Mélancolie du Grand Antonio

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Le grand Antonio (de son vrai nom Antonio Barichievich) était l’homme le plus fort du monde (du moins, c’est ce que l’on disait dans mon enfance). Il tirait des autobus avec ses cheveux, il luttait avec des ours et réalisait mille prouesses herculéennes. Lorsque j’étais enfant, à l’école, on avait toute une panoplie de gags sur le grand Antonio du genre :

Comment fait la femme du grand Antonio pour entrer dans l’autobus ? Elle entre de côté…

Elle n’est pas très drôle, mais à l’époque nous nous esclaffions sans lendemain. Le grand Antonio était une STAR. Or, par une journée d’été, sortie de nulle part, une vieille Datsun déglinguée vint s’arrêter dans ma rue et le Grand Antonio lui-même vient rejoindre mon groupe de ti-culs pour nous donner les pamphlets de son prochain spectacle de tir d’autobus avec ses cheveux qui aurait lieu dans la paroisse voisine de Loretteville dans la région de Québec. Nous étions estomaqués, stupéfaits, charmés et hypnotisés par cette montagne de muscle, cet Hercule que nous voyions devant nous en chair et en os. Il était gentil, souriant et nous étions trop impressionnés pour dire quoi que ce soit. Nous étions tous bouche bé. Puis il remonta dans sa Datsun et malgré la dizaine de poches de sables côté passager, qui servait à garder un certain ballant à la voiture, nous la voyions partir de travers, sous le poids du monstre vivant.

Plusieurs années plus tard, je revis Antonio et sa tignasse non lavée depuis des dizaines d’années et qui lui servait de treuil pour ses exploits, assis seul sur un banc au coin de St-Laurent et Mont-Royal. Il y vendait des collages, format carte postale, de différents moments de sa carrière mirobolante. Il avait été accueilli par tous les présidents et têtes couronnées de la planète. Il avait impressionné les foules des quatre coins du globe et il était là, dans sa déchéance physique et mentale et j’avais pitié. Je lui donnais de l’argent et refusait ses cartes en lui disant que ça lui en ferait plus à vendre à d’autres. Mais comme il était fier, il ne voulait pas de charité il voulait vendre ses cochonneries. Alors, je lui donnais un bon montant et le remerciait d’avoir illuminé mon enfance et d’avoir un si grand talent pour les collages. Je vous parle de ça parce que c’est jour-ci je pense à lui. Je me souviens du jour de sa mort et de ma tristesse en apprenant ça et de mon dégoût du scandale que l’idée de lui ériger une statue fournit par l’artiste de renom Armand Vaillancourt et qui a été refusé par la ville de Montréal (vous pouvez signer la pétition), avait fait dans une certaine intelligentsia intellectuelle. C’est qu’on se fâchait qu’on reconnaisse ce perdant, cette loque humaine qui n’avait rien fait d’autre que d’être fort. Eux ne savaient pas la lumière qu’il avait laissée dans les yeux de tant d’enfants .
Je pense aussi à lui en songeant aux autres personnages tels que ce clochard dont parle la copine Geneviève :

Leon (qui dans les faits s’appelle Gilles) me raconte sa vie. Ses mois en Irlande quand il a tourné dans “Barry Lyndon” le film de Stanley Kubrick. Il jouait Lord Bullingdon. Il est resté avec Kubrick après le tournage, il est devenu son assistant jusqu’à la mort du maitre, Miss Berenson le tutoyait, il connait l’histoire de la Panaflex adaptée pour un objectif conçu par la NASA – système qui a permis à Kubrick d’éclairer Barry Lyndon à la chandelle – “Leon Vitali, je m’appelle Leon Vitali, tu vérifieras dans le dictionnaire du cinéma, je suis là”.

Combien de ces heureux fous ont fait rêver de gens ? Vous pouvez les aider en participant à  la Guignolée. C’est ce que je vais faire et je vais aussi retourner à mes doux souvenirs qui sont toujours aussi formidables…

 

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Commentaires

  1. anonyme

    Wow! un des plus beaux texte que Michelle n’a jamais écrit!

  2. Claude LaFrenière aka climenole

    Bonsoir Michelle :)

    En plus de la Guignolée il ne faut pas non plus oublier ce cher Grand Antonio. Il faisait partie de ces personnes hors de l’ordinaire qui rendent la vie plus intéressante. Quand j’étais jeune je trouvais extraordinaire de le voir tirer des autobus (des autobus bruns et drabes dans ce temps-là…). Il avait aussi déclaré aux journalistes qu’il mangeait 50 livres de patates par jour.

    Un jour, j’étais à côté de lui dans l’autobus Jean-Talon: il vendait des cartes postales de lui-même. Je regrette d’avoir été trop timide pour lui parler et lui en acheter une…

    Plus tard, je le voyais souvent à son « bureau »: au Dunkin Donut sur Beaubien près de St-Michel, dehors en train de manger sa douzaine de beignes…

    Voici un extrait radio avec JF Plante et P. Beausoleil au sujet du Grand Antonio:
    http://radioego.com/ego/listen/289

    JF Plante est, je crois, l’ancien conseiller municipal qui avait favorisé l’érection du monument au Grand Antonio et l’auteur de la pétition… (Aussi : ancien candidat expulsé de l’ADQ pour des opinions controversé… Une opinion ce n’est pas toujours controversé? Hum…)

    Enfin, j’ai évidemment « plugué » la Guignolée sur mon blog:
    http://climenole.wordpress.com/2008/12/17/guignolee-des-medias-sociaux-et-numeriques/

    A+ (probablement sur Twitter…)

    :)

  3. François Richer

    Bonsoir ou enfin bonjour Michelle

    C’est asser bizarre .J’ai pensé justement au grand Antonio aujourd’hui , je sais pas pourquoi et j’ouvre la page ici et tu nous raconte une anecdote très interessante .
    C’est fou parfois la vie y a des choses que l’on ne peut expliquer.

    À plux n’oubliez pas à votre levé demain de metre votre sourire (*_-)

  4. Axel Vincent

    Nous avons tous eu de ces rêves d’enfance. Et puis chez moi ca continue dans l’âge adulte. Mon dernier en date était le grand saxophoniste Michael Brecker mort il y a deux ans.
    Bravo pour la « guignolée » (mot merveilleux à la saveur québécoise).

  5. Axel's Blog

    Guignolée des médias sociaux et numériques…

    Croyez-le ou non, certaines personnes n’ont pas accès à Internet et ne peuvent manger trois repas par jour. Mais vous pouvez changer les choses et permettre à ces gens infortunés de se nourrir convenablement.
    Très belle initiative des blogeurs q…

  6. Marie-Ève

    Oui c’est très beau Michèle! Pense-tu qu’il était heureux au fond de lui-même?

    Quelques fois je me regarde et je ne me sens pas heureuse! Je sais que je suis chanceuse, j’ai une belle vie malgré tout! Et quand je vois un homme simple, comme un clochard, je les trouve chanceux de la simplicité de leurs vie. Je me dis qu’ils doivent être heureux!

    Est-ce la réalité?

    D’un autre sens, comment peut-on être heureux quand on a froid et/ou faim?

    Est-ce que les clochard sont heureux?

  7. Michelle Sullivan

    Merci pour ce texte pas-comme-les-autres. J’adore Vaillancourt et je me souviens d’avoir été impressionnée par Antonio et ses dreds, l’ayant croisé un jour d’été (il me semble que c’était devant le Dunkin Donuts – Beaubien et St Denis, par contre). Je peux m’imaginer à quel point il a pu marquer l’imaginaire de milliers de petits montréalais.

    Petite bio pour ceux qui désirent le connaître un peu mieux : http://www.collectionscanada.gc.ca/cool/002027-2107-f.html

  8. emilie laberge

    c’est un très beau texte michelle,
    et une histoire désolante, qui me rappelle une phrase de la chanson la vie est si fragile de luc de la rochellière  » aussitôt on se pense un dieu , sitôt on reçoit une croix  »

    le bien paraître.. encore une fois à peser dans cette prise de décision..

  9. Soutenir une cause | Coeur de Pierre-Luc

    [...] y retrouve des gens qui était au sommet d’une carrière et qui se sont plantés solide. Michelle Blanc parle de l’histoire du Grand Antonio par exemple. Moi je propose que les artistes riches [...]

  10. Genevieve

    Michelle, my belle, those are words that go together well…

    Ça dépend juste de nous, de voir la beauté là où elle est. Thanks Babe…

  11. Charles

    Je trouve l’histoire du clochard qui se fait passer pour Leon Vitali , très touchante.

    Pour ce qui est du véritable Vitali voici la bio

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Leon_Vitali

    Juste pour le fun .

    Joyeuses fêtes

    Charles

  12. Olivier

    Manque un accent à « québécois » dans les bannières Flash.

  13. Mes 20 billets coups de cœur de cette année • Michelle Blanc, M.Sc. commerce électronique. Marketing Internet, consultante, conférencière et auteure

    [...] Mélancolie du Grand Antonio [...]

  14. Francis Desharnais

    Bonjour,

    j’ignorais qu’il y avait une pétition pour donner une statue au Grand Antonio. J’ai lu la biographie qui lui a été dédié il y a quelques années et cela m’a beaucoup touché.

    En 2008, j’ai participé à un 24h de la bande dessinée à Montréal. Le but est de réaliser 24 pages en 24 heures et d’y intégrer une contrainte. Dans ce cas-ci, une photo d’un pêcheur avec un poisson. J’ai profité de l’événement pour réaliser une fiction mélangeant des éléments biographiques du Grand Antonio. en attendant la sculpture…

    http://24hbd.choq.fm/24h/?q=francisdesharnais

    merci pour votre texte et votre initiative.