La vision numérique du Parti Québécois, réponse aux blogueurs William, Laberge et Rioux

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Les blogueurs Yves William, Clément Laberge et Martine Rioux ont préparé des questions à propos du numérique à chacun des partis politiques.

RÉPONSES DU PARTI QUÉBÉCOIS

A – INNOVATION
L’innovation est au cœur des discussions lorsqu’on parle de l’avenir numérique. Tout le monde y est favorable.

Sauf que quand de nouvelles pratiques économiques émergent à la suite de certaines innovations, les pouvoirs publics peuvent se trouver rapidement démunis.

On a qu’à penser à la difficulté du gouvernement à se faire une opinion sur la meilleure stratégie à prendre face à Uber. La question est d’actualité, car le projet-pilote qui devait durer une année (et qui en a finalement pris deux) arrive à terme en octobre, tout juste après les élections.

Que proposez-vous pour que les beaux discours en faveur de l’innovation ne s’évanouissent pas chaque fois que l’innovation se transforme en très profonds et très rapides bouleversements sociaux ou industriels?

Réponse
Le Parti Québécois créera un conseil du numérique, qui sera notre « forum des sages » pour voir venir les bouleversements engendrés par la révolution numérique; il nous permettra d’y faire face de façon proactive.

Ce conseil serait obligatoirement consulté par les élus et ministères pour toute question concernant le développement numérique sur le territoire québécois. Nous créerons également un institut de recherche réunissant les plus grands cerveaux informatiques universitaires du Québec et de nombreux collaborateurs. Cet institut mettrait à la disposition de la communauté de chercheurs québécois une infrastructure de pointe pour accentuer la portée de leurs différentes expériences. Il reprendrait ainsi le modèle du Laboratoire en économie expérimentale du CIRANO (Laboratoires universitaires Bell) qui a été mis sur pied en 2000.

B- STRATÉGIE NUMÉRIQUE ET ADMINISTRATION PUBLIQUE
On entend beaucoup d’insatisfaction par rapport à la manière dont l’administration publique a intégré les technologies numériques jusqu’à présent. L’administration publique qui n’est pas particulièrement reconnue pour son agilité, sa transparence et son innovation. Est-ce justifié selon vous? Pourquoi? Quel geste faudra-t-il poser pour transformer le fonctionnement de l’État de manière à ce qu’il utilise plus efficacement le numérique?
[Question au PQ, à la CAQ et à QS]

Le gouvernement a déposé une stratégie numérique en décembre dernier. Ce document sera-t-il un point de départ pour votre action ou envisagez-vous déjà de mettre cette stratégie de côté pour établir de nouvelles orientations prioritaires? Le cas échéant, quelles seraient-elles?

[Question au PLQ]
Vous avez présenté la stratégie numérique en décembre. Comment évaluez-vous à stade l’atteinte de vos objectifs de transformation numérique? Comment comptez-vous aller plus loin si vous formez le prochain gouvernement?

Réponse
La nouvelle stratégie sera un point de départ. En plus des engagements cités à la première question, nous souhaitons obliger les grosses firmes informatiques qui obtiendront des contrats gouvernementaux à sous-traiter l’équivalent de 10 % des montants obtenus à des firmes de plus petite taille.

Nous souhaitons également mettre le Québec sur le chemin de l’identité numérique, en permettant à toute personne d’interagir avec l’État de manière totalement numérique, sans papiers.

On parle ici de l’architecture X-Road. Créée en Estonie, l’architecture X-Road permet aux services publics du pays de s’interconnecter afin d’échanger leurs données pour faciliter la vie des citoyens. Ce modèle a permis une coopération plus poussée entre les organisations publiques et a réduit l’utilisation du papier de façon importante. En prime, les employés de l’État peuvent désormais se concentrer sur les tâches qui nécessitent des interactions humaines. Il s’agira, pour nous, d’observer ce qui se fait partout sur la planète et de retenir les solutions qui s’appliquent le mieux chez nous.

Un gouvernement du Parti Québécois donnera la priorité au logiciel libre et aux standards ouverts de façon générale dans tous les projets numériques de l’État. Cette priorité peut être inscrite dans une loi et ses modalités d’application, précisées dans un décret.

C- ACCÈS À L’INFORMATION
C’est pas mal unanime: la loi d’accès à l’information, et les processus qui lui sont associés, sont de plus en plus désuets — et les plus récentes tentatives de mise à jour se sont soldées par un échec.

Dans ce contexte, ne serait-il pas plus simple de définir par une loi-cadre qui précise que que tous les documents produits par l’État québécois doivent être publics et accessibles sans restriction dans un délai raisonnable, à moins de justifications explicites? Et sinon, pourquoi?

En complément, y a-t-il un lien, de votre point de vue, entre la loi d’accès à l’information, une politique de données ouvertes et l’utilisation de logiciels à codes sources ouverts/libres par l’administration publique?

Réponse

Le Parti Québécois souhaite :

  • Adopter une politique généralisée de gouvernance et de données ouvertes, suivant le principe de « gouvernement ouvert  Autant que le permet la protection des renseignements personnels, rendre effectif un accès complet à l’information, à tous les niveaux de gouvernement, afin d’assurer la diffusion rapide et effective de l’information en la rendant accessible, compréhensible et utile aux citoyens;

  • Mettre sur pied une commission indépendante afin de rédiger une nouvelle loi d’accès, comme cela avait été le cas en 1982 lors de la rédaction de la présente loi, avec la commission Paré.

  • Le Parti Québécois souhaite nommer un ministre du Numérique; assisté du conseil du numérique, il aura pour mandats de se pencher sur ces questions et de leur trouver une réponse technologique et législative adéquate pour le développement harmonieux des données ouvertes. Par ailleurs, notre gouvernement s’assurera de développer une souveraineté des données publiques.

D- COMMERCE EN LIGNE
Le défi du commerce en ligne est complexe. Les difficultés actuelles ne tiennent pas seulement dans la timidité des commerçants locaux à faire le virage qui s’impose pour suivre leur clientèle. Le défi tient aussi à la concentration très forte dans le commerce en ligne dans les mains de quelques gros joueurs. Ex. 50% du commerce en ligne américain passe présentement par la plateforme Amazon.

Doit-on encourager en priorité la transformation numérique des commerçants par programmes d’accompagnement, de transfert de connaissances (et de compétences) avec un plus grand soutien financier?
ou
Doit-on plutôt encourager en priorité des solutions innovantes (privées ou publiques) qui misent sur la mutualisation de ressources et de services pour offrir aux commerçants des environnements logistiques qui les rendraient plus concurrentiels ?
ou
Doit-on au contraire laisser les entreprises s’adapter en fonction des forces du marché?

Réponse

Le Parti Québécois souhaite mettre fin à l’iniquité fiscale entre les entreprises québécoises et étrangères, en percevant les taxes sur le commerce électronique, pour les biens tangibles autant qu’intangibles.

Au cours des dernières années, il a été amplement question de délaisser la formule classique régissant les appels d’offres, c’est-à-dire celle qui récompense l’entreprise qui présente l’offre la plus basse. Le gouvernement du Parti Québécois croit qu’il faut introduire des critères qui récompensent l’innovation, dont les nouvelles technologies.

Le gouvernement du Parti Québécois croit que plus que jamais, il doit y avoir complémentarité entre les investisseurs privés et publics pour le financement des PME. Ainsi, lorsqu’une PME se voit refuser un prêt dans le secteur privé, le dossier devra automatiquement être soumis aux fonds d’investissement partenaires du gouvernement, comme les fonds de travailleurs et de développement régional, puis, ultimement, à Investissement Québec, qui a pour mission de rendre disponibles des capitaux dans les maillons de la chaîne de financement délaissés par le secteur bancaire. La réponse devra suivre rapidement, considérant que l’entrepreneur aura déjà fait les démarches nécessaires lors de sa demande à la banque ou à la caisse.

Ce renvoi sera automatique et obligatoire, dans la mesure où il sera désiré par l’entrepreneur. Un tel mécanisme a notamment fait ses preuves en Grande-Bretagne, par le biais de la British Business Bank.

E- CULTURE
Croyez-vous que le numérique sera globalement positif ou négatif pour les créateurs québécois? Il s’agit plutôt d’une menace ou d’une opportunité pour notre culture nationale?

Dans ce contexte, comment les nouvelles formes de diffusion des produits culturels reconfigurent-elles notre identité culturelle? Doit-on revoir notre façon de penser et définir notre culture nationale?

Faut-il modifier les systèmes sur lesquels s’appuient nos industries culturelles (quotas, subventions, crédits d’impôt, etc.) pour tenir compte de cette nouvelle réalité?

Réponse
Le Parti Québécois appuiera les initiatives de captation artistique du spectacle vivant, pour doter le Québec d’une mémoire numérique et de façon à pouvoir la diffuser sur de multiples plateformes, facilitant ainsi l’accès à la culture pour les classes défavorisées, les personnes à mobilité réduite et celles vivant dans les régions éloignées.

Un gouvernement du Parti Québécois :

  • Visera à ce que les sites de vente de contenu numérique, ainsi que ceux qui permettent la diffusion en continu, mettent davantage le contenu québécois en vitrine, par défaut, sur leur page d’accueil. Nous ciblons une proportion significative de créations québécoises et francophones, sans restreindre l’offre ni contraindre le consommateur. Il ne s’agit pas de quotas : le contenu des sites reste le même et le consommateur demeure libre d’acheter ce qui lui plaît.

  • Prendra les moyens requis pour que reviennent au Trésor québécois les sommes qui lui sont dues. Il s’agit d’une question de justice fiscale pour les contribuables québécois et d’équité pour les entreprises d’ici, qui perçoivent des taxes.

F- DÉMOCRATIE

Nous sommes face à un étrange paradoxe : celui d’une société instruite comme jamais dans l’Histoire, mais en pleine crise de confiance face au pouvoir politique et ses institutions. Cela, malgré tous les outils de communication et de réseautage à notre disposition.

Comment le numérique peut favoriser l’engagement et la participation positive des citoyens dans la vie démocratique?

Comment la transformation du fonctionnement de l’État peut-elle aider à réduire cette crise de confiance?

Réponse
Le Parti Québécois souhaite mettre en place des mécanismes de consultation réguliers de la population, autres que les commissions parlementaires; le numérique sera au centre des pistes de solution pouvant mener à de tels mécanismes de consultation.

G- ÉDUCATION

Un peu partout à travers le monde, on voit se multiplier de nouvelles institutions d’enseignement (principalement privées), de niveau collégial et universitaire.

Est-ce une bonne idée pour le Québec de répondre à cette tendance avec un service concurrent (type eCampus)? Pourquoi?
Et si, oui, quels devraient être les objectifs de ce service? Quelles priorités devraient guider son développement?

Réponse
Le Parti Québécois a pris l’engagement, dans son programme, de cultiver, chez les jeunes du secondaire et du collégial, un goût pour la science et les carrières scientifiques.

La qualité de l’éducation passe tout d’abord par un financement régulier, suffisant et prévisible du système d’éducation, ce que nous nous sommes engagés à fournir.

Au-delà d’un financement adéquat du système d’éducation, un gouvernement du Parti Québécois se concentrera sur le développement de partenariats entre les universités et les écoles primaires et secondaires. La présence d’étudiants universitaires dans nos écoles pour intéresser les jeunes à la science et aux études supérieures aura sans aucun doute des effets bénéfiques.

L’organisme Fusion Jeunesse a d’ailleurs des programmes très intéressants en ce domaine; nous pourrions nous en inspirer.

Le Parti Québécois est particulièrement sensible à l’importance de la science, de la recherche et de l’innovation dans la société du savoir dans laquelle nous évoluons. Il est important de souligner que le dernier gouvernement du Parti Québécois est l’auteur de la première politique nationale de la recherche et de l’innovation de l’histoire du Québec.

H. DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

On parle peu de numérique et de développement régional, sauf en matière d’investissement pour l’emploi. Comment l’utilisation des technologies numériques peut-elle contribuer à soutenir et raffermir les économies régionales?

Réponse
Un des plus grands obstacles actuels au développement régional, c’est la faiblesse du réseau cellulaire et, surtout, l’absence d’Internet haute vitesse partout en région.

Plusieurs entreprises voudraient moderniser leur production, faire la transition vers le numérique, vendre en ligne, robotiser des chaînes de production, mais ne peuvent pas le faire parce qu’elles n’ont pas accès à un réseau Internet de qualité. Le numérique peut rendre les entreprises en région plus compétitives, plus modernes, et ouvrir des perspectives d’avenir intéressantes.

Concrètement, comment la mise en réseau d’informations, de ressources, de fournisseurs, de données, etc, pourrait créer de nouvelles opportunités économiques?

Si oui, de quelle façon croyez-vous pouvoir soutenir ce type d’innovation? Quel rôle le gouvernement devrait-il avoir dans l’initiation de projets structurants qui pourraient consolider les économies locales?

Réponse
D’abord, le gouvernement doit être la bougie d’allumage des projets entrepreneuriaux en région. Plus que jamais, il faut qu’Investissement Québec décentralise sa prise de décision vers les régions et assure une présence physique sur le territoire. Il faut aussi qu’Investissement Québec appuie des projets émergents en région et augmente du même coup sa part d’investissements plus risqués. En deuxième lieu, les CLD – dont le financement a été partiellement puis complètement aboli par les libéraux – jouaient un rôle fondamental dans la mise en réseau des entreprises en région. À notre arrivée au pouvoir, nous voulons renflouer les budgets avec un investissement de 71 M$.

Croyez-vous que le travail à distance et le travail autonome sont des alliés du développement régional? Si oui, comment proposez-vous d’agir pour soutenir le développement de ces nouvelles formes de main d’œuvre?

Réponse
Oui, nous croyons fortement au travail à distance. La preuve : nous avons proposé durant la campagne électorale que 200 000 personnes de plus puissent travailler de la maison d’ici 2025, autant dans la fonction publique que dans le secteur privé.

Par le biais d’un crédit d’impôt et la mise en place de ressources adaptées, dont des incitatifs financiers, nous allons accompagner les entreprises pour qu’elles s’engagent dans cette voie. Nous allons même donner aux entreprises 400 $ par télétravailleur, pour qu’elles s’équipent de la technologie nécessaire.

À terme, nous croyons que cette mesure sera bénéfique pour les régions, puisque les gens pourront habiter en région et avoir accès aux mêmes emplois qu’en ville. À l’inverse, des entreprises en région auront accès à de nouveaux bassins de ressources humaines.

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