10 conseils pour aider les médias à devenir numérique

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La FPJQ (Fédération Professionnelle des Journalistes du Québec) a beau être de l’ère paléolithique dans ses réactions de primate non évolué, d’autres organismes plus innovants se posent de sérieuses questions quant à l’avenir des journaux et suggèrent des pistes positives pour traverser le raz de marée que la presse traverse partout dans le monde. Pas besoin de rappeler que le New York Times va maintenant vendre de la pub sur sa page frontispice ou que le Christian Science Monitor ne sera plus que numérique ou que les ventes de pub pour la presse écrite continuent leur décroissance.

Consider the plight of newspapers, whose collective revenues will plummet nearly 16% in 2009, after an even more brutal 16.4% decline in 2008, according to eMarketer.

Toujours est-il que le Nieman Fondation For Journalism at Harvard, dans son Nieman Report, publie To Prepare for the Future, Skip the Present (déniché via un Twitt de Jeff Mignon). Dans ce papier lumineux qui est aussi pertinent pour la presse écrite que pour bien d’autres industries, on peut lire:

‘… today’s obsession with saving newspapers has meant that, for the most part, media companies have failed to plan adequately for tomorrow’s digital future.’
“Burn baby, burn.” These are the unforgettable words of a top-ranking Yellowstone National Park ecologist as fire ripped through the park’s forests in the summer of 1988. Few people cared that Don Despain’s words were taken out of context. The remark was used to pour scorn on the supposed devil-may-care approach of the National Park Service, which favored allowing natural fires to burn off accumulations of undergrowth in order to facilitate forest renewal.

L’auteur, Edward Roussel, fait donc ses dix recommandations pour s’adapter au tsunami qu’on ne cesse de voir arriver. Je vous les traduis librement ici.

  1. Ajuster le focus. L’internet permet de trouver des infos sur une foule de sujets. Spécialisez-vous et couvrez vos sujets en profondeur au lieu de vous étendre et de parler de tout.
  2. Branchez-vous aux réseaux. Si vous ne pouvez compétitionner avec ce qui se fait de mieux sur le Web, hyperliez-les. Les médias doivent se voir comme participant à une chaîne de contenus au lieu d’une destination finale. Les journalistes deviendront des filtres qui ont de l’influence et ajoute de la profondeur aux contenus. Le futur du journalisme est de vendre de l’expertise pas du contenu.
  3. Les « deadlines » satisfont les éditeurs, pas les lecteurs. Les nouvelles sont sur un continuum et c’est important de s’adapter au trafic du Web. N’oubliez pas qu’il ne s’agit pas de faire de la primeur, AFP et Reuters le font très bien, mais plutôt d’ajouter de la valeur et de trouver les angles, d’échanger avec l’auditoire et d’ajouter du multimédia.
  4. L’explosion des blogues et des médias sociaux ont créé une culture dans laquelle le consommateur s’attend qu’ils soient inclus dans le traitement de la nouvelle. Ceux qui ne savent pas s’adapter à cette réalité seront perçus comme des organisations de second rang. Créez des fonctionnalités, permettez à vos lecteurs d’interagir, de partager des nouvelles, critiquez les services locaux comme les restaurants et les hôtels et débutez les discussions et les débats.
  5. Le pouvoir est en bas et non en haut. Les journalistes sur le terrain sont les plus prêts de vos lecteurs. Ils sont donc les mieux placés pour nourrir les communautés Web. Observez ceux qui ont le plus de courrier et ils seront probablement dans un sujet précis comme le jardinage ou les conseils maternels plutôt que sur le sport ou la politique.
  6. Adoptez le multimédia. Formez vos rédacteurs à utiliser la vidéo, les galeries de photos, les graphiques et la cartographie pour compléter leurs histoires. Une histoire sur un soldat au front en Afghanistan se raconte mieux avec une carte, des photos et avec évidemment du texte.
  7. Valorisez les structures peu coûteuses. 75% des coûts de la presse écrite n’ont rien à voir avec le contenu éditorial. Ce sont les coûts de transport, d’impression, et cetera. Dans un univers numérique, il existe une opportunité de remettre ces coûts en question et de sous-traiter à l’externe les expertises non nécessaires à la création de contenus. Si vos vendeurs ne savent pas comment vendre de la pub numérique, sous-traiter à Google ou à une firme de placement publicitaire Web.
  8. Investissez sur le Web. Votre site Web a besoin d’investissements avant qu’il ne rapporte.  Les grands services comme les chemins de fer ou le téléphone ont pris des années avant d’être rentables. N’espérez pas que vos pertes publicitaires papier retrouvent leur contrepartie Web instantanément.
  9. Brassez la cage de vos gestionnaires. L’un des plus gros obstacles à la planification du changement est les gestionnaires seniors qui ont la nostalgie du passé. S’ils ne sont pas passionnés pour le futur numérique, ils auront beaucoup de difficulté à le matérialiser.
  10. Expérimentez. Nous vivons une époque passionnante de l’histoire des médias. C’est une période permettant l’amalgame de la télédiffusion, du texte et des médias sociaux. N’ayez pas peur de l’échec et osez de nouveaux projets. Observez ce qui marche et construisez sur vos succès.

Still, the dominant newspapers have a huge advantage over start-up news operations: They are trusted brands at a time when the proliferation of news sources has made trust a premium for readers and advertisers alike. That’s a good springboard for success. But time is running out.

MAJ
Ça ne va pas trop bien pour le New York Times qui pourrait fermer selon TheAtlantic.com dans l’article End Times (via un twitt de Claude Malaison). On peut y lire :

But what if the old media dies much more quickly? What if a hurricane comes along and obliterates the dunes entirely? Specifically, what if TheNew York Times goes out of business—like, this May?
It’s certainly plausible. Earnings reports released by the New York Times Company in October indicate that drastic measures will have to be taken over the next five months or the paper will default on some $400million in debt. With more than $1billion in debt already on the books, only $46million in cash reserves as of October, and no clear way to tap into the capital markets (the company’s debt was recently reduced to junk status), the paper’s future doesn’t look good.

L’auteur ajoute aussi:

In December, the Fitch Ratings service, which monitors the health of media companies, predicted a widespread newspaper die-off: “Fitch believes more newspapers and news¬paper groups will default, be shut down and be liquidated in 2009 and several cities could go without a daily print newspaper by 2010.”

Times they are changing…

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Commentaires

  1. Redge

    La lisibilité est aussi très importante. Souvent, en voulant trop en faire et en montrer, les médias en ligne « load » leurs pages de cossins qui contribue à rentre le tout désagréable à lire.

    Dans le même esprit que la lisibilité, je crois que le « design » a son importance. Je crois qu’il faut une certaine balance entre qualité de contenu et de contenant. À ce sujet, le site Branchez-vous a de bon articles (contenu), mais son design (contenant) semble dater de 1998, c’est un peu ridicule. La navigation est loin d’être optimale.

  2. Garamond

    Pour moi, les points 4 et 9 sont super-importants.
    Les autres aussi, évidemment…
    Mais si vos décideurs sont de la catégorie «gestionnaires seniors qui ont la nostalgie du passé», vous êtes mal partis !

  3. François Berthiaume

    Excellent papier. À épingler sur tous les babillards à La Presse, au Devoir, au Journal de Montréal et chez les autres journaux québécois.
    Merci Michelle.

  4. Emma / Idead

    Salut Michelle
    bon post !
    je le mentionne dans ce billet, consacré à l’avenir des médias imprimés et à la « nouvelle » du NY Times
    http://idead.typepad.com/idead/2009/01/pub-contenu-le-grand-décloisonnement.html
    à bientôt

  5. Normand Chiasson

    Bravo pour la pertinence du propos et la synthèse efficace d’une vaste problématique. En souhaitant que l’importance des budgets publicitaires (et leur mobilité prévisible) sauront faire réfléchir a vitesse Grand V les décideurs chez les éditeurs.

    Et merci de nous aider dans le cheminement.

  6. rosanne

    Enrichissant a lire, j’apprends. Vivement que les gestionnaires s’ajustent! Bonne année Michelle ainsi qu’a Bibitte, et a vous tous!!

  7. Olivier

    http://www.nytimes.com/ ils ont suivi les 10 conseils

  8. Michelle Blanc

    et à cause de ça ils risquent de se faire acheter par Rupert Murdoch mais ils trainent les vieilles dettes de leur ancien modèle d’affaires papier

  9. Nathalie Collard

    Excellente analyse qui vient alimenter notre réflexion.

    Les journalistes ne sont pas tous réfractaires au changement, contrairement à ce que certains peuvent croire. Mais disons qu’ils n’étaient pas préparés à cette révolution. Ce n’est pas toujours facile de concevoir autrement un métier qu’on pratique depuis 10, 15 ou 20 ans…

    Merci pour la référence

  10. Michelle Blanc

    Madame Collard, ici, dans mon humble blogue! Vous me voyez honoré et bravo encore pour votre article Où est la techno? J’en avais parlé dans mon blogue et c’est vrai que tous les journalistes ne sont pas réfractaires, à preuve, plusieurs viennent ici et commentent comme vous et me demandent de collaborer avec eux. Je suis pour une plus grande collaboration et je ne crois pas à la disparition du journalisme et de l’opinion. Bien au contraire. C’est juste qu’effectivement leur travail va être modifié en profondeur…

  11. Hugo Lemay

    Lumineux! Le réflexe papier a les racines tenaces.

  12. Alexandre Cayla

    Très bon billet, effectivement. Ça résume en quelques points les changements à venir. Moi-même, je viens de publier deux billets sur mon blogue (les 4 défis du journalisme web) qui reprend ces points et en détaille d’autres… Par contre, c’est moins concis… http://4×21.wordpress.com/2009/01/06/les-4-defis-du-journalisme-web-1ere-partie/

  13. Marie Birrien

    Très bonne source d’information. Les entreprises peuvent aussi s’en inspirer pour communiquer leurs informations . Le pouvoir étant vers le bas avec les consommateurs.

  14. Caroline Friedmann

    LA CULTURE DU SCOOP VERSUS CELLE DU PARTAGE

    100% d’accord, j’espère que plusieurs rédacteurs et éditeurs vous liront. Trop de rédacteurs et d’éditeurs utilisent malheureusement le web comme si c’était de l’imprimé,ce qui compte d’abord et avant tout c’est le scoop, la notion de partage qui fait partie de la culture web, l’information continue, les blogues et médias sociaux, le visuel, c’est secondaire pour eux.

  15. Mathieu Guimont

    Effectivement, excellent billet. Il ne faut pas négliger le point 10 non plus. Trop de médias essaient juste de copier ceux qui ont du succès au lieu de développer leur propres modèles… Des conseils judicieux qui ne touchent pas uniquement l’avenir des journaux.

  16. fredfred

    Dans l’info web, les commentaires sont parfois aussi nourrissants que les articles.

    Ici, par exemple, je lis de l’enthousiasme pour des approches techniques de définition d’un produit de presse en ligne performant. Cette approche centée autour du produit éditorial me fait penser au réflexe du « changement de formule » qui a servi de défouloir aux patrons de pesse qui voyaient leurs ventes plonger au début des années 90. Ils croyaient que la « forme » vendait.

    Les journaux dans lesquels j’ai sévi se nourissaient certes de publicité mais leur valeur, aussi bien financière qu’éditoiale, tenait à leur nombre d’abonnés payants. Tant que ce modèle de soutien durable ne sera pas établi sous une forme ou une autre par les médias numériques, il est peu probable que l’on sorte des utopies contributives en vogue.

    Je dis « utopies contributives » à dessein car, dans le modèle blogs + aggregateurs, c’est la voix de ceux qui ont du temps pour écrire ou des raisons de s’auto-promouvoir qui se font entendre. L’info y est par trop secondaire. La volonté d’éditorialiser y est surpuissante : titaille qui vend, angle improbable, tout est dans tout.

    Or l’Info est une épure, le plus de signal avec le moins de bruit. L’oeuve collective avait ceci de bon qu’elle niait assez souvent les signatures. C’était une ruse de patrons de presse pour nier les droits d’auteur mais cela avait la vertu de nourrir le lecteur sans lui imposer des avis au lieu d’une information pluri-angulaire.

    En bref, il faut moins d’égos et plus d’abonnés

  17. pligg.com

    10 conseils pour aider les médias à devenir numérique…

    Michelle Blanc revient sur quelques conseils aux médias qui souhaitent franchir le cap du digital avec succès:

    Ajuster le focus.
    Branchez-vous aux réseaux.
    Les « deadlines » satisfont les éditeurs, pas les lecteurs.
    L’explosion des blogues et…

  18. Chris

    Ce matin, je me suis levé en me demandant comment mon site pourrait s’enrichir. En tant que journaliste en région (très) éloignée, je pense qu’il faut partager de l’information et non seulement en produire (la nouvelle écrite par moi). En buvant mon café, je digérais mal cette réflexion. Rendu au déjeuner, j’écoutais Michelle Blanc en conférence sur le Web (Les Affaires.TV). À la digestion, je lisais ce blogue et oui (un autre café), je n’ai pas le choix de mettre de la nouvelle en provenance de partout sur le Web…avec hyperlien.

  19. ARYANE » Internet ou le Web: des paradigmes à faire évoluer pour transiger!

    […] les autres où un placement publicitaire peut leur rapporter.  Ces mass-medias ont eux-mêmes des paradigmes à faire évoluer pour en […]

  20. Stéphane

    Une capsule d’info pour vous sur « Deux laits un sucre » ce matin … Au finale, vous devez surement faire quelque chose de bien :-)

  21. Stéphane

    Ok là tu pique ma curiosité … C’est quoi le script qui va chercher mon avatar sur le net pour l’afficher ici ????

    Tu pourrais me le poster plz plz plz ?? :P
    saisons50 at hotmail.com

  22. La crise appréhendée des journaux au Québec • Michelle Blanc, M.Sc. commerce électronique. Marketing Internet, consultante, conférencière et auteure

    […] Mais les pratiques journalistiques risquent de changer dramatiquement. J’ai d’ailleurs écrit un billet particulièrement éloquent sur ce sujet précis. Tout comme la radio n’est pas morte avec l’arrivée de la TV, le journal ne va pas mourir avec […]

  23. Conférence sur « Et si j’étais propriétaire du Journal de Montréal? » • Michelle Blanc, M.Sc. commerce électronique. Marketing Internet, consultante, conférencière et auteure

    […] communautaires face à l’internet À propos de l’expérience CNN/Facebook Et surtout de 10 conseils pour aider les médias à devenir numérique Puis de La FPJQ et les fabricants de fouets, même […]

  24. Aider les médias à devenir « numérique  « « Fleurto's – eVeille marketing mobile médias

    […] : michelleblanc.com et merci à Benjamin F. pour sa […]

  25. Le blog est l’avenir du journalisme « narvic's lab

    […] mort ? » Le Chicago Tribune, le Los Angeles Times sont en faillite. TheAtlantic.com (via Michelle Blanc, qui s’efforce de son côté de rester optimiste et constructive) en vient à se demander (en […]

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