L’importance de la symbolique du mouvement étudiant

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Il y a quelque semaines de ça, le réputé anthropologue Serge Bouchard parlait à Radio-Canada de la crise étudiante. Il soulignait entre autres l’importance de la symbolique de la crise étudiante. La veille, il était cité par Marie-Claude Lortie dans son article La fête, le risque et les casseroles :

Selon l’anthropologue Serge Bouchard, on est en train, sans s’en apercevoir, loin de nos divertissements solitaires, de «découvrir le plaisir d’être dans la rue, de respirer et d’exister collectivement».
Dans les médias, on parle beaucoup de la casse, des blessés, de la violence de la police et de certains manifestants… Mais combien de fois faudra-t-il répéter que ce n’est vraiment qu’un aspect très spécifique de ce qui se passe dans la rue?
Pour le reste, la foule porte le roi en dérision dans la joie et le bruit.
Et nos gouvernants devraient le comprendre.
«C’est typique, explique Serge Bouchard. Tout cela a été analysé souvent. Jean Baudrillard, notamment, a écrit là-dessus.»
Il serait intéressant, d’ailleurs, qu’on profite de ces recherches et réflexions pour donner au cabinet un petit cours accéléré de sociologie. Ainsi, ses membres pourraient comprendre ce que tout le monde ici voit bien en regardant les gens taper sur leurs casseroles: ce mouvement, aussi joyeux soit-il, n’a plus rien de rationnel.
On est dans un univers qui relève du cri du coeur et des symboles. On ne demande plus un gel des droits de scolarité, on demande du respect pour les gens dans la rue, un signe démontrant que leur colère n’a pas été méprisée, mais bien entendue et prise au sérieux. «On est dans le symbolique et pour sortir de ça, il va falloir nécessairement du symbolique», ajoute l’anthropologue.
Car il faut penser à une sortie de crise, c’est clair.
«La ligne entre la fête et l’émeute est extrêmement fine, continue Bouchard. Et on est dans un emportement qu’on ne contrôle pas.»

Quels sont certains des symboles de la crise étudiante?

L’AnarchoPanda

La Banane Anarchiste

Le carré rouge

La casserole

Le printemps érable

Le drapeau noir

Le salut hitlérien

Le SSPVM

Les hashtag Twitter #GGI #Manifencours #Casserolesencours

Manifestations nue

L’affiche La Liberté guidant le peuple

Certains des mots-clés
Perturbations, combat, anticapitalistes, lutte des classes…

Il serait vraiment intéressant que des sociologues neutres (si ça existe encore) s’intéressent à ces questions et nous aide à comprendre sans le parti pris de la gauche, ce phénomène nouveau au Québec. De mémoire d’homme, jamais un sigle politique (le carré rouge) n’avait été porté par une frange importante de la population ici. On sait sans doute que d’autres éléments symboliques politiques ont eu cette portée ailleurs dans l’histoire récente (le col mao, la barbe islamiste, la croix gammée), mais ici, au Québec, je ne trouve pas de corolaires. Dans vos commentaires, évitez de me dire que la jeunesse est belle et que c’est une saine expression de la colère. Je sais déjà tout ça et la jeunesse qui est belle a déjà très bien servi Hitler ou Mao (qui étaient de droite et de gauche). Comme le soulignait Bouchard, nous sommes maintenant dans l’irrationnel symbolique et ça va prendra sans doute un autre symbole pour nous sortir de cette crise.

Entretemps, regardez le clip du film The Wave, qui basé sur une expérience réelle, à Palo Alto en 1967, recréa la montée du nazisme dans une classe étudiante…

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Commentaires

  1. Michèle Norton

    Fascinant et impressionnant ce film « The Wave »! Merci pour la découverte. Pas de la fiction en plus. Plus vrai que vrai.

  2. Real

    Cet article sur le fascisme très intéressant aussi… :

    http://www.etat-critique-blog-politique.com/article-la-derive-104931938.html

  3. Mélanie Drapeau

    Encore une belle analyse de votre part madame Blanc.

    Effectivement, le mouvement des Carrés Rouges est dans l’irrationnel depuis un bon bout de temps, si ce n’est pas depuis le début. Il n’est pas surprenant que de nombreux artistes, des indépendantistes, des profs d’arts, littérature et de sciences sociales appuient cette cause presque à l’unanimité. Il y a des gens qui raisonnent avec les émotions et n’aiment pas entendre parler de chiffres.

    Jacques Parizeau s’extasiait de ne voir aucun drapeau canadien dans les manifestations avec le regard ému. Ce n’est qu’un exemple parmis tant d’autres. On peut lire beaucoup de discours émotifs sur les blogs, les forums, les médias sociaux, etc. Ils utilisent des mots très exagérés.

    Et il faut admettre que Charest avec son air baveux, froid et dédaigneux à du mal à faire passer son message, si légitime soit-il. Nos Universités sont au bord de la faillite, et sont en train de devenir les plus mauvaises Universités au Canada. Il faut faire quelque chose.

    Les artistes veulent un Premier Ministre émotif comme eux, avec le regard passionné comme l’était René Lévesque. Ils aiment les beaux slogans tels que « Interdit d’interdire » (Mai 68) et « Soyons réalistes, exigeons l’impossible » (Che Guevarra). Ils ont besoin de nationalisme, d’idéaux, de romantisme révolutionnaire.

    Je pense que Charest et les Libéraux en général ont de la difficulté à faire passer leur message car ils ne réussissent pas à émouvoir. Ils réussissent à rejoindre seulement les gens qui sont plus portés vers le pragmatisme. Ce n’est pas un hasard si les anglophones n’ont pas beaucoup embarqués dans le mouvement des Carrés Rouges. Ce n’est pas un hasard non plus que les immigrants n’ont pas beaucoup embarqués (à part la famille de Amir Khadir) et que les manifestations ne reflètent pas du tout la diversité de Montréal. Les immigrants ont vus assez de trouble et de révolutions ratées chez-eux. Ils ne veulent plus rien savoir de ça, et j’en connais plusieurs.

    Puis, contrairement à ce que beaucoup de gens croient, ce ne sont pas les jeunes, ni les étudiants qui occupent la majeure partie du débat dans les médias sociaux et traditionnels. Ce sont des adultes plus âgés. Principalement ceux que j’ai nommé ci-dessus. Je n’ai pas de chiffres ni de statistiques à l’appui, mais ce serait un sujet d’étude intéressante pour vous madame Blanc.

    Dans quelle tranche d’âge on trouve les internautes au Carré Rouge les plus fougueux, passionnés, agressifs, prêts à déchirer leur chemise?

    Ce que moi j’ai observée, ce sont des adultes de 30 ans et plus, qui ne sont pas des étudiants. Plusieurs ne sont jamais allés à l’Université.

    Les jeunes ont de la difficulté à développer une argumentation solide et ne comprennent pas le contexte social et politique, car ils n’ont pas assez de vécu. Les jeunes sont plus vrais, moins manipulateurs par les mots que les plus âgés. D’ailleurs, dois-t-on se surprendre que Anarchopanda est un prof et non pas un jeune étudiant? Regardez les images des manifestations: elles parlent d’elles-mêmes.

    Les jeunes que je vois sur Facebook, parlent de tout et de rien avec leurs amis. Ils parlent de leur job d’été, de leurs sorties avec leurs chums, de leurs p’tits chums et leurs petites blondes, de leur nouveau bazou, etc. Ils parlent surtout de leur vie personnelle, qui les préocupe bien plus que la politique et la société.

    Je ne pense pas que ce sont des jeunes qui ont provoqués cette crise sociale, ni qui ont contribués à l’envenimer.

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  5. Luc Séguin

    Est-ce que ça va prendre du symbolique pour sortir de la situation actuelle ? Je crois qu’il ne faut pas accorder trop d’importance à cette dimension. Si le PQ remporte les prochaines élections (je dis le PQ parce que c’est le parti qui a les meilleures chances de battre les libéraux), s’il gèle les droits scolaires comme il s’y est engagé ; si, en outre, la commission Charbonneau amène un assainissement des moeurs politiques et un rétablissement de la confiance envers les institutions publiques, alors la crise va se régler. Les gens ne vont pas descendre dans la rue avec leurs casseroles pendant des années ! Cela dit, plus rien ne sera comme avant. L’Histoire s’écrit devant nos yeux. C’est un privilège et, aussi, une responsabilité que les acteurs publics, de part et d’autres, assument très mal.

    Par ailleurs, vous lancez un appel aux sociologues neutres, ce qui ne vous empêche pas d’associer le carré rouge au col mao, à la barbe islamiste et au salut hitlérien ! Vous auriez pu choisir parmi des centaines de symboles, par exemple le ruban orange des manifestations ukrainiennes en 2004 http://goo.gl/UsRER ou le bonnet phrygien de la Révolution française, mais vous avez choisi les plus polémiques de tous, porteurs d’une négativité absolue. Cette rhétorique n’est pas à la hauteur de votre appel à la raison.

    Enfin, je vous remercie d’avoir porté à notre attention cette entrevue de Serge Bouchard, spécialiste des Amérindiens, que j’ai senti mal à l’aise devant les événements actuels. Par exemple, il a employé le mot « boycott », très chargé politiquement et contraire aux faits (je vous réfère à ce post sur Google+ http://goo.gl/SCBhS ), puis, sur la loi 78, qui sera contestée avec succès selon Me Julius Grey http://goo.gl/6pS6p Bouchard glissait, cherchait ses mots.

  6. Martine Saint-Cyr

    Pour M. Réal.(désolée madame Blanc je fait outre de votre excellent texte, mais les profs de philo, « pu capabe »)

    Suite à la lecture du texte en lien, ma nature profonde s’est révélée à moi. Je suis un monstre de faschisme et je vais de ce pas m’immoler de ne pas avoir compris toute ma corruption. Moi, citoyenne lambda qui se réclame de l’ordre économique….Oh by the way, je suis aussi membre du Nouvel Ordre Mondiale et je confirme la thèse du complot ( celui que vous voulez, là….)?

    Puis tant qu’à faire dans la symbolique révolutionnaire, arrêtez de vous prendre pour Marat,gang de profs de philo et consorts éblouis d’auto adulation et révisez la Terreur, suite et fin de la révolution … C’est encore le peuple qui va souffrir pour une révolution bourgeoise (car les révolutions sont le fait de la bourgeoisie depuis l’antiquité romaine… ). Arrêtez de vous prendre pour des héros romantiques et d’invoquer la lutte des classes. Vous n’êtes que les chantres, en quête de sens,d’une crisette d’opérette fomantée par une élite montante face à un establishment fatigué. C’est tout.

  7. GP

    «C’est typique, explique Serge Bouchard. Tout cela a été analysé souvent. Jean Baudrillard, notamment, a écrit là-dessus.»

    Justement :
    « Pourquoi la débilité des débiles est-elle devenue un fait de culture, alors que le fait bien plus épouvantable de la bêtise ordinaire ne bouleverse personne ? » Baudrillard (Cool Memories)

  8. Gezelle

    En ce début du 21ème siècle, nous sommes à nouveau comme tant de sociétés qui nous ont précédées devant la chute de l’empire commercial mondial. Peu nombreux ceux qui encaissent $ pour la grande majorité qui décaissent. De tout temps, dans une démocratie déséquilibrée crée de tout piece par des gourvernants et capitalistes imbus de leurs savoir, de leurs avoir et automatiquement du pouvoir ont provoqué la casse. Nous en sommes là maintenant au Québec comme partout ailleurs. Bravo ! à tous ceux et celles qui se lèvent ou se lèveront debout pour réclamer l’application de la social-démocratie et non l’inverse.

  9. Real

    @Martine Saint-Cyr

    Woohoo vous en aviez gros sur le coeur…

    Ce que j’aime avec la plupart des profs de philo, c’est qu’ils sont davantage en mesure de nuancer leurs propos. D’ailleurs, en philosophie les cours de logique sont obligatoires ainsi que les cours d’éthique.

    Prenez un grand respire et bonne réflexion.

  10. Sylvain Carle

    Associer le mouvement étudiant au nazisme et au faschisme, c’est simpliste, démagogique et de mauvaise foi, non? C’est de bas étage pas à peu près, c’est indigne… Michelle, tu as été engagée par le Parti libéral pour faire de l’astroturfing? Du wedge politics? Si tu as choisi d’écrire sur ce thème, sur ce ton, c’est loin d’être innocent, c’est réfléchi. Je suis peiné de te voir ton intelligence servir un propos aussi odieux.

    Pourquoi ne pas répertorier aussi les symboles qui émanent du gouvernement dans ce conflit?

    * 50 sous par jour
    * Les carrés rouges c’est « de la violence »
    * Les casseroles sont une « menace »
    * Les matraques de policiers
    * le poivre de cayenne (sur des clients de terrasse)
    * les briques qui traînent « par hasard » à Victoriaville juste à côté du congrès
    * La blague de Jean Charest lors du sommet du plan nord

    Ou même dans la culture populaire

    * Les clips d’Arafat (par Ghislain Taschereau) qui reviennent, comme http://www.youtube.com/watch?v=MSoFfG6b_OY
    * Martineau et son oeuvre
    * Etc.

  11. Guillaume Thoreau

    Michelle, j’aimerais que tu expliques vraiment pourquoi et comment, selon toi, la gauche est dangereuse.

    Depuis longtemps maintenant tu écris, derrière un paravent d’apolitisme (historiquement la droite se prétend toujours apolitique), qu’il faut se méfier du mouvement étudiant car il est de gauche.

    En quoi faudrait-il avoir peur de la gauche, même radicale ? Explique nous.

  12. Félix Schneller

    Des distinctions s’imposent.

    Le rôle de la sociologie est de décrire, ce n’est pas de prendre position, ni d’agir. Tout comme la science politique nous dit comment la politique est, et pas comment elle devrait être. C’est pourquoi plusieurs complètent leur formation politique avec la philosophie politique.

    Pour agir et prendre position, il faut avoir des outils qui sortent du cadre de la science (de l’expérience), c’est-à-dire travailler à s’approcher d’un idéal. Il faut s’intérroger sur comment le monde devrait être, et pas seulement sur comment il est. Exemple: «L’homme est un loup pour l’homme», mais ça ne veut pas dire qu’il devrait l’être.

    Tout cela pour répondre à cette prétention d’objectivité (paravent d’apolitisme) qui ne peut tout simplement pas s’appliquer lorsqu’il est question d’agir. Il est faux de penser que d’une description on puisse avoir quelque certitude qui soit sur l’action à poser. Toute analyse politique/économique/morale doit assumer ses critères normatifs si elle se veut pratique. On a tendance à penser que l’économie est une science alors que c’est une activité normative. Un bon économiste n’observe pas seulement la croissance, mais aussi la qualité des emplois, des biens et des services produits… et cela, c’est tout un contrat.

    J’entends souvent des gens se plaindre que «la gauche agit par idéologie», alors que la droite ne peut pas faire autrement. L’action ne peut pas se sortir de tout cadre idéologique. La connaissance que produit la science n’est pas un savoir-faire. Le médecin a besoin d’un idéal (qui est la santé) pour agir.

  13. Tommy Lebel

    Ce billet ne peut que me rappeler la Loi de Godwin:
    « Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1. »
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin

    Intéressante trouvaille que ce tv film « The Wave ». Démonstration plutôt extrémiste du contrôle des esprits, mais je doute des parallèles qu’on peut réellement faire avec la situation actuelle au Québec.

    Ce qui dérange au-delà des frais de scolarité (et qui pousse dans la rue des gens de tout acabit) est l’ensemble du climat politique: les allégations de corruptions, malversations, et abus de pouvoir. On a l’impression qu’on n’a fait qu’effleurer la pointe de l’iceberg des dessous de la politique (municipale, et provinciale).

    Aussi, il faudrait trouver un film qui explique l’enivrement que procure le pouvoir politique qui pousse certains politiciens prioriser leur enrichissement personnel avant celui de leurs citoyens et à approuver (ou tolérer implicitement à défaut de prendre action de manière convaincante) les abus relatés dans les médias au cours des dernières années.