NON c’est pas cher

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Bon, bon, bon, il faut que je parte quelques jours pour que Claude Malaison se décide enfin à péter sa coche?

Comme l’amie Michelle Blanc est partie vers la gloire à Toronto (juste avant le Festival du film et Brad Pitt), la porte est grande ouverte pour que je fasse, comme elle le dit si bien, «une montée de lait». Pourquoi direz-vous ? Parce que je suis malade et fatigué (sick & tired) de me faire rabâcher les oreilles avec les prix supposément trop élevés d’inscription à la conférence webcom-Montréal.

Et il en rajoute

En ce lundi nuageux et frisquet qui me fait penser à l’automne, je voulais parler de choses et d’autres. Juste quelques mots en premier sur mon dernier billet qui a suscité bien des commentaires, la majorité d’appui. En plus des commentaires, je voulais partager avec vous le billet de l’ami Francis Bilodeau sur son blogue Kranf.com, qui va dans le même sens. À lire aussi le commentaire du PDG de Dessins Dummond, Yves Carignan sur la «frilosité» des entreprises québécoises. Je ne suis pas le seul donc à déplorer le manque de vision des entreprises québécoises et notre immobilisme technologique qui met sérieusement en danger notre compétitivité internationale.

Mon avis là-dessus?

Les Québécois sont reconnus comme un peuple innovant. Malheureusement, nos entreprises, lorsque vient le temps de parler de Web, sont toujours plus ou moins deux ans en retard sur ce qui se fait aux États-Unis (je généralise évidemment). Plusieurs facteurs contribuent à cet état de fait. Tout d’abord, durant plusieurs années le gouvernement à largement financer la R&D technologique, mais sans mettre une cenne sur l’analyse de marché, la validation du plan d’affaires ou la commercialisation. Ça a donné une panoplie de petites boîtes qui pensaient toutes avoir inventé le bouton à quatre trous (lire ici qu’ils croyaient avoir développé LE CMS révolutionnaire qu’ils voulaient vendre à prix d’or alors que des solutions « open source » plus performantes existent et sont disponibles gratuitement). Puis il y a aussi toute cette industrie des communications marketing qui font des cochonneries inutiles et dispendieuses et s’autocongratulent avec des prix qu’ils se donnent entre eux. De leurs clients imbéciles qui sont tout satisfait d’avoir remporté un prix (disons un Boomerang) sans se poser la question du retour sur l’investissement. Puis il y a aussi toute cette industrie des intégrateurs traditionnels (CGI, DMR, LGS et. al.) qui font de très gros projets qui ne finissent jamais, qui vont chercher dans les centaines de millions de dollars et qui pourraient être terminés en moins de deux si elles adoptaient plutôt des approches Web Services et SOA (c’était mon mémoire de maîtrise (PDF) d’il y a cinq ans (sic)). Je me souviens d’ailleurs d’un lunch avec l’un des premiers vice-présidents de l’une de ces grosses boîtes qui me répondit lorsque je lui demandais pourquoi sa boîte ne faisait pas de Web Services ou n’en parlait pas à ses clients « notre mission n’est pas de faire de l’éducation, mais elle est de faire de l’argent ». Disons que c’était assez clair. Puis il y a les Telcos qui tout en étant des diffuseurs de contenus, nous inondent de technologies de moyens de gammes à des coûts prohibitifs, plutôt que de favoriser l’innovation nationale en rendant disponible des technologies de pointe. Je me souviens encore de ce téléphone caméra Nokia qu’avait Loïc Le Meur lors de son dernier passage ici il y a deux ans. Ce téléphone n’est toujours pas disponible ici et ne le sera probablement jamais à cause de la guerre des standards sans fil que se font nos Telco. Et que dire de TIVO qui est disponible aux É.-U. depuis des années et que nous ne verrons jamais ici puisque les TELCO sont à la fois diffuseurs et compagnie de télécommunication? À bien des égards, sur plusieurs technologies, nous sommes à l’âge de pierre de l’innovation. Mais comme je le disais déjà à propos de l’approche de nos gouvernements par rapport aux médias sociaux (et ça s’applique aussi à nos entreprises)

La prudence est certes une vertu, mais elle empêche souvent l’émergence de l’innovation. Disons que dans un contexte gouvernemental, j’aime encore mieux le courage expérimental de la LAFD (Los Angeles Fire Department). Eux utilisent déjà les blogues, Twitter, Flickr, YouTube, les groupes de discussions, la baladodiffusion et j’en passe. Ici on observe prudemment et on attend, là-bas ils expérimentent et abattent les barrières pour s’approcher des citoyens. Deux visions diamétralement opposées qui font la différence entre un gouvernement de suiveux, ou de chef de file…

Ce n’est donc pas surprenant de constater que prêt de 60% des ventes en lignes des Québécois, échappent à notre économie nationale. On récolte ce que l’on sème… et on trouve que $395 « c’est pas mal cher »…

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Commentaires

  1. Olivier

    Aïe ! Tu devrais parler des prix de la conférence de Loic Lemeur « LeWeb » à Paris… entre 750 et 1500 EUROS la place.

    395$ pour ce genre de conférence, c’est presque rien!

  2. Graeme

    D’accord avec toi Michelle, beaucoup de technologies nous échappent ici au Québec et c’est vraiment dommage. L’avance que le Québec avait niveau web il y a 10 ans en 1998 a largement été perdue car, comme ils disent, ils veulent faire d’abord de l’argent. Sans auparavant donner. Or dans le web, pour gagner, il faut d’abord savoir donner.

  3. Alphonse Ha

    Je suis content de ne pas être le seul qui est frustré de notre situation de télécommunication (lire Telus, Bell, Rogers) et technologique.

    Ce que je n’arrive pas à comprendre n’est pas l’hésitation à ce lancer dans les médias sociaux (tel LAFD) mais les coûts. C’EST GRATUIT!!!

    Tout le monde court à droite et à gauche et essaye de comprendre cette génération Y comme si nous venons de la lune. Tout le monde veulent savoir comment rejoindre/parler a cette génération. Eh bien, d’après un sondage Facebook de Branchez Vous, un Québécois sur deux entre 18 et 35 ans est sur Facebook. Pas difficile d’aller les chercher, intégrez vous.

    J’imagine que les compagnies préfère dépenser des millions de dollars aux agences de pubs pour faire du « push marketing ». Les Gen-Y écoutent plus la télé, eh bien alors allons mettre de la pub sur Facebook. J’imagine que couper des dépenses et utiliser Facebook gratuitement pour rejoindre ce groupe est trop facile, vaut mieux dépenser des millions d’argent partout.

    PS: Je trouve ça dommage que Twitter n’est pas aussi présent au Québec. Je pense qu’il serait un outil puissant tant personnel que pour les entreprises mais si il y a personne dans un réseau, le réseau est inutile. :(

  4. Vallier Lapierre

    Un des problèmes majeurs provient de l’indigence de l’information à propos des technologies d’affaires dans nos médias. Nos grands journaux effleurent à peine la question quand on les compare à ce que font le New York Times et le Boston Globe. Le journal Les Afffaires (qui couvre les affaires comme les sports au Journal de Montréal) se contente la plupart du temps de parler du changement lorsqu’il est coulé dans le béton. Ça ne leur donne rien de parler du Web 2.0 parce que la majorité des experts dans le domaine sont à leur compte ou dans des petites agences. Pour la publicité, ce n’est pas très porteur.

    En plus, la majorité des entreprises sont dirigées actuellement par des babyboomers (eh oui, c’est ma gang) qui sont peu enclins à casser la baraque. C’est trop fatiguant à la veille de leur retraite.

    Des fois, je trouve que l’immobilisme est aussi fort ici qu’il l’a été en France il y a quelques années. On est une bien petite (dans tous les sens du terme) société où tout le monde veut être gentil à l’égard de tout le monde.

    Heureusement qu’il y a les blogues où les gens ont moins peur de s’exprimer. Ça fait des courants d’air salutaires.

  5. Francis Bilodeau

    Wow! Tu es en forme ce matin Michelle.

    En passant le mot au travers des bloggeurs, on arrivera peut-être à en réveiller quelques-uns et récupérer le temps perdu. Je rêve probablement en couleur, mais bon.

    Par contre, je vois pas en quoi le peuple Québecois est reconnu comme innovant? Nous le sommes plus depuis fort longtemps… et c’est triste. À part l’industrie du jeu qui semble connaître une grosse percée, c’est l’immobilisme…

    En tout cas, au plaisir! On se voit ce soir au Yulbiz.

    Francis

  6. Dominic

    Comme vous le dites si bien, ils veulent faire de l’argent tout de suite. Les grosses entreprises ne comprennent pas qu’une bonne architectre SOA aura un retour énorme sur l’investissement. Ils aiment développer le plus rapidement possible pour faire leur argent le plus rapidement possible. Quelques années après, tout est à jeter et à recommencer.

    @Vallier Lapierre
    « En plus, la majorité des entreprises sont dirigées actuellement par des babyboomers (eh oui, c’est ma gang) qui sont peu enclins à casser la baraque. C’est trop fatiguant à la veille de leur retraite. » – En plein dans le mille. Il n’y a rien de plus à ajouter! Les changements vont venir des jeunes qui espèrons-le, prendront la place des baby-boomers bientôt! :)

  7. Olivier

    Conférences dans Second Life ?

  8. Eve

    Je suis tellement d’accord avec tout cela!
    Ce genre d’évènement est considéré comme « cher » car les gens n’y voient pas le retour sur l’investissement.

    De plus, j’abonde dans le même sens que Vallier et Dominic par rapport aux babyboomers. Ils ont cassé la baraque du temps de leur jeunesse, mais comme le dit si bien Vallier, c’est maintenant rendu trop fatiguant pour eux. Mais comme ils constituent encore la majorité de la masse sur le marché du travail (enfin, la majorité influente car là depuis longtemps), il est difficile pour nous les jeunes de vouloir brasser. Je le sais par expérience pour avoir travaillé 5 ans dans des directions de communications du gouvernement du Québec.

    Première des choses, j’étais souvent la seule « de ma gang » en bas de 35 ans. Donc, dur de ramer seule contre le reste du groupe! Ensuite, les nouvelles idées, les idées innovantes étaient souvent refusées parce que, « euh ben, c’est trop cher, trop compliqué, on a pas les ressources, comment va-t-on s’y prendre… etc. »

    Mon copain travaille en Beauce. Et j’entends trop souvent parler d’histoires d’entreprises qui n’ont pas su innover au jour le jour et qui, aujourd’hui, se font damner le pion par d’autres entreprises situées partout dans le monde. Les dirigeants chialent auprès des gouvernements, mais à quelque part, je crois qu’ils sont responsables de leur propre malheur.

    Tout de même, je garde espoir et je présume que l’on va se sortir de cet immobilisme un jour ou l’autre.

  9. Vallier Lapierre

    Attention, je ne voulais pas tomber dans le baby-boomer bashing. On est loin d’avoir tous les tors comme le prétendent quelques écrivains de la génération X qui ont fait leur beurre sur notre dos avant le temps.

    Actuellement, ce n’est pas un antonisme propre à notre génération contre ses suivantes. C’est juste que nous sommes les plus vieux et que c’est à nous de nous tasser du chemin si on n’est plus dans le coup. Cela a été le cas de nombreuses générations avant nous. C’était la même chose quand j’étais jeune. On s’opposait à ceux qui avaient été formés entre les deux guerres.

  10. Vallier Lapierre

    il faut corriger antonisme par antagonisme

  11. Eve

    @ Vallier: non, non, je ne voulais surtout pas faire du baby-boomer bashing, désolée si ma pensée disait autrement.

    Justement, ce que je voulais dire, c’est exactement ce que vous dites: les baby-boomers sont très nombreux et, de ce fait, ils sont encore le groupe le plus présent sur la scène.

  12. Denis Paul van Chestein

    Tu vois Michelle, c’est exactement ce que je dénonçais dans mon billet… que tu n’as pas eu le temps de lire !!! Et je me dois de partager le pessimisme de l’ami Malaison quant à la compétitivité… future des entreprises québécoises ? Nous faisons vraiment piètre figure en termes d’intégration en entreprise du Web 2.0 et plus particulièrement en matière de médias sociaux et de téléphonie mobile. On ne compte plus les billets et articles dénonçant cette situation mais, à l’évidence, ces cris d’alarme tombent dans l’oreille des sourds qui nous dirigent, lesquels semblent bien heureux, baignant dans l’eau poisseuse d’un attentisme aveugle… en attendant leurs retraites, peut-être ???
    En effet, je crois que nous devons en mettre le blâme sur le « Generation Gap » qui sépare les « boomers » de la nouvelle réalité, tel que je le mentionnais dans un billet récent Pourquoi les entreprises québécoises ont-elles besoin du Web 2.0 ? (Prise 54). Et en ce qui a trait à la téléphonie mobile plus particulièrement, j’ai déjà décrié à maintes reprises, et je crois qu’il faut continuer à les dénoncer, les pratiques tarifaires du cartel des Telcos du Québec et du Canada qui empêchent carrément la libre circulation des idées et des contenus entre les individus et les entreprises. Conséquemment, le cartel des Telcos du Québec et du Canada constitue un frein majeur au développement économique du Québec et du Canada. En Europe, ils ont nommé une Commissaire à la Société de l’Information, Viviane Reding, qui a un pouvoir exécutif et qui s’est permis de policer à maintes reprises les opérateurs mobiles parce que ceux-ci mettaient de l’avant des pratiques nuisibles au développement économique de la Communauté Européenne. Peut-on espérer un tel courage chez nous ? J’en doute fort ! Crions-le haut et fort sur toutes les tribunes, il faut s’inquiéter devant le manque de vision et de courage des leaders québécois qui reflète une incompréhension flagrante de la philosophie Web 2.0 appelant à capitaliser sur l’intelligence collective, la collaboration et la création et le partage des contenus… pour tous et par tous !!!

  13. Techcrunch.fr encense nos start-ups technos • Michelle Blanc, M.Sc. commerce électronique. Marketing Internet, consultante, conférencière et auteure

    […] Nos entreprises commerciales sont en retard sur le Web, mais nos start-ups technos elles, sont innovantes et obtiennent des reconnaissances internationales. Ainsi, c’est l’un des plus influents blogues francophones mondiaux, Techcrunch.fr qui fait l’apologie de nos succès technos. Ce sont donc […]

  14. Olivier

    #7 « Conférences dans Second Life ? » voilà http://www.massively.com/2008/10/20/linden-lab-and-rivers-run-red-launch-immersive-workspaces-2-0/