La gestion de la multitude sur les médias sociaux

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Comment gérer plusieurs milliers d’abonnés (Twitter Facebook et autres médias sociaux conversationnels) et demeurer accessible? C’est une question que l’on me pose souvent et qui est mis en exergue dans l’article de Owni, Les méfaits d’une grande audience sur twitter, qui est en fait une adaptation de Clive Thompson in Praise of Online Obscurity. Les arguments de ces articles sont qu’à partir d’un certain nombre d’abonnés, la socialisation et la conversation ne sont plus possibles. On devient plus un médium de diffusion que de conversation. Les gens sont intimidés d’entrer en relation avec « la vedette » qui a tant d’abonnées et cette vedette, devenant consciente de sa portée, commence à s’autocensurer. Nous devrions donc valoriser l’obscurité et les petits groupes qui sont plus favorables à une communication vraie.
Après avoir partagé ce texte sur Twitter et Facebook, plusieurs personnes voulaient savoir mon avis là-dessus étant donné que je valorise la réciprocité dans les médias sociaux (si vous me faite l’honneur de me suivre, je vous dois la politesse de faire de même avec vous), que je suis contre le twitter-shobisme et que j’ai plusieurs milliers d’abonnés.

Comment je fais pour gérer la multitude sur Twitter et Facebook?
C’est une question que me posa Friedrich Thor Nissen (le gestionnaire média social de Misteur Valaire) lors d’un spectacle de Misteur Valaire.
Je lui répondis :

-Présentement nous sommes dans une salle avec 2000 personnes. Tu as pourtant l’impression que je suis vraiment en communication avec toi, que cette communication est vraie, que je t’écoute et que j’interagis. Pourtant, dans 2 minutes, je vais jaser avec quelqu’un d’autre dans la salle et je serai tout autant aussi vraie. Il est même possible que j’entende les conversations de gens et que j’intervienne dans celles-ci. Il est cependant clair que je ne tenterai pas de savoir ce que disent les 2000 personnes et que je ne « capoterais pas » de ne pas savoir ce qu’ils ont dit le temps que je suis ici. Aussi, au lieu d’être 2000 personnes, nous pourrions n’être que 10. Il est clair que les possibilités d’interactions et que la potentialité d’échanges en serait beaucoup réduite. Les médias sociaux c’est un peu ça pour moi. Je ne vais certainement pas tenter de savoir ce que 2000 personnes disent en même temps, mais je suis heureuse de savoir que je vais peut-être faire des rencontres surprenantes et que des 2000 personnes que je ne connais peut-être pas, je vais me faire de vrais échanges avec des inconnus comme cet échange que nous avons présentement, bien que c’est la première fois de ma vie que je te parle.

Il reste cependant la question de l’auto-censure. Je dois admettre que je me censure plus maintenant que lors de mes débuts dans les médias sociaux. En fait, je me suis toujours censurée. J’ai souvent répété à ceux qui croient que je suis un livre ouvert sur le web, qu’ils lisent ce que j’écris, mais qu’ils ne lisent pas ce que je n’ai pas écrit et qu’ils n’ont aucune idée de tous ce que je ne dis pas. Aussi, je suis un peu « politically incorecte », baveuse et un brin provocante. D’ailleurs, certains connards anonymes se font un plaisir de citer certains de mes 20 000 twitts, hors contexte, pour mousser leur démagogie. Par exemple, dernièrement dans un forum, on pouvait lire :

C’est toujours un peu particulier d’être au bureau, d’avoir ton boss en arrière de toi, et de voir « Jeudi confession: je m’ennuie de mon gros pénis parfois »

Il a évidemment oublié de mentionner que ce jeudi confession était fait le 1er avril et que c’était une blague salée comme j’aime bien en faire. De plus, je me méfie maintenant (outre les citations hors contexte de certains de mes twitts) des effets pervers de mes écrits. Je suis consciente des effets de mes écrits (par exemple ce restaurateur qui a vu son chiffre d’affaires gonflé après l’un de mes twits positif) mais je découvre qu’il y a aussi des effet pervers que je n’avais jamais vu venir. Par exemple, certains de mes collaborateurs, fournisseurs ou partenaires, m’ont signifiés qu’après que j’eue mentionné mon bonheur de travailler avec eux et la compétence qu’ils avaient démontrée à mon égard, furent submergés de courriels et ou d’appels téléphoniques de gens disant « j’espère que vous m’en donnerez autant que vous en donnez à Michelle Blanc ou je ne suis peut-être pas une vedette comme « Michelle Blanc » mais j’exige que vous fassiez aussi telle ou telle chose. C’est donc étrange de remarquer qu’une observation positive sur quelqu’un ou sur une organisation puisse attiser la jalousie…

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Commentaires

  1. Tweets that mention La gestion de la multitude sur les médias sociaux • Michelle Blanc, M.Sc. commerce électronique. Marketing Internet, consultante, conférencière et auteure -- Topsy.com

    [...] This post was mentioned on Twitter by Michelle Blanc, Mathieu Bruc, Nicole Fortin, Guillaume DEVILLARD, Eve De Zutter and others. Eve De Zutter said: La gestion de la multitude sur les médias sociaux http://ow.ly/2rRQd [...]

  2. Nadia

    Disons que ton anecdote montre bien la différence entre les rapports réels et les rapports sur les médias sociaux. Dans une foule, si tu dis à l’oreille de ton ami, « mon pénis me manque », il peut le répéter, mais les 1999 personnes autour n’auront pas nécessairement entendu et les mémères n’auront que sa parole pour en témoigner. Si tu l’écris sur Twitter, n’importe qui peut s’en saisir et a la preuve que tu as dit ça, même si c’est hors contexte et qu’il a oublié de préciser que la déclaration était faite un 1er avril.

    C’est comme la médisance, si je bitche mon employeur devant un café avec un ami, ça en restera probablement là et si un écornifleur rapporte mes propos, il devra prouver la véracité de ses dires. Si je dis sur Facebook « l’entreprise x est chiante et je me demande quand elle va enfin pogner son mur », il suffit d’une capture d’écran pour que je sois appeler dans le bureau de mon boss…

    Il est aussi fascinant de constater que sur Twitter les gens interagissent avec leur vedette préférée, alors que sur la rue ils oseraient à peine la saluer.

    Les modes de communications varient donc et les conséquences aussi.

  3. Don

    Cet article sur les blogs vs le «vrai» journalisme pourrait vous intéresser:
    http://www.journalmetro.com/paroles/article/607017–le-futile-orgueil-des-vrais-journalistes–page0

  4. Olivier

    Suivre et lire seulement de temps en temps ou ne pas suivre et lire indirectement via RT est à peu près la même chose, je ne pense pas que ce soit plus snob.

  5. Anonyme

    Bonjour Michelle,

    Lorsque je lis ton blogue (qui est excellent en passant), il y a des moments où j’ai l’impression que tu lis dans mes pensées…ou que tu anticipes mes questions! Lors d’une formation, cette semaine, durant une pose, je discutais réseaux sociaux avec un des participants. À un moment donné, tu es arrivée sur le sujet…(que veux-tu, c’est une autre conséquence de la popularité!) Nous nous demandions comment tu faisais pour suivre, répondre, et entretenir une conversation aussi personnel avec tout ce beau monde….Voilà que ce matin, tu y réponds..encore une fois avec tant d’intelligence et de Gros bon sens! Merci

  6. Etienne Chabot

    Michelle,
    Après près de 2 ans sur Twitter, je me suis apercu que le sujet de la réciprocité sur Twitter (et autres médias sociaux) est bien délicate et surtout bien personnelle.
    J’ai par ailleurs déjà eu une loooooogue discussion à ce sujet sur Twitter avec Sylvain Grand’Maison (@sgrandmaison)il y a un moment et je trouvais sa position au sujet de la réciprocité assez dure. Je me rapproche de sa position maintenant…

    J’aime beaucoup les précisions de Nadia au sujet de l’analogie que tu fais entre Twitter et un salle de spectacle.

    J’ai longtemps été un adepte de la réciprocité systématique sur Twitter mais, avec le temps, on dirait que ca s’est retourné contre moi… On dirait qu’en suivant systématiquement quiconque nous suit, on attire comme la peste les spammeurs et autres utilisateurs de Twitter qui y sont simplement pour bâtir une large audience. Je me suis retrouvé avec un compte bourré de pollution et ce malgré les outils de filtrage que j’essayais d’utiliser.

    Maintenant, j’ai changé mon fusil d’épaule. Je suis les gens avec qui j’ai un minimum d’intéraction (ils me RT, Ils ont été Retweeté par mes amis, me font un FF, me parlent directement, etc).

    Peut-être suis-je un Twittersnob aux yeux de certains mais dans le fond, je sais que je ne suis pas snob, je veux juste maximiser l’authencité de mes rapports sur Twitter. N’est-ce pas le but des médias sociaux en fin de compte: transparence et authenticité…

  7. Eric

    Oui, c’est intéressant ce point de vue positif sur la question.

    En fait, on discute beaucoup sur le nombre de followers, qui constitue une mesure de la notoriété (vraie ou fausse: souvent je me demande pourquoi certains me suivent; ils s’abonnent à un groupe et j’en fais partie, c’est tout).

    Mais le plus intéressant, c’est peut-être le nombre de followings. Et pour ceux qui ne sont ni des twit-snobs ni des twit-euh, comment on dit? _ donc, pour les intermédiaires, le nombre de following reste intermédiaire (quelques centaines) et une écoute est possible.
    Car le plus important, le plus intéressant, peut-être, c’est l’écoute. Ecouter ce qui se passe sur mon réseau d’informateurs twitter, c’est ce qui m’enthousiasme le plus.

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  11. vincent

    Ah cela faisait un moment que je n’étais pas venu te lire et j’ai fait le plein de ma besace entre conseils et émotions.

    Sur twitter il faut à mon sens en effet passé un certain cap commencer à se soucier un peu plus des personnes qui sont sur ta TL continuellement sans rien t’apporter.

    J’ai accepté de suivre une personne qui venait d’ouvrir son compte mais sans aucun tweet juste une bio d’intérêt sur la psychologie du travail. Je l’ai follow mais lui ai envoyé un tweet en lui disant que je continuerai a la suivre si elle twittait du contenu interessant , elle m’a répondu  » de même » !

    L’égo et le snobisme n’attendent pas le nombre de followers et j’aime ta métaphore, je préferai encore celle de la rivière, plus poétique :-)

    @vinceberthelot

  12. Nellie Brière aka Lada

    Je n’ai qu’une chose à dire:
    Utilisez les outils qui sont à votre disposition pour gérer vos relations !!!
    Personnellement j’utilise les listes dans Twitter et dans Facebook. Ainsi, je peux participer et m’immerger dans différentes communautés sans être submergée par le flot d’interactions de tout acabit.
    J’ai classé tous les membres de mon Facebook et de mon compte Twitter en fonction de mes intérêts et réseaux.
    Donc quand je veux parler musique, je suis les interactions des gens de cette communauté grâce à la liste appropriée (que j’ai constituée au fil du temps) et je peux même cibler mes interactions pour qu’elles ne soient visibles que par les membres de cette liste (dans Facebook).
    Dans Twitter le Hashtag permet des discussions en fonctions de certains intérêts ou sujets.
    Donc si je vais dans le #jeudiconfession… je m’attends à quelques choses d’un peu plus trash… Pour parler TV j’utilise le #cjdltv.
    C’est comme dans la vie. Si j’ai envie d’aller voir un spectacle de noise, je ne vais pas inviter ma grande tante ou ma DG (à moins qu’elle aime ça…)
    Si j’ai une discussion avec des maniaques de tricots, je ne vais pas leur casser les oreilles en leur parlant de CEO…
    Bref, ça permet de rester cohérent et à l’écoute malgré une montagne de followers… ;-)

  13. Avis à mes détracteurs, La conversation, c’est de jaser… • Michelle Blanc, M.Sc. commerce électronique. Marketing Internet, consultante, conférencière et auteure

    [...] on revient toujours avec quelques statuts Twitter choc, comme celui de ma vaginite, de ma blague d’un jeudi confession (sans mentionner que c’était une blague du 1ier avril), de mes recettes ou de mon chien. C’est gens là n’ont pas compris que comme dans la [...]