En bref
- En 2020, la chargée de cours Verushka Lieutenant-Duval a été suspendue par l’Université d’Ottawa pour avoir prononcé le mot en n dans un cours, avant même d’avoir été entendue.
- Six ans plus tard, elle a perdu sa carrière de professeure, et plusieurs des 34 collègues qui l’ont défendue ont pris une retraite hâtive ou se sont tus.
- Le wokisme repose sur une mécanique : présomption de culpabilité, primauté du ressenti sur l’intention, et réécriture de l’histoire au service d’un récit moral.
- Exemples documentés : le 1619 Project, la formule « Montréal, territoire mohawk non cédé » contestée par des historiens, et l’oubli de l’esclavage pratiqué hors d’Europe.
- Gad Saad nomme ce dérèglement « l’empathie suicidaire ».

Il y a six ans, une chargée de cours de l’Université d’Ottawa prononçait un mot dans un cours sur la représentation des identités en arts visuels. Elle voulait montrer comment une communauté avait réussi à se réapproprier un terme historiquement méprisant pour lui donner un sens nouveau. C’était un exercice universitaire, sur un mot tiré de la littérature savante. C’est aujourd’hui l’un des symboles les plus parlants des dérives du wokisme au Canada.
Le lendemain, elle était relevée de ses fonctions, avant même d’avoir été rencontrée par ses supérieurs.
Radio-Canada publie cette semaine un long reportage sur ce qu’il reste de cette affaire. La réponse : des ruines.
Ce que la « justice sociale » a produit
Verushka Lieutenant-Duval enseigne aujourd’hui dans trois universités. Ce n’est pas un signe de succès : elle cumule les charges de cours parce qu’elle n’a jamais pu devenir professeure. Elle a dû faire le deuil de la carrière dont elle rêvait. La controverse lui a gobé tellement d’énergie qu’elle n’a plus été capable de publier, et son CV en porte encore la cicatrice. Six ans plus tard, elle dit y penser tous les jours.
Ses collègues ne s’en sont pas mieux tirés. En 2020, 34 professeurs ont signé une lettre pour défendre un principe élémentaire : une salle de cours ne peut pas être purgée du poids de l’histoire, et certains mots, certains livres, certains concepts vont forcément heurter quelqu’un. Pour avoir défendu cette évidence, voici ce qu’ils ont récolté :
- Des retraites précipitées. Geneviève Tellier a quitté l’université cet été, des années avant ce qu’elle prévoyait. Sylvie Paquerot est partie à 63 ans, sans retraite complète, en choisissant sa santé mentale plutôt que son argent.
- L’ostracisme. Des collègues les ont traités de racistes devant leurs étudiants. Des étudiants n’ont plus voulu d’eux dans leurs comités de thèse. Des collaborations de recherche sont mortes.
- L’exil intérieur. Des professeurs évitent le campus, passent au bureau la fin de semaine, ont cessé d’aller en assemblée départementale. L’un d’eux a cessé de donner de l’argent à l’université et jure qu’il ne dira jamais y avoir enseigné.
- L’autocensure. Isaac Nahon-Serfaty le résume bien : la peur aiguë de 2020 a été remplacée par quelque chose de plus triste, la normalisation de sujets qu’on ne peut plus nommer.
Au passage, des signataires francophones se sont fait insulter en ligne avec une injure anglophone ciblant les Québécois. Personne n’a été suspendu pour ça.
Le vrai problème, c’est le mécanisme
J’entends déjà la réplique : « Le wokisme, ça n’existe pas, c’est une invention de la droite. » Parfait, ne parlons pas d’étiquette. Parlons de mécanique, parce que c’est elle qui fait des dégâts.
La mécanique, c’est la présomption de culpabilité : on sanctionne d’abord, on enquête ensuite, si on enquête. C’est l’intention qui ne compte plus, puisque seul l’effet ressenti par la personne qui se dit blessée fait foi. C’est le désaccord transformé en faute morale : si tu n’es pas d’accord avec moi, tu participes au racisme systémique. Et c’est l’institution qui, devant le bruit, choisit la paix sociale plutôt que la justice envers son employée.
Comment on fabrique une raciste
Je connais cette mécanique de l’intérieur. En 2019, j’écrivais ici même un billet sur le #lynchagepublic que j’avais subi lors de la campagne électorale de 2018. J’y décrivais des bribes de contenus sorties de leur contexte, servies aux journalistes par des activistes idéologiques, puis une réputation détruite sans possibilité réelle de défense.
En 2007, j’ai écrit sur ce blogue un billet intitulé « Suis-je raciste? ». C’était un coup de gueule contre certains de mes voisins hassidiques. J’y racontais des frustrations de voisinage bien réelles, mais avec des phrases que je n’écrirais plus aujourd’hui. Je l’assume. C’était un billet de colère, pas une idéologie.
Onze ans plus tard, en pleine campagne électorale de 2018, ce billet est ressorti. Le directeur régional de B’nai Brith pour le Québec a demandé au chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, de retirer ma candidature dans Mercier en raison de certains de mes écrits. Les médias ont relayé l’accusation d’antisémitisme, et l’épisode figure encore aujourd’hui sur Wikipédia. Jean-François Lisée a refusé, en qualifiant la démarche de « tentative d’intimidation » et en affirmant que des groupes militants ne définiraient pas les cadres du débat public au Québec. Je lui en suis toujours reconnaissante. Ce qu’on a moins rapporté, c’est que le lundi de cette même semaine, grâce au CIJA avec qui j’entretenais de bonnes relations, j’avais été invitée à un cocktail avec le consul d’Israël à Montréal. Le vendredi, j’étais devenue antisémite.
En janvier 2014, j’ai témoigné pendant une heure en commission parlementaire sur le projet de loi 60, la Charte des valeurs. J’y ai défendu une laïcité qui visait toutes les religions sans exception : je demandais qu’on retire aussi le crucifix de l’Assemblée nationale et qu’on revoie l’exemption fiscale des organisations religieuses. J’y parlais surtout de la protection des personnes LGBT et de l’égalité entre les femmes et les hommes. Ce qu’une bonne partie des médias francophones en a retenu, c’est une phrase sortie de son contexte, résumée de façon à servir leur angle. CTV a été l’un des rares médias à rapporter mes propos fidèlement. Une heure de témoignage, une phrase retenue : c’est déjà toute la mécanique du lynchage public.
Ce que le tribunal populaire n’a pas regardé non plus, c’est le reste de mon parcours. En 2010, j’ai créé le Webothon Haïti, une journée entièrement bénévole pour soutenir Haïti après le séisme, dont les dons allaient directement au CECI, à la Croix-Rouge, à Médecins sans frontières, à Oxfam-Québec et à l’UNICEF. Quand je dirigeais le marketing d’ABC Sonorisation, j’ai fait commanditer le Black Theatre Workshop et le Montreal Jubilation Gospel Choir. En 2013, j’ai défendu la laïcité avec les Janette, un groupe de vingt femmes qui comptait huit musulmanes et une femme hassidique, un détail qui n’a pratiquement jamais été rapporté. Je suis aujourd’hui membre de la Chambre de commerce LGBT du Québec. Et l’un de mes très bons amis est le petit-fils d’un géant de la pensée noire francophone, j’y reviens plus loin.
Je ne liste pas tout ça pour obtenir un certificat de vertu. Je le liste parce que c’est exactement ce que le lynchage public efface. On prend une phrase, on la sort de son époque et de sa vie, et on en fait une identité. Verushka Lieutenant-Duval a eu droit au même traitement pour un mot prononcé dans un cours. La méthode est toujours la même : réduire une personne à son pire moment, puis refuser d’entendre tout le reste.
Une vertu qui déraille : l’empathie suicidaire
Gad Saad, professeur à Concordia ici même à Montréal, vient de mettre un nom sur le moteur de tout ça. Dans Suicidal Empathy: Dying to Be Kind, il décrit une empathie occidentale dangereusement mal calibrée, une vertu noble qui, à l’échelle d’une civilisation, pousse nos sociétés vers l’autodestruction par une gentillesse mal dirigée. Le livre est entré directement au premier rang des best-sellers du New York Times.
Sa thèse est simple : l’empathie est une bonne chose, mais quand elle s’emballe et vise les mauvaises cibles, elle devient toxique. On finit par faire passer les sentiments de groupes présentés comme marginalisés avant la vérité, les criminels avant les victimes, les squatteurs avant les propriétaires. Tous les travers qui suivent découlent de ce dérèglement.
Réécrire l’histoire
Le wokisme adore réécrire l’histoire. Quand la réalité ne cadre pas avec le récit moral qu’on veut raconter, on change la réalité.
L’histoire est un travail d’historiens, pas un outil militant. L’exemple le plus connu est le 1619 Project du New York Times. Le projet voulait faire de 1619, l’année de l’arrivée des premiers esclaves en Virginie, la véritable fondation des États-Unis, et il a été transformé en matériel scolaire. Cinq historiens de premier plan, dont James McPherson et Gordon Wood, ont écrit au journal pour exiger la correction d’erreurs graves. L’une d’elles : l’affirmation que les colons auraient fait la Révolution d’abord pour protéger l’esclavage. Le rédacteur en chef du magazine a maintenu le reportage et refusé de corriger. Pendant ce temps, les artisans du projet traitaient leurs critiques de conservateurs rétrogrades ou d’« historiens blancs ».
Pas besoin d’aller aux États-Unis pour trouver un exemple. Prenez cette formule devenue un rituel dans nos universités, nos conseils municipaux et même au Centre Bell : Montréal serait un « territoire mohawk non cédé ». Or, en 1535, Jacques Cartier visite Hochelaga, un village iroquoien de plus de 1000 habitants au pied de la montagne. Ses habitants sont des Iroquoiens du Saint-Laurent, un peuple que les historiens distinguent des Mohawks. Quand Champlain arrive en 1603, il ne trouve aucune trace d’Hochelaga : les Iroquoiens du Saint-Laurent ont quitté la vallée. Le territoire historique des Mohawks, lui, se trouvait le long de la rivière Mohawk, dans l’est de l’État de New York. Les Mohawks se sont installés près de Montréal à partir de 1667, quand des Iroquois chrétiens ont rejoint la mission jésuite de La Prairie, qui s’est fixée à Kahnawake en 1716. Voilà pourquoi plusieurs historiens refusent de dire que Montréal est un territoire mohawk non cédé.
Même le gouvernement du Québec l’a reconnu. En 2021, quand le Canadien de Montréal a ajouté à ses matchs une reconnaissance du territoire mohawk, le ministre des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a jugé que nommer une nation précise pouvait être une erreur, puisque les historiens ne s’entendent pas. Il a rappelé une chose sur laquelle tout le monde s’entend : les Premières Nations et les Inuit étaient ici avant nous. Personne ne conteste cette évidence. Mais transformer un débat historique ouvert en vérité officielle récitée avant chaque match, ce n’est pas de la réconciliation. C’est du catéchisme.
Quand l’appartenance d’un historien compte plus que la justesse de son propos, et quand un slogan remplace les sources, on ne fait plus de l’histoire.
L’esclavage, une histoire humaine, pas une histoire blanche
Le récit woke présente souvent l’esclavage comme un crime propre à l’homme blanc. C’est faux, et le dire n’excuse en rien la traite atlantique. L’esclavage est une institution que presque toutes les civilisations ont pratiquée.
Le mot lui-même le rappelle. Selon le Dictionnaire de l’Académie française, « esclave » vient du latin médiéval sclavus, autre forme de slavus, « slave », parce que durant le haut Moyen Âge, de nombreux Slaves furent réduits en esclavage par les Germains et les Byzantins. Avant eux, Athènes et Rome reposaient sur le travail servile : à Rome, le maître avait droit de vie et de mort sur ses esclaves, et Spartacus mena en 73 av. J.-C. la plus célèbre de leurs révoltes.
En Chine, la cour des Qing n’a officiellement aboli l’esclavage que le 31 janvier 1910. Au Japon, Toyotomi Hideyoshi exigeait en 1587 que les Portugais cessent la traite d’esclaves japonais. En Amérique, les civilisations maya et aztèque pratiquaient l’esclavage, et sur la côte nord-ouest, les Haïdas et les Tlingits étaient réputés pour leurs raids esclavagistes jusqu’en Californie.
Avant même l’arrivée des Européens, il était courant dans certaines communautés autochtones de réduire en esclavage les captifs de guerre. Chez les Haudenosaunee, la confédération iroquoise dont font partie les Mohawks, les « guerres de deuil » visaient à capturer des ennemis pour remplacer les morts. Les captifs pouvaient être adoptés, mais ils pouvaient aussi subir un sort moins heureux : torture, mort et cannibalisme rituel. Dans les années 1660, plus de 60 % des membres de la confédération étaient d’anciens captifs adoptés. Les historiens débattent encore de la frontière entre adoption et esclavage, mais certains captifs étaient bel et bien tenus en servitude. Les Sénécas, par exemple, réduisaient en esclavage des prisonniers venus des Carolines et de la Floride.
Et l’histoire nous touche de près. En Nouvelle-France, les deux tiers des esclaves étaient autochtones, et l’intendant Jacques Raudot a légalisé cette pratique par une ordonnance en 1709. Colons français et alliés autochtones ont participé ensemble à une traite qui couvrait la moitié de l’Amérique du Nord et déportait des milliers d’Autochtones vers les Grands Lacs, le Canada et les Caraïbes. On appelait ces esclaves autochtones les « panis ».
L’Afrique n’y fait pas exception, y compris au Sénégal. Le système social des Soninké de la haute vallée du Sénégal reposait largement sur l’esclavage, comme celui de beaucoup de peuples sahéliens. L’empire wolof était un acteur majeur de la traite, exportant jusqu’au tiers de tous les esclaves africains avant 1600. Les royaumes wolofs échangeaient aussi des esclaves contre des chevaux venus d’Afrique du Nord. À la fin du 17e siècle, le royaume du Waalo exportait probablement vers le désert au moins dix fois plus d’esclaves qu’il n’en vendait à la traite atlantique.
Et ce n’est pas de l’histoire ancienne. La Mauritanie n’a aboli l’esclavage qu’en 1981 et ne l’a criminalisé qu’en 2007. Il y demeure pourtant une réalité, fondée explicitement sur l’origine ethnique : les esclaves proviennent presque exclusivement de la communauté noire haratine. Dans le monde, environ 50 millions de personnes vivaient en situation d’esclavage moderne en 2021, une hausse de 10 millions depuis 2016. La Corée du Nord, l’Érythrée, la Mauritanie, l’Arabie saoudite et la Turquie affichent les taux les plus élevés, mais c’est l’Inde qui compte le plus grand nombre de victimes.
Ce qui distingue l’Occident, ce n’est donc pas d’avoir inventé l’esclavage. Les Européens ont mené la traite atlantique : quelque 12,5 millions d’Africains ont été embarqués de force sur des navires négriers. Mais c’est aussi en Occident qu’est né le mouvement abolitionniste moderne. La Grande-Bretagne a interdit la traite en 1807, et entre 1807 et 1860, l’escadron de l’Afrique de l’Ouest de la Royal Navy a saisi environ 1 600 navires négriers et libéré quelque 150 000 Africains. Les esclaves eux-mêmes ont joué un rôle décisif : à Saint-Domingue, une révolte de milliers d’esclaves s’est transformée en révolution, l’esclavage y a été aboli dès 1793, et Haïti est devenu en 1804 le premier État noir des Amériques. Gommer cette histoire complexe pour n’en garder qu’un coupable unique, ce n’est pas de la justice. C’est de la réécriture.
Effacer la négritude
Il y a une ironie que les censeurs de 2020 n’ont jamais vue. Le mot qui a coûté sa carrière à Verushka Lieutenant-Duval est au cœur de l’un des plus grands mouvements de libération de la pensée noire du 20e siècle.
En 1934, à Paris, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas créent la revue L’Étudiant noir, organe fondateur de la négritude, un mot proposé par Césaire. Leur geste est exactement celui que Lieutenant-Duval voulait expliquer à ses étudiants : prendre un terme méprisant et le retourner. Sartre l’a résumé dans Orphée noir en écrivant que le Noir humilié se redresse et « ramasse le mot de nègre qu’on lui a jeté comme une pierre ».
Senghor définissait la négritude comme la simple reconnaissance du fait d’être Noir, et l’acceptation de ce destin, de cette histoire et de cette culture. Ce n’était pas une posture de victime. C’était une affirmation de fierté, d’esthétique et de civilisation, ouverte au dialogue avec le reste du monde. L’homme a d’ailleurs incarné ce dialogue : premier président du Sénégal indépendant de 1960 à 1980, il est devenu en 1983 le premier Africain élu à l’Académie française. Pour la petite histoire, l’un de mes très bons amis est son petit-fils. Ceux qui m’ont traitée de raciste ne s’en doutaient sans doute pas.
Aujourd’hui, avec la logique de l’Université d’Ottawa, on ne pourrait plus enseigner le titre de l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de Senghor sans risquer une suspension. On ne pourrait plus lire Césaire à voix haute. Le professeur Joël Beddows le soulignait dans le reportage de Radio-Canada : l’affaire a révélé une fracture entre les mondes anglophone et francophone, qui n’ont pas le même rapport au mot. En important tel quel le tabou américain, on efface une partie de l’histoire intellectuelle noire de la francophonie. Au nom de l’antiracisme, on censure les pères de l’antiracisme francophone.
Les victimes éternelles
J’en parlais récemment dans « Ras-le-bol de la victimisation éternelle ». Dans la grille woke, l’humanité se divise en oppresseurs et en opprimés, selon la couleur, le sexe ou l’orientation. Le statut de victime devient un capital moral : plus on en a, plus on a raison. Saad le dit sans détour : on a fini par élever le statut de victime au rang de vertu et juger la punition cruelle.
Le pire, c’est que ça rend un mauvais service aux minorités elles-mêmes. On les enferme dans un rôle de fragilité permanente plutôt que de les traiter en adultes capables d’entendre un mot dans un cours d’histoire de l’art.
Des jeunes formés à se taire
On me dira que parler d’endoctrinement, c’est exagéré. Regardons les chiffres. Au Québec, le sondage de la commission Cloutier a révélé que 60 % des membres du corps professoral et 28 % des étudiants s’étaient déjà autocensurés en évitant certains mots. Au cégep, c’est pire : selon un mémoire de l’UQAM, 86 % des enseignants en sciences humaines disent éviter certains mots en classe. Aux États-Unis, sur l’un des campus évalués par FIRE, environ la moitié des étudiants déclaraient s’autocensurer.
Quand des jeunes apprennent qu’il est plus sûr de répéter la bonne réponse que de penser par eux-mêmes, l’université a raté sa mission.
Les safe spaces, ou l’université devenue garderie
L’idée qu’il faille protéger les étudiants des idées qui dérangent repose sur une erreur psychologique. Jonathan Haidt et Greg Lukianoff l’ont démontré dans The Coddling of the American Mind : on ne rend pas les gens plus forts en les isolant de l’inconfort, on les rend plus fragiles. Une salle de cours n’est pas un cocon. C’est un ring où les idées s’affrontent. La lettre des 34 l’exprimait bien : le poids de l’histoire entre dans la classe, que ça plaise ou non.
Quand la science doit plier
Saad parle d’« empathie épistémologique » : on supprime des vérités dérangeantes pour protéger des groupes marginalisés de constats inconfortables, au détriment de la réalité. Le reportage de Radio-Canada en donne un exemple. Des politologues de l’Université d’Ottawa ont cessé de demander des subventions parce qu’on leur demandait de déclarer leur couleur de peau ou leur orientation sexuelle, et de justifier comment leurs recherches feraient avancer certaines causes sociales. Comme le dit l’un d’eux, la recherche doit servir la vérité, point.
Quand le mérite d’une recherche se mesure à son alignement idéologique plutôt qu’à sa rigueur, on ne fait plus de la science. On fait de la propagande subventionnée.
L’absence de conclusion est une conclusion
L’affaire Lieutenant-Duval s’est terminée par une entente confidentielle. L’Université d’Ottawa ne s’est jamais excusée publiquement. Les gestionnaires qui ont pris la décision n’ont subi aucune conséquence, et l’ancien recteur a décliné l’entrevue. Aujourd’hui, l’institution répond par un comité et des « mécanismes robustes ».
Le politologue François Charbonneau, lui, met le bon mot sur ce qui s’est passé : une « panique morale ». Tant qu’une institution n’a pas le courage de nommer une panique morale pour ce qu’elle était, elle reste prête à recommencer. Et tous les profs qui donnent leur cours en pesant chaque mot le savent très bien.
Ce que je ne dis pas
Je ne dis pas que le racisme n’existe pas sur les campus. Des étudiants noirs vivent de la discrimination, et le reportage rapporte que l’affaire a libéré leur parole et mené à des comités, des bourses et des programmes. Tant mieux. On peut lutter contre le racisme et défendre une professeure qui enseigne l’histoire d’un mot. Je ne dis pas non plus que les Premières Nations n’ont pas de droits ou d’histoire sur ce territoire. Elles en ont, et elles méritent mieux que des slogans approximatifs. Et je ne dis pas que l’empathie est un défaut. Elle est l’une des plus belles qualités humaines.
Je dis qu’une empathie sans jugement, sans proportion et sans vérité devient une arme. Elle permet de briser des carrières au nom de la bienveillance, de réécrire l’histoire au nom de la justice et de faire taire des générations au nom de l’inclusion.
Ce qui est de la marde, c’est une idéologie qui exige de choisir entre la lutte contre le racisme et la liberté de penser. Six ans plus tard, le bilan est clair : une femme a perdu sa carrière, des professeurs sont partis ou se sont tus, et l’université n’a toujours rien reconnu. Si c’est ça, la justice sociale, je passe mon tour.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’affaire Lieutenant-Duval?
En septembre 2020, la chargée de cours Verushka Lieutenant-Duval a été suspendue temporairement par l’Université d’Ottawa pour avoir prononcé le mot en n dans un cours sur la représentation des identités en arts visuels. Elle a été relevée de ses fonctions avant d’être entendue. Le litige s’est conclu en 2023 par une entente confidentielle.
Montréal est-il un territoire mohawk non cédé?
La question divise les historiens. À l’arrivée de Jacques Cartier en 1535, l’île était habitée par les Iroquoiens du Saint-Laurent, un peuple distinct des Mohawks, dont le territoire historique se trouvait dans la vallée de la rivière Mohawk, dans l’État de New York. Les Mohawks se sont établis près de Montréal à partir de 1667, avec la fondation de la mission qui deviendra Kahnawake.
Qu’est-ce que l’empathie suicidaire selon Gad Saad?
C’est le concept qu’il développe dans Suicidal Empathy: Dying to Be Kind (2026) : une empathie mal calibrée qui pousse les sociétés occidentales à privilégier les sentiments de groupes perçus comme marginalisés au détriment de la vérité et de leur propre intérêt.
L’esclavage a-t-il été pratiqué uniquement par les Européens?
Non. Il a existé dans l’Antiquité grecque et romaine, en Chine, au Japon, chez les Aztèques, chez plusieurs nations autochtones d’Amérique du Nord, dans des royaumes africains comme ceux des Wolofs et des Soninké, et en Nouvelle-France. Il persiste aujourd’hui, notamment en Mauritanie, et touche environ 50 millions de personnes dans le monde.
Qu’est-ce que la négritude?
C’est un mouvement littéraire et politique fondé dans les années 1930 à Paris par Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas. Il retournait un terme méprisant pour en faire une affirmation de fierté et d’identité noires.
Pourquoi Michelle Blanc a-t-elle été accusée d’antisémitisme en 2018?
Durant la campagne électorale québécoise de 2018, B’nai Brith a demandé au Parti québécois de retirer sa candidature dans Mercier en raison d’un billet de blogue publié en 2007 sur des conflits de voisinage. Le chef du PQ, Jean-François Lisée, a refusé en qualifiant la démarche de tentative d’intimidation. Michelle Blanc entretenait alors de bonnes relations avec le CIJA et avait été invitée par le consul d’Israël à Montréal la même semaine.
Mention d’utilisation de l’IA : ce billet a été préparé avec l’aide de Claude (Anthropic) pour la recherche documentaire, la synthèse des sources et une première rédaction. J’en ai validé les faits, l’analyse et les recommandations, et j’en assume l’entière responsabilité éditoriale. L’image d’en-tête a été générée avec Gemini (Google).