Pour un nationalisme numérique

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Vous me direz que je me répète, mais la pédagogie c’est un peu ça. Fesser sur le même clou afin qu’il finisse par solidifier la planche…

Les Français lorgnent depuis un certain temps le nationalisme numérique. Le Parti Québécois aussi avait ça dans ses cartons.

Mais qu’est-ce que la souveraineté numérique?
Selon Wikipédia :

L’expression « souveraineté numérique » est apparue dans le langage à la fin de la première décennie des années 20001, sans qu’elle n’y fasse l’objet d’une définition claire. C’est en 2011 que Pierre Bellanger, le président de Skyrock, va clairement définir cette notion en indiquant que « la souveraineté numérique est la maîtrise de notre présent et de notre destin tels qu’ils se manifestent et s’orientent par l’usage des technologies et des réseaux informatiques » dans un entretien accordé à la revue Le Débat, puis dans une tribune parue dans Les Échos2.

Le but poursuivi est bien, comme le théorise Pierre Bellanger, l’établissement d’une souveraineté numérique, via l’alliance des entreprises et de la puissance publique pour accomplir un objectif partagé, l’établissement de la souveraineté numérique. Pierre Bellanger y faisait déjà référence dans sa réponse à la consultation publique sur la création d’un Conseil national du numérique3, dans laquelle il indiquait « Pas de souveraineté nationale sans souveraineté numérique. L’internet est un réseau mondial sous contrôle des États-Unis. Les entreprises américaines y sont le plus souvent dominantes. La dépendance et le transfert de valeur occasionnés par ce déséquilibre doivent amener les pouvoirs publics à mettre en œuvre une politique industrielle de l’internet. »

Mais pour revenir au Français, voici deux exemples de ma revue de littérature de ce matin.
Le grand retour du «cloud souverain»: une histoire de gouvernance et de protectionnisme.
L’énigme Qwant

On peut y lire :

La guerre, mon colonel !
Une guerre commerciale et politique certes mais une guerre quand même. Commençons par parler Gouvernance. Le pétrole de demain, d’aujourd’hui en fait, c’est la Donnée. Que ce soit pour des intérêts géo-stratégiques, pour éviter l’espionnage industriel ou simplement protéger la vie des citoyens (merci le Règlement Général sur la Protection des Données, ou RGPD), il est impératif de contrôler les machines et les humains qui gèrent la Donnée. Et là, naïvement, on se dit que si on utilise un DataCenter sur le sol français, alors tout ira bien.

Sauf que non. Tout ne va pas bien du point de vue gouvernance de la donnée. Le CLOUD Act, loi américaine promulguée le 23 mars 2018, permet au gouvernement, forces de l’ordre et autres services de renseignement américains d’accéder aux informations stockées sur les serveurs des entreprises de Cloud et Télécoms américaines, quelque soit leur situation géographique (il est à noter que le CLOUD Act n’est qu’une façon de réaffirmer l’extraterritorialité du droit américain, c’est-à-dire que le droit américain s’applique sur sol étranger). Tout ceci sans que les propriétaires des dites données ne soient informés.

Et

Une nécessité d’alternative ?
Qwant répond en premier lieu à une nécessité d’alternative dans un domaine où la situation est clairement hégémonique : en France, Google thésaurise de 92% à 95% des recherches sur le Web. La situation est la même quasiment partout dans le monde, et même aux Etats-Unis (si, si…), sauf dans quelques (très peu de) pays : République Tchèque (Seznam), Russie (Yandex), Corée du sud (Naver) et Chine (Baidu), même si ce dernier pays reste très spécifique, de par sa volonté politique d’être un grand intranet. En dehors de ces quelques contrées, le seul concurrent valable au niveau mondial reste Bing, le moteur de recherche de Microsoft qui draine, bon an mal an, entre 3 et 8% de trafic “moteur” sur les sites web, à travers son propre site et ses partenariats (Yahoo!, Ecosia, Lilo, etc.). C’est certes faible, mais loin d’être totalement négligeable. Et Bing est loin d’être un mauvais moteur de recherche. On peut même dire qu’il s’améliore chaque année un peu plus. Mais, à mon avis, son principal problème est de trop vouloir clôner Google, dans son algorithme comme pour son interface utilisateur. On peut comprendre la démarche, mais, selon moi, elle n’aide pas à gagner de nouveaux aficionados, étant plutôt vouée à ne pas voir trop d’internautes partir chez le voisin de Mountain View et donc à ne pas changer leurs habitudes.

Il y a donc une guerre technologique pour le pétrole numérique qui s’adonne à être « la donnée ». Il faut reconnaître que la société française a un pas de géant de plus que les sociétés québécoises ou canadiennes. Cette notion de « souveraineté numérique » y est déjà bien implantée depuis plusieurs années. Il est vrai que les outils de cette souveraineté ont peine encore à réellement prendre leurs places, sauf qu’ils sont là, que le gouvernement français prend la question très au sérieux et qu’ils avancent vers la réalisation de cette souveraineté. Ici, sur le site du gouvernement du Canada, on ne trouve strictement rien. Sur celui du gouvernement du Québec, dans le document Dialogue – Vers le gouvernement du futur, on trouve le paragraphe :

Synthèse des propositions et des arguments échangés pendant la consultation
Il est proposé d’utiliser les logiciels libres pour des raisons d’efficacité, de sécurité, de souveraineté numérique et de sécurité nationale. Des participants indiquent que cela pourrait favoriser l’industrie locale en plus de renforcer l’expertise interne du gouvernement. Il est également suggéré que tout code informatique réalisé par ou pour le gouvernement devrait toujours être sa propriété, pour ensuite être publié sous licence libre. Les participants moins favorables à cette idée soulignent que le recours aux logiciels libres ne devrait se faire que s’il est démontré qu’il s’agit d’une solution plus économique.

Les participants ont également fait part de leurs préoccupations par rapport à l’utilisation de l’infonuagique, notamment le confinement à un fournisseur infonuagique quel qu’il soit, la protection des renseignements personnels et de la vie privée, la cybersécurité et les retombées écoénergétiques par le recours aux énergies fossiles non renouvelables. Pour ces préoccupations, les solutions suggérées sont l’utilisation de nuages hybrides, de logiciels et de standards libres et ouverts.

Suites prévues
Une attention particulière est portée aux préoccupations concernant l’infonuagique et son utilisation.

Il s’agit donc de propositions de citoyens, pas de directives gouvernementales ou ministérielles. On est donc encore très loin de l’établissement d’une politique ou même d’une directive qui serait le début d’un commencement d’une réflexion sur cet enjeu qui fera la différence entre une nation autonome et une nation de consommateurs de l’économie numérique des autres…

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Commentaires

  1. Plus ça change...

    Pour résumer, pourrait-on dire “Maîtres (de nos données qui devraient rester) chez nous”?

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