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TikTok vous possède. Ce n’est pas une métaphore.

Ce que l’anthropologie de la transe nous dit sur notre relation au numérique — et comment s’en libérer

Ce matin-là, j’ai enlevé mes souliers. J’ai traversé la pelouse pieds nus jusqu’à la rivière. Puis je suis allée serrer Georges dans mes bras.

Georges, c’est mon pin centenaire. Il a vu passer quatre générations avant moi. Il a survécu à tous les hivers québécois, à toutes les tempêtes. Quand je pose mes bras autour de son tronc rugueux, je ne fais pas du tree hugging new age. Je me reconnecte, physiquement, au réseau mycorhizien le plus ancien et le plus stable que je connaisse.

C’est mon exorcisme du matin.

Parce que oui — j’utilise le mot exorcisme. Délibérément. Anthropologiquement. Et je vais vous expliquer pourquoi ce mot est le seul qui soit vraiment précis pour décrire ce que nous devons faire face aux plateformes numériques.

Les sociétés nomades produisent la transe chamanique. Les sociétés sédentaires produisent la transe de possession. Et nous, en 2026, on est dans les deux à la fois.

J’ai appris cette distinction dans mes études en propédeutique de maîtrise en anthropologie — jamais terminées, mais jamais oubliées. Une distinction formulée par des géants : Erika Bourguignon, Gilbert Rouget, Mircea Eliade.

La voici en clair : dans les sociétés nomades, le chaman sort de son corps pour voyager dans d’autres mondes. Dans les sociétés sédentaires, l’entité entre dans le corps — c’est la possession. Deux mécanismes neurologiques opposés. Deux effets radicalement différents sur celui qui les vit.

TikTok fait les deux. Simultanément. Sur des milliards de cerveaux connectés. Sans aucun rituel de sortie.

Quand vous scrollez seul, tard le soir, casque sur les oreilles, pièce semi-obscure, corps oublié, temps dissous — vous êtes en transe chamanique numérique. Votre esprit sort et voyage dans le feed infini. C’est exactement le protocole d’induction décrit par Eliade pour les chamanes sibériens.

Quand une opinion que vous n’aviez pas il y a trois heures s’est installée dans votre tête comme si elle avait toujours été là — vous avez été possédé. L’algorithme a entré quelque chose en vous. Quelque chose qui pense maintenant à travers vous.

La différence avec les traditions de transe ancestrales ? Dans le vaudou haïtien, dans le candomblé brésilien, dans les cérémonies Gnawa du Maroc, il y a un houngán — un opérateur humain formé, responsable devant sa communauté, dont le mandat est votre bien-être et votre retour à vous-même.

L’algorithme n’a pas de mandat social. Il n’a qu’un mandat actionnarial.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ?

On nomme l’entité. On brise le lien. On revient dans le corps. On renforce l’hôte.

C’est pour ça que je marche pieds nus dans l’herbe. Que je plonge mes mains dans la terre de mon jardin. Que je me tiens près de ma rivière pour capter ses ions négatifs. Que je pratique le Taï Chi en forêt. Et que j’enlace Georges.

Pas pour le folklore. Pour des raisons neurobiologiques documentées, articulées dans un cadre anthropologique vieux de plusieurs millénaires — et cruellement absent de nos débats sur la « santé numérique ».

J’ai écrit un long texte là-dessus. Un vrai. Avec les références, le protocole en 5 phases, le tableau comparatif complet des inducteurs de transe — des rituels anciens aux plateformes 2026. Il s’appelle :

« Possédés par l’algorithme : chamanisme numérique, transe de possession algorithmique — et comment s’en exorciser »

Si la question de votre souveraineté cognitive vous importe — si vous avez déjà perdu deux heures sur TikTok sans vous en rendre compte, si vous avez déjà changé d’opinion sous l’effet d’un algorithme sans le réaliser, si vous cherchez autre chose que « désinstallez l’appli » comme réponse — ce texte est pour vous.

Lire le texte complet :

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Michelle Blanc

Michelle Blanc, M.Sc. (HEC Montréal), est consultante senior en stratégie numérique, intelligence artificielle générative et agentique, GEO et renseignement de sources ouvertes (OSINT/SOCMINT). Pionnière du blogue d'affaires francophone au Canada depuis 2005, elle est autrice de Confessions d'une experte (2025) et de La Promptothèque (2026), chargée de cours en marketing entrepreneurial à HEC Montréal et fondatrice d'Analyweb Inc. Récipiendaire de la Médaille du couronnement du roi Charles III (2025) pour sa contribution à l'innovation numérique au Canada.

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1 réflexion sur “TikTok vous possède. Ce n’est pas une métaphore.”

  1. Michelle- Ta distinction transe/possession m’a arrêtée net.
    Je travaille avec des dirigeants depuis 16 ans. Je les vois défendre des décisions qu’ils n’ont pas prises — elles étaient déjà là, installées, avant même qu’ils ouvrent la bouche. J’appelle ça des séquences invisibles.
    Mais ton double mouvement — quelque chose sort, quelque chose entre — ajoute une couche plus dérangeante, et plus juste.
    Parce que oui, en entreprise aussi, il n’y a aucun rituel de sortie.
    La réunion suivante commence (toujours) à l’heure.

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