La naissance et le « soi-disant » scandale des Janette

(Crédit photo: Nathalie Mongeau)

Sont drôles parfois les journalistes à chercher de la merde où il n’y en a pas et à échafauder des théories du complot. Sont sexistes aussi des fois.

Tout ça pour répondre à ces attaques vicieuses envers madame Julie Snyder « qui aurait usé de son cash et de son mari pour faire du lobbying par en arrière pour favoriser le PQ ».

J’ai été personnellement invitée à me joindre aux Janette par l’instigatrice du mouvement, madame Marie-Anne Alepin via Facebook. Je lui ai fortement suggéré d’inviter la sexologue Jocelyne Robert, mais elle était déjà prise cette soirée-là. Ainsi, le groupe s’est formé autour de madame Alepin et chacune de ses invitées suggérait à leur tour d’autres femmes qui complèteraient bien le tableau. Julie Snyder étant sa grande amie, la marraine de l’un de ses enfants et, occasionnellement, une collaboratrice (madame Snyder avait aussi participé à l’évènement Le moulin à parole dont madame Alepin était aussi l’une des organisatrices) de même que l’une de ses nombreuses clientes. Madame Snyder, comme nous toutes, a aussi invité d’autres femmes, dont madame Janette Bertrand, Denise Robert et Édith Cochrane..

Madame Alepin voulait qu’on fasse la réunion dans le sous-sol d’une église près de chez elle et qu’on se fasse venir du St-Hubert BBQ. Ce qui aurait très bien fait l’affaire. Mais madame Snyder insista pour qu’on fasse plutôt ça au 357C et que personnellement elle ramasse la facture. Pour elle, s’était sa façon de contribuer. C’était d’ailleurs très drôle pour le personnel du 357C qui ont l’habitude des réunions d’hommes d’affaires. Le maître d’hôtel a avoué qu’il arrivait souvent qu’il reçoive des groupes d’hommes, mais que ce fût une première qu’ait lieu une rencontre strictement de femmes dans leur prestigieuse enceinte.

Lors de ce souper, que je n’oublierai jamais, les échanges étaient vifs, émotifs et très engagés. Il a été décidé d’un commun accord que madame Bertrand écrirait la lettre (elle s’est offerte puisqu’elle avait déjà envie d’en écrire une avant même la rencontre) qui rassemblerait ce qui était le point commun de nos échanges. Je suggérais que l’on se nomme « Les Janette » et cette idée rassembla l’adhésion générale immédiate, mais il mettait par le fait même, un poids énorme sur les épaules de madame Bertrand. Je m’excuse ici à madame Bertrand de lui avoir indirectement causé de très nombreux soucis avec ce choix d’épithète de notre groupe.

Pour la petite histoire, je mentionnais aussi lors de ce maintenant légendaire repas que mon impression était que « les femmes voilées » étaient malheureusement et non intentionnellement ciblées par ce débat, alors que toutes les religions, sauf très rares exceptions, sont contre les femmes. Point à la ligne.

J’ajouterais aussi que l’une des vingt Janette du début dû se retirer et rester dans l’ombre par crainte de représailles de sa communauté musulmane. Elle est fréquemment intimidée par des islamistes parce qu’elle refuse obstinément le voile, qu’elle est femme d’affaires et n’est pas un homme et qu’elle refuse que ses filles aussi soient voilées. C’est d’ailleurs LE motif principal de son immigration au Canada. Elle n’en pouvait plus de vivre la montée de l’islamisme et son rejet des femmes dans son pays d’origine. Ce n’est pas l’avenir qu’elle voulait pour ses filles. Elle dut donc être remplacée pour qu’on puisse garder le chiffre magique de vingt, et c’est madame Filliatreault qui vint la remplacer. Or, madame Filiatrault n’était pas de ce souper, mais était tout à fait d’accord avec la lettre de madame Bertrand.

Il est aussi bon de noter que n’ayant pas de budget et d’organisation pour nous chapeauter, nous n’avions pas de firmes de RP, de plan de comm et de moyens financiers pour appuyer notre démarche. Que de la bonne volonté, de la passion et un objectif commun prolaïcité et pro égalité homme/femme à faire valoir. Bien qu’il y ait eu des déclarations malheureuses et maladroites dont nous nous sommes excusées, notre message sur l’égalité homme femme a sublimé le débat et à fait prendre conscience à la population de l’importance de l’enjeu pour l’égalité des sexes.

Par la suite il fallait un site web, une page Facebook, un groupe et une organisation pour faire la marche. Nous avons toutes collectivement contribué en temps, en idée, en disponibilité médiatique, en expertise, en passion et oui en argent. Pratiquement toute la coordination médiatique a été faite par madame Alepin. La coordination et consultation web était de mon ressort. Madame Snyder étant aussi « qui elle est », entière passionnée et déterminée, a aussi contribué en support logistique. Certaines filles (dont Valérie Vennes, Isabelle Le Pain, Joëlle Morin et Stéphanie Blais) ont passé plus de 12 heures par jour sur le web en tant que modérateur sur la page Facebook, une autre s’occupait du contenu et lire tous les articles fait sur nous. Nous n’avons pas toutes l’aura d’une madame Bertrand, c’est pourquoi elle a contribué de sa propre image plus que chacune d’entre nous. Toutes n’ont pas non plus mon expertise stratégique web et marketing et c’est pourquoi, à ce chapitre, je peux humblement dire avoir contribué plus que toutes. Mais c’est là la dynamique d’un groupe. Chacun y va de son effort personnel pour le bien de l’ensemble. C’était un effort improvisé, pour le bien de notre société et offert gracieusement par des femmes, pour des femmes, avec ce que chacune pouvait mettre sur la table. Et ce n’est pas fini…

Alors lorsque je lis que c’est une initiative télécommandée par le PQ, que c’est pour faire plaisir à monsieur dont madame Snyder est la marionnette ou que c’est madame Snyder elle-même qui a monté tout le truc, je trouve ça très « capilotracté » (tiré par les cheveux), sexiste, tendancieux et dégueulasse. Ça devait être dit et c’est maintenant aussi écrit pour la postérité.

Merci à toutes les Janette d’avoir mis vos efforts et votre passion dans cette prise de position politique. Merci à Marie-Anne Alepin d’avoir été l’étincelle initiale et merci à tous ces gens qui s’impliquent positivement et avec conviction à faire avancer leurs idées, quelles qu’elles soient. Et aux autres qui n’y voient que machiavélisme, vos efforts seraient sans doute mieux investis à faire avancer positivement la société au lieu de chercher des bibittes là où il n’y en a pas…

P.S.:

J’avoue, qu’avant de l’avoir rencontrée, j’étais contaminée par ces perceptions négatives qu’on aime bien propager à propos de madame Snyder « la nounoune » de service. Lors de ce souper, elle m’a très favorablement impressionnée par sa verve, son audace et sa présence. Elle y dit entre autres une phrase que je n’oublierai jamais « Vous savez dans la vie on peut se battre pour avoir raison. Mais moi je me fous d’avoir raison. Ce que je veux, c’est avant tout de gagner. Une fois qu’on a gagné, on pourra toujours dire qu’on avait raison ».

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#Charte Analyse des sentiments exprimés sur les médias sociaux à propos de la Charte des valeurs

Mise en contexte :

Comme vous le savez déjà, je me suis exprimée pour La charte des valeurs québécoises et je faisais partie des 20 Janette qui ont signé la lettre de Madame Janette Bertrand, qui elle-même a généré un mouvement massif d’appui populaire.

Mais cela étant dit, ça ne m’empêche pas d’être « neutre » et « objective » lorsque vient le temps d’analyser ce qui s’est dit sur les médias sociaux. Par ailleurs, l’analyse que je vous partage plus bas a été réalisée par deux collaborateurs d’importance, qui n’ont aucun enjeu personnel ou corporatif avec les discussions autour de la Charte. Il s’agit de SAS Canada (client de longue date et SAS est le pionnier de l’analyse de données et de l’analyse prédictive) et de Inbox, entreprise française spécialiste de la connaissance clients et usagers et du big data également implantée au Canada et ayant développé un complexe algorithme sémantique francophone permettant de faire de l’analyse de sentiment en français (ce qui est très rare parce que la majorité des outils disponibles sont anglophones et n’ont pas la capacité d’analyse de sentiments et du prédictif).

SAS Canada et Inbox ont l’habitude de travailler entre-autres avec des grosses boîtes financières, d’assurances ou de commerce de détail, de médias internationaux et du secteur public. Ce sont eux entre autres qui font de la détection de fraude par l’analyse de très grands volumes de contenus (Big Data) pour les cartes de crédit ou les assurances. Grâce à sa technologie, Inbox a été la première source à identifier la fin de la récession en France, deux semaines avant tout le monde. Tout ça pour vous dire que lors d’une discussion avec SAS et Inbox sur la difficulté d’expliquer l’importance du « big data » à des clients potentiels (parce que ce n’est pas sexy) je leur propose d’utiliser leur technologie pour un sujet chaud de l’heure (comme la charte des valeurs québécoises). Ainsi, les gestionnaires pourront facilement comprendre en extrapolant, comment eux-mêmes pourraient bénéficier de la compréhension de ce qui se dit sur les médias sociaux, pour leur propre organisation. Voici donc le rapport d’analyse de SAS Canada/Inbox sur les discussions sur les médias sociaux à propos de la charte des valeurs.

Pour comprendre les graphiques

Voici une analyse de sentiment « Big Data » de différents thèmes discuté sur les médias sociaux (Facebook, Twitter, blogue) à propos de la Charte des valeurs québécoises. Remarquez en abscisse « LE VOLUME DES MESSAGES » et en ordonnée « L’INDICE DE POSITIVITÉ DU MESSAGE » qui est aussi appelé « analyse de sentiment. Ceci est une version préliminaire de l’analyse, qui est toujours en cour. Étant donné que le projet de loi du PQ risque d’être déposé dans les prochains jours, un grand volume de commentaires continuera d’alimenter les discussions médias sociales. Pour comprendre comment se fait l’analyse de sentiment, je vous dirai qu’avec l’algorithme d’Inbox un terme comme « crise » contiendra 1000 paramètres différents afin de déterminer le contexte de ce mot spécifique et de savoir si on parle par exemple « d’une crise économique » ou si plutôt « il a pété une crise ». Leur analyse de sentiment est donc fiable à 85% et la marge d’erreur est la même pour tous. Aussi, si par exemple un twitt parle de Dalila Awada et qu’il contient un hyperlien vidéo, comme l’hyperlien et le vidéo ne seront pas analysés, ce ne sera que le contenu de la mise en contexte précédant l’hyperlien qui sera pris en compte.

Le corpus

Les sources suivantes ont été analysées:
• Twitter
• Facebook
• Forum Yahoo
• JM : Journal du Montréal avec 3 sous-forums:
http://blogues.journaldemontreal.com/politique/,
http://blogues.journaldemontreal.com/droitdecite/,
http://www.journaldemontreal.com/auteur/richard-martineau )
• LP : LaPresse avec 3 sous-forums :
http://blogues.lapresse.ca/boisvert,
http://blogues.lapresse.ca/edito,
http://blogues.lapresse.ca/avenirmtl )

Mon analyse

J’attire votre attention sur les diapositives 3, 4 et 5. Vous remarquez qu’elles sont des portraits des discussions médias sociaux des 14, 21 et 31 novembre octobre. Vous remarquerez sans doute aussi qu’au 14 octobre, la majorité des mots clés, personnalités et organisations associés au débat de la charte sont perçus très négativement. Par contre, après le 21 octobre, ces mêmes termes (en plus de celui de # Janette qui commence à apparaitre), font passer plusieurs mots du côté positif. Vous remarquerez aussi qu’étrangement, Charles Taylor est vu plus négativement qu’Adil Charkaoui, mais que son collègue Gérard Bouchard jouit d’une négativité beaucoup moins grande. Vous observerez sans doute aussi que le Conseil du Statut de la femme est l’entité la plus méprisée et que la CQCI est l’organisation qui récolte la plus positive des mentions sur les médias sociaux, mais vous observerez que le volume des messages qui y est associé est somme toute insignifiant comparativement aux Janette par exemple. Observez aussi que Les Anti-Charte et les pro-charte sont tous deux du côté négatif des discussions, que le volume des discussions est somme toute équivalent, mais que les pro-charte sont beaucoup moins détestées que les anti-charte. Finalement, les inclusives ont 10 fois moins de mentions que les Janette, et elles sont à peine perçues plus positivement que les Janette et elles sont toutes deux du côté positif des discussions. Je pourrais continuer de vous faire mes observations, mais vous comprenez sans doute maintenant le principe et je ferai cette discussion de vive voix la semaine prochaine lors d’une conférence au Salon BI. Donc bonne lecture et bonne analyse ☺

 

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Pourquoi tu portes un voile?

Les enfants d’âge préscolaire ont cette fameuse phase du « pourquoi » . Les enfants d’âge scolaire aussi. Moi-même qui suis maintenant une presque vieille, je me pose aussi des questions. Par exemple lorsque j’entends dire que pratiquement les seuls endroits où peuvent travailler les femmes voilées sont dans les CPE. Je me dis, ha bon, pourquoi? On s’entend qu’elles ne seront sans doute pas coiffeuse, mais pourquoi les CPE? Est-ce quelque chose de culturel? Ça prend tout de même une formation pour travailler en CPE? Pourquoi semble-t-il qu’elles choisissent en masse d’aller y travailler?

Je lis aussi et j’entends dire que ces femmes sont très dévouées et qu’au grand jamais elles ne feraient de prosélytisme. Je veux bien le croire. J’en suis même convaincue. Mais je me dis aussi que si elles ne peuvent travailler que là, elles n’ont peut-être pas de diplôme de psychologie enfantine pour désamorcer l’inévitable session de questionnement répétitif des enfants à l’âge du «pourquoi». Elles se feront inévitablement demander:

-Pourquoi tu portes un foulard?
-Pourquoi ma maman ne porte pas de foulard elle?
-Est-ce que tu me le prêtes ton foulard?
-C’est qui Allah?
– Pourquoi les hommes ne portent pas de foulards eux?
-Pourquoi tu ne te déguises pas à l’Halloween?
-Crois-tu au père Noël?

Puis l’inévitable pourquoi maman tu ne portes pas de foulard comme ma gentille gardienne? Maman je veux porter un foulard moi aussi.

Disons que même avec un diplôme blindé de pédopsychologie, afin d’éviter de faire du prosélytisme dans ses réponses, ça risque d’être difficile et torpinouche…

En théorie, je veux bien croire que ces femmes voilées seront au-dessus de toutes idées et d’intention de répandre l’islam auprès de nos petits et qu’elles ne veulent en aucun cas tenter de les influencer à leur croyance. Mais dans la pratique, j’ai bien peur que ce ne soit une impossibilité… Même en supposant qu’elles ont toute la volonté de neutralité religieuse du monde.

Par ailleurs, Bibitte Electrique, ma conjointe de près de 20 ans, répondait ceci à une de ces copines qui lui demandait sur Facebook ce qu’elle pensait de l’entrevue de Me André Sirois qui répliquait à Charles Taylor à propos de La Charte des valeurs québécoises à l’émission de Dutrizac au 98,5FM.

J’ai été maman à la maison jusqu’à ce que mon fils ait l’âge scolaire. Si j’avais eu à le faire garder, jamais je n’aurais choisi une femme musulmane voilée qui accepte de porter un symbole de l’inégalité entre les hommes et les femmes. L’égalité est une valeur de la plus haute importance et je n’aurais pas choisi que quelqu’un qui ne partage pas cette valeur s’occupe de mon enfant à plein temps. Je pense qu’en CPE, le parent ne peut choisir l’éducatrice assignée à son enfant…

Pour les autres propos tenus par Me Sirois, je suis assez en accord surtout au niveau de l’immigration.

Les femmes sont des putes et moi je suis le diable

Lorsque j’étais enfant, j‘étais servant de messe. J’ai fait partie des « jeunesses du monde », mouvement chrétien valorisant le missionnariat. Puis, j’ai fait le Collège Militiare Royal de St-Jean. Dans nos cours de géopolitique, j’y eu un cours sur la décolonisation. J’y appris la grande différence entre le colonialisme britannique et celui français. Le colonialisme français était d’abord religieux tandis que le Britannique militaire. Si un colonisé acceptait Dieu, il devenait citoyen avec tous les privilèges tandis que pour les Britaniques, les officiers avaient des primes pour apprendre la langue des colonisés afin de faciliter les échanges commerciaux et ceux-ci ne pourraient JAMAIS devenir citoyens. C’est l’une des raisons qui explique pourquoi après la décolonisation africaine, les pays colonisés par la France parlent encore français tandis que ceux de l’Angleterre sont rapidement revenus à leurs coutumes et dialectes ancestraux.

Je viens d’un monde d’homme et d’une culture religieuse et machiste. J’étais au CMR avant que les femmes n’y soient acceptées et à l’époque, elles avaient le privilège d’y mettre les pieds à titre « d’escorte » lors des nombreux bals. On avait même la tradition « dog of the night » pour laquelle chaque élève officier qui avait une « blind date » mettait un 5 dollars dans un chapeau et les « séniors » qui avaient déjà une copine, faisait le tour de la salle pour identifier la plus moche d’entre toutes. L’élève officier qui était avec elle, s’il avait été un gentleman avec elle toute la soirée, remportait la cagnotte. Ce stratagème avait pour but d’inciter les élèves officiers à respecter les femmes et à s’occuper d’elles, même si elles n’étaient pas avantagées par la nature (sic).

Ma mère, à grand renfort de « pardon » à cause de la religion, hésita longtemps avant de divorcer de mon père qui avait des aventures avec de jeunes hommes. Puis un jour, elle en eut assez. Nous n’irions plus à l’église…

J’ai passé ma vie dans un monde d’homme. J’ai vu la chance extraordinaire que j’avais de faire partie du « sexe fort ». J’ai entendu et fait de nombreuses blagues sexistes tout au long de ma vie. Il m’arrive même d’en faire encore. On n’efface pas 45 ans de conditionnement avec un coup de baguette.

Sauf qu’aujourd’hui je suis une femme. Je suis même une sous-femme. Je suis cette nouvelle femme qui n’est pas comprise de la société et sur laquelle la très grande majorité des religions ont une vision extrêmement négative. J’apprends à vivre avec ça (merci à mes différents psy). N’empêche que chaque jour que dieu (choisissez ici le dieu que vous voulez) me donne, je suis victime de sexisme, de rejet ou pire encore, de mépris. Pratiquement toutes les couches de la société ont encore des préjugés envers les transsexuelles. Même ma propre famille m’exclut. Mais ces préjugés sont souvent insidieux, larvés et à peine perceptible. Par contre, lorsqu’il est question d’intégrisme religieux, de quelque religion que ce soit, ce mépris n’est plus caché. Il devient « ostentatoirement » ouvert. Il me saute dans la face. Je peux bien me faire des tours de passe-passe dans ma tête pour me dire que ce n’est pas ça, mais lorsque je passe à côté de certaines minorités et qu’ils crachent à terre à mon passage, qu’ils se font le signe de croix, qu’ils me pointent du doigt, qu’ils me dévisagent avec une ardeur peu commune ou qu’ils m’invectivent, le message est clair.

Lorsqu’on enseigne que la femme doit être soumise à l’homme, lorsque dans une culture la vie d’une femme vaut la moitié de celle d’un homme, ma vie à moi ne vaut plus rien. S’il est culturel que la femme marche derrière l’homme ou pire, qu’il faille la cacher, imaginez la distance réelle et imaginaire que je devrais observer pour pouvoir exister?

Le combat des femmes contre l’intégrisme, quel qu’il soit est mon combat. La place qu’aura la femme dans la société québécoise et dans les microsociétés qui la compose sera toujours plus prépondérante que la mienne. C’est donc pour moi une question de survie que de me battre contre le rejet systémique ou culturel de la femme…

Je suis donc féministe et prolaïcité par conviction profonde puisque le contraire ferait de moi le diable. Ce que je suis déjà aux yeux de trop de mes voisins…

Cet article est repris intégralement dans le HuffingtonPost Québec

Pourquoi une Charte de la laïcité est si importante pour nos enfants

Est-ce souhaitable
• qu’un gamin hassidique n’apprenne plus que la Thora à partir de 12 ans,
• que des fillettes aillent à l’école voilée à l’élémentaire (vous pouvez lire : L’été dernier, Rayane Benatti, une jeune joueuse de neuf ans de Gatineau, est restée sur le banc durant les matchs, parce que la Fédération québécoise du soccer n’acceptait pas son voile. Radio-Canada ou encore Des certificats de virginité ? Des mini-Miss ? Des fillettes voilées ? de Marie-Claude Lortie LaPresse)
• ou que des enfants d’âge préscolaire soient exposés à des femmes voilées à longueur de journée? (lire à ce sujet Le voile dans les garderies, Christian Dufour Journal de Montréal)

Voici quelques-unes des questions qui devraient se poser dans le débat entourant la Charte des valeurs québécoises et militer VIVEMENT pour une laïcité mur à mur de notre société.

Saviez-vous qu’il se fait encore des excisions au Québec, sur la carte d’assurance maladie? Certains médecins ont le dilemme de pratiquer cette excision eux-mêmes ou d’attendre que la petite fille revienne à l’hôpital à bout de sang pour se faire soigner in extremis. (Vous pouvez d’ailleurs lire le rapport du Conseil Canadien des femmes musulmanes La violence à l’égard des femmes 2013 (PDF).

Des travailleurs de la DPJ sont quotidiennement aux prises avec des cas de violence envers les enfants. Mais si cet enfant vient d’une communauté dans laquelle il est « culturellement acceptable de battre un enfant » contrairement à un autre enfant québécois, celui-ci devra continuer d’endurer son sort. Cette violence physique n’étant pas motivée par de la « haine ou de la colère » et comme dans la famille de l’enfant la violence est culturelle, les travailleurs de la DPJ ne pourront pas faire grand-chose. (Vous pouvez lire à ce sujet LA PROTECTION DE LA JEUNESSE VUE PAR DES PARENTS RÉFUGIÉS La famille au coeur de la protection de la jeunesse, Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval dans le cadre du programme de maîtrise en service social pour l’obtention du grade de maître en service social (M. Serv. Soc.)2010 (PDF))

Nous pouvons certainement comprendre qu’il sera difficile à des musulmanes voilées d’enlever leur foulard pour aller travailler pour l’état. Nous pouvons d’ailleurs en faire tout un plat et se dire que nous sommes de vils racistes qui empêchent ces pauvres femmes de gagner leur vie. Nous pourrions aussi nous dire que la barbarie religieuse a assez duré et qu’il est temps, pour la protection de nos enfants, de TOUS les enfants, qu’on s’ouvre les yeux et qu’une fois pour toutes, on se décide à mettre un terme à ça.

NOS ENFANTS AUSSI DEVRAIENT AVOIR DES DROITS…

P.-S. C’est intéressant de savoir que les dirigeants des hôpitaux membres de l’AQESSS soient contre la Charte, mais il aurait été plus judicieux de spécifier que ce sont les administrateurs qui se sont prononcés plutôt que les salariés qui sont ceux qui sont au front à gérer les problèmes…

Vous pouvez aussi lire mon billet La charte des valeurs ne va pas assez loin

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Il est aussi bon de se rappeler que selon L’ONU:

Les droits culturels représentant la diversité culturelle.
Tout être humain a droit à la culture, y compris le droit de jouir d’une identité culturelle et de la développer. Les droits culturels, toutefois, ne sont pas sans limites. Le droit à la culture prend fin là où il empiète sur un autre droit de l’homme. Selon le droit international, il est interdit de faire usage d’un droit si son exercice entraîne la diminution ou l’annihilation d’un autre.

Cela signifie que les droits culturels ne sauraient être invoqués ou interprétés de manière à justifier tout acte conduisant à dénier ou violer tout autre droit de l’homme ou liberté fondamentale. Le fait de se réclamer du relativisme culturel pour violer ou dénier les droits de l’homme constitue un abus du droit à la culture.

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Dans Wikipedia

La liberté de religion de l’enfant
Concernant l’enfant, la déclaration de 25 novembre 1981 de l’ONU stipulait article 5 alinéa 1 : « Les parents ou, le cas échéant, les tuteurs légaux de l’enfant ont le droit d’organiser la vie au sein de la famille conformément à leur religion ou leur conviction et en tenant compte de l’éducation morale conformément à laquelle ils estiment que l’enfant doit être élevé. » et alinéa 5 : « Les pratiques d’une religion ou d’une conviction dans lesquelles un enfant est élevé ne doivent porter préjudice ni à sa santé physique ou mentale ni à son développement complet, compte tenu du paragraphe 3 de l’article premier de la présente Déclaration. »

La charte des valeurs ne va pas assez loin

Tout d’abord la fameuse « charte des valeurs québécoises » est très mal nommée. Pourquoi pas plutôt une charte de la laïcité? En effet la charte proposée ne fait pas l’analyse et la synthèse des valeurs québécoises, d’ailleurs qui pourrait les faire? Elle met plutôt la table de la laïcité et délimite les débordements de ce que d’aucuns appellent des convictions personnelles, dans la sphère publique en général et dans la sphère civique (payée avec nos taxes) en particulier.

Je n’ai pas l’intention de me moquer de quiconque, mais je comprends que certaines personnes pourront se sentir blessées. Je ne crois pas que la religion doit être sur un piedestal, plus que d’autres institutions de la société. L’histoire ancienne et récente fourmille d’exemples prouvant hors de tout doute que la religion a tendance à déborder de son cadre « religieux » pour venir modifier les us et coutumes des sociétés et les entrainer dans des actes et actions, qu’un dieu (quel qu’il soit) ne serait pas fier de cautionner. La politique aussi d’ailleurs. C’est pourquoi les signes politiques sont déjà interdits aux travailleurs de l’état, afin qu’ils projettent une neutralité face aux citoyens.

Ce n’est pas à moi de juger de la pertinence ou non , des gens qui observent et analysent le monde au travers d’une lentille religieuse. Par contre je me dois de réagir lorsqu’une croyance religieuse devient une action qui a une portée sur la place publique. Si vos croyances et ses symboles ont un impact sur ce qui est enseigné dans nos écoles (le monde a été fait en 6 jours), sur ce qui est mangé dans nos cafétérias (bouffe halal et casher), sur le déroulement des activités des enfants (séparation des filles et des garçons dans les piscines), nous ne parlons décidément plus de croyances personnelles. C’est une chose de voir le monde au travers d’une lentille, une autre d’agir comme si c’était la seule qui soit valable.

Par ailleurs, la communication entre personnes inclut du verbal et du non verbal. Souvent, le non verbal aura un poids et une portée bien plus grande que ce que le verbal peut signifier. La tenue vestimentaire et les accessoires qui l’accompagnent sont très éloquents au niveau non verbal. Souvenez-vous du simple port d’un petit carré rouge. D’ailleurs, les fonctionnaires de l’état se doivent déjà de neutralité politique. Il faut croire que bien des professeurs n’étaient pas des employés de l’état lors de la dernière grève étudiante. M’enfin, même des députés (maintenant première ministre) s’affublaient du symbole et jouaient allègrement de la casserole. Mais ça, c’est une autre histoire. Une histoire tout de même qui devrait marquer les esprits et militer pour une plus grande neutralité (politique et religieuse) de nos fonctionnaires et de nos élus.

Les symboles induisent des perceptions qui sont souvent sans rapport avec l’intention de celui qui communique. Ils sont néanmoins très efficaces. Ils ne laissent que peu de gens indifférents. Ils sont justement ce qu’on appelle des « outils de mobilisation ». Si vous passez devant un triplex et que vous voyez un drapeau accroché sur le balcon du 2e étage, déjà vous aurez une image mentale des habitants que vous n’avez pourtant jamais vue. De même, lors de la St-Jean-Baptiste, vous risquez d’être fortement ému à la vue de milliers de fleurs de lys qui sont agités au vent. Encore un autre exemple de la puissance évocatrice des symboles. Cependant, dans un contexte de prestation de service gouvernemental, cette puissance « évocatrice » n’est très probablement pas la bienvenue.

Je suis « pour » la neutralité de l’état et de ses représentants et je suis « pour » la laïcité de nos institutions. Étant moi-même une « minorité visible », j’ai eu l’occasion de vivre à maintes occasions le mépris. Ironiquement, ce mépris venait souvent d’autres minorités visibles et si ces mêmes minorités portaient des signes religieux ostentatoires, ce mépris montait d’un cran. Mais ne prenez pas ma parole « pour du cash ». Vous n’avez qu’à lire la page de Wikipedia « homosexualité et religion » pour vous en convaincre. Vous remarquerez d’ailleurs que les religions qui acceptent l’homosexualité s’adonnent étrangement à être aussi des religions qui sont reconnues pour ne pas imposer de « signes religieux ostentatoires ». Vous comprendrez dès lors le « malaise » que je pourrai ressentir le jour où je serai à l’hôpital et que je serai soignée par un ou une infirmière m’affichant ostentatoirement sa religion ou encore lorsque j’irai chercher mon petit-fils à l’école et que son professeur sera ostentatoirement religieux. Je ne souhaite vraiment pas avoir à vivre ça ici au Québec. Je sais déjà que plusieurs régions de la planète me seront impossibles à visiter à cause de l’homophobie rampante de ces régions ou carrément parce que les gais y sont emprisonnés ou mis à mort. J’aimerais continuer de pouvoir me promener PARTOUT au Québec sans devoir « être sur mes gardes ». Appelez ça de la paranoïa si vous le voulez, mais les faits restent qu’une transsexuelle est assassinée à chaque 3 jours sur la planète et que pour la majorité des cas, ce sont des « motifs religieux » qui incitent à ces violences.

Pourquoi la Charte ne va pas assez loin?

Si on veut réellement un état laïque, pourquoi ne pas aussi agir sur la fiscalité et les subventions religieuses? Pourquoi continuer de financer avec nos taxes les écoles confessionnelles? Pourquoi continuer de ne pas taxer les religions et les religieux comme le reste de la population et des organisations? Pourquoi laisser notre patrimoine religieux, payé à même la sueur et les deniers des Québécois, être brocanté au profit de l’Église catholique? Il me semble que si une église n’a plus de fidèle, ce serait la moindre des choses qu’elle retourne à la communauté et puisse servir de bibliothèque, de centre d’activité culturelle ou sociale ou à toute autre vocation profitant à ceux qui depuis des générations ont payés pour ces bâtiments? Finalement, si on veut être conséquent, le crucifix à l’Assemblée nationale devrait prendre le bord. L’argument de la « mémoire historique » est on ne peut plus scabreux. Ce crucifix a été mis là par Duplessis. Celui-là même qui a entraîné le Québec dans une grande noirceur religieuse. Étant une petite orpheline de Duplessis (mon père ayant été un orphelin de Duplessis et ayant subit d’outrageux abus sexuels des religieux et religieuses ayant sa garde et ayant aussi été interné comme fou parce que c’était plus payant pour l’église), ce symbole me rappelle les nombreuses blessures que mon père et plusieurs de ces enfants on subit. Ce n’est donc pas un « symbole historique » particulièrement plaisant à se remémorer…

Par ailleurs, l’expression de sa religiosité est très personnelle. Les symboles ostentatoires ne sont que ça, des symboles. Choisir ou pas de les porter est aussi un choix, qui est personnel. Si ce n’est pas un choix, ça devient donc quelque chose qui a été imposé par une ou des forces extérieures. Ces forces sont donc très probablement la pression sociale…

P.-S. Il y a eu beaucoup de choses qui ont été dites à propos de la charte, qui n’est toujours qu’à l’étape de proposition, et les couteaux volent bas de tous les côtés. Je vous invite donc à commenter mon billet dans la mesure et le respect. Je serai particulièrement sévère dans la modération des commentaires.

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Ce billet a été repris intégralement dans le Huffingtonpost :-)