales virtuelles iront en s’accélérant.

 

Nos campagnes se vident parce que les jeunes s’y sentent coupés du monde et qu’ils vont chercher du travail en ville. La très haute vitesse permet de garder et de créer des emplois en région et de dynamiser les économies à la grandeur du territoire. Un travailleur de l’économie numérique n’a pas besoin d’être en plein centre-ville. S’il a de la très haute vitesse, il peut très bien travailler de n’importe où sur la planète.

 

Au moment d’écrire ces lignes, nous n’avons certainement pas besoin d’avoir 1GBPS par résidence au Québec. Mais d’ici 5 ans, le temps de mettre sur pied un réseau digne de ce nom, ça pourrait changer drastiquement. Les emplois les plus payants de cette économie qui bouleverse déjà tout transiteront par ses réseaux. Il y a présentement une course à l’installation du FTTH et nous sommes en queue de peloton. Voilà quelques-unes des très nombreuses raisons pourquoi, ça devrait vous faire réagir, pour vous, mais aussi pour vos enfants et pour votre propre sécurité financière pour les années à venir.

 

Maintenant comment devrions-nous financer de telles infrastructures ? En nationalisant, en faisant des PPP, en subventionnant les TELCOs ou en favorisant la création de coops municipales ? Là est toute la question qui sera débattue dans les prochains mois. Je vous suggère donc fortement de vous impliquer dans ce débat parce qu’il fera la différence entre une position de superpuissance ou de tiers-monde numérique…

Question de vous prouver que je n’exagère pas lorsque je dis que nous sommes au tier-monde numérique et que contrairement à plusieurs informations dont celles de l’IEDM qui disait n’importe quoi dernièrement à propos de nos services de télécom (à moins que ce ne soit de l’infopub commandée par les TELCOs), voici un tableau de la pénétration de la FTTH dans le monde.(Tiré de Five common FTTH myths debunked) Et le Canada est à la troisième avant-dernière ligne :-(

tableau de la pénétration de la FTTH dans le monde

 

 

En prime, cette succulente vidéo :-)

La Blague de IEDM et du CRTC à propos de l’internet haute vitesse au Canada

La semaine dernière, je discutais avec des amis à qui il était venu aux oreilles que de hauts fonctionnaires disaient que le Québec n’avait pas besoin de services internet à haute vitesse. Ils prétendaient que 96% des ménages Canadiens avaient accès à la haute vitesse et que le 4% qui ne l’avaient pas, c’était parce qu’ils ne savaient pas comment ça marche. Et le haut fonctionnaire était certain de cette affirmation parce qu’elle venait des TELCO (Compagnies de téléphones et de câblodistribution). De toute évidence, mes amis sautèrent une coche. il y a deux semaines, lors du lancement du Plan d’Action en Économie Numérique du Québec, en fumant une clope, je rencontre un pote de chez Bell Canada qui me sort les mêmes sornettes. Il ajoute que c’est la vérité puisque ça vient du CRTC. Comme c’est un pote, j’ai ri poliment dans sa face en lui disant que c’était pitoyable de berner les gens de la sorte. Toujours est-il que j’ai retrouvé cette citation dans une étude de l’IEDM L’ÉTAT DE LA CONCURRENCE DANS L’INDUSTRIE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS AU CANADA – 2016.

D’après le CRTC, 96 % des ménages canadiens pouvaient bénéficier d’une vitesse de téléchargement de 5 Mbps en 2014, une vitesse qui permet à un internaute de faire à peu près tout ce qu’il veut sur le Web, y compris regarder des vidéos d’assez haute qualité – et 77 % des ménages sont abonnés à un tel service comparé à 71 % à peine un an plus tôt.

Et le paragraphe suivant on peut lire aussi

En 2014, 93 % des Canadiens étaient également couverts par un réseau sans fil LTE, une technologie 4G offrant des vitesses excédant 5 Mbps. Comme de plus en plus de Canadiens accèdent maintenant à Internet par un téléphone intelligent ou une tablette électronique plutôt qu’un ordinateur personnel, il s’agit là d’un autre indicateur de la disponibilité d’Internet haute vitesse.

À lire ces deux passages, on se croit réellement dans le meilleur des mondes. Or c’est on ne peut plus faux. D’abord, Comment est définit la haute vitesse au Canada? (tel qu’on peut le lire dans L’Enquête québécoise sur l’accès des ménages à Internet 2012, INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC):

Internet haute vitesse Au Canada, une connexion Internet qui permet un débit d’au moins 1,5 mégabit par seconde (Mbit/s) est dite à haute vitesse.

Juste pour que vous compreniez (traduit librement de Quora), avec une vitesse de 1.5MBPS, disons que vous voulez télécharger un film de 700MB ( l’équivalent de 5,600 Mbit et on s’entend que ce n’est pas un film de 2 heures en HD), il vous en prendra 93 minutes. Vous aurez donc le temps de vous faire à souper, de souper et de prendre votre digestif avant que le film soit téléchargé.

Ensuite, ce n’est pas parce que le client paie pour 5MBPS que c’est réellement la vitesse qu’il recevra. D’ailleurs selon le Consumer Report américain, même une vitesse de 5MBPS est considérée comme une vitesse déficiente.

Netflix and others say your Internet service needs to run at at least 5Mbps for streaming HD shows and movies—streaming 4K videos requires much greater speed—but 5Mbps is sufficient for only one user at a time. And given how much data Americans consume, 5Mbps isn’t going to cut it since performance can suffer as your broadband speed is split among more simultaneous users and/or activities. Deloitte LLP’s recent Digital Democracy Survey of 2,000 consumers age 14 or older, 90 percent of respondents said they multitasked—browsing the Web and texting, for example—while watching programs.

The FCC considers 10Mbps to 25Mbps reasonable for households that stream video, but heavy data users might want even more robust connections of up to 50Mbps or more. The good news is that often you can upgrade from 25Mbps to 50Mbps service for as little as $10 more per month.

But even if you pay for faster broadband, you might not get that speed boost all the time. Cable Internet service can slow down during the evening when more people in your area are also streaming. Congestion can also occur farther up the line when data travels though third-party networks, which can also get bogged down by traffic.

Et étonnamment, 5MBPS est l’idéal souhaitable de la haute vitesse au Canada.

Habitant en région (Lanaudière) et faisant régulièrement le tour de la province, je suis à même d’observer la déficience de nos réseaux cellulaires et services internet, surtout en région. Si vous habitez un grand centre, vous trouverez que c’est dispendieux, mais vous vous direz que les gens des régions se plaignent peut-être pour rien.

Vous trouverez ça dispendieux probablement parce que même si vous avez des réseaux cellulaires et internet potables, vous devrez payer de nombreux « extra » une fois que vous aurez atteint le maximum de téléchargement permis par le forfait de votre fournisseur. C’est ce que l’on nomme un « data cap » et le Canada, encore une fois, fait piètre figure à ce chapitre.

En conclusion de cette triste blague, je laisse la parole à la Fédération Canadienne des municipalités, tiré de leur document Broadband Access in Rural Canada: The role of connectivity in building vibrant communities.

Impeding an assessment of the state of broadband in Canada is the lack of complete data. Anecdotally, we often hear messages regarding the poor state of Internet access in Canada, particularly in rural and remote areas, while simultaneously being told that network operators are pouring billions of dollars into network improvements. Detailed information is a closely guarded secret and, the information that is publicly available is often not completely representative of the situation.

Vous pourriez aimer aussi lire:

Tiré de UnBlockCanada

Why internet upload speed in Canada lags behind world average. Source: CBC.

Canada is way below the OECD average on fibre Internet adoption. Source: OECD Communications Outlook 2013.

Canada ranks behind 33 other countries. Source: Huffington Post.

OECD Report: Canada Still Among Ten Most Expensive Countries for Broadband Internet Services. Source: Michael Geist.

Phone, Internet costs soar in Canada, StatsCan data shows. Source: Huffington Post

De mes archives:

Verizon au Canada, levée de boucliers des Telcos et des syndicats (ou pourquoi je m’en fou)

Un plan numérique pour le Québec pour éviter de se faire fourrer par les TELCOs

Comment et pourquoi implanter un programme national de large bande

La piètre qualité des services internet québécois nuit aux exportations

Le pourquoi de la nationalisation des infrastructures numériques

La stratégie numérique du Québec, c’est sans doute pour avoir un meilleur Facebook

Vendredi dernier, la ministre Anglade accompagnée du premier ministre Couillard, ont déposé leur Plan d’Action en Économie Numérique du Québec(PDF). Tout le gratin technophile et économique y était. Mais monsieur/madame tout le monde, les médias et même les partis d’oppositions, ont l’air de s’en foutre éperdument. Ils ont tous deux exprimés des critiques disons, laconiques (ici et ici).

Le commun des mortels ne semble pas s’émouvoir de la gravité et de la précarité de notre position collective concurrentielle dans le marché maintenant mondial de l’économie et de ce changement de paradigme majeur qu’est l’économie numérique. Le plus ironique de la chose est que plus souvent qu’autrement, ce sont ceux qui ont peu à gagner de ces transformations, qui militent pour un réveil collectif. Les geeks font déjà de l’argent et ne risquent pas d’en faire moins avec ou sans l’appui de la population. Par contre, elle, cette population, pourrait se retrouver « gros Jean comme devant » si elle ne prend pas conscience des changements qui sont déjà là et qui continueront de s’accélérer.

Bien des agences de voyages ont fermé. Il y a dix ans, beaucoup de propriétaires d’agences de voyages paniquaient seuls devant leurs destins. Bien des chaines de commerce de détail ont fermé, pourtant seulement seulement 12 % des entreprises québécoises des secteurs de la fabrication, du commerce de gros, du commerce de détail ou des services
vendent leurs produits et services en ligne. Bien des usines de confection vestimentaire sont aussi disparues. Tous cela est maintenant fait en Asie. Les chauffeurs de taxi sont heureux de voir le gouvernement maté Uber mais ne s’inquiètent pas des voitures autonomes qui les feront définitivement disparaitre. Il y a deux ans, nous avions les états généraux de l’éducation supérieure et pas une fois le numérique ne fut mentionné. Nous avons bien un Plan numérique Culturel mais il ne servira qu’à rattraper l’indécent retard de cette industrie par rapport à la communauté internationale. L’Afrique se dote d’un Silicon Savannah alors que nous pourrions songer à un Silicone Boréal. Nous avons des services cellulaires et internet à des prix hors proportion pour des vitesses pitoyables mais on nous fait croire que c’est parce que le Canada est grand. On ne soulève pas les conflits d’intérêts des TELCOs qui sont câblo, diffuseurs de contenu, producteurs et régie publicitaire à la fois. On ne dit pas non plus qu’ils doivent installer trois fois des antennes cellulaires pour un même territoire strictement parce qu’ils utilisent des technologies non-compatibles. Notre dévoué CRTC juge que 5MBPS est une vitesse rapide pour tous les Canadiens. Pourtant, bien des pays du monde vise le 100MBPS ou même le 1000 MBPS.(PDF) C’est comme si lors de l’avènement de l’électricité, nous étions fiers de continuer de nous chauffer au bois et luttions pour sauver les vendeurs de glace et de charbon parce que le réfrigérateur et le calorifère électrique, bah, ce n’est pas très important. Ce qui importe, c’est de garder des jobs pour les semaines à venir et de toute façon, la technologie et la révolution industrielle, ils auront besoin de nos ressources naturelles, faut pas s’inquiéter. Nous pourrons encore draver pendant des années…

Voici d’ailleurs la critique que j’ai fait lors de l’émission 24 heures en 60 minutes, du Plan d’action de la stratégie numérique, tout de suite après l’entrevue de la ministre Anglade. Ironiquement, d’habitude c’est l’opposition officielle qui critique le dépôt d’un plan du gouvernement. Faut croire que les oppositions n’avaient rien à dire ou que les députés étaient déjà partis en long week-end. Je les remercie dont de m’avoir offert cette belle visibilité par leur absence :-)

24/60 Politique numérique du gouvernement Couillard. Entrevue avec Michelle Blanc, à partir de 31:30

24-60-2

Comment et pourquoi implanter un programme national de large bande

Depuis des années, je vous parle du besoin d’un plan numérique pour le Québec et le Canada. Depuis des années je mentionne que la question des infrastructures numériques est à la base de cette même planification du numérique. Or comment pouvons-nous faire ça? D’un côté, on peut nationaliser les infrastructures numériques (internet et cellulaire) comme nous l’avons déjà fait pour l’électricité et à l’autre extrême, on peut financer les Telcos pour qu’enfin elles donnent accès à ses services aux régions. Et entre les deux, on peut faire l’un des fameux PPP (partenariat public-privé). Mais qu’ont fait les autres états? Qu’est-ce qui fonctionne? Que devrions-nous faire? C’est la question que pose le document Benchmarking 15 national broadband plans de Cullen International (financé par Erickson).

Les constats de Cullen international (librement adaptée)

Un plan de large bande ambitieux a plus de chance d’avoir de l’impact. Une cible très élevée peut être inspirante (même si les réalisations concrètes peuvent être moindres que l’objectif initial, le changement sera néanmoins significatif)

L’ambition du plan de large bande doit être étendue et avoir une portée. Plus l’envergure de ce plan sera large, plus il risque d’avoir un impact important sur l’économie nationale et la société

Aucun des constats précédents n’aura d’importance (aussi ambitieux qu’ils puissent être) si les cibles à atteindre n’ont pas été définies clairement avec un plan robuste et une organisation efficace devant en assurer son implantation, sa surveillance et son succès.

Pourquoi avoir plan de développement de large bande? Pour créer de l’emploi et de la richesse

Dans le chapitre Convergent Objectives, Divergent Strategies: A Taxonomy of National Broadband and ICT Plans, (adaptée librement) on présente que la rationalité derrière la croissance de l’adoption et de l’expansion d’une infrastructure nationale de large bande, a des effets à court et long terme. Pour le court terme, la construction du réseau stimule les économies locales par l’embauche de travailleur et l’achat de matériel. Pour le long terme, c’est l’effet réseau créé par les infrastructures à large bande )une fois installées) qui créera un impact économique sur les autres industries non reliées aux télécoms? Plusieurs études confirment ceci :

Several studies have identified short-term employment effects stemming from (1) direct labor employed to build broadband infrastructure and (2) indirect and induced jobs that are created by suppliers and services supporting the construction activity. One review of six studies that estimate various employment impacts suggests that, on average, 1.56 direct and indirect jobs result per employment opportunity focused on broadband network construction; this figure rises to 2.78 for direct, indirect, and induced jobs created.

In the long term, business utilization of broadband can result in network effects and gains in productivity. In the United States, the employment impacts caused by network effects are estimated to be 1.17 jobs per direct and indirect job. Recent research by Qiang and Xu at the World Bank examined cross-country time-series and firm-level data; they determine that broadband has “longterm effects on growth, and contributes to the growth of a number of non-telecom industries, especially high-tech industries.”


Comment financer ça

Dans le document du Groupe de travail n° 2 sur la concurrence et la réglementation de l’OCDE, SYNTHÈSE DE LA TABLE RONDE SUR LE FINANCEMENT DU DÉPLOIEMENT DES RÉSEAUX HAUT DÉBIT on peut lire :

(1)La couverture nationale en haut débit est perçue comme essentielle pour le développement économique et social d’un pays. L’accès au haut débit sur la totalité du territoire est donc au cœur de l’agenda numérique et du plan national pour le haut débit de nombreux pays, membres de l’OCDE ou non.

(2) Le déploiement de la fibre optique pour offrir un service haut débit n’est commercialement viable que dans les zones très densément peuplées et à revenu élevé. Il est donc probable que déployer la fibre à l’échelle nationale nécessitera un financement public sous une forme ou une autre. Les pays doivent donc aujourd’hui trouver le moyen de garantir le déploiement du haut débit sur la totalité de leur territoire tout en préservant les incitations à l’investissement privé.

(3) Avec l’évolution technologique, il pourrait devenir moins coûteux de proposer un accès haut débit également dans les zones isolées et/ou moins densément peuplées. Cela signifie que les subventions et autres types d’aides d’État visant à favoriser le déploiement du haut débit pourraient ne plus être une condition nécessaire pour atteindre les objectifs fixés dans les plans nationaux pour le haut débit et les agendas numériques des pays.

(4) La concurrence au niveau des infrastructures devrait être meilleure pour le marché qu’une configuration à un seul réseau. Néanmoins, la présence de plusieurs infrastructures peut, dans de nombreux cas, s’avérer n’être pas rentable.

Par ailleurs, on y apprend aussi que pour les zones de faible densité de population :

Dans les zones où la demande est faible, l’implication d’investisseurs privés dans le déploiement du haut débit est peu probable. Pour veiller à ce que ces zones ne soient pas oubliées, d’autres formes de financement sont donc utilisées :
• subventions directes (dans l’UE, aux États-Unis et au Chili par exemple) ;
• subventions indirectes, telles que les taux d’intérêts favorables ou les avantages fiscaux (au Japon par exemple) ;
• partenariats public-privé (au Mexique ; cette option est également envisagée en Italie), et
• réseaux (de gros) construits avec des fonds publics (en Australie par exemple).

Tout ça pour vous dire qu’à la lecture de ce billet, vous ne pouvez que conclure qu’à chaque mois qui passe, le Canada et le Québec prennent de plus en plus de retard pour se positionner convenablement dans cette nouvelle économie dont l’autoroute sera numérique et que justement, cette autoroute est ce que l’on nomme la large bande. Plus nous attendrons avant de nous doter collectivement de ces infrastructures ESSENTIELLES pour le développement économique de notre pays, moins bien nous serons positionnés pour concurrencer les autres états dans cette révolution pour laquelle nous sommes déjà en retard. Durant le temps qu’on s’obstine pour savoir quoi faire avec Uber, 60% de notre commerce en ligne (consommateur) sort déjà du pays et une fois qu’on se sera décidé sur le comment on se dote d’une infrastructure, il faudra toujours la construire. Nous en avons pour plusieurs années et par rapport aux pays européens qui sont déjà en retard sur la Corée du Sud, on peut lire dans ce même document :

Par exemple, l’agenda numérique de la Commission européenne prévoit que 100 % de la population de chaque pays européen ait accès à l’internet à une vitesse d’au moins 30 Mbit/s dès 2013 avec des connexions internet de plus de 100 Mbit/s pour au moins 50 % des ménages d’ici à 2020.

Comme le disait notre premier ministre Trudeau dans un autre dossier «  Parce que nous sommes en 2015 »… mettons.

Le Québec et sa vision économique du 19e siècle

Le Québec est riche en ressources naturelles. Très riche même. La beauté de ces ressources est qu’elles sont là et qu’elles y resteront si on n’y touche pas. L’une de ces ressources dont le prix le litre dépasse déjà celui du pétrole, est l’eau douce. Nous en avons des réserves importantes et à moyen terme, il est très plausible de l’exporter et d’en faire des revenus très substantiels pour l’état québécois. D’ailleurs, dans un document de 2008 de l’IEDM (Institut économique de Montréal) on pouvait déjà lire :

Le Canada possède la plus grande réserve d’eau douce du monde, soit 8% du stock mondial. Quant au Québec, il possède sur son territoire 3% de l’eau douce du globe, soit 13 fois plus d’eau douce renouvelable par habitant qu’aux États-Unis. Le Québec n’utilise que 0,5% de son eau douce renouvelable disponible, comparativement à 18,9% aux États-Unis. Une utilisation adéquate de ces ressources renouvelables n’aurait pas d’impact sur la réserve d’eau du Québec.

Différents scénarios d’exportation d’eau font apparaître des possibilités de revenus beaucoup plus importants que ceux provenant de l’exportation d’énergie. Si le Québec exportait 10% de ses 1000 milliards de m3 d’eau douce renouvelable par an à un prix égal au coût actuel de dessalement de l’eau de mer, soit 0,65 $/m3, et si le gouvernement percevait 10% de cette somme en redevances, cela générerait des revenus de 6,5 milliards $ par an pour le gouvernement, soit 5 fois plus que le dividende versé par Hydro-Québec.

Or, pour l’instant, nous laissons plutôt les multinationales américaines venir pomper notre eau, et ce, tout à fait gratuitement.

Il faut aussi comprendre que cette eau, pour être salubre, a besoin d’un écosystème environnant sain. Or, plusieurs lacs au Québec ont des problèmes d’algues bleues. Ces algues sont créées entre autres, par les coupes sauvages de l’industrie forestières, avec la bénédiction de notre ministère de la déforestation, comme vous avez pu le constater dans mon récent billet Comment détruire une forêt millénaire et un site de villégiature avec un coup de crayon. Le seul tableau de coupes qui y est présenté, traversera et touchera directement 8 lacs et plus d’une dizaine de rivières et ruisseaux affectant les bassins versants de très nombreux autres lacs et rivières. Et ce n’est là que l’une des nombreuses cartes de plans de coupes prévues. Mais on nous dit que ça cré des jobs et que c’est payant. Même si le Canada est encore sur les dents pour vendre le bois d’œuvre aux États-Unis à un prix décent.

Par ailleurs, le Québec a aussi une industrie minière. Comme vous le savez sans doute déjà, le prix des métaux et des énergies fossiles est à un bas historique. Il ne pourra que remonter et si nous n’y touchons pas pour quelques années, ces ressources ne disparaitront pas et risquent même d’augmenter de valeur très sensiblement. Il ne semble donc pas y avoir de besoins alarmants à exploiter ses ressources coûte que coûte, au moment d’écrire ces lignes.

Paradoxalement, s’il existe une course économique, c’est bien celle du numérique et de l’adaptation de l’économie et de la main-d’œuvre pour s’y adapter avant la compétition internationale. Cette course touche tous les secteurs économiques et tous les aspects de la société. Elle génèrera (et génère déjà) des dividendes astronomiques ou des pertes d’emplois et fermetures d’entreprises majeures, pour les sociétés qui ne seront pas assez rapides pour tirer leur épingle du jeu.

Étonnamment, le Canada et le Québec qui étaient leaders incontestés des télécommunications au tournant des années 2000 se sont virés vers les ressources naturelles sous Harper (avec les sables bitumineux) et Charest et Couillard (avec le Plan Nord). Récemment, notre premier ministre s’est engagé avec des investissements d’un peu plus de 51 milliards de dollars, pour ce fameux plan nord, visant justement à exploiter ces ressources naturelles. Pourtant, dans son dernier budget, notre bon premier ministre s’est engagé à investir un GROS 160 millions de dollars sur 5 ans, pour aider le virage numérique. Il a même nommé une ministre responsable d’une stratégie numérique. C’est dire tout le sérieux qu’il met à ce tournant majeur de l’histoire économique mondiale.

Finalement, il y a trois ans je vous parlais dans le billet Internet, un impact économique plus important que l’agriculture ou l’énergie, de cette autre réalité économique qui semble absente dans les actions et le discours de nos gouvernements. Ça m’a donné l’idée de faire l’exercice de comparer les chiffres actuels pour le Québec, des mines, des forêts et des TIC (technologie de l’information et des communications). Mais il vous faut comprendre que les chiffres des mines incluent aussi les industries de transformation des minéraux et des métaux, que ceux des forêts incluent aussi les industries du papier et de la fabrication de produit de bois (comme les meubles) et que les TIC n’incluent pas le chiffre des impacts financiers de celles-ci sur tous les autres secteurs économiques. Pourtant, à la lecture de ce tableau, comme moi vous vous demanderez sans doute pourquoi

  • il n’y a pas de ministère du numérique,
    Il n’y a pas de vision et de stratégies
    Il n’y a pas de données spécifiques à ce secteur
    Il n’y a pas d’investissements à la hauteur de l’impact économique actuel de ce secteur comparativement à ce qu’on fait pour des industries issues du 19e siècle?
  • Regardez bien ces chiffres et jugez du ridicule de l’approche économique de notre gouvernement par vous même…

    Tableau-comparatif-mines-forets-TIC

    Une autre observation qui nous vient du document Feuille de route en économie numérique (PDF, 2015)

    Entre 2010 et 2013, les exportations internationales du secteur des TIC du Québec sont passées de 4,3 G$ à 5,4 G$, ce qui représente un taux de croissance annuel moyen de 7,3 % 

    La diplomatie numérique, nouvel outil politique, le Canada et le Québec sont absent

    C’est à la conférence LeWeb à paris en 2010 que pour la première fois, je pris conscience de ce que l’on nomme diplomatie numérique. Un conférencier y expliquait le concept de diplomatie Twitter (Twiplomacy) et y démontrait, preuves à l’appui, à quel point notre premier ministre de l’époque, Stephen Harper, faisait figure de cancre de la diplomatie numérique. Je trouvais ça passionnant, mais je me disais que c’était sans doute anecdotique. Pourtant, Wikipédia nous apprend que dès 2002, le Département d’état américain avait déjà mis en branle une task force à ce sujet.

    The first foreign ministry to establish a dedicated ediplomacy unit was the US State Department, which created the Taskforce on eDiplomacy in 2002. This Taskforce has since been renamed the Office of eDiplomacy and has approximately 80 staff members, about half of which are dedicated to ediplomacy-related work.

    Other foreign ministries have also begun to embrace ediplomacy. The UK Foreign and Commonwealth Office has an Office of Digital Diplomacy that is involved in a range of ediplomacy activities. Sweden has also been active in promotion of digital diplomacy, especially through the online communication strategy of its foreign minister Carl Bildt who soon became ‘best connected Twitter leader’.

    Je vous parle de ça puisqu’hier, j’ai reçu un message privé de l’un des diplomates numériques de l’État d’Israël. Il me faisait valoir que pour aider la paix internationale, je pourrais retwitter le statut suivant de son ministère des affaires extérieures.


    @IsraelMFA
    Israel Foreign Min. a retweeté PM of Israel
    #MahmoudAbbas, @IsraeliPM is inviting you to negotiate #peace. @nadplo, the ball is in your court now!

    @IsraeliPM
    I heard President Abbas say that if I invite him to meet, he’ll come. So I’m inviting him. I’ve cleared my schedule.

    Par la suite, j’ai visité le profil de mon contact Twitter israélien. J’ai pu prendre connaissance qu’il travaille à l’unité de Diplomatie numérique du Ministère des Affaires internationales d’Israël. Il s’agit d’un service semblable à ce que fait le Foreign Office Britanique, le US State Dept et plusieurs autres états.

    Malheureusement, j’observe qu’ici, au Canada et au québec, nous avons encore bien des croûts numériques à manger. C’est en avril 2014 que le Canada a mis en ligne les premiers jalons de sa stratégie diplomatique numérique.

    En date de mi-avril, la page répertoriant les comptes de média sociaux du Ministère des Affaires étrangères, commerce et développement (MAECD) comptait 33 pages Facebook et 39 pages Twitter pour les missions canadiennes à l’étranger. Ceci est clairement une liste incomplète puisque nous sommes au fait de l’existence de comptes additionnels maintenus par d’autres missions. Plusieurs de ces comptes apparaissant sur la liste du MAECD ont été ouverts dans les dernières six semaines.

    Cette explosion soudaine de comptes de médias sociaux affiliés avec le MAECD correspond avec les discours qu’a tenu le Ministre des Affaires étrangères John Baird à Silicon Valley le 9 février et son autre adresse aux diplomates canadiens le 27 mars à Ottawa à propos de la diplomatie canadienne pour le 21è siècle. Dans le second discours, M. Baird a affirmé que la diplomatie est de plus en plus un plaidoyer public. Ces récents développements soulèvent une question importante : peut-on réellement parler d’un changement réel en matière de communications publiques au sein du MAECD considérant le contrôle excessif qu’exerce le gouvernement à ce sujet depuis son arrivée au pouvoir?

    Bien que l’existence de ces comptes de médias sociaux suggère un nouveau départ pour le MAECD, aucune stratégie détaillée pour l’usage des médias sociaux ou du développement de la diplomatie numérique canadienne n’a été officiellement annoncée. De plus, la nature incomplète de cette liste n’inspire pas confiance dans l’administration et la sincérité de cet effort, un effort qui est tout de même important à faire. Dans le domaine de la diplomatie numérique, le Canada est en queue de peloton et n’a toujours pas réalisé le potentiel des nouvelles technologies ainsi que des interactions sociales qu’elles permettent. Pourtant, la diplomatie numérique est là pour rester.

    Mais 18 mois plus tard (en décembre 2015), le constat que fait OpenCanada de ce que proposait Monsieur Baird, n’est pas des plus élogieux.

    A year and a half ago, we called for Canada’s department of foreign affairs, now called Global Affairs Canada, to develop a strategy for Canadian digital diplomacy at home and abroad. Since then numerous social media accounts — both official and personal — have been created, but no clearly articulated strategy has become known to the outside world. Instead, these accounts seem to be dominated by pop culture announcements about Justin Bieber, stereotypical photos of Canadian landscapes, opening hours of consular sections, and advertisements for Canadian educational fairs. At best, that is haphazard public relations, but it is not a new kind of foreign policy.

    Quant au Québec, grâce à la cache de Google (parce que les archives en ligne du Ministère des Relations internationales et de la Francophonie sont tellement mal foutues qu’on ne peut remonter plus loin qu’octobre 20150), on peut se rendre compte que notre gouvernement provincial commence à peine à se questionner sur la question.

    Le 18 septembre, le service des Affaires publiques et politiques de la DGQL ont assisté à un séminaire intitulé « Social Media as a Tool for Diplomats ». Organisé par l’Institut Goethe et le Diplomatic Press Attachés Association of London (DPAAL), le séminaire s’est avéré être une excellente occasion de comprendre comment les médias sociaux peuvent permettre aux organisations diplomatiques de rejoindre de nouvelles audiences et d’apprendre comment des outils comme Facebook et Twitter vont exercer une influence croissante sur les mécaniques et la nature de la diplomatie.

    Pendant ce temps, à l’instar des Américains et des Britanniques, les Israéliens ont déjà leur unité de diplomatie numérique et c’est à la fin du mois que le Ministère des Affaires Étrangères Israélien tiendra le premier Congrès scientifique international sur la démocratie numérique.

    Encore des éléments intéressants à inclure à un plan numérique pour le Canada et le Québec, si jamais on arrive à en pondre un…

    À lire dans

    Le blogue EXPLORING DIGITAL DIPLOMACY

    Foreign policy : Covert Twitter Ops: Israel’s Latest (Mis)Adventure in Digital Diplomacy

    Bidd.org.rs : Exclusive talk with a executive of Israel’s Digital Diplomacy Unit

    La piètre qualité des services internet québécois nuit aux exportations

    J’ai passé les dernières semaines en région. Non je n’étais pas à Kujuak, mais ça aurait certainement été mieux puisqu’étonnamment, le Grand Nord aura des services internet de meilleure qualité que les régions mitoyennes aux grands centres. Toujours est-il que j’ai rencontré ou travaillé avec des hôteliers, des manufacturiers, des producteurs laitier et fromager émérites, des détaillants ou des pourvoiries de l’Estrie, des Laurentides ou de Lanaudière. Tous, sans exception, ont de méchants problèmes de connectivité internet. Tous paient très cher pour un service médiocre. Tous veulent vendre en ligne, mais ne peuvent que très difficilement le faire. Le réseau internet est trop poche.

    Ce matin j’étais avec un entrepreneur touristique dont le marché principal est en France. C’est le propriétaire d’une pourvoirie haut de gamme. Ces clients, majoritairement français, achètent ses services depuis son site qui est hébergé en France. Mais pour se brancher à celui-ci depuis ses installations de Ferme-Neuve, c’est l’enfer. Heureusement qu’il y a encore le téléphone, des grossistes et des transporteurs aériens qui peuvent temporiser son manque de connexion Internet et parler et vendre à ses clients à sa place. Tout comme moi qui ne suis qu’à 100km de Montréal, le seul fournisseur disponible est le fameux Xplornet … du Nouveau-Brunswick. L’Internet Satellite à soi-disant 10MBPS pour un prix de fou. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est l’internet avec les petites criss de soucoupes sur le toit des habitations ou dans des poteaux (prononcer pôto puisque je viens de Québec :-) ) comme celui que je me suis fait installé pour la modique somme de 500 $. C’était ça ou je devais faire couper une dizaine de pins centenaires pour avoir un signal. Toujours est-il que lorsque ça marche, c’est poche et s’il neige, grêle ou s’il pleut trop fort, plus de signal du tout. D’ailleurs, je me suis patenté un balai télescopique de 16,5 pieds strictement pour enlever la neige qui se dépose sur cette soucoupe. Je suis chanceuse, ça pourrait être sur le toit et là, monter sur le toit à chaque fois qu’il neige juste pour pouvoir profiter d’un signal minable, ce n’est pas le Pérou (qui eux par contre, jouissent d’un service internet même dans les coins les plus reculés).

    Nous discutions de ce problème majeur et il me disait que lorsque les Touristes Français débarquent et qu’ils sont plus que deux à vouloir se servir d’internet pour raconter à leur pote d’outre-Atlantique à quel point leur voyage est extraordinaire, et ainsi les inciter à venir faire un tour eux aussi, 5MBPS divisé entre 10 personnes, oubliez ça. Votre page Facebook ne s’affiche même pas. Vous pouvez toujours envoyer un courriel qui prendra 10 minutes à s’envoyer si vous n’y ajoutez pas une seule photo. Skype, Facebook messenger, Facetime, instagram et autre, impossibles. Je lui disais qu’il pourrait toujours s’installer une dizaine de soucoupe et de modems avec la dizaine de comptes pour chacun d’eux, mais on parle ici de plusieurs milliers de dollars par mois pour un service par usager pire que la basse vitesse à Montréal. C’est, disons, surréaliste.

    Lorsque je parle à des détaillants, je leur explique qu’il faut que leur site soit « responsive », c’est-à-dire qu’il s’adapte aux écrans mobiles. Mais ils ne le feront pas pour leurs clients qui ont des connexions sans fil déficientes dans leur coin. Ils le feront juste pour ne pas être pénalisés par Google et son algorithme de classement des sites web. Je parle aussi à une dame propriétaire d’une entreprise manufacturière qui vend à la grandeur de l’Amérique. Elle le fait au téléphone. Elle a bien un site web, mais pour le transactionnel, faut oublier ça. Elle ne pourrait que très difficilement recevoir ses commandes. Elle pourrait par contre s’ouvrir un bureau à Montréal, strictement pour prendre ses commandes internet et se les transférer par fax en Estrie. C’est bien beau de dire aux entrepreneurs qu’ils se doivent d’être en ligne, qu’en Chine 8 millions d’entreprises vendent en ligne dans 120 pays, ici au Québec, si on n’est pas à Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau ou Trois-Rivière, juste à 20 km de ces villes, c’est le Nouveau-Brunswick notre seul fournisseur* (Xplornet) avec un service qui ferait faire une dépression à un entrepreneur Chinois ou Péruvien…

    *Note: Chez moi, Bell Canada est aussi disponible avec son Turbo Hub 3G (Internet sur ondes cellulaires) mais les prix sont si prohibitifs pour la bande passante, qu’en contexte d’affaires, ça en devient d’un ridicule à peine consommé… Et faut-il que les ondes cellulaires se rendent, ce qui très souvent n’est pas le cas. Chez moi, j’ai dû ajouter un « booster » (de modèle ZBoost) de signal cellulaire, juste pour recevoir un signal correct…

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    Je titre à propos de la timide stratégie numérique du PLQ, mais en fait, nous n’en savons toujours strictement rien. Nous savons par contre, grâce au dernier budget du ministre Leitao que cette stratégie jouira d’un budget de 160 millions sur cinq ans. Cela me fit dire sur les médias sociaux avec une certaine ironie :

    Observation: ‪#‎StratégieMaritime‬ 9 milliards, ‪#‎PlanNord‬ 51 milliards, Stratégie numérique 160 millions sur 5 ans. Vive la vision du futur…

    De ce 160 millions sur 5 ans, on apprend qu’un 4.3M$ vient d’y être amputé pour créer 350 emplois chez le Groupe Pages Jaunes. L’ironie de cette nouvelle est que pas plus tard qu’en octobre dernier, Radio-Canada nous apprenait que ce même Groupe Pages Jaunes supprimait 300 emplois, principalement au Québec. Donc, si je suis « pas pire » en math, la balance de création possible d’emplois (je dis bien possible) risque d’être plutôt de 50 emplois. On parle donc de 86 000$ par employés. Ironiquement, juste le mois dernier, à propos de Groupe Pages Jaunes LaPresse Affaires titrait « Baisse des ventes et profits de Pages Jaunes ». Il faut croire que nos politiciens ne lisent pas les journaux et/ou qu’ils ont une mémoire courte. Il faut sans doute aussi s’inquiéter de ce que sera cette « stratégie numérique du PLQ » qui n’aura plus que 31.1M$ par année pour atteindre ses objectifs à être défini. Ce qui inquiète aussi est l’énoncé qu’en fait le gouvernement avec de si petits moyens. On peut lire sur la page du budget du Ministère des Finances :

    Plus de 160 M$ pour une stratégie numérique d’avant‑garde :
    Intégration des TI dans les PME
    Appui aux grands projets visant la transformation numérique
    Québec Branché : un soutien à l’accès numérique dans toutes les régions du Québec

    Je suis enthousiaste et un peu naïve. J’ose espérer que ce budget famélique sera bonifié en tabarnak si on veut accomplir tout ce que le Ministère des Finances prétend. Seulement en infrastructures numériques, incluant la fibre optique à chaque résidence et un réseau cellulaire digne de ce nom, nous en avons pour une couple de milliards. Paradoxalement, c’est exactement ce que fait un pays qu’on dit « en voie de développement », le Kenya. Depuis une couple d’années, une transformation numérique majeure s’installe au Kenya.

    The government has emerged as one of the biggest investors in the sector, with huge stakes in technology firms in companies such as Safaricom and Telkom Kenya. More recently, the state has pumped more than $110 million and Sh10 billion into an international fibre optic cable and is building one of the largest inland fibre network in East Africa.

    Pour votre info, Sh10 billion se convertit en 98.4M$ US. Le Kenya, en plus d’être un leader en paiement mobile et une infrastructure cellulaire de 4G LTE sur la grandeur de son territoire, a aussi la vision de devenir la Silicon Valley de l’Afrique.

    Le but étant de faire de la Silicon Savannah le pendant africain de la Silicon Valley, avec pour objectif de créer 20 000 emplois en cinq ans et dix fois plus à partir de 2030. Le développement de Konza City pourrait coûter entre 10 et 14,5 milliards de dollars, dont 5% financés par le Kenya. Le reste sera à la charge d’acteurs privés, qui loueront les terrains au gouvernement kenyan en contrepartie d’avantages fiscaux.
    Google, IBM et Samsung sur la brèche
    Et les candidats sont potentiellement nombreux: Microsoft, Google et Intel ont d’ores et déjà installé leurs sièges régionaux au Kenya. Si IBM a choisi Nairobi pour son premier centre de recherche africain l’an passé, il y a fort à parier que le développement de Konza City attire d’autres investisseurs… Samsung, Blackberry et Huawei sont ainsi évoqués comme de futurs acteurs de cet hub technologique.

    Mais bon, « La question qui tue » et qu’on me pose constament : Pourquoi s’intéresser à un plan numérique? Sans doute comme le répond le patron de CISCO lors d’une entrevue à McKinsey, parce que si vous ne vous adaptez pas à la plus importante transition technologique jamais vue, vous n’existerez plus d’ici 10 à 15 ans.

    « If you’re a leader in today’s world, whether you’re a government leader or a business leader, you have to focus on the fact that this is the biggest technology transition ever. This digital era will dwarf what’s occurred in the information era and the value of the Internet today. As leaders, if you don’t transform and use this technology differently—if you don’t reinvent yourself, change your organization structure; if you don’t talk about speed of innovation—you’re going to get disrupted. And it’ll be a brutal disruption, where the majority of companies will not exist in a meaningful way 10 to 15 years from now. »

    Si vous êtes plus auditif que visuel, voici la vidéo de ce que disais à notre PM, Philippe Couillard et aux personnes qui étaient du Forum des idées de 2014.

    Je vous invite aussi à lire ou relire mon billet Monsieur Couillard, expliquez-moi la logique du plan Nord

    Secrets de famille et la lâcheté de ceux qui savent

    Le Québec est une grande famille. Le Québec a de nombreux secrets. Le cinéma est une grande famille. Le comité olympique canadien est une grande famille. Le secteur de la construction est une grande famille. Le secteur des TI est aussi une grande famille. La politique, les affaires, la pègre, les motards le sont aussi.

    Où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. Où il y a de l’homme, il y a aussi des gens qui se lèvent debout et qui au risque de leur sécurité physique, financière, psychologique, familiale ou sociétale, osent parler. Osent lever le voile sur les abominations dont ils sont témoins. Lorsque ça arrive, le déferlement de révélations subséquentes survient. On nettoie la plaie. Les choses changent un peu. Des fois.

    Les secrets de familles sont partout. Qu’on parle de Marcel Aubut, de Claude Jutra, des commissions Gomery ou Charbonneau, ont dit souvent « tout le monde était au courant ». Mais personne ne parlait. Lorsqu’on parle de TI au Québec et des milliards (je ne dis pas ici centaines de millions, mais bien de milliards) qui sont dépensés pour des projets qui ne marchent pas, tout le monde sait. Mais personne ne parle. Une de mes connaissances avocat me parlent de ces réunions à 25 personnes qui sont tous à plus de 300 $ de l’heure assis autour d’une table à chercher les excuses et justificatifs de ces projets qui ne marchent pas. Il me raconte aussi que les mêmes grandes firmes de comptables et d’avocats qui analysent les contrats des fournisseurs examinent aussi ceux du gouvernement. Mais il y a un « mur de chine » entre les collègues des mêmes bureaux qui travaillent des deux côtés de l’équation. Il y avait aussi un mur de chine dans la tête des gens de cinéma, du comité olympique, de la construction, de la politique et autre. On sait, mais on n’a pas de preuve ou on n’ose pas aller en chercher.

    Plusieurs amis informaticiens savent. Ils voient le ridicule des projets. Mais ils ont des familles à faire vivre. Ils ne peuvent se payer le loisir d’être barré à vie de la famille. Ils se taisent et se tairont jusqu’à ce que quelqu’un,un premier, parle. Ils ne diront rien jusqu’à ce que l’UPAC frappe un bon coup, un de ces jours, qui n’arrive toujours pas.

    Dans ma propre famille, plusieurs de mes neveux et nièces croient (depuis maintenant huit ans) que je suis partie faire un long voyage dont je ne suis jamais revenue. Ils ne savent pas que je suis encore ici, mais juste un peu différente. Ils étaient (soi-disant) trop jeunes lorsque c’est arrivé. Depuis, ce secret est devenu la réalité.

    Moi je sais bien des choses en TI. Mais je n’ai effectivement pas de preuves. Je suis à mon compte et je pèse soigneusement mes paroles. Pas par lâcheté, mais parce que je ne peux me permettre une poursuite bâillon et que je n’ai pas de preuve tangible et défendable. Mais je sais en tabarnak à quel point on se fait fourrer collectivement. Peut-être le saurez-vous aussi un jour…

    Mon #Jeudiconfession du jour

    ‪#‎Jeudiconfession‬ ‪#‎Jutra‬ Mon père était orphelin de Duplessis. Il était beau et on le cachait lorsque des parents venaient pour adopter. Les prêtres et les soeurs ne voulaient pas perdre leur jouet sexuel. Voilà pourquoi la pédophilie me pue au nez…

    Autre nouvelle qui est certainement sans intérêt et qui n’a aucun rapport, dans Bloomberg on peut lire : Le site Obamacare fait par CGI a couté deux milliards de trop révèle une étude.
    Obamacare website costs exceed $2billion, study finds