Le Québec et sa vision économique du 19e siècle

Le Québec est riche en ressources naturelles. Très riche même. La beauté de ces ressources est qu’elles sont là et qu’elles y resteront si on n’y touche pas. L’une de ces ressources dont le prix le litre dépasse déjà celui du pétrole, est l’eau douce. Nous en avons des réserves importantes et à moyen terme, il est très plausible de l’exporter et d’en faire des revenus très substantiels pour l’état québécois. D’ailleurs, dans un document de 2008 de l’IEDM (Institut économique de Montréal) on pouvait déjà lire :

Le Canada possède la plus grande réserve d’eau douce du monde, soit 8% du stock mondial. Quant au Québec, il possède sur son territoire 3% de l’eau douce du globe, soit 13 fois plus d’eau douce renouvelable par habitant qu’aux États-Unis. Le Québec n’utilise que 0,5% de son eau douce renouvelable disponible, comparativement à 18,9% aux États-Unis. Une utilisation adéquate de ces ressources renouvelables n’aurait pas d’impact sur la réserve d’eau du Québec.

Différents scénarios d’exportation d’eau font apparaître des possibilités de revenus beaucoup plus importants que ceux provenant de l’exportation d’énergie. Si le Québec exportait 10% de ses 1000 milliards de m3 d’eau douce renouvelable par an à un prix égal au coût actuel de dessalement de l’eau de mer, soit 0,65 $/m3, et si le gouvernement percevait 10% de cette somme en redevances, cela générerait des revenus de 6,5 milliards $ par an pour le gouvernement, soit 5 fois plus que le dividende versé par Hydro-Québec.

Or, pour l’instant, nous laissons plutôt les multinationales américaines venir pomper notre eau, et ce, tout à fait gratuitement.

Il faut aussi comprendre que cette eau, pour être salubre, a besoin d’un écosystème environnant sain. Or, plusieurs lacs au Québec ont des problèmes d’algues bleues. Ces algues sont créées entre autres, par les coupes sauvages de l’industrie forestières, avec la bénédiction de notre ministère de la déforestation, comme vous avez pu le constater dans mon récent billet Comment détruire une forêt millénaire et un site de villégiature avec un coup de crayon. Le seul tableau de coupes qui y est présenté, traversera et touchera directement 8 lacs et plus d’une dizaine de rivières et ruisseaux affectant les bassins versants de très nombreux autres lacs et rivières. Et ce n’est là que l’une des nombreuses cartes de plans de coupes prévues. Mais on nous dit que ça cré des jobs et que c’est payant. Même si le Canada est encore sur les dents pour vendre le bois d’œuvre aux États-Unis à un prix décent.

Par ailleurs, le Québec a aussi une industrie minière. Comme vous le savez sans doute déjà, le prix des métaux et des énergies fossiles est à un bas historique. Il ne pourra que remonter et si nous n’y touchons pas pour quelques années, ces ressources ne disparaitront pas et risquent même d’augmenter de valeur très sensiblement. Il ne semble donc pas y avoir de besoins alarmants à exploiter ses ressources coûte que coûte, au moment d’écrire ces lignes.

Paradoxalement, s’il existe une course économique, c’est bien celle du numérique et de l’adaptation de l’économie et de la main-d’œuvre pour s’y adapter avant la compétition internationale. Cette course touche tous les secteurs économiques et tous les aspects de la société. Elle génèrera (et génère déjà) des dividendes astronomiques ou des pertes d’emplois et fermetures d’entreprises majeures, pour les sociétés qui ne seront pas assez rapides pour tirer leur épingle du jeu.

Étonnamment, le Canada et le Québec qui étaient leaders incontestés des télécommunications au tournant des années 2000 se sont virés vers les ressources naturelles sous Harper (avec les sables bitumineux) et Charest et Couillard (avec le Plan Nord). Récemment, notre premier ministre s’est engagé avec des investissements d’un peu plus de 51 milliards de dollars, pour ce fameux plan nord, visant justement à exploiter ces ressources naturelles. Pourtant, dans son dernier budget, notre bon premier ministre s’est engagé à investir un GROS 160 millions de dollars sur 5 ans, pour aider le virage numérique. Il a même nommé une ministre responsable d’une stratégie numérique. C’est dire tout le sérieux qu’il met à ce tournant majeur de l’histoire économique mondiale.

Finalement, il y a trois ans je vous parlais dans le billet Internet, un impact économique plus important que l’agriculture ou l’énergie, de cette autre réalité économique qui semble absente dans les actions et le discours de nos gouvernements. Ça m’a donné l’idée de faire l’exercice de comparer les chiffres actuels pour le Québec, des mines, des forêts et des TIC (technologie de l’information et des communications). Mais il vous faut comprendre que les chiffres des mines incluent aussi les industries de transformation des minéraux et des métaux, que ceux des forêts incluent aussi les industries du papier et de la fabrication de produit de bois (comme les meubles) et que les TIC n’incluent pas le chiffre des impacts financiers de celles-ci sur tous les autres secteurs économiques. Pourtant, à la lecture de ce tableau, comme moi vous vous demanderez sans doute pourquoi

  • il n’y a pas de ministère du numérique,
    Il n’y a pas de vision et de stratégies
    Il n’y a pas de données spécifiques à ce secteur
    Il n’y a pas d’investissements à la hauteur de l’impact économique actuel de ce secteur comparativement à ce qu’on fait pour des industries issues du 19e siècle?
  • Regardez bien ces chiffres et jugez du ridicule de l’approche économique de notre gouvernement par vous même…

    Tableau-comparatif-mines-forets-TIC

    Une autre observation qui nous vient du document Feuille de route en économie numérique (PDF, 2015)

    Entre 2010 et 2013, les exportations internationales du secteur des TIC du Québec sont passées de 4,3 G$ à 5,4 G$, ce qui représente un taux de croissance annuel moyen de 7,3 % 

    La diplomatie numérique, nouvel outil politique, le Canada et le Québec sont absent

    C’est à la conférence LeWeb à paris en 2010 que pour la première fois, je pris conscience de ce que l’on nomme diplomatie numérique. Un conférencier y expliquait le concept de diplomatie Twitter (Twiplomacy) et y démontrait, preuves à l’appui, à quel point notre premier ministre de l’époque, Stephen Harper, faisait figure de cancre de la diplomatie numérique. Je trouvais ça passionnant, mais je me disais que c’était sans doute anecdotique. Pourtant, Wikipédia nous apprend que dès 2002, le Département d’état américain avait déjà mis en branle une task force à ce sujet.

    The first foreign ministry to establish a dedicated ediplomacy unit was the US State Department, which created the Taskforce on eDiplomacy in 2002. This Taskforce has since been renamed the Office of eDiplomacy and has approximately 80 staff members, about half of which are dedicated to ediplomacy-related work.

    Other foreign ministries have also begun to embrace ediplomacy. The UK Foreign and Commonwealth Office has an Office of Digital Diplomacy that is involved in a range of ediplomacy activities. Sweden has also been active in promotion of digital diplomacy, especially through the online communication strategy of its foreign minister Carl Bildt who soon became ‘best connected Twitter leader’.

    Je vous parle de ça puisqu’hier, j’ai reçu un message privé de l’un des diplomates numériques de l’État d’Israël. Il me faisait valoir que pour aider la paix internationale, je pourrais retwitter le statut suivant de son ministère des affaires extérieures.


    @IsraelMFA
    Israel Foreign Min. a retweeté PM of Israel
    #MahmoudAbbas, @IsraeliPM is inviting you to negotiate #peace. @nadplo, the ball is in your court now!

    @IsraeliPM
    I heard President Abbas say that if I invite him to meet, he’ll come. So I’m inviting him. I’ve cleared my schedule.

    Par la suite, j’ai visité le profil de mon contact Twitter israélien. J’ai pu prendre connaissance qu’il travaille à l’unité de Diplomatie numérique du Ministère des Affaires internationales d’Israël. Il s’agit d’un service semblable à ce que fait le Foreign Office Britanique, le US State Dept et plusieurs autres états.

    Malheureusement, j’observe qu’ici, au Canada et au québec, nous avons encore bien des croûts numériques à manger. C’est en avril 2014 que le Canada a mis en ligne les premiers jalons de sa stratégie diplomatique numérique.

    En date de mi-avril, la page répertoriant les comptes de média sociaux du Ministère des Affaires étrangères, commerce et développement (MAECD) comptait 33 pages Facebook et 39 pages Twitter pour les missions canadiennes à l’étranger. Ceci est clairement une liste incomplète puisque nous sommes au fait de l’existence de comptes additionnels maintenus par d’autres missions. Plusieurs de ces comptes apparaissant sur la liste du MAECD ont été ouverts dans les dernières six semaines.

    Cette explosion soudaine de comptes de médias sociaux affiliés avec le MAECD correspond avec les discours qu’a tenu le Ministre des Affaires étrangères John Baird à Silicon Valley le 9 février et son autre adresse aux diplomates canadiens le 27 mars à Ottawa à propos de la diplomatie canadienne pour le 21è siècle. Dans le second discours, M. Baird a affirmé que la diplomatie est de plus en plus un plaidoyer public. Ces récents développements soulèvent une question importante : peut-on réellement parler d’un changement réel en matière de communications publiques au sein du MAECD considérant le contrôle excessif qu’exerce le gouvernement à ce sujet depuis son arrivée au pouvoir?

    Bien que l’existence de ces comptes de médias sociaux suggère un nouveau départ pour le MAECD, aucune stratégie détaillée pour l’usage des médias sociaux ou du développement de la diplomatie numérique canadienne n’a été officiellement annoncée. De plus, la nature incomplète de cette liste n’inspire pas confiance dans l’administration et la sincérité de cet effort, un effort qui est tout de même important à faire. Dans le domaine de la diplomatie numérique, le Canada est en queue de peloton et n’a toujours pas réalisé le potentiel des nouvelles technologies ainsi que des interactions sociales qu’elles permettent. Pourtant, la diplomatie numérique est là pour rester.

    Mais 18 mois plus tard (en décembre 2015), le constat que fait OpenCanada de ce que proposait Monsieur Baird, n’est pas des plus élogieux.

    A year and a half ago, we called for Canada’s department of foreign affairs, now called Global Affairs Canada, to develop a strategy for Canadian digital diplomacy at home and abroad. Since then numerous social media accounts — both official and personal — have been created, but no clearly articulated strategy has become known to the outside world. Instead, these accounts seem to be dominated by pop culture announcements about Justin Bieber, stereotypical photos of Canadian landscapes, opening hours of consular sections, and advertisements for Canadian educational fairs. At best, that is haphazard public relations, but it is not a new kind of foreign policy.

    Quant au Québec, grâce à la cache de Google (parce que les archives en ligne du Ministère des Relations internationales et de la Francophonie sont tellement mal foutues qu’on ne peut remonter plus loin qu’octobre 20150), on peut se rendre compte que notre gouvernement provincial commence à peine à se questionner sur la question.

    Le 18 septembre, le service des Affaires publiques et politiques de la DGQL ont assisté à un séminaire intitulé « Social Media as a Tool for Diplomats ». Organisé par l’Institut Goethe et le Diplomatic Press Attachés Association of London (DPAAL), le séminaire s’est avéré être une excellente occasion de comprendre comment les médias sociaux peuvent permettre aux organisations diplomatiques de rejoindre de nouvelles audiences et d’apprendre comment des outils comme Facebook et Twitter vont exercer une influence croissante sur les mécaniques et la nature de la diplomatie.

    Pendant ce temps, à l’instar des Américains et des Britanniques, les Israéliens ont déjà leur unité de diplomatie numérique et c’est à la fin du mois que le Ministère des Affaires Étrangères Israélien tiendra le premier Congrès scientifique international sur la démocratie numérique.

    Encore des éléments intéressants à inclure à un plan numérique pour le Canada et le Québec, si jamais on arrive à en pondre un…

    À lire dans

    Le blogue EXPLORING DIGITAL DIPLOMACY

    Foreign policy : Covert Twitter Ops: Israel’s Latest (Mis)Adventure in Digital Diplomacy

    Bidd.org.rs : Exclusive talk with a executive of Israel’s Digital Diplomacy Unit

    La piètre qualité des services internet québécois nuit aux exportations

    J’ai passé les dernières semaines en région. Non je n’étais pas à Kujuak, mais ça aurait certainement été mieux puisqu’étonnamment, le Grand Nord aura des services internet de meilleure qualité que les régions mitoyennes aux grands centres. Toujours est-il que j’ai rencontré ou travaillé avec des hôteliers, des manufacturiers, des producteurs laitier et fromager émérites, des détaillants ou des pourvoiries de l’Estrie, des Laurentides ou de Lanaudière. Tous, sans exception, ont de méchants problèmes de connectivité internet. Tous paient très cher pour un service médiocre. Tous veulent vendre en ligne, mais ne peuvent que très difficilement le faire. Le réseau internet est trop poche.

    Ce matin j’étais avec un entrepreneur touristique dont le marché principal est en France. C’est le propriétaire d’une pourvoirie haut de gamme. Ces clients, majoritairement français, achètent ses services depuis son site qui est hébergé en France. Mais pour se brancher à celui-ci depuis ses installations de Ferme-Neuve, c’est l’enfer. Heureusement qu’il y a encore le téléphone, des grossistes et des transporteurs aériens qui peuvent temporiser son manque de connexion Internet et parler et vendre à ses clients à sa place. Tout comme moi qui ne suis qu’à 100km de Montréal, le seul fournisseur disponible est le fameux Xplornet … du Nouveau-Brunswick. L’Internet Satellite à soi-disant 10MBPS pour un prix de fou. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est l’internet avec les petites criss de soucoupes sur le toit des habitations ou dans des poteaux (prononcer pôto puisque je viens de Québec :-) ) comme celui que je me suis fait installé pour la modique somme de 500 $. C’était ça ou je devais faire couper une dizaine de pins centenaires pour avoir un signal. Toujours est-il que lorsque ça marche, c’est poche et s’il neige, grêle ou s’il pleut trop fort, plus de signal du tout. D’ailleurs, je me suis patenté un balai télescopique de 16,5 pieds strictement pour enlever la neige qui se dépose sur cette soucoupe. Je suis chanceuse, ça pourrait être sur le toit et là, monter sur le toit à chaque fois qu’il neige juste pour pouvoir profiter d’un signal minable, ce n’est pas le Pérou (qui eux par contre, jouissent d’un service internet même dans les coins les plus reculés).

    Nous discutions de ce problème majeur et il me disait que lorsque les Touristes Français débarquent et qu’ils sont plus que deux à vouloir se servir d’internet pour raconter à leur pote d’outre-Atlantique à quel point leur voyage est extraordinaire, et ainsi les inciter à venir faire un tour eux aussi, 5MBPS divisé entre 10 personnes, oubliez ça. Votre page Facebook ne s’affiche même pas. Vous pouvez toujours envoyer un courriel qui prendra 10 minutes à s’envoyer si vous n’y ajoutez pas une seule photo. Skype, Facebook messenger, Facetime, instagram et autre, impossibles. Je lui disais qu’il pourrait toujours s’installer une dizaine de soucoupe et de modems avec la dizaine de comptes pour chacun d’eux, mais on parle ici de plusieurs milliers de dollars par mois pour un service par usager pire que la basse vitesse à Montréal. C’est, disons, surréaliste.

    Lorsque je parle à des détaillants, je leur explique qu’il faut que leur site soit « responsive », c’est-à-dire qu’il s’adapte aux écrans mobiles. Mais ils ne le feront pas pour leurs clients qui ont des connexions sans fil déficientes dans leur coin. Ils le feront juste pour ne pas être pénalisés par Google et son algorithme de classement des sites web. Je parle aussi à une dame propriétaire d’une entreprise manufacturière qui vend à la grandeur de l’Amérique. Elle le fait au téléphone. Elle a bien un site web, mais pour le transactionnel, faut oublier ça. Elle ne pourrait que très difficilement recevoir ses commandes. Elle pourrait par contre s’ouvrir un bureau à Montréal, strictement pour prendre ses commandes internet et se les transférer par fax en Estrie. C’est bien beau de dire aux entrepreneurs qu’ils se doivent d’être en ligne, qu’en Chine 8 millions d’entreprises vendent en ligne dans 120 pays, ici au Québec, si on n’est pas à Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau ou Trois-Rivière, juste à 20 km de ces villes, c’est le Nouveau-Brunswick notre seul fournisseur* (Xplornet) avec un service qui ferait faire une dépression à un entrepreneur Chinois ou Péruvien…

    *Note: Chez moi, Bell Canada est aussi disponible avec son Turbo Hub 3G (Internet sur ondes cellulaires) mais les prix sont si prohibitifs pour la bande passante, qu’en contexte d’affaires, ça en devient d’un ridicule à peine consommé… Et faut-il que les ondes cellulaires se rendent, ce qui très souvent n’est pas le cas. Chez moi, j’ai dû ajouter un « booster » (de modèle ZBoost) de signal cellulaire, juste pour recevoir un signal correct…

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    Observation: ‪#‎StratégieMaritime‬ 9 milliards, ‪#‎PlanNord‬ 51 milliards, Stratégie numérique 160 millions sur 5 ans. Vive la vision du futur…

    De ce 160 millions sur 5 ans, on apprend qu’un 4.3M$ vient d’y être amputé pour créer 350 emplois chez le Groupe Pages Jaunes. L’ironie de cette nouvelle est que pas plus tard qu’en octobre dernier, Radio-Canada nous apprenait que ce même Groupe Pages Jaunes supprimait 300 emplois, principalement au Québec. Donc, si je suis « pas pire » en math, la balance de création possible d’emplois (je dis bien possible) risque d’être plutôt de 50 emplois. On parle donc de 86 000$ par employés. Ironiquement, juste le mois dernier, à propos de Groupe Pages Jaunes LaPresse Affaires titrait « Baisse des ventes et profits de Pages Jaunes ». Il faut croire que nos politiciens ne lisent pas les journaux et/ou qu’ils ont une mémoire courte. Il faut sans doute aussi s’inquiéter de ce que sera cette « stratégie numérique du PLQ » qui n’aura plus que 31.1M$ par année pour atteindre ses objectifs à être défini. Ce qui inquiète aussi est l’énoncé qu’en fait le gouvernement avec de si petits moyens. On peut lire sur la page du budget du Ministère des Finances :

    Plus de 160 M$ pour une stratégie numérique d’avant‑garde :
    Intégration des TI dans les PME
    Appui aux grands projets visant la transformation numérique
    Québec Branché : un soutien à l’accès numérique dans toutes les régions du Québec

    Je suis enthousiaste et un peu naïve. J’ose espérer que ce budget famélique sera bonifié en tabarnak si on veut accomplir tout ce que le Ministère des Finances prétend. Seulement en infrastructures numériques, incluant la fibre optique à chaque résidence et un réseau cellulaire digne de ce nom, nous en avons pour une couple de milliards. Paradoxalement, c’est exactement ce que fait un pays qu’on dit « en voie de développement », le Kenya. Depuis une couple d’années, une transformation numérique majeure s’installe au Kenya.

    The government has emerged as one of the biggest investors in the sector, with huge stakes in technology firms in companies such as Safaricom and Telkom Kenya. More recently, the state has pumped more than $110 million and Sh10 billion into an international fibre optic cable and is building one of the largest inland fibre network in East Africa.

    Pour votre info, Sh10 billion se convertit en 98.4M$ US. Le Kenya, en plus d’être un leader en paiement mobile et une infrastructure cellulaire de 4G LTE sur la grandeur de son territoire, a aussi la vision de devenir la Silicon Valley de l’Afrique.

    Le but étant de faire de la Silicon Savannah le pendant africain de la Silicon Valley, avec pour objectif de créer 20 000 emplois en cinq ans et dix fois plus à partir de 2030. Le développement de Konza City pourrait coûter entre 10 et 14,5 milliards de dollars, dont 5% financés par le Kenya. Le reste sera à la charge d’acteurs privés, qui loueront les terrains au gouvernement kenyan en contrepartie d’avantages fiscaux.
    Google, IBM et Samsung sur la brèche
    Et les candidats sont potentiellement nombreux: Microsoft, Google et Intel ont d’ores et déjà installé leurs sièges régionaux au Kenya. Si IBM a choisi Nairobi pour son premier centre de recherche africain l’an passé, il y a fort à parier que le développement de Konza City attire d’autres investisseurs… Samsung, Blackberry et Huawei sont ainsi évoqués comme de futurs acteurs de cet hub technologique.

    Mais bon, « La question qui tue » et qu’on me pose constament : Pourquoi s’intéresser à un plan numérique? Sans doute comme le répond le patron de CISCO lors d’une entrevue à McKinsey, parce que si vous ne vous adaptez pas à la plus importante transition technologique jamais vue, vous n’existerez plus d’ici 10 à 15 ans.

    « If you’re a leader in today’s world, whether you’re a government leader or a business leader, you have to focus on the fact that this is the biggest technology transition ever. This digital era will dwarf what’s occurred in the information era and the value of the Internet today. As leaders, if you don’t transform and use this technology differently—if you don’t reinvent yourself, change your organization structure; if you don’t talk about speed of innovation—you’re going to get disrupted. And it’ll be a brutal disruption, where the majority of companies will not exist in a meaningful way 10 to 15 years from now. »

    Si vous êtes plus auditif que visuel, voici la vidéo de ce que disais à notre PM, Philippe Couillard et aux personnes qui étaient du Forum des idées de 2014.

    Je vous invite aussi à lire ou relire mon billet Monsieur Couillard, expliquez-moi la logique du plan Nord

    Secrets de famille et la lâcheté de ceux qui savent

    Le Québec est une grande famille. Le Québec a de nombreux secrets. Le cinéma est une grande famille. Le comité olympique canadien est une grande famille. Le secteur de la construction est une grande famille. Le secteur des TI est aussi une grande famille. La politique, les affaires, la pègre, les motards le sont aussi.

    Où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. Où il y a de l’homme, il y a aussi des gens qui se lèvent debout et qui au risque de leur sécurité physique, financière, psychologique, familiale ou sociétale, osent parler. Osent lever le voile sur les abominations dont ils sont témoins. Lorsque ça arrive, le déferlement de révélations subséquentes survient. On nettoie la plaie. Les choses changent un peu. Des fois.

    Les secrets de familles sont partout. Qu’on parle de Marcel Aubut, de Claude Jutra, des commissions Gomery ou Charbonneau, ont dit souvent « tout le monde était au courant ». Mais personne ne parlait. Lorsqu’on parle de TI au Québec et des milliards (je ne dis pas ici centaines de millions, mais bien de milliards) qui sont dépensés pour des projets qui ne marchent pas, tout le monde sait. Mais personne ne parle. Une de mes connaissances avocat me parlent de ces réunions à 25 personnes qui sont tous à plus de 300 $ de l’heure assis autour d’une table à chercher les excuses et justificatifs de ces projets qui ne marchent pas. Il me raconte aussi que les mêmes grandes firmes de comptables et d’avocats qui analysent les contrats des fournisseurs examinent aussi ceux du gouvernement. Mais il y a un « mur de chine » entre les collègues des mêmes bureaux qui travaillent des deux côtés de l’équation. Il y avait aussi un mur de chine dans la tête des gens de cinéma, du comité olympique, de la construction, de la politique et autre. On sait, mais on n’a pas de preuve ou on n’ose pas aller en chercher.

    Plusieurs amis informaticiens savent. Ils voient le ridicule des projets. Mais ils ont des familles à faire vivre. Ils ne peuvent se payer le loisir d’être barré à vie de la famille. Ils se taisent et se tairont jusqu’à ce que quelqu’un,un premier, parle. Ils ne diront rien jusqu’à ce que l’UPAC frappe un bon coup, un de ces jours, qui n’arrive toujours pas.

    Dans ma propre famille, plusieurs de mes neveux et nièces croient (depuis maintenant huit ans) que je suis partie faire un long voyage dont je ne suis jamais revenue. Ils ne savent pas que je suis encore ici, mais juste un peu différente. Ils étaient (soi-disant) trop jeunes lorsque c’est arrivé. Depuis, ce secret est devenu la réalité.

    Moi je sais bien des choses en TI. Mais je n’ai effectivement pas de preuves. Je suis à mon compte et je pèse soigneusement mes paroles. Pas par lâcheté, mais parce que je ne peux me permettre une poursuite bâillon et que je n’ai pas de preuve tangible et défendable. Mais je sais en tabarnak à quel point on se fait fourrer collectivement. Peut-être le saurez-vous aussi un jour…

    Mon #Jeudiconfession du jour

    ‪#‎Jeudiconfession‬ ‪#‎Jutra‬ Mon père était orphelin de Duplessis. Il était beau et on le cachait lorsque des parents venaient pour adopter. Les prêtres et les soeurs ne voulaient pas perdre leur jouet sexuel. Voilà pourquoi la pédophilie me pue au nez…

    Autre nouvelle qui est certainement sans intérêt et qui n’a aucun rapport, dans Bloomberg on peut lire : Le site Obamacare fait par CGI a couté deux milliards de trop révèle une étude.
    Obamacare website costs exceed $2billion, study finds

    Pourquoi le mandat de la ministre Anglade de développer la stratégie numérique est si important pour tous les Québécois

    En fin de semaine, le professeur de droit Pierre Trudel dans sa chronique du Journal de Montréal disait.

    Une stratégie numérique, c’est urgent!
    Des pans entiers de l’activité économique sont en train de se métamorphoser.

    Si on continue à laisser les mutations numériques s’installer sans se donner des politiques efficaces pour adapter la société québécoise, le numérique sera synonyme d’appauvrissement.

    (…)

    Le numérique, c’est plus que des ordinateurs, des fils et des trucs techniques. Le numérique induit des transformations plus profondes: ce sont les façons de faire qui changent.

    Ces mutations induisent de profonds changements dans nos façons de produire, de travailler, d’interagir; elles contribuent à changer le fonctionnement de notre quotidien.

    Pour réaliser ces changements profonds, il faut des politiques ambitieuses pour accompagner les transformations. Sinon, ces changements vont nous appauvrir.

    C’est aussi le président de la communauté Européenne, Martin Schulz qui répétait sensiblement la même chose la semaine dernière (repris dans le Guardian) :

    Digitisation brings undoubted benefits, but if we want to prevent becoming “remote-controlled ‘data cows’ who live in a world ruled over by a handful of multinational companies,” he said, “we cannot leave debating ‘internet issues’ to the nerds. It is a debate in which all must have their say.

    Schulz’s challenge is profound. What is at stake is pluralism, autonomy and choice. It’s about democracy in the face of “intelligence and businesses’ insatiable appetite for information about every single aspect of our lives”. It’s about ensuring that “not just the happy few benefit from the digital revolution”, and that “those who want to stay off-grid are also protected”.

    La semaine dernière aussi, le Forum Économique mondial disait dans son document The future of jobs, que les entreprises et les gouvernements devaient s’adapter rapidement aux bouleversements majeurs qu’induit le numérique.

    Overall, there is a modestly positive outlook for employment across most industries, with jobs growth expected in several sectors. However, it is also clear that this need for more talent in certain job categories is accompanied by high skills instability across all job categories. Combined together, net job growth and skills instability result in most businesses currently facing major recruitment challenges and talent shortages, a pattern already evident in the results and set to get worse over the next five years.

    The question, then, is how business, government and individuals will react to these developments. To prevent a worst-case scenario—technological change accompanied by talent shortages, mass unemployment and growing inequality—reskilling and upskilling of today’s workers will be critical. While much has been said about the need for reform in basic education, it is simply not possible to weather the current technological revolution by waiting for the next generation’s workforce to become better prepared. Instead it is critical that businesses take an active role in supporting their current workforces through re-training, that individuals take a proactive approach to their own lifelong learning and that governments create the enabling environment, rapidly and creatively, to assist these efforts.

    Toujours la semaine dernière, question de renfoncer le clou encore une fois, la Banque Mondiale, dans son rapport sur les dividendes du numérique, nous apprenait qu’au moment d’écrire ces lignes,

    Les technologies numériques connaissent une expansion rapide, mais leurs dividendes — avantages plus larges d’une croissance économique plus rapide, d’une multiplication des emplois et d’une amélioration des services — ne suivent pas le même rythme. Si plus de 40 % des adultes en Afrique de l’Est payent leurs factures de services d’utilité publique à partir d’un téléphone mobile, pourquoi d’autres personnes ailleurs dans le monde ne pourraient-elles pas faire de même ? Si 8 millions d’entrepreneurs chinois — dont un tiers de femmes — peuvent utiliser une plateforme de commerce électronique pour exporter leurs produits dans 120 pays, pourquoi d’autres entrepreneurs ne parviennent-ils pas à donner à leurs activités la même portée mondiale ? Si l’Inde est parvenue en cinq ans à étendre un système d’identification numérique à une population d’un milliard d’habitants, et à épargner ainsi des milliards de dollars en réduisant la corruption, pourquoi d’autres pays ne pourraient-ils pas à l’imiter ? Qu’est-ce qui empêche les pays de bénéficier des transformations profondes que les technologies numériques sont censées leur apporter ?

    Deux raisons principales expliquent cette situation. D’abord, près de 60 % de la population mondiale n’a toujours pas accès au web et ne dispose d’aucun moyen pratique de participer à l’économie numérique. Ensuite et surtout, si les technologies numériques présentent des avantages, elles entraînent en contrepartie un accroissement des risques. Les nouvelles entreprises ont la possibilité de bouleverser les habitudes des entreprises traditionnelles, mais elles sont impuissantes lorsque les intérêts en place et l’incertitude réglementaire freinent la concurrence et bloquent leur entrée sur le marché. Les perspectives d’emploi peuvent être plus importantes, mais pas dans un marché du travail polarisé. L’internet peut être une plateforme propice à l’autonomisation universelle, mais pas lorsqu’il devient un outil de contrôle par l’État et de mainmise par les élites.

    Que doivent faire les pays pour atténuer ces risques ?
    La connectivité est essentielle, mais pas suffisante, pour récolter tous les fruits des technologies numériques. Les investissements dans le numérique doivent être appuyés par des « compléments analogiques » : des réglementations qui permettent aux entreprises d’exploiter l’internet pour affronter la concurrence et innover; de meilleures compétences pour que les individus puissent saisir toutes les possibilités offertes par le numérique ; et des institutions responsables, afin que les pouvoirs publics répondent aux besoins et aux exigences des citoyens. Les technologies numériques pourront, à leur tour, renforcer ces compléments, et accélérer le rythme du développement.

    Comment connecter ceux qui ne le sont pas encore ?
    La concurrence sur le marché, les partenariats public-privé et une régulation efficace des opérateurs internet et mobiles encouragent l’investissement privé qui peut rendre l’accès universel et abordable. Il faudra parfois réaliser des investissements publics, qui se justifieront par leur forte rentabilité sociale. Il sera cependant plus difficile de faire en sorte que l’internet reste ouvert et sans danger alors que les internautes sont confrontés à la cybercriminalité, aux atteintes à la vie privée et à la censure en ligne.

    Quelle est la principale conclusion ?
    Les stratégies de développement numérique doivent être plus ambitieuses que les stratégies en matière de TIC. La connectivité pour tous reste un objectif important et un énorme défi, mais les pays doivent aussi créer les conditions requises pour tirer profit de la technologie. Faute de compléments analogiques, l’effet de ces stratégies sur le développement sera décevant. En revanche, si les pays établissent un socle analogique solide, ils profiteront grandement de la révolution numérique – croissance plus rapide, emplois plus nombreux et services de meilleure qualité.

    La banque mondiale a raison, nous avons des maudites croutes numériques à manger ☹

    Si vous avez le cœur sensible, ne lisez pas le fabuleux dernier rapport de la Banque mondiale, s’intitulant Les dividendes du numérique. Ne prenez surtout pas connaissance de sa conclusion lumineuse que je retranscris ici. Ça risque de vous donner des boutons ou de vous faire crier à tue-tête dans votre bureau  » Mais pourquoi esti de tabarnak, n’avons-nous toujours pas de plan numérique et continuons-nous de nous satisfaire d’infrastructures numériques du tiers monde à des des prix exorbitants? »

    Encore un autre clou dans le cercueil de notre adaptation et de notre développement de cette économie du XXIe siècle…

    LES DIVIDENDES DU NUMÉRIQUE Les technologies numériques connaissent une expansion rapide, mais leurs dividendes — avantages plus larges d’une croissance économique plus rapide, d’une multiplication des emplois et d’une amélioration des services — ne suivent pas le même rythme. Si plus de 40 % des adultes en Afrique de l’Est payent leurs factures de services d’utilité publique à partir d’un téléphone mobile, pourquoi d’autres personnes ailleurs dans le monde ne pourraient-elles pas faire de même ? Si 8 millions d’entrepreneurs chinois — dont un tiers de femmes — peuvent utiliser une plateforme de commerce électronique pour exporter leurs produits dans 120 pays, pourquoi d’autres entrepreneurs ne parviennent-ils pas à donner à leurs activités la même portée mondiale ? Si l’Inde est parvenue en cinq ans à étendre un système d’identification numérique à une population d’un milliard d’habitants, et à épargner ainsi des milliards de dollars en réduisant la corruption, pourquoi d’autres pays ne pourraient-ils pas à l’imiter ? Qu’est-ce qui empêche les pays de bénéficier des transformations profondes que les technologies numériques sont censées leur apporter ?

    Deux raisons principales expliquent cette situation. D’abord, près de 60 % de la population mondiale n’a toujours pas accès au web et ne dispose d’aucun moyen pratique de participer à l’économie numérique. Ensuite et surtout, si les technologies numériques présentent des avantages, elles entraînent en contrepartie un accroissement des risques. Les nouvelles entreprises ont la possibilité de bouleverser les habitudes des entreprises traditionnelles, mais elles sont impuissantes lorsque les intérêts en place et l’incertitude réglementaire freinent la concurrence et bloquent leur entrée sur le marché. Les perspectives d’emploi peuvent être plus importantes, mais pas dans un marché du travail polarisé. L’internet peut être une plateforme propice à l’autonomisation universelle, mais pas lorsqu’il devient un outil de contrôle par l’État et de mainmise par les élites.

    Le Rapport sur le développement dans le monde 2016 montre que si la révolution numérique a bel et bien pris son essor, ses « compléments analogiques » — les règlements qui favorisent l’entrée de nouveaux acteurs et la concurrence sur les marchés, les compétences qui permettent aux travailleurs de s’intégrer dans la nouvelle économie et d’en tirer parti, et les institutions qui rendent compte aux citoyens — n’ont pas progressé au même rythme. Or, faute de compléments analogiques aux investissements numériques, l’impact des technologies sur le développement peut être décevant.

    Que doivent donc faire les pays ? Ils doivent formuler des stratégies de développement numérique bien plus ambitieuses que les stratégies actuelles en matière de TIC, et instaurer un cadre juridique et institutionnel qui permet à la technologie de procurer un maximum d’avantages au plus grand nombre. Bref, ils ont besoin d’établir un socle analogique solide pour faire en sorte que tous, peu importe où ils se trouvent, profitent des dividendes du numérique

    MAJ
    Le CRTC veut parler des services Internet à large bande avec les Canadiens!

    L’annonce est parue hier. Le CRTC se donne un an pour sonder les canadiens. Reste à savoir si l’opinion des citoyens fera le poids vis-à-vis celle des TELCOs??? Voici ce que dit le communiqué du CRTC:

    Le CRTC a entrepris un examen des services de télécommunication de base en avril 2015. Depuis, il a reçu plus de 25 000 commentaires.
    Le CRTC examine les services de télécommunication disponibles au Canada afin de répondre aux besoins actuels et futurs des Canadiens.
    Actuellement, les services de base de télécommunication comprennent :
    la capacité d’être raccordé à Internet au moyen d’une transmission de données à faible vitesse aux tarifs locaux;
    un service local de ligne individuelle avec capacité Touch-Tone;
    l’accès au réseau interurbain, aux services de téléphonistes et d’assistance-annuaire, aux services téléphoniques évolués et de protection de la vie privée, aux services d’urgence ainsi qu’au service de relais de message vocal; et
    sur demande, une copie imprimée du dernier annuaire téléphonique local.
    La politique actuelle du CRTC a été établie en 1999 et révisée en 2011.
    Les Canadiens sont invités à remplir un questionnaire pour aider le CRTC à façonner l’avenir des services de télécommunication au Canada.
    Le CRTC tiendra une audience publique sur ces questions à partir du 11 avril 2016 à Gatineau (Québec).

    Mon bilan médias sociaux et numérique 2015

    Non je ne vous parlerai pas de #JesuisCharlie, de @Caitlyn_Jenner ou de ces autres hashtags ou comptes médias sociaux qui ont déjà fait ad nauseam la manchette. Je ne vous parlerai pas non plus des réseaux sociaux. Le réseau c’est l’ensemble d’un groupe, tandis que le média, c’est l’outil. Déjà trop de médias, journalistes ou « spécialistes médias sociaux » disent n’importe quoi et revisitent les lieux communs que même ma conjointe qui est pourtant une « ordinausore » connait déjà. Alors, allons-y.


    Facebook

    Après l’échec majeur de Facebook Commerce en 2012, Facebook tente une nouvelle fois de se réinventer en plate-forme commerciale avec son Buy Button. Étant donné que Facebook détient une part de lion dans le web mobile, il croit miser sur cet aspect pour faire finalement lever les ventes sur leur plate-forme. Pour le Québec, on s’entend que le web mobile est encore une utopie puisqu’à 50km des grands centres, l’internet ou les ondes cellulaires c’est de la merde. On remarque aussi que comme c’était le cas en 2012, si on va sur Facebook ce n’est pas nécessairement pour se faire imposer un pitch et les entreprises elle-même, surtout celles qui ont massivement investi dans Facebook et qui ont observé le déclin alarmant de la portée naturelle de leurs contenus (j’an ai parlé dans Facebook zero) n’ont sans doute par intérêt à se faire lessiver de nouveau. Par ailleurs, pour la première fois, on a observé un déclin substantiel du partage de contenu par les usagers eux-mêmes sur Facebook (ce qui a été démenti par les principaux intéressés). N’empêche que Facebook demeure le média social numéro un de la planète.

    Par contre, il faut noter que les jeunes quittent Facebook en masse. Ce n’est plus cool d’être sur la même plate-forme que sa mère et sa grand-mère. Ils préfèrent aller sur Snapchat, la Canadienne Kik (qui concurrence sérieusement la Chinoise Wechat), Instagram (pour entre autres faire des selfies et voir les photos de Taylor Swift) et Twitter, pour avoir l’impression d’être branchés avec leurs « boyz band » favoris et partager des hashtags insignifiants de leurs idoles (la moitié des retweets les plus populaires de Twitter sont associés au groupe One Direction). D’ailleurs, les médias sociaux les plus populaires auprès des jeunes, dans l’ordre, sont : Snapchat, Kik, WeChat, Tumblr et Instagram.


    L’année Émoticon

    Le dictionnaire Oxford fait entrer l’émoticon « larmes de joie » (Face with tears of joy emoji en anglais) dans son célèbre répertoire de mots et d’expression. À noter que certains des autres mots qui étaient en compétition pour ce palmarès (qui nous donne une bonne idée des sujets chauds de l’année) sont :
    Économie du partage (sharing economy)
    Bloqueur de publicité (ad Blocker)
    Et Web profond (dark web).


    MCommerce

    Le commerce mobile prend son envol partout, sauf au Québec. 8 usagers internet sur 10 ont un téléphone intelligent et on entend de plus en plus parler des termes webrooming et showrooming. Le premier étant le magasinage en ligne qui évolue par la suite à un achat en magasin, tandis que le second est le magasinage en magasin qui résulte en un achat en ligne. Pourquoi ces tendances ne sont pas encore très fortes au Québec? Pour les mêmes raisons citées plus haut. Nos services cellulaires, particulièrement en région, sont d’une « pochitude » A_BER_RAN_TE. On se souviendra aussi d’applications mobiles tels que Foursquare qui faisait un tabac dans les grandes villes américaines et européennes et qui n’a jamais levé au Québec.

    Recrutement ISIS sur les médias sociaux

    L’actualité nous a permis de constater que même ici, au Québec, nos jeunes se font recruter sur les médias sociaux pour aller combattre avec ISIS en Syrie. C’est un problème mondial et c’est cette année qu’on a pu mesurer l’ampleur de l’expertise d’ISIS en recrutement en ligne, bien qu’ils y soient déjà très actifs depuis quelques années. Les entreprises médias sociaux tels que Facebook ou Twitter, ont bien modifié leurs politiques aux usagers pour bannir les « menaces indirectes de violences » et Anonymous s’est engagé à troller ISIS dans tous les recoins du web, mais force est de constater que la tâche est énorme et que c’est toujours ISIS qui a le haut du pavé.

    Le web au Québec et au Canada

    En septembre 2014, Philippe Couillard lors de son propre Forum des idées, s’engageait à définir une stratégie numérique pour le Québec. Le Ministère de la Culture et des Communications du Québec a bien déposé sa stratégie culturelle numérique du Québec et le Ministère de l’Économie, Innovation et Exportation du Québec a mis sur pied un « groupe conseil » qui devra accompagner:

    « le Ministère dans l’élaboration de la Feuille de route en économie numérique. Regroupant une dizaine de membres, le groupe conseil contribuera à établir un diagnostic de l’économie numérique au Québec, à déterminer les priorités d’action et à définir les grandes lignes de force où le Québec devrait investir afin de prendre une place enviable dans ce domaine.»

    On s’entend qu’on est encore très loin d’une « stratégie numérique pour le Québec », qui idéalement serait transversale et toucherait tous les aspects de l’économie, tous les ministères et toutes les activités humaines, comme le numérique le fait déjà. À la place, on semble avoir une vision à la pièce, que pour quelques pans de l’économie.

    Au fédéral, notre premier ministre a promis d’investir plusieurs milliards dans les infrastructures. Malheureusement, à ce que je sache, aucune discussion quant aux infrastructures numériques n’a encore été mentionnée.

    En résumé, nous sommes donc et risquons d’être encore en retard pour un bout, sur les grands mouvements numériques de la planète…

    MAJ

    J’ai oublié de vous souligner que les médias journalistiques qui sont sur Facebook et qui comptent sur le média social pour se faire du trafic ont pris une méchante débarque cette année. Ainsi, selon Fortune

    While some publishers saw an increase in traffic from Facebook—including Vice Media and Refinery29—the majority saw it fall. And to compound the problem, the more reliant a media outlet was on the social network, the more they saw their traffic from Facebook drop this year. The Huffington Post saw a decline of more than 60%, and BuzzFeed saw its Facebook referrals fall by more than 40%.

    Les partis fédéraux sont-ils réellement sur Pinterest, Vine, Livestream et SnapChat ?

    La question mérite d’être posée puisque c’est l’affirmation qu’on peut lire dans l’article Une stratégie 2.0, Les partis politiques tentent de gagner les électeurs par les réseaux sociaux du Journal de Montréal, sous la plume de la journaliste Dominique La Haye.

    Dans l’article on dit :

    La guerre que se livrent les partis politiques pour récolter des votes se joue maintenant en format 2.0, et 2015 sera la première véritable campagne électorale fédérale sur les médias sociaux.
    «On a parlé de 2005-2006 comme étant la campagne Facebook, ensuite on a parlé de 2008 comme étant la première campagne Twitter […] Mais là, en 2015, j’ai l’impression qu’on est vraiment en présence de l’approche multiplateforme, où tous les partis sont présents et y sont très engagés», indique le professeur de communication politique de l’Université Laval, Thierry Giasson.

    «Les partis fédéraux ont eu quatre années pour se familiariser (avec les) médias sociaux. Là on va voir l’innovation», poursuit l’expert.

    Aux largement répandus réseaux Facebook, Twitter et YouTube s’entremêlent des comptes Instagram, Pinterest, Flickr, Vine, Livestream et SnapChat dont s’arment les partis politiques. L’objectif recherché? Mettre en valeur l’image des chefs et leurs politiques à coups de clichés léchés, d’infographies et de montages vidéo tournés dans des décors ne laissant rien au hasard. C’est aussi sur ces plateformes que les stratèges politiques ne ratent pas une occasion de mitrailler du bout des doigts leurs adversaires. Le tout échappant au filtre journalistique présent dans les médias traditionnels.

    Intéressant plaidoyer qui contredit carrément mon dernier billet L’évaluation des présences sociales des chefs et des partis politiques fédéraux. J’y disais que :

    Sauf qu’ici, on s’entend que l’étendue et la complexité des présences web de nos chefs, sont d’une pauvreté effarante, comparativement à ce qui se fait ailleurs. Nos politiciens ne semblent toujours pas avoir compris la nature bidirectionnelle des médias sociaux et se servent de ceux-ci principalement comme canal de broadcast. Ils ont massivement investi Facebook et ils semblent croire que c’est le bouton à quatre trous qui leur fera gagner une élection. Ils ne sont sans doute pas au courant que l’algorithme de Facebook (le Edgerank) confortera leurs fans sur la justesse de leur choix, mais que les indécis ne verront pratiquement jamais leurs contenus.

    Or, selon l’article, on serait effectivement dans une élection 2.0!!! Or on y dit aussi que les partis seraient aussi sur Pinterest, Flickr, Vine, Livestream et SnapChat? Alors ils y font peut-être de la pub, mais une présence officielle? Ça m’a réellement échappé et il semble que ça a aussi échappé aux webmestres des partis eux-mêmes. En effet, les Conservateurs parlent sur leur site de leurs présences Facebook et Twitter, les Libéraux parlent de leurs présences Facebook, Twitter, Instagram et Flickr tandis que le NPD parle de Facebook, Twitter, YouTube, Instagram et Flickr. Aucun des partis ne parle de Vine, Pinterest, Livestream ou Snapchat. Ils y sont peut-être, mais disons que j’aimerais bien en avoir la preuve. En outre, l’article dit « tous les partis sont présents et y sont très engagés ». Alors monsieur Giasson et moi n’avons sans doute pas la même définition « d’engagement ». Selon Definitions-marketing.com, l’engagement est :

    La notion d’engagement sur les réseaux sociaux traduit la propension des consommateurs à interagir avec une marque sur les réseaux sociaux.

    À contrario, l’engagement des partis sur les médias sociaux serait donc qu’ils interagissent avec les électeurs! Ce qui clairement n’est pas le cas avec tous les outils d’analyse que j’ai pu consulter.

    Donc, monsieur Giasson a peut-être été mal cité, peut-être s’est-il inspiré de l’expérience américaine pour supposer que c’était ce qui se faisait ici aussi, peut-être parle-t-il à travers son chapeau ou peut-être est-ce moi (de même que les webmestres des partis eux-mêmes) qui ne sais pas que les partis ont des présences beaucoup plus innovantes qu’ils le mentionnent eux-mêmes…

    J’ai donc pris mon bâton magique (Google pour ne pas le nommer de même que les engins de recherche de certains des outils eux-mêmes) et suis parti à la recherche de ces fabuleuses présentes innovantes des candidats ou des partis fédéraux.

    En fouillant un peu, j’observe que Justin Trudeau
    est sur Pinterest (avec zéro photo),
    sur Vine (avec un seul pitch, mais dans les deux langues :-) On note ici sa signature),
    sur Livestream Justin a fait 10 événements (le compte ne suit personne et a 480 abonnés) et sur le site du parti, ça mène à une page d’erreur 404,
    • qu’il est par contre très présent sur Instagram
    • et finalement il semble que les Libéraux soient sur Snapchat, mais tout comme moi, d’autres usagers n’y voient aucun contenu.

    Que Thomas Mulcair
    est sur Storify avec 4 statuts,
    • que lorsqu’on cherche NPD sur Pinterest avec Google qu’on tombe sur Narcissistic Personality Disorder (sic) et avec NDP, on trouve bien quelques élus fédéraux, mais surtout des profils NDP provinciaux. Avec la requête Thomas Mulcair Pinterest, rien n’apparaît dans Google et si on fouille dans l’engin de recherche Pinterest lui-même, ce qu’on y trouve à propos de Thomas Mulcair n’est pas des plus élogieux et il y a bien un certain compte ThomasMulcair, mais avec zéro activité.
    • Qu’il est présent sur Instagram et que lorsqu’on cherche NDP Instagram sur Google, on tombe sur NDP2015 (la parade annuelle de Singapour) (re-sic), puis sur un article expliquant pourquoi le commentaire homophobe de Deborah Drever sur instagram, lui a valu d’être expulsé du parti (re-re-sic),
    qu’il est sur Vine et qu’on y dénote une certaine originalité,
    qu’il est sur Livestream (avec 141 abonnés et 0 abonnement),
    • et qu’il ne semble pas être sur Snapchat.

    Que Stephen Harper
    • Ne semble pas ni lui, ni son parti être sur Pinterest,
    qu’il est sur Instagram avec zéro abonnement,
    • qu’il est sur Flickr et je note ici qu’il fait le gros effort de suivre 61 abonnements et que son compte est très riche en poignées de mains officielles,
    qu’il est sur Vine avec zéro publication
    • et que je ne trouve rien de lui ou son parti sur Livestream ou Snapchat

    En conclusion, j’admets humblement m’être peut-être « fourré » et que cette démonstration de la présence des chefs de partis sur les outils 2.0 est sans doute un gros pas dans la bonne direction (ils ont tout de même ouvert certains comptes) et que oui, pour les observateurs plus optimistes que je ne le puisse être, c’est la preuve irréfutable que nous sommes maintenant à l’ère des élections 2.0 (permettez que je m’étouffe et que je racle le fond de ma gorge très profondément)…

    L’évaluation des présences sociales des chefs et des partis politiques fédéraux

    Comme c’est à mon habitude depuis plusieurs années, j’aime bien analyser les présences sociales des acteurs politiques avant, pendant et après une élection. Je l’ai fait au niveau provincial et fédéral, mais aussi lors de campagnes américaines ou françaises. Sauf qu’ici, on s’entend que l’étendue et la complexité des présences web de nos chefs, sont d’une pauvreté effarante, comparativement à ce qui se fait ailleurs. Nos politiciens ne semblent toujours pas avoir compris la nature bidirectionnelle des médias sociaux et se servent de ceux-ci principalement comme canal de broadcast. Ils ont massivement investi Facebook et ils semblent croire que c’est le bouton à quatre trous qui leur fera gagner une élection. Ils ne sont sans doute pas au courant que l’algorithme de Facebook (le Edgerank) confortera leurs fans sur la justesse de leur choix, mais que les indécis ne verront pratiquement jamais leurs contenus.

    En effet, la bataille politique se gagne ou se perd avec les indécis. Or, le Edgerank a la particularité de nous montrer toujours de plus en plus des types de contenus qu’on aime déjà. Disons donc que pour être exposé à la pluralité des idées politiques et ainsi faire un choix éclairé et d’acquérir le cœur des indécis (pour les partis), ce n’est certainement pas le médium média social le plus efficace. Plusieurs études récentes ont d’ailleurs mis cet état de fait en exergue, constat qui a vigoureusement été démenti par Facebook qui a commandité une étude interne tentant, tant bien que mal, de minimiser le constat de ce biais politique. Par ailleurs, il ne faut pas non plus ignorer la faiblesse du pourcentage des fans d’une page (autour de 5%) qui sont exposés aux contenus d’une page qu’ils aiment déjà. Ce qui avait fait développer le concept de Facebook zéro par la réputée firme de publicité Ogilvy. On s’entend par contre qu’on parle ici de médias acquis (owned media) et non pas de publicité (paid media).

    Tous ça pour vous dire qu’au moment de la capture des graphiques plus bas (la semaine dernière), le leader incontesté de la course était Justin Trudeau, autant sur Facebook que sur Twitter. Cette avance qui apparait avec l’outil e-Value (diapositive 2) est aussi confirmé par Politwitter (diapo 11). Par contre, pour ce qui est de la responsiveness (interaction avec les usagers) sur Twitter, c’est Elisabeth May qui est la plus proactive (diapo 8). Finalement, sur Instagram, c’est Thomas Mulcair qui au moment d’écrire ces lignes est le plus efficace (diapo 9). Notons toutefois que pour tous les acteurs politiques, l’utilisation des médias sociaux est très faible et peu innovante si on les compare aux candidats des élections américaines ou françaises.


    Un merci particulier à EngagementLabs pour l’accès à leur technologie et pour l’aide précieuse dans la rédaction de cet article.

    MAJ

    Voici certaines entrevues que j’ai donné à ce propos

    J’ai aussi discuté de l’utilisation des médias sociaux par nos politiciens au FM98,5 avec Jean Pagé (MP3)

    @RDImatinWeekEnd L’utilisation des médias sociaux dans la campagne électorale : les bons coups et les mauvais coups. http://ici.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7332343 (entrevue télé)