Le drame des infrastructures numériques au Québec, ma conférence à la COMAQ

Demain je serai conférencière à a 10e édition de la Journée des TI de la COMAQ (Corporation des officiers municipaux agréés du Québec) et du RIMQ (Le Réseau de l’informatique municipale du Québec) pour parler du drame des infrastructures numériques au Québec. J’y présenterai :

¬ L’aveuglement
¬ La Baie James du 21e siècles
¬ La bullshit
¬ Le pourquoi
¬ Les problèmes
¬ Pistes de solutions

Je ferai entre autre un parallèle avec l’histoire de l’électrification au Québec des années 30 et 60. Dans les années 30, le Québec s’est électrifié en région grâce à la « municipalisation » tandis que la nationalisation n’est venue que 30 ans plus tard. Avec le manque de vision de nos politiciens actuels, ce sera malheureusement la même histoire qui se répètera.

Par ailleurs, lorsque la fibre optique couvre 10% d’un territoire, son PIB augmente de 0,25 à 1,38%. Si le Québec habité était fibré en entier, on augmenterait notre PIB de 7,52 à 51,89 Milliards de plus. Disons que la fibre optique se paieraient toute seule et ça c’est sans même parler de la croissance de l’emploi, de la réduction de la pollution et des besoins d’infrastructures routières, de l’augmentation de la valeur du parc foncier de 3,1% et d’une foule d’autres bénéfices pécuniers et sociétaux dont je parlerai dans ma conférence. Mais pour vous en faire une idée, je vous recommande de consulter mon PPT qui est disponible plus bas…


Infrastructures numériques au Québec, se dépêcher d’être en retard

Écouter nos politiciens parler d’infrastructures numériques ou de numérique au Québec, pour l’oreille le moindrement informée, est d’une tristesse à peine voilée. On peut se targuer d’avoir des soi-disant « villes intelligentes », de faire des symposium sur l’innovation et autres efforts de gargarisassions de mots à la mode, mais la réalité est que nous peinons à simplement suivre l’évolution des bouleversements numériques. On se dépêche d’être en retard.

Au tournant des années 2000, on se régalait avec des expressions comme « l’autoroute de l’information ». 17 ans plus tard, notre autoroute est un chemin de bois. De surcroit, il n’est même pas entretenu. Pour l’autoroute, on repassera.

Le CRTC reconnaît qu’une infrastructure à large bande bien développée est essentielle pour favoriser la participation des Canadiens à l’économie numérique. C’est pourquoi il a établi de nouvelles cibles pour les vitesses de connexion Internet. Le Conseil veut que tous les ménages et toutes les entreprises du Canada aient accès à une connexion Internet à large bande d’au moins 50 Mbits/s en téléchargement et d’au moins 10 Mbits/s en téléversement.
Bien qu’une majorité de Canadiens profitent de tels niveaux de services à l’heure actuelle, cet avantage fait défaut dans les secteurs ruraux et les régions éloignées. Dans le cadre de ses efforts déployés pour soutenir une telle infrastructure, le CRTC a établi un fonds destiné à s’assurer que des niveaux minimaux de services d’accès Internet à large bande soient offerts partout au Canada. Il prévoit qu’à la fin de 2021, 90 % des foyers et des entreprises du pays profiteront de vitesses de connexion d’au moins 50 Mbits/s en téléchargement et d’au moins 10 Mbits/s en téléversement.

https://crtc.gc.ca/fra/internet/performance.htm

Hier, notre ministre de l’économie et du numérique, Dominique Anglade, nous présentait La stratégie numérique du Québec. Dans son document, on présente des cibles que certains jugent adéquates. On peut y lire :

GRANDE CIBLE :
Que 100 % des citoyens aient accès à des services Internet haut débit et que plus de 90 % d’entre eux aient accès à des services Internet fixes très haut débit d’au moins 100 Mbps en téléchargement et 20 Mbps en téléversement d’ici cinq ans.

Puis, dans un autre encadré, on mentionne :

SITUATION DE DÉPART
• En 2016, 99 % des ménages québécois avaient accès à des forfaits offrant des débits de 5 Mpbs et plus 60.
• En 2016, 83 % des ménages canadiens avaient accès à des forfaits offrant des débits de téléchargement d’au moins 100 Mbps 61.
60. CRTC, Rapport de surveillance des communications 2017, 2017, 397 p. Pour plus d’information sur la cible, voir l’annexe 4.
61. Idem.

Or, dans le document du CRTC, on parle plutôt de 50MBPS

Comme les sections précédentes le mentionnent, dans la politique réglementaire de télécom 2016‑496, le Conseil a établi des critères pour mesurer la réalisation de l’objectif de service universel, lequel comprend la disponibilité d’un service d’accès Internet à large bande fixe ayant une vitesse de téléchargement d’au moins 50 Mbps et une vitesse de téléversement d’au moins 10 Mbps, ainsi que la disponibilité d’une option de transfert (consommation) mensuel illimité de données. Le 31 décembre 2016, un service satisfaisant à ces critères était accessible à 84 % des ménages canadiens. Toutefois, la disponibilité varie beaucoup entre les régions urbaines et rurales, 39 % des ménages ruraux ayant accès à ce type de service par rapport à 96 % des ménages urbains. Dans l’ensemble, 11 % des ménages canadiens sont abonnés à un service satisfaisant à ces critères. Il est important de noter que le Conseil avait pour objectif de rendre ces vitesses accessibles aux Canadiens, tandis que l’abonnement est à la discrétion des consommateurs.

Là où le bât blesse, est que ce minime 50 MBPS que le CRTC se targe d’être disponible à 84% de la population, est lui-même une création de l’esprit (ou de la bullshit marketé par les TELCOs). Tel que mentionné dans un document de la Fédération Canadienne des municipalités Broadband Access in Rural Canada: The role of connectivity in building vibrant communities :

Misleading data?
Impeding an assessment of the state of broadband in Canada is the lack of complete data. Anecdotally, we often hear messages regarding the poor state of Internet access in Canada, particularly in rural and remote areas, while simultaneously being told that network operators are pouring billions of dollars into network improvements. Detailed information is a closely guarded secret and, the information that is publicly available is often not completely representative of the situation.

Vitesse internet réelle et estimations des besoins futurs

Dans un rapport indépendant de la CIRA (Canadian Internet Registration Authority) CANADA’S INTERNET PERFORMANCE: NATIONAL, PROVINCIAL AND MUNICIPAL ANALYSIS APRIL 2016, on obtient un portrait plus sombre, mais également plus objectif de la réelle vitesse des services internet au Canada, que vous pouvez voir dans le tableau plus bas.

Vitesse internet réelle au Canada, par province

Ils ont d’ailleurs l’humilité de mentionner que ces observations peuvent même être sur-estimées.

It is important to note that in provinces and territories where a high concentration of tests originated in an urban center the data can over-estimate the experience of many in the entire region. This is of particular concern in the north. Yellowknife, where access is generally good, dominates the averages for the NWT + Nunavut combined. The experience of many in NWT and Nunavut will be well below the 15.4 Mbps reported here.

Par ailleurs, une étude de la très crédible Eindhoven university Technology Fast Forward » How the speed of the internet will develop between now and 2020, on peut prendre connaissance (dans le tableau ci-dessous) de la croissance des besoins en spécifiant les différences entre les besoins d’usagers moyens, de gros usagers, d’innovateurs, de retardataires et de tous les usagers.

Estimation des besoins de connectivité internet par type d'usagers pour 2020

Considérations importantes pour les besoins futurs de bande passante au Québec

J’applaudis les efforts et la volonté démontré par notre ministre Dominique Anglade et notre premier ministre Philippe couillard, de doter (enfin) nos régions de services internet potables. Ceperndant, comme vous pouvez le comprendre à la lecture de ce billet, j’ai de nombreuses inquiétudes.

  • Les cibles de vitesse internet que le Québec se donne semblent ambitieuses, mais si on fouille un peu, ces cibles (une fois qu’elles seront atteintes) seront en deçà des besoins identifiés par l’étude de la Eindhoven university Technology.
  • La mesure d’atteinte de ces cibles repose sur les données du CRTC qui elles-mêmes sont déjà la moitié de ce qui est dans l’encadré du document de la stratégie numérique du Québec et ces données, sont hautement critiqués par de nombreux observateurs dont la Fédération Canadienne des Municipalités cité ici.
  • Les vitesses disponibles dans une région peuvent être adéquate pour une personne, mais ne le seront de toute évidence pas pour une famille connectée et encore moins pour une entreprise avec des nombreux employés. Il faut comprendre que les vitesses internet, une fois branché à un routeur et divisé par le nombre d’usagers qui s’y branche, ne sont de toute évidence vraiment plus les mêmes.

C’est pourquoi, à termes (dans 5 ans), en supposant qu’on arrive réellement aux cibles du gouvernement du Québec et mesuré avec des indicateurs déficients, on risque fortement d’être toujours en retard sur les besoins réels des usagers et des entreprises. C’est pourquoi, je fais le triste constat qu’on risque fortement de se dépêcher pour être encore en retard. De surcroit, nous aurons des élections dans moins d’un an, il n’y a rien de garantie que le prochain gouvernement sjivra les recommandations traçé par le gouvernement précédent et que 5 ans à attendre que « peut-être » on ait enfin des vitesses internet qui ont moyennement de l’allure en région, c’est long en sacréfice…

Pourquoi devrions-nous investir massivement dans les infrastructures numériques

 

Enfin, il est de plus en plus question des infrastructures numériques au Québec et au Canada. Il était temps. La ministre Anglade entamera une consultation populaire à ce sujet dans les prochains jours, tandis que la candidate à la chefferie du PQ, Martine Ouellet, si elle devenait première ministre, donnerait deux ans aux TELCO pour fournir 1GBPS aux Québécois, sans quoi elle nationaliserait leurs services.

 

Mais POURQUOI faut-il s’intéresser à cette question de large bande ?

 

Pour le commun des mortels, la consultation publique qui s’amorce au Québec n’est sans doute que de peu d’intérêt. Qu’est-ce que ça mange en hiver la large bande et quel impact ça peut bien avoir dans nos vies ?

 

La large bande est (pour faire simple) des liens internet très haute vitesse. Ça va potentiellement si rapidement que vous n’aurez pas besoin, à court terme, de toute cette puissance de vos branchements internet. Pour vous expliquer, le Canada se targe d’avoir de la haute vitesse à 5MBPS (pour méga bit par seconde) alors que la ministre Anglade propose de fournir 30 MBPS pour tous les foyers québécois et que la candidate à la chefferie du PQ réclame quant à elle 1000 MBPS qu’on traduit aussi par 1GBPS.

 

Le Québec peut faire quelque chose pour les infrastructures filaires, mais n’a que très peu de possibilités d’intervention pour les infrastructures mobiles, ce champ d’activité étant strictement sous contrôle du fédéral et du CRTC. Mais pour le filaire, il semble que l’on puisse agir (à ce que je sache). Aussi, les deux paliers de gouvernements se gargarisent depuis bientôt 10 ans du mot-valise « innovation ». Or, les innovations circulent sur des réseaux qui sont justement des infrastructures numériques. Les nôtres sont désuètes et nous coutent la peau des fesses (comme consommateurs).

 

Les bénéfices de la très large bande

 

La très large bande circule le plus efficacement sur la fibre optique. C’est ce que nous appelons « Fiber to the home » ou FTTH (la fibre jusqu’à la maison et c’est loin d’être la « Fibe » que Bell Canada a si judicieusement utilisé comme termes pour désigner l’un de ses services).

 

Parlant d’innovation, les récents déboires d’Uber au Québec, ne sont que l’un des nombreux changements qui nous attendent et qui sont issus de cette nouvelle révolution industrielle, qu’est l’économie numérique. L’un des pays les plus visionnaires à ce chapitre est la Norvège. Très tôt, dès 2004 en fait, ils ont identifié que la FTTH était la bouée de secours indispensable pour se positionner dans cette nouvelle économie et y ont investi massivement. D’ailleurs, l’internet le plus rapide de la planète se trouve dans un “shack” isolé de la mer du Nord, sur l’île de Bjørndalen, à plusieurs centaines de kilomètres de la Norvège.

L'internet le plus rapide du monde
(source: http://www.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303325204579467542262163298)

Le tableau suivant, illustre de façon éloquente, plusieurs des bénéfices qui y sont associés. Pour ne prendre que quelques exemples, imaginez un réseau fibre optique à la grandeur du Québec si efficace, jumelée à des incitatifs fiscaux favorisant le travail à domicile, pourraient réduire très substantiellement le trafic, les congestions routières, l’énergie pour chauffer les grandes tours à bureau, le pied carré commercial nécessaire, la pollution, le besoin d’un nouveau train électrique à Montréal et favoriser la croissance des régions. Imaginez aussi que présentement vous pouvez faire votre bac en ligne à Virginia Tech. Il serait sans doute intéressant par exemple que l’UQAC se questionne à savoir comment elle va faire compétition avec ça dans les années à venir.

 

Bénéfice socio-économique de la FTTH
(Source: http://www.epliitto.fi/images/09_Tobias%20Ahl_FTTH%20Council.pdf)

 

On investit massivement dans de super hôpitaux alors que présentement, plusieurs radiologistes américains travaillent de chez eux, avec de la large bande. Il en sera ainsi de plusieurs spécialistes médicaux et les consultations médicales virtuelles iront en s’accélérant.

 

Nos campagnes se vident parce que les jeunes s’y sentent coupés du monde et qu’ils vont chercher du travail en ville. La très haute vitesse permet de garder et de créer des emplois en région et de dynamiser les économies à la grandeur du territoire. Un travailleur de l’économie numérique n’a pas besoin d’être en plein centre-ville. S’il a de la très haute vitesse, il peut très bien travailler de n’importe où sur la planète.

 

Au moment d’écrire ces lignes, nous n’avons certainement pas besoin d’avoir 1GBPS par résidence au Québec. Mais d’ici 5 ans, le temps de mettre sur pied un réseau digne de ce nom, ça pourrait changer drastiquement. Les emplois les plus payants de cette économie qui bouleverse déjà tout transiteront par ses réseaux. Il y a présentement une course à l’installation du FTTH et nous sommes en queue de peloton. Voilà quelques-unes des très nombreuses raisons pourquoi, ça devrait vous faire réagir, pour vous, mais aussi pour vos enfants et pour votre propre sécurité financière pour les années à venir.

 

Maintenant comment devrions-nous financer de telles infrastructures ? En nationalisant, en faisant des PPP, en subventionnant les TELCOs ou en favorisant la création de coops municipales ? Là est toute la question qui sera débattue dans les prochains mois. Je vous suggère donc fortement de vous impliquer dans ce débat parce qu’il fera la différence entre une position de superpuissance ou de tiers-monde numérique…

Question de vous prouver que je n’exagère pas lorsque je dis que nous sommes au tier-monde numérique et que contrairement à plusieurs informations dont celles de l’IEDM qui disait n’importe quoi dernièrement à propos de nos services de télécom (à moins que ce ne soit de l’infopub commandée par les TELCOs), voici un tableau de la pénétration de la FTTH dans le monde.(Tiré de Five common FTTH myths debunked) Et le Canada est à la troisième avant-dernière ligne 🙁

tableau de la pénétration de la FTTH dans le monde

 

 

En prime, cette succulente vidéo 🙂

Le pourquoi de la nationalisation des infrastructures numériques

Que ce soit au niveau provincial ou national, il serait à mon point de vue judicieux et très rentable pour la société et l’économie, de doter notre territoire d’infrastructures numériques à tout le moins décentes, et idéalement à la fine pointe de ce qui se fait le mieux sur la planète. L’idée n’est pas saugrenue. Elle a ses mérites. L’état pourrait aussi se contenter de financer ces infrastructures et laisser les entreprises privées en profiter pour continuer de se graisser la patte indument au détriment de la collectivité, comme ils le font déjà depuis tant d’années. Plusieurs corolaires à cette idée de nationalisation des infrastructures numériques existent déjà. Pour vous en convaincre, vous n’avez qu’à relire mon billet La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain.

Mais pourquoi le gouvernement devrait-il investir dans de telles infrastructures?

La rationale qui suit, est librement adaptée du document The changing nature of telecommunications/information infrastructure (Steering comitee on the changing nature of telecommunications infrastructure National Research Council (US)) National Academy of Sciences (1995)

La rationale valorisant les investissements gouvernementaux dans les infrastructures de télécommunications pour le bien public se divise en quatre arguments principaux.

1. Remplir la mission de l’état : Cet argument est déjà utilisé afin de justifier les investissements en R&D dans les secteurs des systèmes de communications avancés aux fins de défenses, d’aérospatiale et de sécurité nationale. Nous pourrions aussi argumenter que cette mission de l’état (et les bénéfices d’investissements en télécommunications) devrait aussi inclure l’éducation, l’amélioration des opérations gouvernementales locales et toutes les autres activités reliées aux différents services publics de l’état, même si ce n’est pas directement le gouvernement qui en est maitre d’œuvre.

2. Équilibrer le sous-investissement privé en R&D : L’innovation et les nouvelles connaissances sont un bien public dispendieux à acquérir, mais généralement peut coûteuse à répliquer. Conséquemment, ils génèrent un retour de capital social beaucoup plus élevé que le retour sur investissement (social returns much higher than private returns). Les individus et les entreprises investiront donc toujours moins en R&D qu’il ne le faut pour obtenir ces rendements sociétaux optimaux. Cet argument justifie donc un financement gouvernemental fort particulièrement pour les secteurs de la recherche fondamentale, mais aussi pour les technologies dites « préemptives » et les prototypes avancés de réseautique avancée. C’est d’ailleurs la rationale qui est déjà derrière les crédits d’impôt à la recherche.
3. Corriger les failles du libre marché: Au-delà du financement en R&D, le libre marché peut faillir à la tâche de remplir la mission d’investissements optimaux en télécommunications pour des raisons telles que :

a.L’économie d’échelle et de gamme qui caractérise les investissements en services publics que ce soit pour les autoroutes, la distribution de l’électricité ou les infrastructures de communications. La tendance existante de la numérisation des communications (qu’elles soient voix, données ou images) renforce l’économie de gamme. C’est l’un des argumentaires principaux derrière la logique règlementaire des services de télécommunications (lire ici le CRTC).

b. Les externalités de réseaux qui sont plus spécifiques aux télécommunications puisque la valeur d’un réseau augmente à chaque usager qui s’y abonne.

c. L’incertitude de la demande pour de nouveaux services peut inciter les entreprises de télécommunications et les autres fournisseurs numériques et sous-investir dans de tels services. Cet argument valorise donc l’agrégation de la demande consommateur par le gouvernement ou encore de financer les coûts qui y sont associés afin de stimuler le marché.

d. Le manque d’information des consommateurs qui les décourage d’utiliser et d’acheter certains services de télécommunications. Cet argument est souvent utilisé afin de justifier les subsides gouvernementaux aux organisations paragouvernementales, aux PME et aux citoyens

e. Et finalement, le coût élevé de transaction aux usagers, qui est souvent reliée au manque d’information. Et j’ajouterai ici que ce coût, particulièrement chez nous, est associé au manque flagrant de compétitivité du marché des telcos qui est concentré chez quelques oligarques qui font la pluie et le beau temps à des prix indécent et pour un service minimal, en particulier en région.

4. Assurer un prix et un accès équitable partout sur le territoire. L’un des objectifs fondamentaux de tout gouvernement est de s’assurer que chaque citoyen a un accès juste et équitable pour accéder à une infrastructure essentielle. La numérisation des télécommunications fait apparaitre et exacerbe le faussé entre les villes et les campagnes, entre les riches et les pauvres et entre les centres et les régions.

 

MAJ
En 2009, l’Australie investissait $43 milliards dans ses infrastructures numériques. Ici on préfère investir $1.3 milliard dans Bombardier…

Vous aimerez aussi
Vous n’êtes pas tanné de payer bande de caves? Pont à péage et internet

L’internet en région ou comment handicaper l’essor économique

Budget fédéral : tabarnak ,haute vitesse pour le Grand Nord et quoi déjà pour les régions?

Un plan numérique pour le Québec pour éviter de se faire fourrer par les TELCOs

Verizon au Canada, levée de boucliers des Telcos et des syndicats (ou pourquoi je m’en fou)

Les problèmes liés à l’exigence du plus bas soumissionnaire et la médiocrité de nos infrastructures

Lors des appels d’offres que je rédige pour différents clients, jamais je ne conseille à mes clients d’écrire qu’ils vont travailler avec le plus bas soumissionnaire. De toute évidence le prix est toujours un facteur décisionnel, mais n’est jamais LE facteur décisionnel. D’ailleurs ma phraséologie de rédaction d’appels d’offres est souvent:

XYZ sélectionnera le soumissionnaire se conformant le mieux à ses besoins. XYZ ne sélectionnera pas nécessairement le soumissionnaire au prix le plus bas. Dans l’éventualité où aucun des soumissionnaires invités ne répond à nos besoins dans une fourchette de prix/fonctionnalités satisfaisante, XYZ peut reprendre le processus avec de nouveaux fournisseurs en excluant ceux qui auront répondu dans le premier appel d’offres.

Je me demande donc pourquoi au gouvernement on exige toujours d’avoir le plus bas prix? Il me semble que par la suite, c’est difficile d’espérer avoir de la qualité si l’un des critères déterminants, voire le critère déterminant est le prix le plus bas?

Par ailleurs, en discutant avec diverses personnes du problème flagrant du manque de qualité des infrastructures routières au Québec, quelqu’un m’avait déjà dit qu’en Allemagne, lorsque le gouvernement rédige un appel d’offres pour une portion de route, un pont ou autre, ce contrat vient obligatoirement avec une clause incluant l’entretien du dit équipement pour la durée de vie estimée d’un tel équipement. Ainsi, si vous remportez le contrat de mise en chantier d’une portion de route et que vous deviez l’entretenir pour une durée de 10 ans, il y a de fortes chances pour que trois ans plus tard, cette portion de route ne soit pas complètement à refaire.

Je ne suis sans doute qu’une grande rêveuse qui ne comprends rien aux mécanismes de lutte contre la collusion et aux exigences des contrats gouvernementaux, mais il me semble que ce n’est pas de la « rocket science » d’exiger de la qualité à juste prix et de tenir responsable un fournisseur durant une période estimée de la vie d’une infrastructure, à ses propres frais…

La tristesse de la privatisation du bien commun numérique

Le constat est triste et indiscutablement inquiétant. C’est certainement grâce à l’entreprise privée et aux services scientifiques et militaires si récemment, nous avons fêté le 50e anniversaire d’internet. Il est aussi important de souligner que ce sont les gouvernements (et en très grande partie le gouvernement américain) et les taxes des citoyens, qui ont massivement financé cette grande innovation.

Internet est très certainement, avec l’impression, la renaissance, le siècle des Lumières, la réfrigération, les vaccins, l’industrialisation puis les avions, l’une des très grandes avancées de l’humanité. Et comme pour toute innovation, elle peut autant servir le bien, que le mal.

Tout comme l’eau ou l’électricité, l’échange de « bits » est devenu malgré lui, un bien public. Et comme pour l’eau ou l’électricité, les gens qui la produisent ou la distribuent sont certainement en droit d’être convenablement rémunérés pour le travail qu’ils font. Généralement, pour ne pas dire presque exclusivement, ce sont d’ailleurs aussi les « services publics » qui gèrent et distribuent ces biens publics. Or, encore dans certains pays, ces services publics sont toujours entre les mains de conglomérats (les TELCOs) et une grande iniquité existe entre les usagers. Cette disparité est connue sous le vocable de fracture numérique.

La fracture numérique ne se limite pas à l’accès aux nouveaux moyens de communication. Il importe de distinguer trois niveaux d’inégalités vis-à-vis des nouvelles technologies :
• L’inégalité dans l’accès à un ordinateur, à Internet…
• L’inégalité dans l’usage d’outils.
• L’inégalité dans l’usage des informations issues de ces outils.

Mais il demeure que l’accès aux nouveaux moyens de communication demeure la première marche à gravir. Or, quoi qu’en dise le CRTC ou le gouvernement du Québec, la très haute vitesse et la fibre optique demeurent endémiques au Canada, tant dans les grandes villes que dans les campagnes. Ce que l’on nomme « la haute vitesse » est d’un flou à peine artistique puisque cette vitesse évolue dans le temps et qu’on aime se faire croire que la majorité des Canadiens en sont pourvus, ce qui est un mensonge éhonté. En outre, on présente souvent les réseaux de fibre optique comme étant dispendieux parce que le Canada est grand. C’est tout aussi faux. Le Canada habité n’est pas le Canada et il se compare avantageusement à la Norvège qui a déjà cette fibre optique gouvernementale, sur laquelle les TELCOs offrent le transport des données. En outre, on présente souvent ça comme une dépense alors que tout comme l’électricité, c’est plutôt une source de revenu, de développements économiques, sociétaux et scientifiques majeurs et que nous pourrions, comme l’a fait l’ONU, reconnaître qu’Internet est un droit fondamental.

Mais étant donné que nos parlementaires ne semblent pas comprendre l’importance capitale de ce « service public », nous continuerons de payer outre mesure, pour prendre du retard sur les meilleurs de la planète et nous risquons fortement de handicaper les chances de nos enfants de vivre convenablement de cette nouvelle économie plutôt que d’en être que des consommateurs…

Vous pourriez aimer lire:

Haute Vitesse : Les beaux rêves et les bonnes blagues du CRTC et des gouvernements

Comment la fibre optique nous rendrait collectivement plus riches

Pourquoi devrions-nous investir massivement dans les infrastructures numériques

Infrastructures numériques au Québec, se dépêcher d’être en retard

Comment et pourquoi implanter un programme national de large bande

Le drame des infrastructures numériques au Québec, ma conférence à la COMAQ

Frappé par un train : Ces industries qui subissent l’érosion à cause du numérique et des GAFA

Le plan numérique du Parti Québécois, trop fière de ces engagements

Frappé par un train : Ces industries qui subissent l’érosion à cause du numérique et des GAFA

Au moment d’écrire ces lignes, ce sont les médias imprimés qui pleurent en commission parlementaire pour qu’ils soient sauvés. Devant cette même commission, les producteurs de contenus Radio s’y sont présentés pour dire qu’eux aussi sont en danger et que leurs revenus sont en baisse constante et dans certains cas, déficitaires. Sans vouloir enfoncer le clou, je rappellerai que les agences de voyages, les commerces de détail, les taxis, les hôteliers et les stations de télévision ont aussi subi le même sort. Ce phénomène qui est loin d’être unique au Québec ou au Canada est généralisé. Bientôt, ce seront les banques, les assureurs, les services comptables et peut-être même les avocats et les médecins qui se feront bousiller une portion de leurs marchés par l’efficacité du numérique et de l’intelligence artificielle.

Mais dans tous ces cas, on fait du cas par cas. Dans tous ces cas, et les « victimes » de ces transformations, et les dirigeants et les gouvernements sont tout penauds de ces bouleversements qu’ils disent ne pas avoir vus venir. Dans tous ces cas, ils n’ont pas géré le changement, ils ne se sont pas adaptés et ils demandent une bouée de secours, pour se noyer juste un peu moins rapidement. Mais pour la plupart, ils se noieront indubitablement. Ils pensent, ils analysent, il tente de s’adapter avec les moyens du bord. Ils n’embrassent pas ces changements. Ils les combattent et les accusent. C’est de la faute des GAFA, d’Uber, de Netflix, d’AirBnB, d’Expedia, de Bitcoin, d’Hotels.com et de tous ces géants qui ont poussé du jour au lendemain ou qui pousseront dans les prochaines années.

Je me demande si lors de la précédente révolution, celle qu’on appelait révolution industrielle, les gouvernements étaient eux aussi tellement gros Jean comme devant que le sont nos gouvernements actuels. Je me demande si le payeur de taxes était aussi à l’aise d’éponger les pertes de ces anciens barons d’industries qui ont disparu. Je me demande à partir de quel moment, les gouvernements ont décidé de faciliter la création des chaînes de montage et de fournir l’électricité qui lui était indispensable? Quand avions-nous décidé d’instruire les travailleurs et les gens d’affaires pour qu’ils prennent efficacement le virage de cette révolution industrielle? Vous me direz que la situation était différente et vous aurez raison. Durant cette révolution, il y eut aussi la 1re Grande Guerre, la révolution bolchevique et la grande crise des années 30. Mais justement, en principe, nous devrions être plus en mesure de nous adapter et d’adapter notre main d’œuvre, de mettre en place les infrastructures numériques nécessaires à notre adaptation (fibre optique et 5G) et voir venir et être actif que d’être continuellement dans « la surprise » et la gestion cas par cas.

Je ne suis pas inquiète pour moi puisque je suis formée spécifiquement pour ça. Mais je le suis pour mon petit-fils, pour mes voisins et pour ma société. Je trouve qu’on fait dur en maudit et je ne sais plus comment me répéter, quoi faire ou quoi dire de plus, pour que collectivement on se réveille et qu’on tente de rejoindre le Kenya dans la Savane Africaine (Silicon Savanah), la Norvège, Israël ou la Corée du Sud… Je suis triste de nos débats stériles, de nos échecs collectifs et de nos soi-disantes « solutions » qu’on nomme pompeusement « innovation et création d’emplois» en y jetant des centaines de millions en attendant que les gros bénéficiaires de ces solutions, licencient, fassent faillite ou ferment carrément boutique comme l’ont fait (pour ne nommer que ceux-ci) Pages Jaunes, Gesca, Téo Taxi et plusieurs autres…

Comment tuer l’offre infonuagique québécoise en donnant nos données en pâture au gouvernement américain?

Le gouvernement pourrait privilégier les fournisseurs d’infonuagique à propriété québécoise, ce qui en garantirait la protection de la souveraineté numérique de nos données. Mais malheureusement, il semble préférer prendre le risque d’offrir nos données au gouvernement américain. Il s’agit de l’Appel d’intérêt numéro : AI-7784 : Mise en place d’offres infonuagiques – Solutions d’infrastructure-service, de plateforme-service et solutions de logiciel-service reliées et de ces annexes et addendas. Comme vous le verrez, le diable est dans les détails et ces détails quelquefois, concourent à favoriser celui-ci…

Explication

Vous le savez peut-être, le gouvernement du Québec a décidé de migrer les données du gouvernement vers l’infonuagique, communément appelé le nuage (ou le cloud). Le but de l’opération est d’économiser l’argent des contribuables et de centraliser les données afin d’augmenter l’efficacité des ministères. Ce qui est tout à fait louable et maintenant rendu nécessaire étant donné la multiplication des centres serveurs, et des technologies différentes et désuètes, qui requièrent des expertises de plus en plus diversifiées et difficiles à maintenir. Dans un reportage de TVA, nous apprenons que les données des Québécois sont à risque :

Les données de Québécois stockées dans les multiples centres de traitement sont vulnérables aux attaques informatiques, affirme le ministre délégué à la Transformation numérique, Éric Caire.

«La situation actuelle du Québec est à risque», a admis le ministre, lundi matin, en ouverture de la Semaine NumériQc, qui a lieu au Terminal de croisière, à Québec. «Il y a des brèches de sécurité».

Le Conseil du trésor a annoncé récemment son désir de placer au moins 80% des données des Québécois dans un système infonuagique appartenant à des entreprises privées comme IBM, Amazon et Microsoft. Les autres données, celles considérées comme les plus sensibles, seront protégées dans un nuage gouvernemental.

Ainsi, le gouvernement va éliminer les 457 centres de traitement informatique où sont hébergées nos données et n’en garder que deux principaux.

Pour enrayer ce problème de multiplicité des technologies et des centres de données, le gouvernement pourrait décider de développer son propre nuage, s’associer au Nuage Fédéral du Canada (comme certaines provinces le font) ou sous-contracter à l’entreprise privée l’hébergement dans le nuage de nos données. C’est cette dernière solution que le gouvernement a adoptée en faisant une demande d’appel d’intérêt en ce sens.

Le gouvernement pourrait privilégier l’offre des entreprises d’infonuagique québécoises, ou ouvrir son offre de service aux revendeurs d’infonuagique d’entreprises américaines ou à ces entreprises américaines elles-mêmes. Il semble qu’encore une fois, ce soit les entreprises américaines qui soient privilégiées.

Comment le gouvernement écarte-t-il les entreprises québécoises?

La rédaction d’appel d’intérêt est un outil permettant d’acquérir des services ou des technologies désirées par une organisation gouvernementale. Or, la rédaction d’un avis et les spécificités qui y sont exigées (à tort ou à raison) peuvent de facto, exclure des fournisseurs potentiels qui pourraient vendre ces produits et services. C’est exactement ce qui se passe avec l’appel d’intérêt d’infonuagique du gouvernement. On exige des spécifications techniques et de sécurité qui dépassent les capacités des entreprises québécoises à remplir et qui ne peuvent l’être dans les faits, que par des multinationales américaines à la Amazon, IBM ou Microsoft. On ne parle pas ici d’exigences minimales de sécurité, mais bien d’exigences maximales. Les fonctionnaires semblent s’être passé le mot pour tout faire en leur possible pour disqualifier notre offre locale avant même qu’elle puisse soumissionner… En voici quelques exemples tirés de l’addenda No6.

1. 1. Question L’exigence de 5000 serveurs virtuels et un minimum de 7 Péta octets (Po) de stockage nous apparaît comme une exigence ne pouvant être rencontrée que par 2 ou 3 fournisseurs. Afin de permettre à un plus grand nombre de fournisseurs de se qualifier et ainsi favoriser la compétition, est-ce que ces quantités de serveurs et de stockage peuvent être moindre ?

Réponse L’exigence est maintenue. Le Courtier veut qualifier des infrastructures dont l’envergure est au moins équivalente à celles de grands organismes publics. Comme mentionné à l’article AI-1.11.1 du document d’appel d’intérêt, à défaut de pouvoir qualifier des offres dans le présent appel d’intérêt, le fournisseur pourra fournir une nouvelle proposition lors de prochains appels d’intérêt.

4. Question À l’annexe 15, Exigences de sécurité, vous demandez ceci : Rapport d’audit de conformité basé sur le standard SSAE 16/SOC 2 Type II : Le fournisseur doit fournir au Courtier une copie du rapport d’audit SSAE 16/SOC 2 Type II datant d’au plus deux ans précédant la date de dépôt des réponses et attestant de la conformité à l’exigence. Nous possédons actuellement le standard SOC 2 Type I. Pour obtenir le standard Type II, nous devons avoir un historique de 12 mois à fournir en Type I. Nous sommes actuellement en cours de processus afin de l’obtenir. Accepteriez-vous que nous fournissions notre rapport actuel sous promesse de vous fournir le rapport Soc 2 Type II avant le 1er février 2020?

Réponse L’exigence est maintenue telle quelle. La présente démarche de qualification ne peut permettre aucun compromis en matière de sécurité. Un rapport d’audit de conformité basé sur le standard SSAE 16/SOC 2 Type I n’est pas conforme, que ce soit temporaire ou permanent, puisque ce rapport n’est pas jugé équivalent à la norme ISO 27001:2013. Comme mentionné à l’article AI-1.11.1 du document d’appel d’intérêt, à défaut de pouvoir qualifier des offres dans le présent appel d’intérêt, le fournisseur pourra fournir une nouvelle proposition lors de prochains appels d’intérêt.

Le marché de l’infonuagique québécois est assez récent. Il n’a pas la longévité du marché des multinationales américaines. Par contre, il se développe à une vitesse étonnante et pourra, si le gouvernement lui en donne la chance, rivaliser avec les plus grandes entreprises mondiales. Déjà, des institutions financières et des multinationales lui font confiance. Mais il semble que notre gouvernement préfère jouer les « clients difficiles » pour les disqualifier avant même que la course ne soit ouverte.

Pourquoi est-ce inquiétant?

Dans la question 1, les exigences sont telles qui si certains hébergeurs infonuagiques québécois décidaient de faire alliance et se partager le contrat, ils ne le pourraient pas. Déjà, de passer de 457 centres de traitement à cinq ou six afin de permettre à nos entreprises à soumissionner, ce serait un très grand avancement. Mais le gouvernement est intransigeant. Il n’en veut qu’un. Dans la question quatre, on comprend que certaines entreprises ont l’exigence de sécurité SSAE 16/SOC 2 Type II qui est très difficile et dispendieuse à obtenir, mais qu’ils doivent encore attendre quelques mois avant d’avoir la confirmation externe de l’accréditation. Encore une fois, le gouvernement ne veut rien savoir.

Le gouvernement aura de toute évidence le choix entre plusieurs fournisseurs ou revendeurs américains et aucune offre d’hébergeurs d’infonuagique québécois. À cause du Cloud Act, comme je l’expliquais dans mon billet Le USA Cloud act et les problèmes d’intégrité et de confidentialité des données des Québécois.

Il a été largement documenté que nos lois de protection des données personnelles ne nous protègent pas de l’intrusion possible et effective du gouvernement américain.

 

Par ailleurs, Cloud.ca prétend que :

The goal of the CLOUD act was designed to help American agencies solve the legal challenges of cross-border data collection and the application of US law in those foreign territories. The result is that this law now enables the US government to legally access data outside the US that is being managed by US companies. In effect, the data is considered under US custody & control. In addition, the same US agencies can enforce a communication ban for US companies to not disclose that the data has been collected.

Servercloudcanada.com est encore plus incisif et inquiétant quant à la prétention des pouvoirs qu’accorderait le Cloud Act

It has long been requested that the SCA become modernized. Under the CLOUD Act, American authorities can now issue a warrant or subpoena to compel U.S. based service providers to present requested data. This applies to service providers located in both the U.S. and in foreign countries such as Canada. The U.S. government has given itself the power to request data even when it breaches foreign law.

(…)
The CLOUD Act extends the reach of law enforcement, but no update has been made to the law requiring a warrant for content. Typically, officials are obliged to show a reason for investigating a suspected criminal or possible crime. But current law does not impose a standard of probable cause for electronic communications. This discrepancy has been recognized by America’s most high-ranking law enforcement officers and has been fixed in similar bills. However, the CLOUD Act remains untouched.

(…)
Some larger cloud companies can appear to be trustworthy providers if they have data centres located in Canada. But location means nothing if these companies are American-owned.

Et pour finir, la CBC disait quant à elle, ceci:

The U.S. has served notice it wants an end to measures that restrict cross-border data flows, or require the use or installation of local computing facilities. It is among the American goals for ongoing NAFTA renegotiation, posing a possible headache for Canada’s cloud-computing plans.

Conclusion

Le gouvernement pourra avoir toutes les exigences et garanties de sécurité imaginables. Si le gouvernement américain décide de venir fouiller dans ses données, ce sera à son fournisseur de le défendre, selon son bon vouloir. Il n’aura même pas la possibilité de le faire lui-même. Par contre, il pourrait aussi décider de donner une chance sérieuse à notre industrie d’infonuagique locale, la surveiller de très près et l’aider à grandir et par le fait même à consolider une expertise et des emplois ici…

PL-14 sur la transformation numérique et les données personnelles, un pas en avant pour des km de retards

C’est la semaine dernière que Monsieur Éric Caire, ministre délégué à la transformation numérique gouvernementale, a déposé le projet de loi 14 (PL-14) Loi favorisant la transformation numérique de l’administration publique. Selon le communiqué de presse du gouvernement, ce projet de loi vise à :

(…) à faciliter la mise en place de services numériques plus conviviaux et mieux adaptés aux besoins des citoyens. Il rend possible le partage d’information entre les ministères et organismes, lorsque la situation le requiert, pour améliorer la fluidité des services et simplifier l’accès aux solutions numériques gouvernementales.
Le projet de loi garantit la protection des renseignements personnels à toutes les étapes de la réalisation des projets numériques. Seuls les organismes publics spécialement désignés par le gouvernement seront autorisés à partager des renseignements personnels entre eux. L’utilisation de ces données est strictement limitée à la réalisation d’un projet d’intérêt gouvernemental, et ce, pour une durée fixe que la loi vient préciser.

C’est une étape importante et essentielle pour le développement éventuel de services gouvernementaux numériques dignes de ce nom et pour une saine prestation de service interministérielle. J’applaudis le gouvernement d’avoir fait ce premier pas. Par contre, à la lecture des prochains paragraphes, vous conviendrez comme moi qu’il s’agit en fait du strict minimum. J’imagine et je souhaite sincèrement que ce ne soit QUE le premier pas et que d’autres projets de loi viendront combler ce qui m’apparaît comme des lacunes importantes.

Les manquements évidents du PL-14

Depuis quelques années déjà, les entreprises sont soumises à la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques (LPRPDE) qui touchent les organisations et entreprises fédérales. En gros, ils doivent colliger les informations personnelles des consommateurs dans des banques de données spécifiques, nommer une personne responsable à la face du public, maintenir l’intégrité de ces mêmes données, offrir la possibilité aux consommateurs de vérifier l’exactitude de ces données et de les faire modifier si besoin et même de les effacer si tel est son choix. De plus, les entreprises seront scrutées à l’externe et s’exposeront à des amendes pouvant être très salées, s’ils ne se conforment pas correctement à cette loi fédérale. Voici d’ailleurs les 10 principes de cette loi.

    1. Responsabilité
    2. Détermination des fins de la collecte des renseignements
    3. Consentement
    4. Limitation de la collecte
    5. Limitation de l’utilisation, de la communication et de la conservation
    6. Exactitude
    7. Mesures de sécurité
    8. Transparence
    9. Accès aux renseignements personnels
    10. Possibilité de porter plainte à l’égard du non-respect des principes

Disons qu’à la lecture du PL-14, nous constatons que le gouvernement du Québec sera vraiment très loin de ces principes qui doivent assurer une certaine pérennité du consentement du citoyen, de la vérification de l’exactitude, de la limitation de la collecte, de la sécurité, de la transparence, de l’accès, de la permission et des mécanismes de plaintes et des conséquences éventuelles de ces plaintes.

Sur mon LinkedIn dans lequel je partageais cette loi, un abonné écrivit à propos de celle-ci

Suis allé lire le projet de loi. Que dire? Épeurant de vacuité par rapport à ce qui se fait ailleurs dans les pays occidentaux en matière de collecte et partage de renseignements personnels au sein des organismes publics. Rien sur le consentement éclairé des citoyens, rien sur les nouveaux renseignements personnels (biométrie et génétique). Où est le pendant pour protéger les citoyens des dérives de l’industrie privée. Seul point positif, le CT est responsable de l’application.

Par ailleurs, je comprends un peu le bourbier dans lequel se retrouve notre gouvernement. Afin d’être capable de satisfaire aux principes que notre gouvernement fédéral demande pourtant aux entreprises canadiennes, le gouvernement devrait à tout le moins avoir une gestion centralisée de ces données, ce qu’il n’a pas, et de gérer convenablement ces mêmes données, ce qu’il ne semble pas faire non plus. Dans le plan numérique du PQ que j’avais proposé, on parlait entre autre de l’architecture X-Road pour permettre de régler certains des problèmes de partage des données gouvernementales, tout en respectant la vie privée et le choix des citoyens de partager ce qu’ils veulent bien.

On parle ici de l’architecture X-Road. Créée en Estonie, l’architecture X-Road permet aux services publics du pays de s’interconnecter afin d’échanger leurs données pour faciliter la vie des citoyens. Ce modèle a permis une coopération plus poussée entre les organisations publiques et a réduit l’utilisation du papier de façon importante. En prime, les employés de l’État peuvent désormais se concentrer sur les tâches qui nécessitent des interactions humaines. Il s’agira, pour nous, d’observer ce qui se fait partout sur la planète et de retenir les solutions qui s’appliquent le mieux chez nous.

D’ailleurs, récemment le gouvernement suggérait de migrer ces données dans le « cloud » d’une des multinationales américaines avec un appel d’offres. En plus d’être un aveu d’échec cuisant de l’infrastructure des données actuelles, ça permettrait de « pimper nos données ». Lorsque j’écris ça, je ne me réfère pas à l’expression qui a le sens d’amélioration, mais plutôt à celui qu’on prostituerait nos données sensibles à un pimp qui par la suite nous ferait chèrement payer pour l’accès granulaire et intelligent de ces mêmes données. Ce qui est tout à fait scandaleux.

Données ouvertes

Dans ce document on ne dit strictement rien sur les données ouvertes ni sur la protection des données personnelles dans les contextes municipaux. On n’y parle pas non plus de l’intelligence artificielle, de la biométrie et de toutes les avancées aussi spectaculaires qu’inquiétantes que ces mêmes données permettent désormais.

Prédation des données sur le domaine public

Saviez-vous que présentement, certaines entreprises canadiennes et québécoises offrent aux municipalités canadiennes des mobiliers urbains intelligents? Ces mobiliers permettent entre autres d’enregistrer vidéo-voix-données, des usagers qui s’en servent et des passants qui circulent autour. Moi j’ai pogné un méchant buzz en apprenant ça. D’ailleurs, je sais que certains dirigeants TI de municipalités ont été outrés de tels avancés et de réaliser que ces informations étaient retransmises, sans filtres, aux fournisseurs qui proposaient ces mobiliers. Il en est de même pour les feux de circulation intelligents qui scannent les adresses MAC qui se trouvent dans un rayon de 200 mètres de ces feux, puis revendent ses informations au plus offrant, sans que personne ne s’en inquiète. Il me semble qu’il y a là une méchante matière à légiférer. L’un des exemples éloquents des dérives possibles de ce laisser-aller législatif au profit de « bienfaiteurs intelligents et de fournisseurs de gugus de données » est l’exemple récent de Sidewalk Toronto. Un projet de ville intelligente parrainée par la bienfaitrice Alphabet, maison mère de Google. Ce projet est une « expérience » de l’établissement d’un quartier intelligent en bordure du Lac Ontario à Toronto. Il permettra à Google de recueillir et de gérer les données faciales, télémétriques, de circulation et de toutes autres données qu’il jugera importantes, sans l’autorisation des citoyens qui seront ainsi fichés, de la ville de Toronto ou du gouvernement. Vous pouvez d’ailleurs lire Bianca Wilie sauter une coche très documentée dans ses articles de Medium

Sidewalk Toronto: A Hubristic, Insulting, Incoherent Civic Tragedy Part I, Part II,
Sidewalk Toronto: It’s Time for Waterfront Toronto 3.0 — Onward and Upward
Sidewalk Toronto: Amnesia, Willful Ignorance, and the Beautiful Anti-Democratic Neighbourhood of the Future

L’innovation, la prévoyance et l’ignorance

Depuis des années, nos gouvernements se gargarisent du mot « innovation ». Depuis peu, à celui-ci s’ajoutent ceux de « intelligence artificielle », « villes intelligentes » et « données ». Je suis tout à fait enthousiaste à l’avancement de la science, à l’innovation, à l’invention et à l’adaptation aux réalités technologiques qui arrivent à grands pas. J’ai même donné de mon temps, depuis des années, à l’idée d’un plan numérique pour le Québec. J’y militais entre autres pour le principe de « prévoyance », d’adaptation de la force de travail, de réseaux adéquats, de centres de données, de bases de données ouvertes et de plusieurs autres concepts fondamentaux qui nous permettront d’entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. J’aimerais « qu’on voit venir » avant de se mettre collectivement dans la marde. Il me semble que la légifération des données est l’une des étapes cruciales à la protection du citoyen face à des enjeux de plus en plus présents et potentiellement inquiétants. Malheureusement, j’observe qu’outre un cercle très restreint d’initiées, c’est l’ignorance de ces avantages, périls et enjeux qui nous guettent…

Presque tous les hommes, frappés par l’attrait d’un faux bien ou d’une vaine gloire, se laissent séduire, volontairement ou par ignorance, à l’éclat trompeur de ceux qui méritent le mépris plutôt que la louange.
Machiavel

Vous pourriez aussi aimer
The trouble with informed consent in smart cities
Eight smart cities that are restoring privacy and empowering citizens with data
CITIES FOR DIGITAL RIGHTS

X-Road Explainer from Tolm on Vimeo.

La vision numérique du Parti Québécois, réponse aux blogueurs William, Laberge et Rioux

Les blogueurs Yves William, Clément Laberge et Martine Rioux ont préparé des questions à propos du numérique à chacun des partis politiques.

RÉPONSES DU PARTI QUÉBÉCOIS

A – INNOVATION
L’innovation est au cœur des discussions lorsqu’on parle de l’avenir numérique. Tout le monde y est favorable.

Sauf que quand de nouvelles pratiques économiques émergent à la suite de certaines innovations, les pouvoirs publics peuvent se trouver rapidement démunis.

On a qu’à penser à la difficulté du gouvernement à se faire une opinion sur la meilleure stratégie à prendre face à Uber. La question est d’actualité, car le projet-pilote qui devait durer une année (et qui en a finalement pris deux) arrive à terme en octobre, tout juste après les élections.

Que proposez-vous pour que les beaux discours en faveur de l’innovation ne s’évanouissent pas chaque fois que l’innovation se transforme en très profonds et très rapides bouleversements sociaux ou industriels?

Réponse
Le Parti Québécois créera un conseil du numérique, qui sera notre « forum des sages » pour voir venir les bouleversements engendrés par la révolution numérique; il nous permettra d’y faire face de façon proactive.

Ce conseil serait obligatoirement consulté par les élus et ministères pour toute question concernant le développement numérique sur le territoire québécois. Nous créerons également un institut de recherche réunissant les plus grands cerveaux informatiques universitaires du Québec et de nombreux collaborateurs. Cet institut mettrait à la disposition de la communauté de chercheurs québécois une infrastructure de pointe pour accentuer la portée de leurs différentes expériences. Il reprendrait ainsi le modèle du Laboratoire en économie expérimentale du CIRANO (Laboratoires universitaires Bell) qui a été mis sur pied en 2000.

B- STRATÉGIE NUMÉRIQUE ET ADMINISTRATION PUBLIQUE
On entend beaucoup d’insatisfaction par rapport à la manière dont l’administration publique a intégré les technologies numériques jusqu’à présent. L’administration publique qui n’est pas particulièrement reconnue pour son agilité, sa transparence et son innovation. Est-ce justifié selon vous? Pourquoi? Quel geste faudra-t-il poser pour transformer le fonctionnement de l’État de manière à ce qu’il utilise plus efficacement le numérique?
[Question au PQ, à la CAQ et à QS]

Le gouvernement a déposé une stratégie numérique en décembre dernier. Ce document sera-t-il un point de départ pour votre action ou envisagez-vous déjà de mettre cette stratégie de côté pour établir de nouvelles orientations prioritaires? Le cas échéant, quelles seraient-elles?

[Question au PLQ]
Vous avez présenté la stratégie numérique en décembre. Comment évaluez-vous à stade l’atteinte de vos objectifs de transformation numérique? Comment comptez-vous aller plus loin si vous formez le prochain gouvernement?

Réponse
La nouvelle stratégie sera un point de départ. En plus des engagements cités à la première question, nous souhaitons obliger les grosses firmes informatiques qui obtiendront des contrats gouvernementaux à sous-traiter l’équivalent de 10 % des montants obtenus à des firmes de plus petite taille.

Nous souhaitons également mettre le Québec sur le chemin de l’identité numérique, en permettant à toute personne d’interagir avec l’État de manière totalement numérique, sans papiers.

On parle ici de l’architecture X-Road. Créée en Estonie, l’architecture X-Road permet aux services publics du pays de s’interconnecter afin d’échanger leurs données pour faciliter la vie des citoyens. Ce modèle a permis une coopération plus poussée entre les organisations publiques et a réduit l’utilisation du papier de façon importante. En prime, les employés de l’État peuvent désormais se concentrer sur les tâches qui nécessitent des interactions humaines. Il s’agira, pour nous, d’observer ce qui se fait partout sur la planète et de retenir les solutions qui s’appliquent le mieux chez nous.

Un gouvernement du Parti Québécois donnera la priorité au logiciel libre et aux standards ouverts de façon générale dans tous les projets numériques de l’État. Cette priorité peut être inscrite dans une loi et ses modalités d’application, précisées dans un décret.

C- ACCÈS À L’INFORMATION
C’est pas mal unanime: la loi d’accès à l’information, et les processus qui lui sont associés, sont de plus en plus désuets — et les plus récentes tentatives de mise à jour se sont soldées par un échec.

Dans ce contexte, ne serait-il pas plus simple de définir par une loi-cadre qui précise que que tous les documents produits par l’État québécois doivent être publics et accessibles sans restriction dans un délai raisonnable, à moins de justifications explicites? Et sinon, pourquoi?

En complément, y a-t-il un lien, de votre point de vue, entre la loi d’accès à l’information, une politique de données ouvertes et l’utilisation de logiciels à codes sources ouverts/libres par l’administration publique?

Réponse

Le Parti Québécois souhaite :

  • Adopter une politique généralisée de gouvernance et de données ouvertes, suivant le principe de « gouvernement ouvert  Autant que le permet la protection des renseignements personnels, rendre effectif un accès complet à l’information, à tous les niveaux de gouvernement, afin d’assurer la diffusion rapide et effective de l’information en la rendant accessible, compréhensible et utile aux citoyens;

  • Mettre sur pied une commission indépendante afin de rédiger une nouvelle loi d’accès, comme cela avait été le cas en 1982 lors de la rédaction de la présente loi, avec la commission Paré.

  • Le Parti Québécois souhaite nommer un ministre du Numérique; assisté du conseil du numérique, il aura pour mandats de se pencher sur ces questions et de leur trouver une réponse technologique et législative adéquate pour le développement harmonieux des données ouvertes. Par ailleurs, notre gouvernement s’assurera de développer une souveraineté des données publiques.

D- COMMERCE EN LIGNE
Le défi du commerce en ligne est complexe. Les difficultés actuelles ne tiennent pas seulement dans la timidité des commerçants locaux à faire le virage qui s’impose pour suivre leur clientèle. Le défi tient aussi à la concentration très forte dans le commerce en ligne dans les mains de quelques gros joueurs. Ex. 50% du commerce en ligne américain passe présentement par la plateforme Amazon.

Doit-on encourager en priorité la transformation numérique des commerçants par programmes d’accompagnement, de transfert de connaissances (et de compétences) avec un plus grand soutien financier?
ou
Doit-on plutôt encourager en priorité des solutions innovantes (privées ou publiques) qui misent sur la mutualisation de ressources et de services pour offrir aux commerçants des environnements logistiques qui les rendraient plus concurrentiels ?
ou
Doit-on au contraire laisser les entreprises s’adapter en fonction des forces du marché?

Réponse

Le Parti Québécois souhaite mettre fin à l’iniquité fiscale entre les entreprises québécoises et étrangères, en percevant les taxes sur le commerce électronique, pour les biens tangibles autant qu’intangibles.

Au cours des dernières années, il a été amplement question de délaisser la formule classique régissant les appels d’offres, c’est-à-dire celle qui récompense l’entreprise qui présente l’offre la plus basse. Le gouvernement du Parti Québécois croit qu’il faut introduire des critères qui récompensent l’innovation, dont les nouvelles technologies.

Le gouvernement du Parti Québécois croit que plus que jamais, il doit y avoir complémentarité entre les investisseurs privés et publics pour le financement des PME. Ainsi, lorsqu’une PME se voit refuser un prêt dans le secteur privé, le dossier devra automatiquement être soumis aux fonds d’investissement partenaires du gouvernement, comme les fonds de travailleurs et de développement régional, puis, ultimement, à Investissement Québec, qui a pour mission de rendre disponibles des capitaux dans les maillons de la chaîne de financement délaissés par le secteur bancaire. La réponse devra suivre rapidement, considérant que l’entrepreneur aura déjà fait les démarches nécessaires lors de sa demande à la banque ou à la caisse.

Ce renvoi sera automatique et obligatoire, dans la mesure où il sera désiré par l’entrepreneur. Un tel mécanisme a notamment fait ses preuves en Grande-Bretagne, par le biais de la British Business Bank.

E- CULTURE
Croyez-vous que le numérique sera globalement positif ou négatif pour les créateurs québécois? Il s’agit plutôt d’une menace ou d’une opportunité pour notre culture nationale?

Dans ce contexte, comment les nouvelles formes de diffusion des produits culturels reconfigurent-elles notre identité culturelle? Doit-on revoir notre façon de penser et définir notre culture nationale?

Faut-il modifier les systèmes sur lesquels s’appuient nos industries culturelles (quotas, subventions, crédits d’impôt, etc.) pour tenir compte de cette nouvelle réalité?

Réponse
Le Parti Québécois appuiera les initiatives de captation artistique du spectacle vivant, pour doter le Québec d’une mémoire numérique et de façon à pouvoir la diffuser sur de multiples plateformes, facilitant ainsi l’accès à la culture pour les classes défavorisées, les personnes à mobilité réduite et celles vivant dans les régions éloignées.

Un gouvernement du Parti Québécois :

  • Visera à ce que les sites de vente de contenu numérique, ainsi que ceux qui permettent la diffusion en continu, mettent davantage le contenu québécois en vitrine, par défaut, sur leur page d’accueil. Nous ciblons une proportion significative de créations québécoises et francophones, sans restreindre l’offre ni contraindre le consommateur. Il ne s’agit pas de quotas : le contenu des sites reste le même et le consommateur demeure libre d’acheter ce qui lui plaît.

  • Prendra les moyens requis pour que reviennent au Trésor québécois les sommes qui lui sont dues. Il s’agit d’une question de justice fiscale pour les contribuables québécois et d’équité pour les entreprises d’ici, qui perçoivent des taxes.

F- DÉMOCRATIE

Nous sommes face à un étrange paradoxe : celui d’une société instruite comme jamais dans l’Histoire, mais en pleine crise de confiance face au pouvoir politique et ses institutions. Cela, malgré tous les outils de communication et de réseautage à notre disposition.

Comment le numérique peut favoriser l’engagement et la participation positive des citoyens dans la vie démocratique?

Comment la transformation du fonctionnement de l’État peut-elle aider à réduire cette crise de confiance?

Réponse
Le Parti Québécois souhaite mettre en place des mécanismes de consultation réguliers de la population, autres que les commissions parlementaires; le numérique sera au centre des pistes de solution pouvant mener à de tels mécanismes de consultation.

G- ÉDUCATION

Un peu partout à travers le monde, on voit se multiplier de nouvelles institutions d’enseignement (principalement privées), de niveau collégial et universitaire.

Est-ce une bonne idée pour le Québec de répondre à cette tendance avec un service concurrent (type eCampus)? Pourquoi?
Et si, oui, quels devraient être les objectifs de ce service? Quelles priorités devraient guider son développement?

Réponse
Le Parti Québécois a pris l’engagement, dans son programme, de cultiver, chez les jeunes du secondaire et du collégial, un goût pour la science et les carrières scientifiques.

La qualité de l’éducation passe tout d’abord par un financement régulier, suffisant et prévisible du système d’éducation, ce que nous nous sommes engagés à fournir.

Au-delà d’un financement adéquat du système d’éducation, un gouvernement du Parti Québécois se concentrera sur le développement de partenariats entre les universités et les écoles primaires et secondaires. La présence d’étudiants universitaires dans nos écoles pour intéresser les jeunes à la science et aux études supérieures aura sans aucun doute des effets bénéfiques.

L’organisme Fusion Jeunesse a d’ailleurs des programmes très intéressants en ce domaine; nous pourrions nous en inspirer.

Le Parti Québécois est particulièrement sensible à l’importance de la science, de la recherche et de l’innovation dans la société du savoir dans laquelle nous évoluons. Il est important de souligner que le dernier gouvernement du Parti Québécois est l’auteur de la première politique nationale de la recherche et de l’innovation de l’histoire du Québec.

H. DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

On parle peu de numérique et de développement régional, sauf en matière d’investissement pour l’emploi. Comment l’utilisation des technologies numériques peut-elle contribuer à soutenir et raffermir les économies régionales?

Réponse
Un des plus grands obstacles actuels au développement régional, c’est la faiblesse du réseau cellulaire et, surtout, l’absence d’Internet haute vitesse partout en région.

Plusieurs entreprises voudraient moderniser leur production, faire la transition vers le numérique, vendre en ligne, robotiser des chaînes de production, mais ne peuvent pas le faire parce qu’elles n’ont pas accès à un réseau Internet de qualité. Le numérique peut rendre les entreprises en région plus compétitives, plus modernes, et ouvrir des perspectives d’avenir intéressantes.

Concrètement, comment la mise en réseau d’informations, de ressources, de fournisseurs, de données, etc, pourrait créer de nouvelles opportunités économiques?

Si oui, de quelle façon croyez-vous pouvoir soutenir ce type d’innovation? Quel rôle le gouvernement devrait-il avoir dans l’initiation de projets structurants qui pourraient consolider les économies locales?

Réponse
D’abord, le gouvernement doit être la bougie d’allumage des projets entrepreneuriaux en région. Plus que jamais, il faut qu’Investissement Québec décentralise sa prise de décision vers les régions et assure une présence physique sur le territoire. Il faut aussi qu’Investissement Québec appuie des projets émergents en région et augmente du même coup sa part d’investissements plus risqués. En deuxième lieu, les CLD – dont le financement a été partiellement puis complètement aboli par les libéraux – jouaient un rôle fondamental dans la mise en réseau des entreprises en région. À notre arrivée au pouvoir, nous voulons renflouer les budgets avec un investissement de 71 M$.

Croyez-vous que le travail à distance et le travail autonome sont des alliés du développement régional? Si oui, comment proposez-vous d’agir pour soutenir le développement de ces nouvelles formes de main d’œuvre?

Réponse
Oui, nous croyons fortement au travail à distance. La preuve : nous avons proposé durant la campagne électorale que 200 000 personnes de plus puissent travailler de la maison d’ici 2025, autant dans la fonction publique que dans le secteur privé.

Par le biais d’un crédit d’impôt et la mise en place de ressources adaptées, dont des incitatifs financiers, nous allons accompagner les entreprises pour qu’elles s’engagent dans cette voie. Nous allons même donner aux entreprises 400 $ par télétravailleur, pour qu’elles s’équipent de la technologie nécessaire.

À terme, nous croyons que cette mesure sera bénéfique pour les régions, puisque les gens pourront habiter en région et avoir accès aux mêmes emplois qu’en ville. À l’inverse, des entreprises en région auront accès à de nouveaux bassins de ressources humaines.