Ce soir j’angoisse ou les hauts et les bas de la vie d’entrepreneure

Les hauts et les bas de la vie d'entrepreneur

Ce billet a été écrit un lundi soir à minuit trente alors que j’avais de la difficulté à m’endormir…

J’ai eu la chance d’avoir une pratique exceptionnelle. J’avais de bons clients, je publiais, je faisais des conférences, j’étais médiatisée, j’ai reçu de très nombreux prix professionnels et honneurs. J’adorais partager mon expérience et mes connaissances. La vie allait rondement. J’ai bien eu des écueils. Mais somme toute, malgré tout ce qui est arrivé avec mon changement de sexe, la vie allait bien. Pour ajouter à ça, je suis en amour depuis 28 ans et j’habite un environnement de rêve. Je n’ai pas grand-chose à me plaindre.

Depuis des années je militais pour un plan numérique pour le Québec. Il me semblait que tout ce que notre gouvernement devait faire pour aider la population à prendre le virage numérique, la fameuse transformation numérique, n’était pas fait. J’ai pris mon bâton de pèlerin et l’ai crié et écrit sur tous les toits. Avec des collègues, j’ai, entre autres, co-publié le Rapport d’étonnement numérique. Je suis même allée faire la leçon à notre premier ministre d’alors lors de son Forum des idées. Mais rien ne bougeait. Par altruisme et par idéalisme sans doute, j’ai accepté d’aller en politique pour qu’enfin on y parle de numérique. Quelle mauvaise décision ça a été !

J’ai travaillé sur un plan numérique pour le Québec afin que, collectivement, on prenne le fameux virage. Mais j’ai fait la gaffe d’accepter de me présenter sur le Plateau Mont-Royal plutôt que dans mon patelin de Lanaudière. On me disait « Michelle tu seras au cœur des médias pour présenter ton plan »! « C’est l’endroit idéal pour toi »! Sauf que c’était dans le fief de Québec Solidaire, de l’extrême gauche, des wokes et des anarchistes. Avant même que je ne me sois officiellement présentée, déjà je me faisais déchirer publiquement par les médias de Montréal. J’étais « la candidate transsexuelle ».  Avant même la campagne, le PQ perdait trois conseillers et l’on titrait « le PQ en déroute ». Le Parti Libéral perdait 20 députés et ministres et l’on titrait « Le parti libéral se renouvelle ». Ça donne une idée de la couverture que j’allais avoir.

L’année suivant mon chiffre d’affaires déclina de 60%. Mes angoisses commencèrent. J’ai consulté un psychologue. J’en ai parlé à des amis et je me suis réinventée grâce au marketing de contenus. L’année suivante mon chiffre d’affaires remonta de plus belle.

Puis arriva la Covid. La fameuse Covid. Je suis loin d’être la seule à en avoir été affectée. J’habite toujours dans mon bois. Je mange mes trois repas par jour et j’ai bien de l’espace pour me dégourdir les jambes et respirer l’air pur. Mais mes clients aussi ont souffert. L’un après l’autre, ils coupent les budgets numériques et marketing. Même des potes consultants de hauts calibres me disent que tout est au « ralentit ». Les entreprises feraient de « l’attentisme », me dit l’un d’eux. Ils attendent!

Entretemps, les gouvernements ne parlent plus que de transformation numérique. Ils ont plein de programmes pour aider les entreprises, mais avec des « stagiaires ». Et ça, c’est en plus de la BDC qui fait aussi dans le « conseil numérique ». Mais avec leurs employés qui ne donneront le financement que si ce sont eux qui font le conseil. Pour la superbe annonce de $4milliards pour la transformation annoncée pour le Fédéral, je me suis inscrite en novembre dernier pour être considérée comme une conseillère aux entreprises. Après avoir téléphoné en mars pour savoir pourquoi je n’avais toujours pas de nouvelles, on me fit parvenir un courriel pour m’informer qu’ils sont débordés et que mon dossier n’est toujours pas analysé. Nous sommes maintenant en mai et pas plus de nouvelles.

Je me remonte le moral en me disant que « je suis dans une bonne ligne ». Le numérique n’est pas sur le point de s’arrêter. Par contre, c’est vrai que tout d’un coup, tout le monde est stratège web et spécialiste des médias sociaux. C’est vrai aussi que comme tout le monde est spécialiste, ils sont invités dans les médias pour en parler. Plusieurs disent n’importe quoi, mais bon, comme tout le monde connaît ça, personne ne se rend compte qu’il s’y dit des conneries. L’exemple de la couverture du récent achat de Twitter par Elon Musk en est un bon exemple. On parlera de son soi-disant profil politique, psychologique, voire psychiatrique, de ses frasques même, mais on ne dira pratiquement rien de la technologie, de sa place dans l’écosystème numérique et de ce qu’il veut en faire. On est dans la couverture « people » et à la recherche du scandale.

Étrange époque!

Je ne sais pas encore ce que l’avenir me réserve. Je prends un grand verre d’eau (contre l’avis de mon cardiologue qui me conseille de limiter mes liquides à 1.5 litre/jour), une grande respiration, une grande expiration, je parle à mes anges et me demande de m’inspirer pour la suite de mon parcours.

On dit souvent qu’il ne faut jamais regretter. Je ne regrette en rien d’avoir partagée les détails de ma transition et lors de mon trépas, je serai fière d’avoir sauvée des vies avec ça. Par contre, je regrette amèrement mon idéalisme politique. Je regrette d’avoir mis ma business sur pause avec l’espoir d’aider la société. Je regrette d’avoir cru que ma condition de transsexuelle ne serait pas un obstacle à une course politique. Montréal la fourbe et l’hypocrite n’osa jamais m’attaquer sur mon genre. Mais les détours de méchanceté gratuite sur tout le reste étaient scandaleux (j’ai parlé de ce genre de différence de couverture médiatique dans mon billet, Le biais montréalocentriste). Les gens du PQ n’avaient jamais vu ça. Ils avaient fait du monitorage de mes présences sociales et avaient peur qu’on ressorte mes prises de position anticarrées rouges. Mais jamais ils n’avaient songé que les journalistes puissent être si odieux. Paradoxalement, les régions soi-disant homophobes, racistes et avec tous les défauts du Québec profond, ont toujours été très ouvertes et respectueuses de mon expertise et de ma personne.

Oui je regrette. Oui j’ai été et je suis encore blessée. Mais j’ai beaucoup appris. Je suis fière de tout ce que j’ai fait. J’ai aussi beaucoup de reconnaissance pour toutes les belles rencontres que j’ai faites, pour cet environnement dans lequel je suis, pour la bonté que je vois encore chaque jour et pour la beauté de la nature qui m’entoure. J’ai toujours été une batailleuse et je le serai encore. JAMAIS je ne resterai à genoux. J’ai aussi pardonné à bien des gens. Je crois au pardon. J’ai vécu bien des insultes, du mépris et des trahisons. Mais je sais que celles-ci sont plus lourdes à porter pour ceux qui les infligent que pour ceux qui les reçoivent. La dignité est plus légère que la victimisation.

Je vous partage tout ça comme ça sort. La veuve d’un bon ami décédé dernièrement me disait qu’elle lui avait demandé pourquoi il partageait ses douleurs, sa mort qui approchait à grands pas et son agonie. Il lui avait répondu que c’est parce que ça pouvait aider, qu’il le pouvait et qu’il avait conseillé à Michelle Blanc de parler de sa transition alors qu’elle la vivait et qu’il se devait de faire de même. Je vous partage donc mes angoisses. Je sais ne pas être la seule. D’ailleurs la pratique de ma conjointe psychologue, explose. Elle a même dû arrêter ses listes d’attentes ayant trop de clients. Au moins, l’une des deux du couple a une pratique florissante.

Alors dites-vous que même Michelle Blanc, qui semble rouler sur l’or, avec une liste d’anciens clients incluant des fleurons de l’industrie du Québec et une myriade de PME, peut elle aussi angoisser pour sa business. Il est important d’être positive et de voir le beau côté des choses. Mais il est tout aussi important d’être vraie et de dire que des fois, c’est «tough » en tabarnak…

Merci au gouvernement pour le Prêt de $60 000 aux PMEs. Je vous confirme qu’il est vraiment utile…

Je travaille présentement sur des mandats passionnants avec des organisations que j’aime. Je n’ai pas l’agenda complet que j’ai déjà eu, mais ce n’est pas le vide. Je songe aussi à devenir professeure d’université ou de CEGEP, tout en continuant de faire des mandats et des conférences. Des sommités académiques me fournissent de références impeccables. J’ai toujours cette passion du partage et je verrai ce qu’il adviendra. Mais entretemps, déjà je respire mieux de vous avoir écrit tout ça. Je sais aussi que bien des petits entrepreneurs se reconnaîtront dans ces angoisses inévitables de notre époque. Je vous embrasse tous…

Une histoire inspirante! Des fois la nécessité est la mère de la transformation.

Pizza Salsiccia de Waldo Peppers

Je vais sortir un peu du numérique pour vous parler d’une belle histoire d’adaptation et de résilience aux aléas de la vie. Il s’agit de l’histoire de Waldo Peppers de Rawdon. Cybelle Major et Waldo Delay avaient de bons emplois avant la pandémie. Madame était organisatrice d’événement et monsieur, pilote de ligne Montréal/Rome. À cause de la covid, ils perdirent tous deux leurs emplois. Avec une maison à payer et quatre enfants à habiller et à nourrir, baisser les bras n’était pas une option. Ils se sont donc réinventés.

Comme ils le disent sur leur page Facebook :

La pizza Waldo Peppers est le fruit d’un amour de l’aviation et la rencontre de personnes extraordinaires. Son histoire débute lors de visites occasionnelles d’un petit restaurant de Rome tout près du Vatican. Le propriétaire du restaurant ainsi que son chef cuisinier, tous deux pizzaiuolo de plusieurs générations, devinrent de véritables amis. Ils me partagèrent leurs recettes et techniques par le simple désire de transmettre leur passion. Ils m’accueillirent à bras ouverts, tels un membre de leur propre famille, et m’accordèrent le privilège de partager leur cuisine. Donc, aussitôt atterri après un long vol tapisser d’un ciel étoilé, je me dirigeais vers ce petit coin de paradis pour apprendre l’art de la pizza napolitaine.
Waldo Peppers est une entreprise familiale qui offre un service de traiteur en pizza napolitaine. Nous voulons vous partager ce petit goût traditionnel et authentique qui nous espérerons, vous fera voyager tout droit au cœur de l’Italie.

Ils ont transformé leur salon en cuisine, acheté un four directement de Rome, un plan de travail et les frigidaires et ont commencé la production. C’est l’une des meilleures pizzas que j’ai mangées de ma vie et ma préférée est la Salsiccia extra cotto (jambon italien maigre). Pour les clients qui habitent les environs de Rawdon, ils suggèrent l’option pizza cuite à 70%, que nous pourrons terminer de cuire une fois rendus à la maison. C’est un vif succès commercial à Rawdon et une fois la pandémie terminer, ils songent à ouvrir un restaurant avec des places assises.

“Le malheur n’est jamais pur, pas plus que le bonheur. Un mot permet d’organiser une autre manière de comprendre le mystère de ceux qui s’en sont sortis : la résilience, qui désigne la capacité à réussir, à vivre, à se développer en dépit d’adversité.”

Boris Cyrulnik

Les médias sociaux c’est aussi pour prendre le temps de vivre et de dire adieu

L’une des personnes les plus brillantes et créatives que je connaisse, documente son cancer et sa mort prochaine sur Facebook. C’est l’un des plus grands conférenciers qu’il m’est arrivé d’écouter. Il a été largement plébiscité dans le domaine publicitaire québécois et depuis quelques années, il transmettait sa passion à de jeunes étudiants. Comme il ne lui reste que peu de temps à vivre, vous comprendrez que je ne partage pas sa page Facebook, afin de lui permettre de se concentrer sur sa famille et ses amis, le temps qu’il lui reste.

J’ai souvent parlé des effets catharsis positifs de parler de drames, de son drame sur les médias sociaux. Les grandes questions sociétales et existentielles sont des éléments qui nous rassemblent et nous unissent. Mais tous n’ont pas le courage d’y faire face et encore moins d’en discuter. Pourtant la maladie, les échecs, les drames humains et la mort, de même que l’amour, la naissance, la réussite et la joie sont des réalités universelles. La pudeur est certainement une qualité qu’il faut valoriser. Mais le partage au-delà de sa pudeur a le bénéfice de faire cheminer les autres. Il permet aussi à son auteur de recevoir la rétroaction émotive des lecteurs, qui lui fera le plus grand bien. J’écrivais dans mon billet De l’utilité du blogue comme outil de catharsis :

(…) j’en arrive à supporter l’hypothèse émise par l’un de mes lecteurs, que le blogue, dans certaines circonstances (dont l’authenticité), peut servir d’outil cathartique pour le lecteur et thérapeutique, pour l’auteur.

Ainsi, mon ami Martin a depuis des mois, documenté publiquement ses douleurs, ses joies, ses questionnements et plus récemment, le pronostic qui ne lui donne que quelques mois à vivre. Il le fait avec lucidité et bienveillance. Il continue son cheminement pédagogique en offrant une fenêtre sincère sur ce qui nous attend tous. L’une des fiertés de mon propre cheminement est d’avoir fait mon coming-out et d’ainsi, avoir sauvé des vies. Mon pote Martin en parlant ouvertement avec tant de pertinence et sérénité de sa mort prochaine, pourra certainement permettre à d’autres d’entrevoir leur propre trépas avec moins d’appréhension…

La naissance est une mort de l’au-delà et la mort, une naissance de l’au-delà.

MERCI Martin de m’avoir tant éclairé, de m’avoir fait rire, d’avoir été un rebelle positif, d’avoir été baveux, d’avoir soulevé et joué avec les paradoxes, d’avoir fait avancer la publicité, d’avoir été vrai, tout le temps et de m’avoir accepté comme j’étais. Tu auras été l’une des personnes marquantes de ma vie. Je ne te l’aurai jamais assez dit…

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Une leçon de vie, à l’article de la mort

Florilège de la diversité des questions pour lesquelles j’ai eu des mandats ou les problèmes que je règle avec mon expertise

Lors de mes études de maîtrise en commerce électronique à HEC Montréal, notre formation se faisait dans les trois grandes écoles que sont HEC Montréal, le DIRO (Département d’informatique et recherche opérationnelle) et la faculté de droit de l’UdeM. Chacun de nos cours, que ce soit, l’analyse stratégique, le marketing, l’économie, le droit des technologies, le développement logiciel ou autre, était strictement dirigé vers le web, le numérique ou le commerce en ligne. Mon mémoire était d’ailleurs sur le développement logiciel. L’idée des créateurs de cette maîtrise était donc de développer une vision multidisciplinaire des enjeux numériques, chez chacun des futurs diplômés. Ajoutez à ça près de 20 ans de consultation dans une grande variété de secteurs économiques et de grosseurs d’entreprises et vous avez un florilège particulièrement riche d’apprentissages, d’observation et d’expérience acquise par une seule personne. C’est pourquoi il m’est toujours difficile d’expliquer aux gens ce que je fais exactement. La variété est si large et tout à fait complémentaire à la fois, qu’elle pourrait se résumer à: du conseil et des conférences de gestion du web, des stratégies internet, du marketing et du commerce en ligne. Mais même cette définition est très réductrice. C’est pourquoi je vous présente ici quelques-unes des très nombreuses questions auxquelles j’ai répondu dans ma pratique.

-Comment puis-je vendre en ligne?
-Quelle technologie dois-je utiliser pour vendre en ligne?
-Quelle technologie dois-je utiliser pour faire mon site web?
-Comment mon modèle d’affaires va-t-il changer à cause du Web?
-Comment augmenter mes revenus en ligne?
-Qu’est-ce que le web sémantique?
-Je veux développer une nouvelle technologie de facturation complexe, comment dois-je faire?
-Quelqu’un de notre organisation s’est fait accuser en ligne de harcèlement sexuel. Comment devons-nous gérer ça?
-Comment une municipalité devrait-elle être en ligne?
-Que devrais faire mon hôtel, restaurant, compagnie aérienne, association touristique en ligne?
-Quels sont les réussites et les échecs de votation électronique dans le monde et comment pourrions-nous développer ça?
-Devrais-je développer une application mobile?
-Comment faire le marketing de mon application sur Google App Store et l’App Store?
-Je n’aime pas vraiment écrire, comment trouvé quelqu’un qui le fera pour moi?
-J’aimerais me présente aux élections. Que dois-je faire ne ligne?
-Quelle stratégie numérique mon parti devrait mettre en place?
-Quels sont les mots-clés importants pour mon entreprise? En mettre quelques-uns sur mon site web est-ce suffisant pour que je sorte en première position sur Google?
-Que dois-je inclure dans mon appel d’offres pour trouver un fournisseur web?
-Quelle fonctionnalité dois-je considérer pour mon prochain site web?
-Qu’est-ce que le marketing de contenus et comment dois-je m’y prendre?
-Comment les municipalités et les élus politiques peuvent-ils gérer des crises sur les médias sociaux?
-Comment les forces de l’ordre peuvent-elles utiliser les médias sociaux dans un processus d’enquête ou pour dialoguer avec la population?
-Comment les médias sociaux peuvent-ils être utiles en psychiatrie ?
-Comment puis-je augmenter le nombre d’abonnés de ma page Facebook?
-Qu’est-ce qu’une ligne éditoriale et comment en faire une?
-Comment le BI peut-il être utile pour les médias sociaux?
-Comment peut-on utiliser le blogue comme intranet?
-Quels sont les profils sociodémographiques des usagers médias sociaux?
-Comment écrire pour le web?
-Comment les médias sociaux affectent-ils les médias traditionnels?
-Qui doit s’occuper de ma page Facebook dans mon organisation?
-Comment recruter en ligne?
-Est-ce que les médias sociaux peuvent avoir une utilité dans le secteur de l’assurance et des services financiers?
Qu’est-ce que le référencement et combien ça coûte?
-Est-ce une bonne idée d’acheter de la pub sur Facebook?
-Est-ce important d’être sur Google mon entreprise et si oui, que doit-on y faire?
-Qu’est-ce que mon organisation doit faire en ligne si nous n’avons rien à vendre?
-Je me fais harceler/menacer en ligne, comment faire une plainte et faire condamner mon agresseur?
-Pouvez-vous parler de mon entreprise sur les médias sociaux et combien ça coûte?
-Comment faire un sondage auprès de nos clients?
-Comment faire une politique éditoriale des médias sociaux?
-Sur quels médias sociaux devrais=je mettre mes efforts?
-Quels sont les risques de sécurité de mes présences web?
-Comment devenir meilleur que mon compétiteur en ligne?
-Je ne comprends rien à Twitter et il n’y a pas tant de monde que ça, pourquoi devrais-je y être?
-Que devrais-je vendre en ligne?
-Pourquoi dois-je avoir une politique de vie privée?
-Les infolettres est-ce encore pertinent?
-Pourquoi et comment faire un blogue d’affaires?
-Qu’est-ce qu’il peut bien y avoir de positif avec les gens qui critiquent mon entreprise en ligne?
– Tout le monde parle de vidéo alors pourquoi devrais-je faire un site Web?
-Si je suis sur Facebook, ai-je besoin d’avoir une autre présence web?
-Comment se fait l’acquisition de client sur le Web?
-Est-ce possible de publier sur votre blogue?
-Pourquoi la fibre optique est-elle importante au niveau économique?
-Comment les coups durs peuvent-ils être source d’innovation?
-Pourquoi mettez-vous des photos de votre chien sur les médias sociaux?
-On diffame mon entreprise en ligne, que dois-je faire?
-J’ai déjà payé $50 000 pour ma présence web et le téléphone ne sonne pas, pourquoi?
-Quelqu’un peut me faire mon site web pour $10 000 incluant mon référencement. Est-ce une bonne affaire?
-Comment peut-on faire des relations publiques en ligne?
-Qu’est-ce que la cyberagression sexuelle?
-Comment gérer les commentaires sur Facebook et ailleurs?
-Comment la géolocalisation peut-elle être bénéfique pour mon organisation?
-J’aimerais faire du marketing aux influenceurs. Pouvez-vous m’aider?
-Comment vendre l’importance des médias sociaux à mon président?
-De quoi devrait-on parler sur les médias sociaux?
-Comment faire une politique d’utilisation du web et des médias sociaux pour les employés?
-Comment le web et les médias sociaux peuvent-ils nuire ou être efficaces en situation de conflit de travail?
-Qu’est-ce que la veille et quels sont les types de veilles que mon organisation devrais faire?
-Comment mesurer l’impact de mes publicités sur le web?
-Comment rejoindre les jeunes en ligne?
– Mes vidéos YouTube n’ont presque pas de vue, que faire?
-Quelles sont les notions d’économie numérique qui sont importantes pour mon organisation?
– Le marketing de contenus est-ce pour le B2C ou le B2B?
-Qu’est-ce que le « social »?
-Que pensez-vous des répertoires et de l’achat local?
-Quelle est la différence entre le marketing des médias sociaux et le marketing de contenus?
-Quels sont les types de mots-clés que vous devez rechercher dans une stratégie de référencement?
-Comment le secteur des résidences pour personnes âgées doit-il utiliser le web et les médias sociaux?
-Dois-je investir dans le remarketing et le retargeting?
-J’ai l’impression que ma publicité numérique n’attire que des robots, suis-je parano?
-Comment vendre en ligne dans un contexte B2B
-Je suis victime de sextorsion. Que puis-je faire?

Selon les wokes, je serais une mauvaise trans

Il y a quelques semaines, j’ai accepté d’être interviewé par deux jeunes étudiantes en communication de l’UQAM à propos de ma transidentité. Elles me demandaient s’il y avait une différence entre les jeunes et les vieilles trans. Il y avait un sous-entendu évident. J’étais surprise de la question. Je me rappelle aussi une communication Messenger avec une trans qui me disait avoir tout perdu depuis sa transition et vouloir poursuivre son ex-employeur qui serait responsable de sa déchéance économique et sociale. Enfin, lors de la dernière élection provinciale, j’étais ciblée par de jeunes activistes trans comme l’exemple parfait de la mauvaise trans parce que j’étais prolaïcité (qui valoriserait l’islamophobie), contre les « safe space » et que je trouve ridicule et que je ne partage pas l’idéologie Woke qui elle défendrait la cause des trans.

J’ai aussi déjà été sur le Conseil d’Administration du Conseil Québécois LGBT que j’ai quitté parce qu’à mon avis, il était trop de gauches et que la promotion de l’idée de « minorité marginalisée » et de combat pour la reconnaissance de l’intersectionnalité, de l’écriture inclusive et de Montréal territoire Mohawk non cédé étaient des concepts que je trouvais burlesques et auxquels je ne voulais pas être associée.

Je suis certainement membre d’une minorité. J’ai aussi subi de la discrimination et même de la haine. J’ai d’ailleurs déposé 4 dossiers de plaintes criminelles dont trois se sont soldées par des accusations et des verdicts de culpabilité dont le dernier a eu une sentence de 6 mois de prison. Mais contrairement à l’idéologie Woke, je ne suis pas une victime. Je refuse de l’être. D’ailleurs si on me regarde de travers, j’ai appris à ne pas sauter aux conclusions. Ce n’est probablement pas à cause de ma transidentité. C’est peut-être pour une toute autre raison. Je ne le prends pas personnel. Je laisse la possibilité du doute. Des fois il est clair que des gens sont transphobes. Mais lorsque c’est le cas, ce n’est certainement pas de ma faute et je ne me victimiserai pas des bibittes mentales d’un autre individu. D’ailleurs, tant qu’à y être, mon défunt père était un orphelin de Duplessis. Il a été agressé sexuellement en très bas âge et à répétition. Lorsque des parents venaient pour adopter un enfant, les bonnes sœurs et les curés le cachaient pour ne pas qu’il soit adopté. Il était beau et ils ne voulaient pas perdre leur jouet sexuel. Plus tard, comme plusieurs enfants de Duplessis, il a été placé en institution psychiatrique et a dû coucher avec son psychiatre pour pouvoir être libéré. Pourtant, je ne suis pas en guerre à finir avec l’église ou les psychiatres. Je ne prétends pas souffrir des affres indicibles que mon père a vécues et je ne porte pas ça comme un étendard de tourment à trainer publiquement pour faire valoir une injustice dont je serais victime par association. D’ailleurs, certains remontent même aux tourments de plusieurs générations précédentes pour se draper dans le linceul de la souffrance éternelle et demander une réparation sociétale pour ce que leurs lointains ancêtres auraient vécu.

Être victime est certainement une question de faits, mais aussi de disposition mentale. Personnellement j’ai préféré m’inspirer des trans qui ont réussi leurs vies plutôt que de me tourner vers celles qui ont vécu la déchéance. L’idée même de cette déchéance m‘a traversé l’esprit. Je disais à l’un de mes potes, lorsque j’étais en processus de diagnostic de dysphorie d’identité de genre, que ma vie serait finie. Je me suis ressaisie et j’ai lu les bios sur le site Transsexual Woman successes, j’ai participé à des groupes de discussion, j’ai été inspiré par Marie-Marcelle Godbout (la mère Téresa des trans) qui a réussi sa vie et j’ai décidé que je réussirais la mienne. J’ai aussi gardé à l’esprit ce que m’avait dit mon médecin de famille : vous savez, il y a moyen de vivre une vie marginale heureuse! Lorsque j’ai eu des menaces de mort, j’ai décidé de développer une expertise en cybercriminalité. J’ai monté les dossiers d’enquête et les ai présentés à la police, puis j’ai été payé pour faire des conférences sur le sujet et transférer mes connaissances aux corps de police. J’ai même été mandaté pour faire une étude sur la cyberagression sexuelle au Canada. J’ai donc « profité » de « mes malheurs » pour innover, développer une nouvelle expertise, faire du fric avec ça et faire condamner mes agresseurs.

L’ironie de l’histoire est que j’ai même développé une conférence sur comment la diversité et les embûches sont une source d’innovation. Cette conférence a été déjà donnée à TedX Montpellier (en France), à Desjardins, aux employés mondiaux d’Expedia via téléconférence et sera encore présentée l’automne prochain.

L’idéologie Woke est une idéologie de la victimisation de sa propre personne et de la culpabilisation des autres. Ces mécanismes sont malsains pour l’individu et pour la société. La gradation de la souffrance justifiée par son ADN, l’histoire de sa famille, la couleur de sa peau ou de sa religion, ethnicité, orientation ou identité est une escroquerie. Qu’on soit né où que ce soit ou de qui que ce soit dans quelques conditions que ce soit, apportera toujours son lot de souffrance, de rejet, d’insultes et de mépris. Bien certainement que nous ne naissons pas tous égaux et que des gens souffriront énormément plus que d’autres. Là n’est pas la question. La question est plutôt de savoir comment nous réagirons aux aléas de la vie, comment nous nous adapterons, comment nous combattrons positivement les injustices et comment nous pourrons être heureux dans un monde qui est loin d’être parfait. Entre un Martin Luther king et un Malcom X, bien que tous deux aient lutté contre la discrimination, je préfèrerai toujours être un Martin Luther King. Et entre un Will Prosper qui dit lutter contre le racisme en traitant Maka Koto de nègre de service et en accusant tous les Québécois d’être des racistes, je préfèrerai de loin être un Maka Koto qui s’est fait plusieurs fois élire par ces mêmes Québécois qu’on dit raciste et qui a passé sa vie à lutter contre le racisme par son exemple de contribution positive à cette société qu’on dit raciste.

Un de mes meilleurs amis est le petit-fils du grand Léopold Senghor, père de la négritude. Il se disait fier de sa différence, il la portait fièrement et il changeait le monde par son intelligence

« La négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture1. »

Je parlerai donc de « transsitude ». Je n’ai pas choisi d’être trans. Je n’ai pas choisi de vivre le mépris que certains font aux gens de ma condition. Mais ce n’est pas la faute des autres si je suis ce que je suis et je ne vivrai pas dans la complainte et les accusations éternelles. Même à genoux, je me tiendrai debout et fière. Je pleurerai mes souffrances le temps qu’il faudra puis je combattrai vaillamment les montagnes auxquelles je fais face. Par mon exemple positif, je changerai peut-être la vision de gens pour qui une trans, un noir, une lesbienne, un autochtone ou un handicapé ne sont que des gens différents qui méritent le mépris. Ils verront peut être un humain fier et articulé qui fait sa vie au-delà des préjugés et des idéologies qui voulaient le classer comme un perdant, une victime ou un moins que l’autre…


Discussion avec une étudiante à propos de l’intersectionnalité

Hier, dans ma messagerie LinkedIn, j’ai reçu ce message. Vous trouverez ma réponse et ma prise de position par rapport au sujet de l’intersectionnalité. Mais juste avant, pour ceux qui ne sont pas familiers avec ce concept, en voici une définition et une critique (dans Wikipedia)

Définition :

L’intersectionnalité (de l’anglais intersectionality) ou intersectionnalisme est une notion employée en sociologie et en réflexion politique, qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de stratification, domination ou de discrimination dans une société.

Le terme a été proposé par l’universitaire afroféministe américaine Kimberlé Williams Crenshaw en 19891 pour parler spécifiquement de l’intersection entre le sexisme et le racisme subi par les femmes afro-américaines, les conséquences en matière de pouvoir, et expliquer pourquoi ces femmes n’étaient pas prises en compte dans les discours féministes de l’époque2. Le sens du terme a depuis été élargi, dans les années 2010, avec la montée du cybermilitantisme et englobe désormais toutes les formes de discriminations qui peuvent s’entrecroiser.

Critique :

La notion fait l’objet de critiques de la part d’universitaires et d’essayistes qui lui reprochent, en particulier, de brouiller la distinction entre analyse scientifique et engagement politique.

Le politologue Laurent Bouvet, cofondateur du Printemps républicain, estime ainsi que « ce concept est utilisé, aujourd’hui, en France, essentiellement pour rendre acceptables – tout particulièrement à gauche – les revendications identitaires et culturalistes de minorités en les assimilant à des luttes sociales menées au nom de l’égalité21. »
Karan Mersch, du Comité Laïcité République, considère que ce qui pose un problème dans l’intersectionnalité, c’est « l’introduction d’une hiérarchisation dans les modèles de lutte22. »

D’après Caroline Fourest, alors que certains l’utilisent comme synonyme à la convergence des luttes, pour d’autres, « l’intersectionnalité relève d’une vision américanisée et ghettoïsée » qui aboutit à opposer le féminisme dit « noir » au féminisme dit « blanc » et donc jugé « bourgeois »23.

Fatiha Agag-Boudjahlat juge que l’intersectionnalité, « concept utile quand il est étudié par des spécialistes », se manifeste également comme un courant de pensée politique qui « prétend faire reconnaître le cumul de discriminations (femme et noire par exemple) » mais n’en fonctionne pas moins « comme une intersection routière : il y a toujours une priorité et un « cédez le passage ». Avec l’intersectionnalité, ce sont toujours les femmes qui cèdent le passage aux intérêts du groupe ethnique et religieux auquel on les assigne. » En se conformant au « culturalisme, qui consiste à défendre des droits différents en fonction de la couleur et de la culture des femmes, en fait leur ethnie et leur religion », l’intersectionnalité phagocyte le féminisme et détourne celui-ci de son objectif d’émancipation individuelle et collective de toutes les femmes, selon l’essayiste24.

La discussion (les noms, lieux et dates ont été caviardés pour respecter la confidentialité des parties).

Bonjour Mme Blanc,

Je m’appelle (XXXXX) et je suis étudiante à (XXXX). J’occupe le poste de VP Logistique au sein du comité (XXXX).: Leadership pour elles pour l’année 2020-2021. Je vous contacte pour vous faire part de notre ambition de proposer à la communauté étudiante un panel qui aura pour but d’entamer la discussion sur l’intersectionnalité. (XXXX). organise un événement le (XXXX). 2021, en collaboration avec les comités (XXXX). et (XXXX)., qui a pour but d’entamer une discussion sur le féminisme intersectionnel. Les détails concernant le déroulement et les descriptions des comités participants ainsi que le rôle des panelistes se trouvent dans le document de présentation de l’événement que je vous enverrai en pièce jointe dans un prochain message. Ainsi, ce serait un réel plaisir de vous compter parmi les (XXXX) panélistes de notre évènement. Nous avons découvert votre profil via l’article de HuffPost Québec “10 personnalités québécoises LGBTQ qui nous rendent fiers d’être inclusifs”. Votre parcours en tant que femme d’affaires et conférencière ainsi que votre expérience personnelle nous semblent inspirants et contribuera certainement à enrichir la conversation. Nous pourrons discuter davantage des modalités techniques de l’organisation de l’évènement si cela vous intéresse. Vous pouvez aussi me joindre facilement par courriel ou par téléphone au numéro ci-bas si vous avez quelconque question ou désirez davantage d’informations sur le sujet. Je vous remercie de votre considération, (XXXX).
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Michelle Blanc M.Sc. a envoyé le message suivant à 15:56
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Michelle Blanc M.Sc. 15:56

Ça me ferait grand plaisir de participer à votre panel mais il y a un bogue pour moi. Je pense que “l’intersectionnalité” c’est de la merde. J’abhorre le “wokisme” la “cancell culture” et “l’intersectionnalité” qui est une de leurs déclinaisons. Cette idéologie de “la gradation de la souffrance” est ridicule et ne sert qu’à envenimer les interrelations et l’inclusion. j’ai toujours été plus “Martin Luther-King” que “Malcolm X” disons. J’écrivais récemment sur mes médias sociaux “Le paradoxe de l’idéologie cancell et call-out culture est de valoriser la victimisation à outrance, liée à des événements hypothétiques ou même, remontant a des centaines d’années, tout en accusant des gens et des organisations qui deviennent de réelles victimes maintenant… ” et j’écrivais aussi dernièrement “Ce n’est pas de votre faute si je suis trans. JAMAIS je ne vous rendrais coupable de mon état et vous culpabiliserez d’être “cisgenre”. L’acceptation viendra de l’exemple positif. Pas des accusations, du wokisme, de l’invention de nouveaux prénoms ou des “safe space” …” Si ma position vous va, ça me fera plaisir. Sinon, c’est ça qui est ça…

MAJ
Voici la réponse de l’étudiante

Bonjour à vous,

Je comprends parfaitement votre bogue à ce niveau. En fait, nous sommes très ouvertes à en apprendre plus, nous nous avançons en terrain peu connu nous-mêmes car dans ses premières années d’existence notre comité était davantage concentré sur la diversité de genre. Nous voulons être plus inclusif et donc proposer des événements qui mettent de l’avant la diversité à un sens plus large, mais c’est un premier pas. Nous aimerions justement être nous-mêmes mieux éduquées en ce sens. Serait-ce possible vous pensez d’organiser un appel pour qu’on s’assure d’être sur la même page en matière de vision et de direction pour cet événement? Notre objectif est de discuter de l’émancipation individuelle et collective de toutes les femmes, tel que c’est mentionné dans la critique de l’intersectionnalité mentionné sur votre billet ci-haut, et de mettre de l’avant l’inclusivité et l’importance de la diversité!

Michelle Blanc M.Sc. a envoyé le message suivant à 11:22
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Michelle Blanc M.Sc. 11:22

oui tout à fait et je suis ravie de votre réponse. je vous téléphone

Les singeries de Patrick Lagacé

Je connais Patrick Lagacé depuis 15 ans. Il était venu sur le tard à écrire des billets de blogue (en 2005) et participait aux défuntes rencontres Yulblog qui rassemblaient les blogueurs autour d’un verre. On se saluait de loin, ne faisant pas partie du même cercle. Puis nous avons été bénévoles ensemble pour les étudiants qui se préparaient « Aux jeux de la communication ». Enfin, en 2008, je faisais mon coming-out de transsexuelle. C’est alors que monsieur Lagacé me contacta pour faire un papier sur mon histoire. J’étais vraiment très réticente à cette idée puisque j’avais toujours eu le contrôle de ma communication et je ne voulais pas qu’on déforme mes propos. Mais j’acceptai avec la condition que je puisse autoriser certains passages qui pourraient être sensibles. Patrick Lagacé refusa que je relise son texte avant publication, mais il accepta de me lire au téléphone certains passages que j’aurais pu trouver délicats avant publication, ce qu’il fit. Cependant, il ne me lut jamais un certain passage. Dans son article, question d’ajouter du poids à ma virilité préchangement de sexe, il écrivit que j’avais les dents croches à force de m’avoir battue. C’était un détail complètement faux. Je ne lui avais jamais dit ça et j’avais les dents croches parce qu’il me manquait trop de molaires et que mes dents se déplaçaient. Mais ça faisait bien dans son histoire.

Monsieur Lagacé est un gars brillant. Il a la plume et la verve incisives. Il a le jugement facile aussi. Il est chroniqueur et non pas journaliste. Sa job est de fournir une opinion et il est normal que son opinion soit subjective. Cependant, on s’attend tout de même à ce qu’il discute de faits, pas qu’ils les inventent et pas qu’il se servent de ses très nombreuses tribunes, dans les journaux, à la radio et à la télévision pour détruire des réputations, régler ses comptes ou démoniser des gens. On s’attend aussi à ce qu’il ait une certaine rigueur et l’humilité de reconnaître des erreurs qui peuvent inévitablement survenir à toute personne normalement constituée. C’est d’ailleurs arrivé quelquefois à Foglia qui reconnaissait avoir été trop loin. Nous sommes tous humains. Mais monsieur Lagacé semble au-dessus de tout ça.

Toujours est-il qu’il y a deux ans, je me présentais en politique. Avant même que je ne sois officiellement candidate, Patrick Lagacé disait sur toutes les tribunes que je ne devrais pas être candidate parce que j’étais une sorte d’écervelée qui écrivait n’importe quoi sur Twitter. Pour prouver son opinion, il reprenait certains de mes statuts Twitter hors contexte et les présentait comme s’ils étaient la norme de ce que j’écris tous les jours. Il ajoutait de surcroit qu’il me connaissait bien et que ça faisait des années que je faisais des « singeries » sur le Web. Avec une agressivité peu commune, il détruisait mon image avant la campagne électorale, durant et après. J’aurais été la pire gaffe du PQ. Ainsi, il donna le ton aux journalistes qui ne cessèrent de m’accabler tout au long de cette campagne.

Il disait :

Mais qu’est-ce qui a occulté cette journée et fait perdre du jus de cerveau et de l’espace médiatique à son chef ?

Une péquiste.

Une péquiste et ses singeries.

Michelle Blanc, la candidate dans Mercier (Montréal).

Pif, paf, pouf, la vie numérique de Michelle Blanc a toujours été très divertissante : ici, une déclaration-choc sur l’islam ; là, un tweet ponctué de grossièretés et de jurons d’église à propos de tout et de rien (bien souvent de rien), sans oublier une menace de poursuite contre un chroniqueur et une confession sur sa première vaginite.

(…)
Sauf que la vie numérique de Michelle Blanc est bien sûr devenue un coffre aux trésors qui recèle des peaux de bananes grosses comme la toile du Stade, une fois qu’elle est devenue « Michelle Blanc, candidate ».

Une citoyenne privée peut bien assimiler la vue d’un hijab à la lapidation des homosexuels, ça n’engage que sa personne, même si c’est légèrement réducteur. Elle peut sacrer comme une cochère et comparer l’électeur à « un dumpling qu’il faut fourrer » (2014), elle a le droit, à l’époque, ça n’engageait qu’elle…

Une fois candidate, c’est une autre histoire.

Or, après la campagne, j’écrivis en privé à Patrick Lagacé. Voici l’échange de nos discussions.

Or, comme il le mentionne, « On verra si j’ai plus de mal à expliquer ces tweets que tu en as eu à expliquer les tiens ». Or, je ne pouvais pas expliquer mes tweets. J’étais en campagne électorale et j’avais reçu le mot d’ordre de laisser mon chef prendre le micro pour me défendre. Il ne fallait pas faire dévier la campagne. Je me suis d’ailleurs expliqué un an plus tard dans mon billet Pour pouvoir marcher la tête haute de nouveau, stop au #lynchagepublic. Dans ce billet, je reprenais certains tweets hors contexte de journalistes, pour faire la démonstration qu’il est ridicule de juger du corpus entier d’un compte twitter, sur quelques bribes de son corpus. Je n’identifiais personne justement parce que je ne voulais cibler personne. L’un de ces journalistes reconnut un de ces tweets et m’invita aussitôt à une entrevue pour discuter de ça. Ce journaliste était Dutrizac. Il avait eu l’honnêteté de reconnaître le ridicule du processus. Son entrevue est ici. Or, plusieurs des « singeries de journalistes » qui sont dans cet exercice sont celles de Patrick Lagacé qui a toutes les tribunes pour expliquer ses tweets. Je lui offre donc la possibilité de le faire une fois pour toutes et de justifier ses utilisations des mots « nègres », « fif », « stie de neg » et autres. Le « politically correct », la « cancell culture » et la « call-out culture » sont des aberrations. Il arrive à tout le monde d’en échapper une ou tout simplement, d’être plus incisif. Mais ces soi-disant « singeries » ne devraient jamais définir une personne, sauf si par de vicieuses manigances, on décide de crucifier quelqu’un. Cette démonstration n’a qu’un objectif. Celui d’insuffler un peu d’humilité à monsieur Lagacé afin qu’il puisse peut-être un jour, reconnaître qu’il est loin d’être parfait, que personne ne l’est et qu’il est démagogique de détruire des gens pour des bribes de contenus tout comme il le serait de prendre une phrase d’un livre et de prétendre que cette phrase représenterait le livre en entier et pire encore, l’auteur lui-même…

Voici ici quelques tweets choisis, sur plusieurs dizaines que j’ai en archive.

Notez aussi que le nombre de captures d’écrans ici-bas n’est qu’indicatif de la récurrence de ce que monsieur Lagacé nomme lui-même des « singeries », dans ces propres contenus. Je vous ferai observer que les dizaines de contenus « colorés » de monsieur Lagacé ne représentent en rien l’ensemble de son corpus. C’est même l’exception. De tenter de faire croire que c’est la norme relèverait de la malhonnêteté intellectuelle et de la fourberie…

 








Après la Covid-19 et la possibilité d’une 2e vague, les chambres de commerce doivent aussi se réinventer

Je suis sur le CA de plusieurs Chambres de Commerce et j’ai et ai eu plusieurs d’entre-elles comme client. Comme pour pratiquement tous les secteurs économiques, les chambres de commerce doivent aussi se réinventer. Traditionnellement, les chambres sont le lieu de prédilection pour le réseautage d’affaires. Étant donné les règles de distanciation sociale, les activités de réseautage en ont grandement souffert. Ce sont d’ailleurs des sources importantes de revenus pour ces chambres. Mais une chambre de commerce, c’est beaucoup plus que ça. C’est aussi une importante voix de représentation politique et économique auprès des instances politiques locales, un outil de réflexion économique et sociale et de partage des connaissances, un hub de partage de nombreux services aux entreprises, un acteur majeur de développement commercial et une identité collective locale ou sectorielle.

 

Plusieurs chambres de commerce, tout comme les entreprises, trouvent la période que nous vivons extrêmement difficile. Toutes, ne jouissent pas de la même diversité des sources de financements et en fonction de la spécificité de chacune d’elles, elles ont aussi des compétiteurs institutionnels qui peuvent être à la fois des partenaires et des compétiteurs. Si nous ne songeons qu’au développement commercial, certaines MRC, municipalités et SADC sont des compétiteurs directs de ces chambres. Dans deux récents billets (Comment mettre en place une initiative d’achat local dans sa région ou sa localité? Et Le capharnaüm du commerce en ligne et des répertoires) j’illustrais comment l’indispensable idée de valoriser l’achat local peut devenir un immense foutoir si les différentes instances économiques locales et régionales ne coopèrent pas ensemble. Mais cet exemple n’est pas anecdotique. Il en est de même pour la formation aux entrepreneurs, la recherche de financement, l’aide aux start-ups, le développement de plans d’affaires, la mise sur pied d’un marché local, le développement commercial local et une foule d’autres initiatives économiques et sociales qui se retrouvent aussi dans l’offre de nombreuses organisations. Chacune de ces entités doit justifier son existence par des accomplissements mesurables et qui lui sont propres. D’où la compétition et l’apparition d’initiatives dupliquées qui deviennent malheureusement contre-productives et qui finissent par coûter collectivement plus cher et être moins efficaces que si elles avaient été conjointes.

 

À contrario, certaines chambres de commerce ont la chance d’avoir intégré dans leurs murs une SADC, un service de développement commercial, de l’aide au recrutement et à la formation de la main-d’œuvre et même des services gouvernementaux (comme les succursales de la SAAQ que plusieurs chambres de commerce fournissent en région). Certaines chambres de commerce sont aussi propriétaire de l’immeuble qu’ils occupent, ce qui est une création d’actif non négligeable.

 

Mais la question posée en début de billet demeure. Comment les chambres de commerce peuvent-elles se réinventer? De toute évidence, plusieurs chambres ont compris l’apport du numérique pour transformer leurs activités. D’ailleurs, ça m’a permis d’offrir des ateliers Web, commerce en ligne et médias sociaux à la Chambre de Commerce de Rawdon, d’Abitibi-Ouest et bientôt à celle du Centre du Québec. Plusieurs ont aussi offert différents types de formations en ligne, de réseautage et de 5à7 virtuels et d’autres initiatives numériques. Certaines ont travaillé avec les partenaires locaux pour développer conjointement des initiatives d’achat local et autres « services » spécialisés aux entreprises et à la communauté. Mais dans tous les cas, il est clair qu’afin de pouvoir survivre, les chambres de commerce se devront d’innover et de travailler conjointement avec les autres acteurs de leurs communautés. D’ailleurs, ces acteurs partenaires/compétiteurs, que ce soit les entreprises locales, MRC, Municipalités, SADC ou ministères provinciaux, doivent aussi réaliser qu’il en va de leurs propres efficacités et rayonnement économique de supporter le plus possible les chambres de commerce puisque si elles disparaissent, faute d’appuis, c’est tout l’écosystème économique local et régional qui en pâtira. Surtout que même si on ne le mentionne que trop rarement, malgré les employés et leurs permanences, ces chambres sont animées par une foule de bénévoles qui ne coûtent rien à ces écosystèmes et qui la plupart du temps, rapporte beaucoup plus qu’elles ne coûteront jamais. Ces chambres sont aussi le réservoir des forces économiques vives et de l’expertise terrain de ces mêmes localités. Les laisser dépérir serait une erreur grave pour l’économie du Québec…

 

 

FUGUES QUESTIONNAIRE CONFINEMENT. Réponses de Michelle Blanc

 

La rédaction du magazine Fugues, m’a demandé de répondre à un questionnaire à propos du confinement. mes réponses seront publiés dans une édition prochaine du magazine. Voici mes réponses…

FUGUES QUESTIONNAIRE CONFINEMENT

1. Comment la crise de la COVID-19 t’a-t-elle affecté personnellement ?

La crise ne m’a pas affecté financièrement ou psychologiquement. Étant une spécialiste du commerce en ligne, du marketing web et des médias sociaux, mon expertise est en demande. J’ai aussi la chance d’habiter en forêt, sur un demi-hectare, face à un lac. Je peux donc me dégourdir les jambes sur ma propre propriété et jouir des beautés de la nature et y puiser une énergie salvatrice. Par contre, par un triste coup du hasard, il y a un mois je suis tombée, je me suis fracturé une côte, j’ai attrapé une pneumonie, probablement à l’hôpital en me faisant soigné et j’ai aussi appris souffrir d’insuffisance cardiaque. En ces temps de Covid-19, de devoir faire des allers-retours à l’hôpital a son lot d’angoisses disons. L’un des autres problèmes que je rencontre est que devant maintenant limiter au maximum mon apport en sodium, il est rendu difficile de faire mon épicerie sans pouvoir lire les étiquettes « d’apport alimentaire » qui sont la plupart du temps derrière les produits qu’on présente sur les étalages, sans devoir les toucher pour vérifier la teneur en sodium. Il y a comme une problématique majeure, disons…

2. Présentement dans l’espace où tu vis, est-tu seul(e), avec ton (ta) conjoint(e), de la famille (enfants, parents, autres), un ou des colocs, des animaux?

J’ai la chance de vivre avec la femme de ma vie depuis maintenant 26 ans et avec notre adorable chien charlotte. Le confinement a la particularité de faire sortir le meilleur et le pire des gens. Certains couples découvrent qu’ils ne sont vraiment pas faits pour vivre 24 heures par jour avec leur conjoint. Dans mon cas, ce rapprochement obligatoire nous fait nous aimer encore plus. Nous découvrons à quel point nous sommes faites l’une pour l’autre. Par contre, l’absence de notre fils, de son amour et de notre petit-fils se fait de plus en plus sentir péniblement. Les taquineries avec mes potes, avec les marchands de ma localité et avec mes voisins me manquent aussi terriblement. Étant une personne très sociable, la chaleur humaine des contacts face-à-face, est l’un des grands absents de mon existence. Nous faisons certainement des zooms et autres vidéoconférences, mais ce n’est vraiment pas pareil. En outre, rien ne vaut de pouvoir serrer dans mes bras notre petit-fils chéri et à son âge, son attention sur les communications numériques, est à des années lumières de celle qu’il peut nous accorder en personne.

3. À quoi ressemblent tes journées ces temps-ci ?

Mes journées, ou plutôt mes nuits vont de mieux en mieux. C’est qu’étant donné ma côte fracturée, j’ai passé 6 semaines à devoir dormir assise. La position couchée étant trop douloureuse. Je devais être en convalescence, mais étant donné mon statut de « travailleuse autonome » je ne pouvais refuser les mandats qu’on me donnait et j’ai donc travaillé au-delà de mes capacités. Ça ne m’a pas aidé à guérir rapidement, disons. Par contre, le temps ayant fait son travail, je vais maintenant beaucoup mieux et la frénésie de mes mandats s’est un peu amoindrie. Le printemps aidant, je peux maintenant profiter un peu plus de la chaleur et de l’environnement qui m’entoure. Je fais aussi des recherches de recettes qui peuvent satisfaire ma nouvelle diète imposée par les aléas de la vie.

4. Durant cette période, nous avons beaucoup de temps pour soi… Comment fais-tu pour que le confinement se passe mieux ?

Nous avons la chance d’avoir un bon réseau internet et nous sommes aussi branchées sur Netflix, Crave, Prime et iTunes et mon amour étant une grande mélomane, la musique, les films et les séries égayent notre quotidien. Nous faisons aussi toutes les deux du télétravail durant la journée. Nos journées sont donc passablement occupées.

5. À la maison, que portes-tu habituellement?

D’habiter « dans le bois » a l’avantage de réduire le besoin d’être toujours à la mode et « checké à quatre épingles ». De plus, travaillant en conseil Web, très tôt dans ma pratique j’ai observé que d’être habillé « trop business », ne projetait pas l’image de « geekette » que je suis. Je me suis alors adaptée. Je porte donc principalement des salopettes de jeans et des chemises à carreaux.

6. As-tu des recommandations ou des suggestions pour rendre cette «pause» plus facile à passer?

J’ai un immense pin que j’appelle Georges. Je lui parle souvent et il m’arrive de le serrer dans mes bras. Cela me fait le plus grand bien. D’écouter le torrent de la rivière au printemps est aussi une grande source de réconfort.

7. Qu’est-ce qui te manque le plus, ces temps-ci ?

Ce que je mange le plus ces temps-ci est de l’humus aux pois chiches.

 

MAJ: Vous comprendrez ici que j’avais mal lu la question. Ce qui me manque le plus est de voir mon petit-fils, d’échanger longuement avec lui et de le serrer dans mes bras. De déambuler sans la paranoïa d’attraper ce satané virus, de magasiner librement au marché Jean-Talon et chez mes fournisseurs alimentaires de choix, de faire des Saint-Cassettes avec les potes et de manger au restaurant sont des activités qui étaient courantes et qui font maintenant partie de mes souvenirs lointains…

8. Que fais-tu pour maintenir un contact avec l’extérieur ou maintenir une solidarité?

Je suis membre du CA de plusieurs chambres de commerce, j’ai de nombreux clients et je fais aussi des ateliers Zoom avec plusieurs entrepreneurs. C’est très demandant intellectuellement, mais ça me permet de garder un semblant de normalité sociale.

Pour maintenir une solidarité, j’ai songé à une initiative et je l’ai mise en pratique. Je me suis dit qu’il serait pertinent de discuter avec des gens de différents milieux, de ce que pourrait être l’après-covid-19, afin de donner de l’espoir et de commencer à songer positivement à la suite des choses. J’ai appelé cette rencontre Zomm Tout le monde en rêve et j’ai contacté Jean-Luc Mongrain, Jacques Nantel, Randa Napky, Ianik Marcil, Christine St-Pierre, Gyslaine Desrosiers, Daniel Breton et Maka kotto pour y participer.

Lors de ce remue-méninge, mes invités et moi-même avons discuté de l’après #covid19 et de ce que pourrait être l’impact et les changements sur le journalisme, l’éducation à distance, le marketing, les commerces, l’économie, le tourisme, la culture, la politique, la santé, l’environnement, les industries énergétiques, le numérique et bien d’autres choses encore… Un exercice de partage et de réflexion collective…

Vous pouvez prendre connaissance de nos points de vue à https://www.michelleblanc.com/2020/04/les-changements-post-covid19-tout-le-monde-en-reve-tlmer/

9. Considères-tu que les gouvernements — ici ou ailleurs — gèrent adéquatement la situation?

Les gouvernements sont devant une situation inédite, dont les tenants et aboutissants sont flous et pour laquelle, il doivent choisir entre le pire et le moins pire. Je suis heureuse de ne pas être à leurs places et je trouve qu’ils s’en sortent admirablement bien. Après coup, on pourra toujours dire qu’ils auraient pu faire mieux. N’empêche que ce mieux restera toujours très hypothétique.

10. Que penses-tu retirer de l’expérience que l’on vit présentement?

Je pense que déjà, bien des choses qu’on croyait prioritaires viennent de perdre beaucoup d’importance. Je sais aussi que les interactions sociales prendront une dimension beaucoup plus humaine. Mais je sais qu’il est encore très tôt pour prendre la mesure des bouleversements qu’engendrera cette crise.

11. Crois-tu que ta vie (ou celle des autres) sera transformée par la suite au niveau de nos interactions sociales? Si oui, de quelle(s) manière(s)?

Notre vie et les sociétés seront transformées significativements. Mais encore une fois, en fonction du temps que ça prendra et de la gravité ou pas, des deuxièmes et troisièmes vagues, il est encore très tôt pour imaginer à quels points nous serons individuellement et collectivement transformés.

12. Des inquiétudes pour l’avenir?

Je suis inquiète de la possible pénurie alimentaire, des conflits géopolitiques potentiels, des vies qui seront perdues, des gens qui se relèveront difficilement des péripéties que nous vivons. Cette « guerre avec un ennemi invisible » laissera inévitablement des traces, comme chaque bouleversement mondial en a laissé.

13. Un message d’espoir que tu veux lancer?

Malgré tout ce que nous vivons et que nous vivrons encore, la solidarité sociale risque d’être l’une des grandes gagnantes de ce merdier dans lequel nous nous trouvons. Nous risquons aussi d’apprécier à sa juste valeur les rencontres familiales et sociales qui quelquefois nous laissaient plus froids. L’homme a toujours réussi à surmonter positivement les défis immenses auxquels il devait faire face et les tragédies ont toujours été une source d’innovation importante. Les rêves de mondialisation risquent d’en prendre un coup, mais ce sera au bénéfice du « small is beautiful » et de la réémergence des villages, des petites localités, de l’achat local et de l’entraide de proximité. Je rêve d’un étalement régional et de la renaissance du « Québec il est beau » et du « maître chez nous » plus seulement à Montréal ou à Québec. Les régions pourront sans doute enfin prendre la place qu’il leur revient. Le Québec il est beau et il est grand. Il sera temps de le découvrir et de le développer à sa pleine mesure…

J’ai pensé mourir

Avant-hier il faisait beau. Nous étions prêtes pour la quarantaine. Les achats de bouffe pour deux semaines étaient faits, les provisions rangées, nous étions dans l’attente d’aller chercher petit-fils pour qu’il passe la semaine avec nous. Mon amour me dit, pourquoi n’irions-nous pas dehors? Il fait si beau!. J’étais bien d’accord avec elle. Je me disais que j’irais préparer le terrain pour qu’on puisse installer les chevilles et les sceaux après les érables pour en faire du sirop avec petit-fils. Je voulais aussi régler quelques trucs dans le cabanon et déglacer un peu l’entrée de garage et le chemin qui est une vraie patinoire.

Je me disais que je serais prudente. C’est que la semaine dernière, j’ai appris avoir déjà fait un infarctus et que ce n’est vraiment pas le temps de tomber malade, disons. Avant de me faire opérer pour l’ablation de mon rein au printemps dernier, j’avais passé un électrocardiogramme. Il semble qu’il n’était pas commun. Le cardiologue qui l’inspecta me dit que ce n’était pas très grave et que je pouvais me faire opérer. C’était peut-être juste que mon cœur ne bat pas avec la même régularité que tous. Mais bon, ce ne serait sans doute pas la seule « spécificité bizarre » que j’aurais de la moyenne des gens et c’était peut-être mon rein défaillant qui affectait mon cœur. Il me prescrit donc quelques pilules et voulait me revoir cet automne. L’automne venu, il me dit qu’une investigation plus poussée de mon cœur était nécessaire. Ce n’était pas l’urgence nationale et ne nécessitait pas une investigation invasive. Il irait donc par étape et on ne commencerait que par une échographie cardiaque. C’est la semaine dernière que cette procédure se fit.

Mon cardiologue est un homme qui semble vraiment très compétent. Mais il a la particularité d’être chinois. Lorsqu’il vient regarder la centaine de photos, de vidéos et d’audio de mon cœur, il me parlait alors que j’étais allongée à côté de lui sur la civière. Il commentait en direct, la revue qu’il faisait des pièces qu’avait prises la technicienne en radiologie. Nous étions à moins d’un mètre l’un de l’autre. Je ne pouvais m’empêcher de penser « A-t-il de la famille qui est revenue de Chine? Y est-il lui-même allé durant les vacances? Habite-t-il un quartier Chinois? ». Puis je me disais voyons donc Michelle! C’est un professionnel de haut niveau. Il connaît les risques et les dangers. Jamais il ne mettrait la vie de ses patients et collègues en péril. Tu penses n’importe quoi. Je me jugeais.

Puis il me dit : vous avez déjà fait un infarctus? Ça fait un certain temps. Vous en souvenez-vous? J’étais stupéfaite. Je ne me souviens de rien. Peut-être l’ai-je fait en dormant?

Quoi qu’il en soit, nous devons investiguer davantage. Je vais vous faire passer une angiographie. On passe une caméra dans votre bras puis on va jusqu’au cœur voir les artères. Mon père a eu un pacemaker et plusieurs pontages. Croyez-vous que c’est héréditaire? Je ne sais pas, qu’il me dit. Vous devrez prendre des prises de sang au plus vite et je fais avancer votre rendez-vous. Je veux vous revoir d’ici deux semaines.

La semaine précédente, voyant venir la pandémie possible et voulant être prête pour l’inévitable quarantaine que j’appréhendais et pour que mon amour puisse terminer ses derniers achats pour notre voyage au Mexique que nous devions faire vendredi dernier, nous sommes allés magasiner au Carrefour Laval puis nous irions souper au P. F. Chang avec la belle-mère de mon amour. Vers la fin de l’après-midi, épuisée de toutes ces courses, je décidai de me prendre un café froid au Starbuck, en attendant que mon amour termine ses derniers achats. Je me suis pris une chaise et je sirotais mon café froid en l’attendant. Entre deux coups d’œil sur mon iPhone, je remarquais que bientôt, tous les gens qui m’entouraient, étaient d’origines nord-africaines, y avait-il des Iraniens parmi eux? Je ne savais pas. Mais je me posai sérieusement la question. Suis-je en train de m’exposer à ce virus potentiel qui est en train de faire le tour du monde?

Puis nous avons soupé au P.F Chang et je me disais, ce ne sont très probablement pas des Chinois qui sont aux cuisines. Et s’il y en a, ils sont certainement assez consciencieux pour ne pas venir travailler s’ils sont malades. Calme toi donc Michelle et lâche la paranoïa, que je me dis. En outre, ce sera peut-être le dernier souper avec Louise avant notre voyage et probablement plusieurs semaines après notre retour. Jouis de ce moment privilégié avec elle et relaxe-toi.

Avance rapide à samedi dernier. J’ouvre la porte du garage et il y a plein de boîtes de carton que je dois défaire pour aller déposer à mon bac de récupération qui est dans mon chemin. Je prends donc mon « cutter » et j’avance tranquillement avec les boîtes pour les défaire près du bac. Mais en me rendant au bac, je réalise à quel point le chemin est glissant et dangereux. Je marche en pingouin pour être certaine de ne pas tomber. Une fois au bac je me dis que ça n’a vraiment pas d’allure. Je vais revenir au garage chercher la poche de sel pour saler cette patinoire. Arriver au garage, les deux pieds me partent d’un seul coup. Je tombe de mes six pieds deux pouces et de tout mon poids sur mon omoplate gauche. J’ai le souffle coupé. Mais vraiment coupé. Je ne respire plus. Je cherche mon air, mais je n’y arrive pas. Le temps passe. Ça doit faire maintenant les trente secondes les plus longues de ma vie. Puis je me dis, si je reste sur le dos je vais crever. Je prends toutes mes forces pour me tourner sur le côté, puis miracle, je recommence à respirer. Je n’oublierai jamais ces instants. Je tente de crier à mon amour qui est toujours à l’intérieur, mais de toute évidence, elle ne m’entend pas. Je songe à lui téléphoner et lorsque la première sonnerie se fait entendre, il s’adonne qu’elle sort de la maison. Elle est stupéfaite de me voir de tout mon long allongée sur le chemin et accourt vers moi. Elle m’aide à me relever et péniblement j’entre par le garage. Je lui demande d’appeler l’ambulance.

J’ai de toute évidence une ou quelques côtes de casser et peut-être même le poumon gauche d’affaisser. J’arrive à l’hôpital de Joliette qui est sur le branle-bas de combat. Des gardes de sécurité partout et personnes à l’urgence. C’est tout dire. On met mon lit d’hôpital dans un cubicule de deux lits. Une heure plus tard, on vient y placer un homme d’un certain âge, avec de l’oxygène. Il tousse à l’occasion. Pour venir le voir, le médecin se met gants et masques. Je ne sais pas vraiment ce dont ils discutent. Une demi-heure plus tard, ils déplacent son lit à deux cubicules de moi et y ajoutent un autre homme qui lui aussi est sous oxygène. Les infirmières qui s’occupent d’eux mettent des masques et des gants chaque fois. C’est lorsque le même médecin est finalement venu me voir sans masques et sans gant que ça m’a frappé. Et si ces hommes avaient le coronavirus? Et moi qui a passé près de deux heures à côté d’eux sans masques. Quels étaient leurs diagnostics? Étais-je en danger? Le suis-je toujours? Ai-je contracté la fameuse calamité? Suis-je en train d’infecter à mon tour ma chérie et petit-fils?

Ça fait deux soirs que je dors assise dans le salon parce que ma côte cassée est vraiment trop douloureuse pour dormir couché. Ce soir j’ai tenté de dormir couchée, mais je me lève pour écrire ce billet. C’est que j’ai une douleur au cou. Je ne sais pas si c’est à force d’avoir dormi assise ou si c’est lors de ma chute ou pire encore, si c’est l’un de mes ganglions qui lutte contre un hypothétique virus. Je tousse à l’occasion et étant donné ma côte cassée, c’est particulièrement pénible. Et il arrive qu’en toussant, j’aie une déjection qui me remonte dans la gorge. Je vais lire les symptômes du Coronavirus et non je ne fais pas de fièvre et je n’ai pas de difficulté à respirer. Mais je commence à avoir peur. En fait je dis toujours que je n’ai pas peur de la mort. Que je suis prête. Que j’ai plutôt peur de souffrir et que je suis moumoune. Mais ce soir j’ai peur oui de souffrir, d’avoir attrapé ou d’attraper cette saleté en allant passer cette angiographie prochaine et j’ai surtout peur de donner cette merde à mes amours. Mais bon, je n’ai pas les « symptômes officiels ». Mais j’ai des circonstances atténuantes, disons et surtout, j’ai maintenant la chienne. J’ai entrevu la mort en tombant et j’ai peur de la revoir en me relevant…