1.4G$ de dépense temporaire du gouvernement du Québec pour des licences Microsoft

C’est cette semaine que le gouvernement du Québec avalisera une dépense de 1.4G$ pour le renouvèlement des licences Microsoft des postes de travail des quelques 700 000 fonctionnaires. Pourtant, la ministre Malavoy, alors qu’elle était dans l’opposition, fulminait contre cette dépense « sans appel d’offres », mais est tout d’un coup bien silencieuse. Dans l’article de Valérie Lesage de LesAffaires Microsoft, une solution temporaire à Québec en attendant le logiciel libre ? on apprend que cette mesure est « transitoire »:

Le renouvellement possible des licences de la suite Office de Microsoft sans appel d’offres par le gouvernement Marois apparaît comme une mesure transitoire, le temps que le secteur du logiciel libre prenne des forces au Québec. Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, annonce d’ailleurs aujourd’hui une série de mesures pour permettre au gouvernement de développer son expertise du logiciel libre et d’en intensifier l’utilisation au sein des organismes publics.

«Si on avait eu une approche sur les logiciels libres il y a deux ou trois ans, on n’en serait pas là, mais je ne veux pas mettre à risque les services à la population. D’autre part, si les coûts d’impacts pour aller vers le libre sont plus élevés que les coûts de renouvellement (des licences), ça ne va pas. Parfois, on est pris avec les choix technologiques d’il y a 5-10 ans», explique M. Bédard en entrevue avec Les affaires.
(…)«Il y a quelques ministères qui ont des activités critiques. Par exemple, il faut que les chèques de la Régie des rentes soient bien émis, sinon ce serait la catastrophe, alors il y a des endroits où il faut y aller avec beaucoup de précautions», juge-t-il.

Mon point de vue

Tout d’abord je suis rassurée que ce ne soit qu’une solution « transitoire ». Avec une dépense estimée de 1.4G$ si le gouvernement s’engageait dans une solution permanente on parlerait de combien de milliards de plus? J’ose à peine l’imaginer.

Par ailleurs, il me semble que si le gouvernement veut réellement une solution transitoire et conserver Microsoft pour ne pas trop perturber les fonctionnaires, la suite Microsoft 360 aurait déjà fait baisser la facture de moitié. Il y a aussi la possibilité d’utiliser les services de chiffrier et de traitement de texte de Google Document, pour un gros GRATIS. Mais de toute évidence, il faudra gérer le changement et faire de la formation, qui est déjà incluse dans l’enveloppe de 1.4G$. D’ailleurs, la vraie question est de savoir quel est la proportion de coûts de licence et de gestion de changement et support qui est dans cette mirobolante enveloppe de 1.4G$, qui elle (la dépense) n’est pas transitoire?

Finalement, lorsqu’on parle de logiciel libre, de licence pour les ordinateurs des fonctionnaires et de processus critiques pour émettre les chèques de la Régie des rentes, il me semble qu’on mêle bien des épouvantails en même temps. Je vous informe en passant qu’une organisation qui a réellement le sens de ce que monsieur le ministre Stéphane Bédard appelle “des activités critiques” est la CIA, qui elle vient de signer un accord pour utiliser les services Web et l’infonuagique de Amazon. Mais bon, ici on prend des décisions sans appel d’offres et on consulte pour ce faire, les mêmes firmes “Microsoft certified” qui empochent par la suite les contrats qu’il faut absolument réaliser. Dire qu’on croyait que c’était dans la construction que les magouilles payaient le plus…

MAJ

J’apprends aussi ce matin que Microsoft est sous investigation par The Justice Department and the Securities and Exchange Commission concernant des allégations de versement de pots-de-vin à des Microsoft Certified Partners et fonctionnaires étrangers. C’est dans BusinessInsider qui cite le Wall Street journal

There are also allegations that Microsoft partners offered money to officials in Europe. Specifically, there are allegations of a reseller bribing Romanian officials. There is also an investigation into allegations Microsoft used consultants in Italy as a way to funnel money to Italian officials to secure software contracts.

MAJ2
Pour votre plus grand étonnement, voici un document de 2007 du Sous-ministériat à l’encadrement des ressources informationnelles Direction de l’architecture :

Les logiciels libres et ouverts et le gouvernement du Québec

Étrangement, il semble que maintenant en 2013, on doit encore faire « des projets pilotes ». Étonnant, vraiment oui, é-ton-nant…

Est-ce que les fonctionnaires efficaces sont tous partis à la retraite, souffrent-ils d’amnésie, les députés savent-ils lire ou est-ce qu’un groupe d’individus a pris le contrôle de l’informatique du gouvernement pour s’emplir les poches indument? D’ailleurs qui est le boss de l’informatique au gouvernement du Québec? Quelle est la valeur exacte des dépenses du gouvernement du Québec en matière d’informatique des ministères et des organismes paragouvernementaux et des secteurs de la santé et de l’éducation? Il semble que ces chiffres soient inconnus. Étrangement, l’un des postes budgétaires les plus importants pour le bon fonctionnement de l’appareil gouvernemental est mal documenté et il semble que personne ne puisse avoir de réponses. Étonnant, vraiment é-ton-nant! Et il se trouve encore des gens pour se demander pourquoi nous devrions avoir un ministère du numérique…

Pour comprendre davantage ou pour suivre le triste historique ce ce feuilleton, mes billets :
Moi, ministre du numérique? Je préfèrerais plutôt une job de rêve

Les paradoxes néfastes d’une enquête sur la collusion/corruption en TI au Québec

Des projets d’intégration au gouvernement du Québec, de CGI et de l’absence d’usage des Web services

Comment se faire fourrer en TI (ou pas) avec l’aval des députés et des hauts fonctionnaires

Les données personnelles des Québécois sont-elles déjà scrutées par les Américains

Le SFPQ en beau fusil contre la collusion en TI, demande formellement une enquête publique

Un plan numérique pour le Québec pour éviter de se faire fourrer par les TELCOs

La gangrène des TI au gouvernement du Québec et son impact sur notre développement économique

Un plan « big data » pour le développement économique du Québec

Un plan numérique pour le Québec, entre autres pour éviter de se faire fourrer collectivement

Les gagnants et les perdants de l’économie numérique

Les étonnés et le rapport d’étonnement

Un plan numérique pour le Québec devrait-il faire une place au logiciel libre ?

Le gouvernement du Québec poursuivi pour avoir ignoré le logiciel libre

Le gouvernement du Québec , une succursale de Microsoft?

WordPress, est-ce réellement solide pour de gros sites web?

J’ai un client qui est en train de mettre sur pied un site web international dans le domaine de la beauté. Les prévisions sont qu’à terme, plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de visiteurs, navigueront sur celui-ci chaque jour. Or dans le processus d’analyse des besoins avec ce client, je lui parle de WordPress comme d’une plate-forme possible pour son site web. Or, un fournisseur technologique lui fait valoir que WordPress ce n’est que pour de petits blogues et qu’il ne pourra pas accueillir un flot de visiteurs très élevé. Mon client me raconte donc les dires de ce fournisseur. De toute évidence je sursaute et suis surprise d’une telle perception.

 

Il est évident que WordPress a d’abord été connu et reconnu comme la plate-forme de blogue la plus utilisé dans le monde. Mais encore peu de gens savent que c’est aussi un très, mais là vraiment très robuste CMS (content management system). C’est d’ailleurs une plate-forme utilisée par des entreprises telles que (Via la Fabrique de blogues)

 

Médias
- CNN
- New York Times
- Le Monde
- La Presse
- CBS
- Time
- Owni
- L’actualité
- ONF
- TED
- The bangor Daily News
- The New York Observer
- Radio Okapi
- Radio Canada
- Wall Street Journal
- Wired
- TechCrunch
- GigaOm
- BoingBoing
- Forbes

Entreprises
- Ebay
- Flickr
- Yahoo!
- Ford
- Sony
- GE
- Samsung
- UPS
- VW
- GM
- Moment Factory

Éducation
– HEC Montréal
- CSDM
- Mc Gill
- MIT
- Harvard
- Cornell
- Berkeley

 

Disons que si cette plate-forme n’est pas capable de prendre un gros flot de visiteurs, certaines des plus grosses propriétés web de la planète sont dans le gros trouble. Dans son billet, la Fabrique de blogs parle aussi de Some of the world’s biggest brands and industries rely on WordPress.com. Disons que ça devrait mettre un bouchon définitif sur la trappe des incrédules. Par ailleurs, on se souviendra que le site web de l’Assemblée nationale avait couté 3,5 millions. Louis Durocher d’Orenoque, spécialiste en référencement avait analysé le site (PDF) lui donnant une note de 68%. Hormis le fait que « 3.5 millions c’est de la grosse argent en mautadit », il me semble que si le gouvernement avait choisi WordPress comme plate-forme, plutôt que la technologie propriétaire de la firme NStein, en plus de faire potentiellement des économies substantielles, le score de référencement aurait sans doute été encore plus performant, WordPress étant reconnue comme l’une des plates-formes les plus perméables aux engins de recherches. Vous pouvez d’ailleurs visiter la page dédiée aux sites gouvernementaux qui sont sous WordPress.

 

Finalement, vous serez sans doute surpris d’apprendre que selon W3techs.com, WordPress a maintenant 54.7% des parts de marchés mondiales.

 

MAJ

Comme on me le mentionne en commentaire, WordPress a aussi un service VIP pour ses clients qui demandent un service encore plus robuste. Voici encore une autre liste de ses prestigieux usagers dont CNN http://vip.wordpress.com/clients/

Le Sommet sur l’enseignement supérieur et son absence de vision

Dans mon billet Les paradoxes néfastes d’une enquête sur la collusion/corruption en TI au Québec j’avais ce paragraphe sans doute prophétique:

Il est dommage, triste et inquiétant qu’on ait maintenant peur de ces technologies qui sont pourtant à la fois notre planche de salut économique et sociétale pour la société du savoir dans laquelle nous évoluons. D’ailleurs, à ce que je sache, les états généraux de l’éducation ne touchent en rien la question du numérique dans les débats qui s’y font. Pourtant, il y a fort à parier que d’ici 10 ans, la désintermédiation des connaissances se fera certainement via le Web (elle se le fait déjà) et il est fort probable que pour faire des études universitaires, il ne soit plus nécessaire de se retrouver physiquement sur un campus. Pourquoi aller à l’Université du Québec à Chicoutimi si je peux graduer de Harvard en restant chez moi? Juste un exemple, parmi tant d’autres, des enjeux auxquels il me semble que collectivement nous devrions réfléchir…

Or hier, dans LaPresse, il y avait cette opinion de Pierre Simard professeur à l’ENAP Enjeux d’un autre temps

Alors que le Québec n’en finit plus de débattre de gratuité, de gel ou d’indexation de ses droits de scolarité, les grandes universités du monde regardent vers l’avenir.

Dans la récente édition du magazine The American Interest, Nathan Harden prédit la fin des universités américaines telles qu’on les a connues: l’éducation supérieure sera dorénavant de plus en plus accessible, de moins en moins coûteuse et plusieurs universités devront se résigner à fermer leurs portes. Il va même jusqu’à prédire que d’ici 10 ans, l’Université Harvard aura 10 millions d’étudiants. De la fiction? Pas du tout!

(…)Mieux encore, pendant que le gouvernement du Québec annonçait des coupes budgétaires et qu’il invitait nos universités à se serrer la ceinture, ces deux universités privées investissaient plus de 60 millions de dollars dans un organisme indépendant chargé d’observer les apprentissages et de raffiner les technologies.

Aujourd’hui, la concurrence est vive entre les grandes universités pour étendre leurs enseignements aux étudiants du monde entier. Le jour n’est pas loin où quiconque avec un peu de volonté et de talent pourra s’inscrire en ligne dans une université prestigieuse pour une fraction du coût en campus.

(…)La bonne nouvelle, c’est que toutes nos hésitations ne devraient pas nuire à l’accessibilité des jeunes Québécois à des formations universitaires de qualité: les grandes universités du monde s’en occupent. Seule la survie de nos universités est en jeu, mais ça, on ne le voit pas. La poutre dans l’oeil!

Et comme j’ai partagé cet article dans mon Facebook, on y a commenté et rapartagé le contenu et sur le mur d’Isabelle Dea, j’ai pu prendre connaisance de ceci:

About « MIT IDEAS GLOBAL CHALLENGE

We’re creating dialogue around innovation and social impact. We want to ignite conversations and discourse around development work, social enterprises, and public service. We desire many voices around innovation, current leaders bringing about a new tide in development work (foreign and local), and what’s happening at MIT.
We believe there is space for more dialogue about social impact – what’s working, what are the hurdles, what are the trends, who are the leaders, where is the support, what resources exist.
With this blog, we hope to start diverse conversation around the challenges that exist, the technologies and systems built to address those challenges, the leading dialogue around areas like Millennium Development Goals and share the trajectory ofIDEAS Global Challenge and the teams that enter.
Read, comment, and share — let’s get these conversations started!

Puis ceci

The MIT Challenge — Learning 4 Years in 12 Months (Without Taking Classes)


et finalement le résultat

The MIT Challenge is Complete

Pendant ce temps, l’ASSE est prête à reprendre du service et à user de ce qu’ils nomment “la diversité des tactiques”, les recteurs s’arrachent les cheveux pour boucler un budget déficitaire, le PQ vote contre ses propres positions et ses deux anciens chefs sèment les graines de la discorde.

Il ne semble pas qu’on se questionne sur la place de nos universités dans le monde, ou encore mieux, de la place de nos universités dans le monde numérique.

Encore une fois, il me semble que plutôt que de faire un sommet sur l’enseignement supérieur, il serait sans doute plus opportun d’en faire un sur le numérique et son impact majeur sur toutes les composantes de l’économie et de la société. Mais oui, je ne suis qu’une grande rêveuse….

MAJ

Ce qui me rassure à moitié est que la France aussi semble prendre du retard quant à l’importance du numérique pour l’éducation supérieure. Ayant mis des statuts Twitter, Facebook, LinkedIn et Google + pour faire la promo de ce billet, je reçu du pote Français Emmanuel Scotto, le twitt suivant:

@MichelleBlanc pour apporter de l’eau à ton moulin, et voir que le constat est le même ici aussi. Tout frais du jour: http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20130213.OBS8730/enseignement-a-distance-l-incroyable-fiasco-du-cned.html
Enseignement à distance : l’incroyable fiasco du Cned
D’après la Cour des comptes, l’Education nationale a totalement raté la révolution de l’enseignement à distance, qui explose partout dans le monde. Le Centre national d’enseignement à distance a juste oublié de s’adapter à l’internet. Son pronostic vital semble engagé.

On peut y lire :

On croit rêver quand on découvre sous la plume de la Cour des Comptes que le Cned, le Centre national d’enseignement à distance, plus gros opérateur français de télé-enseignement (e-learning en anglais) est « un établissement inadapté à la formation en ligne ». Un euphémisme de technocrate pour dire que le Cned a tout simplement oublié de s’adapter à l’ère internet apparue il y a plus de 15 ans. Ou – pour être plus juste – que le ministère de l’Education nationale a oublié de développer cet outil, qui s’était installé, de façon très symbolique, au sein du parc du Futuroscope à Poitiers, dévolu aux nouvelles technologies high-tech.

Le rapport de la Cour des comptes donne l’impression d’une véritable Bérézina : entre 2000 et 2010, le Cned a vu le nombre de ses inscrits dégringoler de 400.000 à 200.000, alors que, selon le constat du Cned lui-même « le marché de la formation à distance est en croissance générale. » C’est, en fait, un marché en pleine explosion. Aux USA on appelle ça la révolution des Mooc : massive online open courses, l’arrivée massive de cours en ligne, dont certains gratuits. Certains sites comme Coursera sont suivis par 2,5 millions d’internautes. Pendant ce temps la Cour des compte constate que « la question du maintien de l’existence du Cned sous sa forme actuelle est posée ».

Je disais donc être rassurée à moitié. L’autre moitié elle est en tabarnak de s’apercevoir qu’eux (les Français) se rendent au moins compte (politiquement) de leur retard. Ce qui est très, très loin d’être le cas ici…

Moi, ministre du numérique? Je préfèrerais plutôt une job de rêve

On me dit souvent Michelle tu devrais être notre ministre du numérique. Lorsque j’entends ça, j’esquisse un sourire pour ne pas carrément m’esclaffer de rire. C’est que pour être ministre, il faut d’abord être député et l’être pour le parti qui prend le pouvoir. Or, je ne me reconnais dans aucun de nos partis. Si je faisais de la politique, ce serait comme indépendante et je n’ai pas assez de fric pour ça. Et à ce que je sache, aucun député indépendant n’a été ministre.

Sous-ministre, une job de rêve

Par contre j’aimerais bien être sous-ministre. Être sous-ministre est sans doute la meilleure job du monde. Tout d’abord vous gagnez beaucoup plus qu’un ministre. Un sous-ministre gagne 198 295 $ (Source LaPresse) tandis qu’un ministre lui ne gagne que 149 429 $. Mais la beauté de la chose est qu’un ministre est celui qui se fait plomber régulièrement par les journalistes et l’opinion publique, pour des décisions qui sont souvent prises … par des sous-ministres.

Je suis sans doute dans le champ, mais je n’ai pas souvenir qu’un sous-ministre a été déjà imputable de quoi que ce soit. Je ne me rappelle pas avoir déjà lu qu’un sous-ministre avait été foutu à la porte pour avoir fait une grosse connerie (par exemple, avoir été à la tête du ministère responsable de l’effondrement d’un viaduc). Le sous-ministre n’a pas les spots dirigés sur lui. La population passerait à côté d’un sous-ministre sans savoir qu’il en est un. Pourtant, il est celui qui a réellement le pouvoir. Il peut braquer l’appareil gouvernemental pour, ou contre une idée, un projet, une politique. Pourtant, il ne semble imputable de rien. Il n’est pas responsable de ses décisions et c’est souvent le ministre ou pire le nouveau ministre qui n’est dans son dossier que depuis quelques mois ou quelques semaines, qui doit porter l’odieux d’un gaffe.

La crosse récente d’un sous-ministre

Prenons un exemple récent. Celui de Jean St-Gelais tel que rapporté dans l’article de Jean-Nicolas Blanchet Pas d’appel d’offres, Jean St-Gelais a permis au Centre de services partagés de conclure une entente sans passer par le processus normal du Journal de Montréal.

Selon M. St-Gelais, il était «d’intérêt public» de ne pas effectuer d’appel d’offres. Le Journal a obtenu copie d’une lettre signée par M. St-Gelais, secrétaire général du Conseil exécutif du gouvernement du Québec (CSPQ). Datant du 4 octobre et adressée au directeur du Centre de services partagés du Québec, la lettre précise qu’un «appel d’offres public ne servirait pas l’intérêt public pour l’acquisition de ces logiciels».

Or, tout d’un coup, c’est le Parti Québécois qui est dans le caca mou. C’est même la chef du parti, madame Pauline Marois, qui est responsable de la nomination de monsieur St-Gelais et madame Malavoy qui est aussi éclaboussée dans l’article de Valérie Lesage de LesAffaires.

Dans une lettre datée du 4 octobre 2012 et dont Les Affaires a obtenu copie, M. Saint-Gelais justifie sa décision sur une disposition de la Loi sur les contrats des organismes publics adoptée par décret par le gouvernement Charest et alors décriée par le PQ.

«Nous sommes en train de nous faire rouler avec ce décret», avait réagi la députée péquiste Marie Malavoy en novembre 2011, dans une entrevue au quotidien Le Devoir. Elle et son ancien collègue Sylvain Simard ont ouvertement milité pour la cause du logiciel libre ces deux dernières années, y voyant une source d’économies pour l’État québécois.

L’autre job de rêve, lobbyiste/relations publiques.

À la fin de l’article de monsieur Blanchet on apprend aussi ce petit détail.

La mise à jour des logiciels Microsoft pourrait représenter des dépenses pour l’État de près d’un milliard de dollars. Le lobbyiste réputé de la firme National Martin Daraîche a renouvelé, le 11 janvier, son mandat pour Microsoft Canada.

Je sais aussi que National est une firme extrêmement active en relations publiques pour divers partis politiques provinciaux et municipaux. Ils ont d’ailleurs été durant des décennies, l’agence du Maire Vaillancourt de Laval. Mais je sais que chez les relationnistes, comme pour les grands bureaux de comptabilité, il y a un mur entre les dossiers. Il est clair que jamais un lobbyiste qui travaille pour une firme informatique ne parlera à son collègue relationniste qui lui fait les relations publiques pour le parti qu’il tente de convaincre des vertus de son client. Comme ça, il n’y a pas d’imputabilité là non plus.

Non, pourquoi vouloir être ministre lorsqu’il est tellement plus payant et sécurisant d’être sous-ministre ou lobbyiste sans avoir à porter l’odieux de l’imputabilité…

Les paradoxes néfastes d’une enquête sur la collusion/corruption en TI au Québec

Tout comme pour la corruption dans le domaine de la construction au Québec, il semble y avoir de très nombreuses irrégularités, inefficacités gaspillage et sclérose dans les technologies de l’information au gouvernement du Québec. Paradoxalement, nous sommes à un moment de notre histoire pour lequel les technologies en général et le numérique en particulier revêtent une importance capitale pour notre avenir économique et pour la place qu’auront nos enfants dans l’échiquier économique mondial de demain.

Une enquête publique, de l’UPAC ou autre, pourrait certainement nous éclairer sur plusieurs pratiques douteuses de fournisseurs et de fonctionnaires du gouvernement du Québec. Malheureusement, ça risque aussi d’accroitre sensiblement notre retard en matière d’adoption des technologies comme vecteur de réduction des dépenses gouvernementales, d’augmentation de l’efficacité de la prestation de services et d’accroissement de l’ouverture des données et de la limpidité des prises de décisions gouvernementales (gouvernement ouvert). Mais ça risque aussi surtout de repousser aux calendes grecques la mise sur pied d’un plan numérique pour le Québec. Déjà, les mandarins de l’état voient les technologies de l’information comme une « patate chaude » de laquelle il faut se tenir loin. Nos élus aussi, ont peur de prendre des décisions pouvant les faire mal paraîtres en cette ère de gouvernement minoritaire. De plus, rares sont les politiciens qui ont une réelle compréhension du numérique et de son importance pour notre économie ou pour l’évolution de la société.

Il est dommage, triste et inquiétant qu’on ait maintenant peur de ces technologies qui sont pourtant à la fois notre planche de salut économique et sociétale pour la société du savoir dans laquelle nous évoluons. D’ailleurs, à ce que je sache, les états généraux de l’éducation ne touchent en rien la question du numérique dans les débats qui s’y font. Pourtant, il y a fort à parier que d’ici 10 ans, la désintermédiation des connaissances se fera certainement via le Web (elle se le fait déjà) et il est fort probable que pour faire des études universitaires, il ne soit plus nécessaire de se retrouver physiquement sur un campus. Pourquoi aller à l’Université du Québec à Chicoutimi si je peux graduer de Harvard en restant chez moi? Juste un exemple, parmi tant d’autres, des enjeux auxquels il me semble que collectivement nous devrions réfléchir…

Pour en savoir plus, relisez mes billets:

Les gagnants et les perdants de l’économie numérique
Les étonnés et le rapport d’étonnement
La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain
Un plan numérique pour le Québec, entre autres pour éviter de se faire fourrer collectivement
La gangrène des TI au gouvernement du Québec et son impact sur notre développement économique
Un plan numérique pour le Québec pour éviter de se faire fourrer par les TELCOs

Des projets d’intégration au gouvernement du Québec, de CGI et de l’absence d’usage des Web services

L’un des sujets qui m’est chers et dont je ne vous parle pas souvent parce que c’est un peu trop technique est celui de Web services. C’était d’ailleurs mon mémoire de maîtrise(PDF) et une publication scientifique subséquente au prestigieux CIRANO(PDF) (il y a déjà dix ans).

Je vous parle de ça parce que le sujet revient d’actualité dans un récent papier de l’excellente journaliste Valérie Lesage de LesAffaires La gestion des contrats en TI par le gouvernement plus que jamais sous la loupe. Elle y déniche une citation savoureuse du chef de la direction de CGI. Elle y dit :

D’autre part, le travail se fait souvent selon une approche d’intégration classique qui nécessite de rebâtir les connexions informatiques toutes les fois qu’une nouvelle application est souhaitée. C’est une méthode fastidieuse, dont la nécessité est défendue par CGI, mais que beaucoup d’experts remettent en question, en préconisant plutôt des approches plus flexibles et moins coûteuses, comme les services Web. Ceux-ci permettent une interopérabilité des applications, sans rebâtir les systèmes.

«Vous n’avez pas le choix de faire de l’intégration classique, répond Serge Godin, président du CA de CGI. Nous travaillons avec des systèmes qui peuvent absorber des volumes complexes de gestion interne. On ne parle pas d’interroger des données, on parle d’émettre des chèques, de gérer des comptes de banque et des fonds de pension, et ça demande une précision extrêmement poussée.»

Je ne suis vraiment pas de l’avis de monsieur Serge Godin. D’ailleurs, il semble que je ne sois pas seule.

Guy Bégin, professeur au Département d’informatique de l’UQAM, spécialisé dans la sécurité informatique, a une lecture différente : «Ça se défend comme raisonnement lorsqu’un système doit enregistrer des informations à la seconde ou qu’on doit vérifier qu’un dossier patient n’est pas confondu avec un autre, mais il ne faut pas repousser toutes les approches non traditionnelles.»
(…)
M. Bégin préconise le développement de systèmes informatiques par modules indépendants qu’on peut ensuite relier ensemble par les services Web.
«C’est plus avantageux que d’avoir un gros bloc qu’il faut changer complètement toutes les fois qu’on veut une amélioration», précise-t-il.
(…)
«Mais le système actuel est sécurisant. Jamais un directeur informatique n’a perdu son job pour avoir recommandé CGI, souligne-t-il. Le poids des grands cabinets a ralenti le développement de l’informatique au Québec par rapport à ce qui se fait ailleurs. Ils font travailler des milliers de personnes, et s’ils devenaient plus productifs, il leur faudrait trouver plus de contrats.»

Mon anecdote CGI et Web Services

Il y a une dizaine d’années, en présence de l’un de mes mentors, toujours professeur à l’Université de Montréal j’eu l’insigne honneur de diner avec l’un des gros VP de CGI. C’était plus fort que moi alors je lui demande:

Pourquoi ne faites-vous pas et ne parlez-vous pas de Web services au gouvernement du Québec, vous connaissez ça certainement les Web services?

Sa réponse : Notre business ce n’est pas de faire de l’éducation, mais bien de faire de l’argent…

Fin de la citation…

MAJ

D’ailleurs pour faire échos aux propos de monsieur Godin qui avance qu’« On ne parle pas d’interroger des données, on parle d’émettre des chèques, de gérer des comptes de banque et des fonds de pension, et ça demande une précision extrêmement poussée.» Il y a déjà 10 ans, certaines entreprises (notamment bancaires et financières), utlisaient des web services dont voici quelques exemples tirés de ma publication au CIRANO(PDF), pp11-12

Par exemple, il cite le cas de Merrill Lynch qui a réussi un projet d’intégration à un coût de $30 000 plutôt que les $800 000 initialement prévus, grâce à l’utilisation des Web Services.

Dans un autre projet, Merril Lynch a réussi à intégrer des données provenant de près de 2000 différents SI de support à la clientèle. Dans la première phase de ce projet, Merrill Lynch a développé un système d’analyse de portfolio à partir des données sur la clientèle, les produits et sur les marchés en temps réel. La deuxième phase de ce projet vise à rendre Ces données accessibles à partir de téléphone traditionnel et mobile, ainsi qu’à partir d’assistants numériques personnels (Personal Digital Assistants).
(…)

Hagel III mentionne aussi que Citibank a développé CitiConnect à l’aide des Web Services. Ce service permet le traitement des paiements électroniques pour les places de marché. Grâce à cette initiative, le temps de règlement des comptes entre les acheteurs et les vendeurs a été réduit de 20 à 40% et les coûts associés au règlement de la transaction autant pour les acheteurs que les vendeurs ont été réduis de 50 à 60%.

Chez Dell, on se sert des Web Services afin de rendre disponible à toutes les 2 heures les horaires de production, permettant à ses fournisseurs à leur tour d’ajuster leurs livraisons. Cette initiative a permis à Dell de réduire le temps de détention sur stock de 26-30 heures à 3-5 heures, soit une réduction de 80%

Comment se faire fourrer en TI (ou pas) avec l’aval des députés et des hauts fonctionnaires

La semaine dernière le SFPQ poussait les hauts cris, avant Noël c’était le dirigeant de l’UPAC et un peu avant, le vérificateur général (et depuis quelques années déjà votre humble blogueuse de même que de très nombreux journalistes(Docx)) qui unanimement s’inquiétaient des dépenses disproportionnées et douteuses de nos technologies de l’information. Mais qu’à cela ne tienne, il ne sert à rien de s’énerver avec les coûts hors proportions de nos TI au gouvernement du Québec. Il semble que tout baigne dans l’huile et qu’il n’y a aucune collusion et aucun problème avec nos TI. Ceux qui disent le contraire ne sont que des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent.

Pour vous en assurez, rien de plus simple. Écouter la web diffusion des trois heures soporifiques de la récente commission parlementaire de la commission de l’administration publique. Vous pourrez être judicieusement éclairé par le secrétaire du Conseil du trésor, le président-directeur général du Centre de services partagés du Québec, le président-directeur général de l’Agence du revenu du Québec et le président-directeur général de la Régie des rentes du Québec concernant les contrats de services professionnels liés au traitement de l’information.

Profitez-en bien puisque cette comédie burlesque est dûment payée par vos impôts et ses acteurs sont les grands mandarins de l’état et nos vaillants députés à l’œil de lynx.

Mais si vous voulez franchement rigoler (ou pleurer de désarroi) relisez cette collection de statuts Twitter des journalistes Michel Hébert, Daniel Leblanc et de quelques autres internautes. Des fois, les plus comiques ne sont pas nécessairement ceux qu’on paie pour entendre

michel hébert ‏@hebert_mic
#AssNat Mauvaise nouvelle pour les tondus: Revenu Québec veut «optimiser ses processus»…
https://twitter.com/hebert_mic/status/296702018683273217

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique Si toutes les questions sont comparables à celles que pose Cardin, faudra servir l’expresso aux fonctionnaires…
https://twitter.com/hebert_mic/status/296705880106340353

Daniel Leblanc ‏@danlebla
@hebert_mic Pourtant, à Ottawa, c’était un bout-en-train et la bougie d’allumage du BQ :-)
https://twitter.com/danlebla/status/296706186315698176

michel hébert ‏@hebert_mic
@danlebla Il a visiblement pas passé la nuit à se préparer. «Vous avez 20 000 ordinateurs? – On en a 90 000 – Ben, ça doit coûter cher…
https://twitter.com/hebert_mic/status/296705880106340353

michel hébert‏@hebert_mic
#Informatique Question rêvée: Pourquoi vos projets ne correspondent jamais aux budgets prévus?
https://twitter.com/hebert_mic/status/296707184492941313

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique On apprend que Revenu Québec a pompé 91 millards en 2012 dans l’économie (et nos poches). Pas de trouble avec les honoraires..
https://twitter.com/hebert_mic/status/296707884186742784

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique J’espérais un bien-cuit, on aura droit à un bouillon de poulet…
https://twitter.com/hebert_mic/status/296708685630160896

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique Gautrin, l’expérience qui parle… Et qui provoque qq soucis… Chez les mandarins…
https://twitter.com/hebert_mic/status/296716303438344195

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique «On doit s’interroger à chaque fois qu’on initie un besoin…» – le CSPQ
https://twitter.com/hebert_mic/status/296731675054981120

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique «J’ai pas nécessairement compris les explications » – le député Chapadeau
https://twitter.com/hebert_mic/status/296731933264711681

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique «C’est une préoccupation qui est constante pour nous… » – Yves Ouellet, du Vatican du Trésor, sur la collusion.
https://twitter.com/hebert_mic/status/296732597520830465

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique «Quand qui a un prix, c’est un bon indice de ça» – Jean-Marie Lévesque, pédégé du CSPQ, sur la collusion.
https://twitter.com/hebert_mic/status/296732952707092480

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique «Il y a une saine émulation» – Jean-Marie Lévesque, pédégé du CSPQ sur la collusion
https://twitter.com/hebert_mic/status/296733139076804608

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique – Combien ça coûte, la dépense informatique?- Christian Dubé. – Je préfère éviter le terme dépense, – J-M Lévesque pédégé CSPQ
https://twitter.com/hebert_mic/status/296733628015185921

Antoine Robitaille ‏@Ant_Robitaille
@hebert_mic Avalanche propos lénifiants.Sauf 1 éclair de lucidité:«Je ne peux pas vous garantir qu’il n’y a pas collusion» —JM Lévesque,CSPQ
https://twitter.com/Ant_Robitaille/status/296735108050845696

Stephane Lessard ‏@slessard2000
@hebert_mic @ant_robitaille Ce sont vraiment ces types-là qui sont grassement payés pour veiller à l’IT au Gouv. du Qc?
https://twitter.com/slessard2000/status/296735469151064064

michel hébert ‏@hebert_mic
@Ant_Robitaille Chapadeau les bat tous: «J’ai pas nécessairement compris les explications» (Il nous le dira demain…)
https://twitter.com/hebert_mic/status/296735619466526720

michel hébert ‏@hebert_mic
@slessard2000 @Ant_Robitaille Surtout ceux qui écrivent avec un Mont-Blanc…
https://twitter.com/hebert_mic/status/296736039291191297

michel hébert ‏@hebert_mic
#LogicielLibre «Là-dessus, j’ai eu plusieurs après-midi depuis que je suis en fonction» Jean-Mare Lévesque, humoriste du CSPQ…
https://twitter.com/hebert_mic/status/296737720854773760

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique Me semble qu’une question simple ferait des dégâts: à quoi imputez-vous les dépassements de coûts chroniques?
https://twitter.com/hebert_mic/status/296738029178089472

Mathieu Chamberland ‏@MatChamber
@hebert_mic pour le CSPQ, parlent-ils des contrats principalement au sein de la VPSI(techno) ou aussi de la VPSA (solutions d’affaires) ?
https://twitter.com/MatChamber/status/296739360634724352

michel hébert ‏@hebert_mic
@MatChamber Vous blaguez là non? Croyez-vous un instant qu’une question de ce genre puisse être posée? Déjà parler de Wi-Fi…
https://twitter.com/hebert_mic/status/296740146039099392

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique Finalement, on ne sait pas combien ça coûte par année. «Je préfère éviter le terme dépense» – Lévesque CSPQ
https://twitter.com/hebert_mic/status/296738465771577344

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique Le VG dit pas vu fraude et collusion. Ma conclusion: la gestion est tellement poche, c’est pas nécessaire…
https://twitter.com/hebert_mic/status/296738689931964416

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique «Je vois que vous avez beaucoup d’intérêt pour les TI, c’est un gage de succès» – Lévesque du CSPQ
https://twitter.com/hebert_mic/status/296739012809469952

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique Personnellement, merci à tous, je vois que le créole se porte bien.
https://twitter.com/hebert_mic/status/296739137137033216

Phil ‏@Kifimbo
@hebert_mic Une claque en arrière de la tête ne ferait pas de tord à certains selon vos commentaires…
https://twitter.com/Kifimbo/status/296739014613012482

michel hébert‏@hebert_mic
@Kifimbo C’est la faute du «precessus»…

https://twitter.com/hebert_mic/status/296740319289032704

michel hébert ‏@hebert_mic
#Informatique Pour les surfers du Centre des services partagés qui nous fait part de leur vaste connaissance… ♫ http://blip.fm/~1dube3
https://twitter.com/hebert_mic/status/296778429288824833

MAJ

En commentaire sur mon mur FB

Eric St-Cyr: fourrer et l’aval dans la même phrase. Rock on!

Hehehe, je n’avais pas perçu cette douce poésie…