Grosse journée émotive aujourd’hui

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Lors de mon coming-out sur ma condition de transsexuelle, je n’irai pas par quatre chemins, je vous ai dit que je ne parlerais pas beaucoup de ce que je vis ici et que j’ouvrirais plutôt un autre blogue (femme 2.0) pour expliciter ça. Mais aujourd’hui c’est une journée charnière importante et très émotive pour moi. Pour mal faire, je reçois deux appels téléphoniques d’individus qui veulent me vendre leurs services et qui disent être allés sur mon site. Le premier m’appelle monsieur gros comme le bras et le deuxième, plus délicat, me demande cou donc, vous êtes un homme ou une femme? Ce à quoi je réponds « une transsexuelle en transition qui est en train de devenir une femme» et après avoir écouté son boniment, il termine en me souhaitant une bonne journée « monsieur ».

Toujours est-il que je sors du bureau du chirurgien qui va pratiquer sur moi une FFS (Facial Feminisation Surgery). Nous avons discuté des différentes portions de l’opération, des nombreux risques et complications possibles, de mes attentes, de mes angoisses et de ma basse capacité de vivre la douleur (il m’a assuré qu’ils avaient de la bonne drogue). Je reviens donc chez moi heureuse d’être fixée sur toutes ces transformations et impressionnée des exemples d’autres patients qu’il a déjà opérés. Mais je suis terriblement angoissée que mes comptes à recevoir arrivent et que mon budget permette de faire le paiement de plusieurs dizaines de milliers de dollars à l’échéance prévue. Je sais que ce sont des choses dont on ne parle pas habituellement, ma pratique va vraiment très bien, mais on parle tout de même d’un méchant gros montant à verser. J’ai aussi parlé avec mon ex. de ma rencontre avec le chirurgien et de ma peur de voir ce nouveau visage. J’ai pleuré abondamment et j’angoisse de ne plus me reconnaître, de souffrir, de peut-être y rester, de tomber du mauvais côté des statistiques et de la pression constante que j’ai sur les épaules pour affronter le monde avec dignité, de faire mon boulot comme si de rien était, de ne pas m’en faire avec les regards méprisants et les « monsieur » qu’on me donne de façon régulière et d’enfin être forte. Surtout que le but de cette opération n’est pas de faire de moi une « cover-girl » (quoique j’aimerais ça), mais plutôt de diminuer sensiblement les regards de mépris d’imbéciles, de me féminiser davantage et de faire que je puisse déambuler dans la rue sans être une attraction pittoresque. Deux touristes la semaine dernière me disaient comment elles me trouvaient « cute » et voulaient me prendre en photo. Elles pourraient dire à leur retour à la maison regarde la belle transsexuelle que j’ai prise en photo. Yé! Méchant beau compliment… C’est ce genre de truc que j’aimerais qui diminue.

Pour ceux et celles qui n’ont pas le cœur trop sensible, vous pouvez visionner ce montage photo d’une transsexuelle qui est déjà passé par là. Vous comprendrez dès lors, une portion de mes angoisses et excuserez sans doute la digression à ma ligne éditoriale habituelle …

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Commentaires

  1. Manouane Beauchamp

    Salut Michelle,

    Je ne sais pas si tu te souviens de moi, mais tu m’avais longuement accueilli chez toi pour répondre à mes questions alors que je travaillais comme professionnel de rechercher pour l’INRS.

    Je voulais te dire que je lis depuis ce moment. Et j’ai lu le fameux billet où tu expliquais tout, ainsi que la suite …

    Je voulais simplement te dire bravo. Pour tout ce que tu fais. C’est très beau. Continue. Et bonne chance pour la chirurgie. Je vais penser à toi, surtout parce que moi aussi, la douleur … J’ai tourné de l’œil presqu’à chaque vaccin.

    Je te dis à bientôt Michelle. Parce que je sais qu’on va se revoir, quelque part, à un moment donné. Montréal est une petite ville, et les Génies, peu nombreux, sont facilement reconnaissables, même lorsqu’ils changent la couleur de leurs cheveux!

    Manouane

  2. florence meichel

    Je pense à toi souvent : que mes pensées t’accompagnent dans les moments à venir ! :-)

  3. ipub

    Comme je ne suis pas à Mtl pour que nous puissions jaser positivement tous les deux, je te transmets mes pensées les plus belles pour t’accompagner Michelle Courage.

  4. Michelle Blanc

    Oui je me souviens de toi Manouane et merci de ton gentil mot. Florence, j’ai vraiment hâte de te rencontrer et Jean-Ju, tu me manque déjà. Aujourd’hui ça va déjà mieux. Toutes les journées ne se ressemblent pas, mais il est évident que l’angoisse va augmenter jusqu’au moment fatidique de l’opération. Je dors difficilement et je fais d’étranges rêves. Mais je vais certainement passer au travers. Merci encore de vos bons mots qui me réconfortent…

  5. Serge TCHAHA

    Bonne chance et bon courage.

  6. Isabelle

    Bonjour Michelle,

    J’espère que tu trouveras un certain réconfort dans ce message… J’ai subi 4 chirurgies dans mon corps de femme. La première pour extraire un disque lombaire hernié qui me faisait souffrir le martyr au point de développer des pensées suicidaires. La deuxième a été faite d’urgence pour extraire une trompe de Fallope éclatée et cautériser une hémorragie interne des suites d’une grossesse ectopique et les deux suivantes pour accoucher de mes deux enfants par césarienne… bref, avoir peur de confier son corps à la médecine, je connais. Bien plus que la peur des souffrances physiques, c’est généralement la peur d’abandonner le contrôle, d’affronter l’inconnu et de faire face à des attentes déçues qui nous tenaille. Michelle, tu vas accoucher d’un nouveau visage. Comme pour un enfant qui naît, tu devras apprendre à le connaître, à l’apprivoiser et à l’aimer. Tes angoisses sont tout à fait légitimes et naturelles – le changement fait très peur. Si tu ne les avais pas, cela serait très inquiétant! Pour passer au travers de mes épreuves, j’ai tenté très fort de faire le focus sur les changements positifs que ces chirurgies m’apportaient mais sans toutefois les idéaliser. Mes affectueuses pensées t’accompagnent, chère Michelle. Bonne chance.

  7. Michelle Blanc

    Merci de ton « partage » Isabelle. C’est vrai que ça me rasssure un peu…