- Michelle Blanc, M.Sc. commerce électronique. Marketing Internet, consultante, conférencière, auteure. 15 ans d'expérience - https://www.michelleblanc.com -

Une leçon de vie, à l’article de la mort

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Comme ça arrive, j’ai connu quelqu’un qui a d’abord été un client et qui au fil des rencontres, est devenu un ami. Nous ne nous sommes pas rencontrés très souvent, une dizaine de fois peut-être, mais à chacune de nos réunions, l’étincelle de l’amitié grandissait. Nous partagions une passion commune, celle de la communication. Nous sommes devenus copains et apprécions mutuellement nous taquiner et découvrir l’autre qui était différent. À chaque fois j’anticipais le plaisir de rencontrer ce client et son associé et déconner savamment et discourir sur chacun des sujets que nos inspirations amenaient sur la table. C’est avec grande tristesse que j’ai appris la mort de ce coloré personnage samedi. Toutefois, il m’avait prévenue de son arrivée prochaine dans une suite de courriels Facebook que je vous partage aujourd’hui. Selon ses volontés, son nom et les éléments permettant de le reconnaître formellement ont été enlevés. Je vous partage cette suite d’échanges parce qu’ils m’ont profondément troublée et qu’ils sont une grande leçon de vie, face à la mort. Je vous souhaite tous (et je me souhaite vivement) d’avoir sa sérénité lors du moment venu. J’offre aussi à sa famille, à son associé et à ses employés qui liront certainement ce billet, mes sincères condoléances. Savoir être est aussi savoir partir. Adieu mon ami et merci d’avoir traversé mon chemin…

Mon client :

Bonjour Michelle.
Il y a trop longtemps que nous n’avons pas été en contact et J’avoue ne pas avoir eu le temps de suivre tes pérégrinations ou tes réflexions et voici pourquoi.
Au cours des derniers mois, ma santé s’est très gravement détériorée me forçant à ralentir mes activités graduellement et maintenant, j’ai complètement cessé.
Après des semaines d’investigations médicales, le verdict est tombé, cancer généralisé avec une perspective de quelques mois. Sois rassurée, je suis serein face à cette réalité, car J’ai déjà vu la mort de près et le décès de ma fille aînée de leucémie et de plusieurs amis intimes au fil des ans m’ont déjà fourni matière à réflexion sur notre sort à tous.
L’équipe médicale me fournit la meilleure dope possible et la douleur est contenue derrière un gros barrage, la plupart du temps, et c’est très bien, sans pour autant me rendre plus niaiseux que je ne suis normalement, ni m’endormir abusivement.
Cette période en est également une de grâce, car mon fils et moi vivons des moments privilégiés et la famille et les amis sont tout simplement extraordinaires en me comblant de leur présence affectueuse et soutenue. Que demander de plus!
Tu te doutes que (caviardé) et mes collègues l’ont pris très dur, mais le temps fait son oeuvre et ils surmontent leur peine en relevant le dernier mandat que je leur ai confié…assurer la pérennité et le développement de (caviardé). Mon ami (caviardé) relève le défi avec toute la fougue que tu lui connais et est parvenu à contenir sa peine et ses émotions, ce qui me rend extrêmement fier de lui.

Je termine en te remerciant pour la grande gentillesse personnelle, le professionnalisme dont tu as fait preuve avec notre équipe. Je garde des souvenirs mémorables de nos diners ou nos échanges ont été empreints d’humour, de respect et d’affection.
Je t’embrasse et te souhaite de continuer à jouir de la vie à chaque minute en étant bien dans ta peau.
Amicalement.
(caviardé)

Moi :

J’ai les larmes qui m’envahissent. Je suis sans mots. Vivement un autre diner que je te vois une dernière fois la face et que je t’écoeure un peu. Ta sérénité me rassure et me fait espérer l’atteindre moi aussi le moment venu. J’ai hâte de te revoir. Je dois céduler quelque chose chose avec (caviardé) et j’aimerais bien qu’on ait un autre de ces fabuleuses rencontres. À bientôt

Mon client :

Bonjour Michelle.
Sachant qu’en bonne femme d’affaires, tu aimes rentabiliser tes déplacements (les voyages et les belles voitures coutent cher!) je comprends que tu veuilles te booker avec (caviardé) (lol). Quant à moi, je préfèrerais que tu profites d’une ballade (caviardé) avec ta blonde dans ton beau nouveau carrosse doré pour venir prendre quelques scotchs ou du bon jus de raisin a la maison. Mon état étant maintenant un peu trop connu dans le petit village de (caviardé), je n’ai aucun goût de me sentir comme un animal de cirque que les curieux regardent dépérir. Cependant, mon état ne te fera pas peur, car le mal est strictement à l’interne et les gens ne cessent de me répéter que je n’ai pas l’air malade, ce qui n’est pas sans les troubler, mais a un effet rassurant pour eux.

Alors, l’invitation ouverte est maintenant lancée et si tu l’acceptes plus tôt que tard, je devrais être dans une forme nous permettant de respecter notre tradition de rigolage et de réflexions inspirées enrobées de nos goûts communs pour les bonnes choses de la vie.
Toujours appeler ou E-Mail avant ( pas de Tweet tu ne m’as jamais donné ma formation) cependant, car je dois me garder des périodes de repos. Voici mes coordonnées
(caviardé)
Au plaisir, amicalement.

Moi :

je ferai donc l’impossible pour faire ça dans les prochaines semaines. Aussi, avec ta permission, j’aimerais reprendre ton courriel pour le publier sur mon blogue, en enlevant toute référence à ton nom, celui de (caviardé) ou votre firme. Je trouve ton message vraiment touchant et empreint d’une sérénité peu commune. Il est aussi très éloquent d’une réalité que nous vivrons tous, celle de notre propre mort.
À très bientôt (caviardé)

Mon client :

Chère Michelle.
Ta demande ne me surprend qu’à moitié. Je te dirais une chose à la fois, comme j’espère que mon état de santé actuel se maintiendra la plus longtemps possible (quelques mois) et que ton blogue est très suivi et que, malgré tout, je ne suis pas un parfait inconnu dans les milieux (caviardé) entres-autres, je te demanderais d’attendre après mon départ pour donner suite à ton idée de publication avec les réserves précisées.
D’ici là, j’ai hâte de te revoir.
Bonne journée
(caviardé)

Moi :

Merci de cette ouverture et de ta compréhension

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de revoir une dernière fois mon ami. J’en suis profondément triste et désolée.

MAJ

En commentaire de ce billet on me demande [2] :

(…)j’ai du mal à comprendre la démarche de la publication de ce billet. Cette relation est quelque chose de personnel. c’est une belle leçon de vie certes mais je ne comprend pas pourquoi tu l’as publié. C’est un message rempli d’émotions adressé à ta personne, un lien entre ton ami et toi même. J’ai du mal à concevoir que tu arrives à mettre en ligne des sentiments aussi profonds et touchants. Penses-tu que son but était de t’écrire un texte qui soit lu par l’ensemble de tes lecteurs?(…)

Ce à quoi je réponds :

J’ai déjà parlé dans mon billet De l’utilité du blogue comme outil de catharsis [3] où j’y exprimais que

(…) Les gens peuvent s’identifier aux émotions qui sont transmises par les révélations d’épreuves de vie

(…) Les gens peuvent être et sont touchés émotionnellement par la lecture des blogues. Même s’ils ont une fonction éducative, d’affaires, politiques, personnelles ou autre, les blogues sont écrits par des humains qui vivent des situations dramatiques qu’ils se doivent quelquefois de partager.

(…) il m’apparaît clair que le partage, via les blogues, des événements dramatiques et réels que vit le blogueur, procure un effet de catharsis aux lecteurs, tout en le réconfortant grandement à son tour. Le blogue d’affaires est donc plus que strictement un outil commercial, il sert aussi à humaniser le blogueur et (peut-être même dans une certaine mesure à guérir, d’où la catharsis) la sphère de ses propres lecteurs…

Je noterai aussi que c’est un hommage à mon ami, à sa grandeur d’âme, à sa résilience et à sa sérénité que je souhaite vivement atteindre avant mon trépas. Que de son vivant il a consenti à ce que ce soit en ligne. Que j’en ai discuté hier de vive voix avec son associé en lui mentionnant que ça me faisait chier qu’il n’eut pas accepté que je le nomme dans ce lumineux témoignage ce à quoi il me répondit : « voyons Michelle, ce ne sera pas la première fois que vous ne serez pas d’accords, mais certainement la dernière. Il doit d’ailleurs rigoler là-haut de voir tout ça ». Finalement, j’ai souvent dans ce blogue (et avec ce client), parlé de l’importance de « l’authenticité » et de « l’universel » dans les contenus de blogue et cet extrait en est un témoignage plus que lumineux, s’il en est un.