Infrastructures numériques au Québec, se dépêcher d’être en retard

Écouter nos politiciens parler d’infrastructures numériques ou de numérique au Québec, pour l’oreille le moindrement informée, est d’une tristesse à peine voilée. On peut se targuer d’avoir des soi-disant « villes intelligentes », de faire des symposium sur l’innovation et autres efforts de gargarisassions de mots à la mode, mais la réalité est que nous peinons à simplement suivre l’évolution des bouleversements numériques. On se dépêche d’être en retard.

Au tournant des années 2000, on se régalait avec des expressions comme « l’autoroute de l’information ». 17 ans plus tard, notre autoroute est un chemin de bois. De surcroit, il n’est même pas entretenu. Pour l’autoroute, on repassera.

Le CRTC reconnaît qu’une infrastructure à large bande bien développée est essentielle pour favoriser la participation des Canadiens à l’économie numérique. C’est pourquoi il a établi de nouvelles cibles pour les vitesses de connexion Internet. Le Conseil veut que tous les ménages et toutes les entreprises du Canada aient accès à une connexion Internet à large bande d’au moins 50 Mbits/s en téléchargement et d’au moins 10 Mbits/s en téléversement.
Bien qu’une majorité de Canadiens profitent de tels niveaux de services à l’heure actuelle, cet avantage fait défaut dans les secteurs ruraux et les régions éloignées. Dans le cadre de ses efforts déployés pour soutenir une telle infrastructure, le CRTC a établi un fonds destiné à s’assurer que des niveaux minimaux de services d’accès Internet à large bande soient offerts partout au Canada. Il prévoit qu’à la fin de 2021, 90 % des foyers et des entreprises du pays profiteront de vitesses de connexion d’au moins 50 Mbits/s en téléchargement et d’au moins 10 Mbits/s en téléversement.

https://crtc.gc.ca/fra/internet/performance.htm

Hier, notre ministre de l’économie et du numérique, Dominique Anglade, nous présentait La stratégie numérique du Québec. Dans son document, on présente des cibles que certains jugent adéquates. On peut y lire :

GRANDE CIBLE :
Que 100 % des citoyens aient accès à des services Internet haut débit et que plus de 90 % d’entre eux aient accès à des services Internet fixes très haut débit d’au moins 100 Mbps en téléchargement et 20 Mbps en téléversement d’ici cinq ans.

Puis, dans un autre encadré, on mentionne :

SITUATION DE DÉPART
• En 2016, 99 % des ménages québécois avaient accès à des forfaits offrant des débits de 5 Mpbs et plus 60.
• En 2016, 83 % des ménages canadiens avaient accès à des forfaits offrant des débits de téléchargement d’au moins 100 Mbps 61.
60. CRTC, Rapport de surveillance des communications 2017, 2017, 397 p. Pour plus d’information sur la cible, voir l’annexe 4.
61. Idem.

Or, dans le document du CRTC, on parle plutôt de 50MBPS

Comme les sections précédentes le mentionnent, dans la politique réglementaire de télécom 2016‑496, le Conseil a établi des critères pour mesurer la réalisation de l’objectif de service universel, lequel comprend la disponibilité d’un service d’accès Internet à large bande fixe ayant une vitesse de téléchargement d’au moins 50 Mbps et une vitesse de téléversement d’au moins 10 Mbps, ainsi que la disponibilité d’une option de transfert (consommation) mensuel illimité de données. Le 31 décembre 2016, un service satisfaisant à ces critères était accessible à 84 % des ménages canadiens. Toutefois, la disponibilité varie beaucoup entre les régions urbaines et rurales, 39 % des ménages ruraux ayant accès à ce type de service par rapport à 96 % des ménages urbains. Dans l’ensemble, 11 % des ménages canadiens sont abonnés à un service satisfaisant à ces critères. Il est important de noter que le Conseil avait pour objectif de rendre ces vitesses accessibles aux Canadiens, tandis que l’abonnement est à la discrétion des consommateurs.

Là où le bât blesse, est que ce minime 50 MBPS que le CRTC se targe d’être disponible à 84% de la population, est lui-même une création de l’esprit (ou de la bullshit marketé par les TELCOs). Tel que mentionné dans un document de la Fédération Canadienne des municipalités Broadband Access in Rural Canada: The role of connectivity in building vibrant communities :

Misleading data?
Impeding an assessment of the state of broadband in Canada is the lack of complete data. Anecdotally, we often hear messages regarding the poor state of Internet access in Canada, particularly in rural and remote areas, while simultaneously being told that network operators are pouring billions of dollars into network improvements. Detailed information is a closely guarded secret and, the information that is publicly available is often not completely representative of the situation.

Vitesse internet réelle et estimations des besoins futurs

Dans un rapport indépendant de la CIRA (Canadian Internet Registration Authority) CANADA’S INTERNET PERFORMANCE: NATIONAL, PROVINCIAL AND MUNICIPAL ANALYSIS APRIL 2016, on obtient un portrait plus sombre, mais également plus objectif de la réelle vitesse des services internet au Canada, que vous pouvez voir dans le tableau plus bas.

Vitesse internet réelle au Canada, par province

Ils ont d’ailleurs l’humilité de mentionner que ces observations peuvent même être sur-estimées.

It is important to note that in provinces and territories where a high concentration of tests originated in an urban center the data can over-estimate the experience of many in the entire region. This is of particular concern in the north. Yellowknife, where access is generally good, dominates the averages for the NWT + Nunavut combined. The experience of many in NWT and Nunavut will be well below the 15.4 Mbps reported here.

Par ailleurs, une étude de la très crédible Eindhoven university Technology Fast Forward » How the speed of the internet will develop between now and 2020, on peut prendre connaissance (dans le tableau ci-dessous) de la croissance des besoins en spécifiant les différences entre les besoins d’usagers moyens, de gros usagers, d’innovateurs, de retardataires et de tous les usagers.

Estimation des besoins de connectivité internet par type d'usagers pour 2020

Considérations importantes pour les besoins futurs de bande passante au Québec

J’applaudis les efforts et la volonté démontré par notre ministre Dominique Anglade et notre premier ministre Philippe couillard, de doter (enfin) nos régions de services internet potables. Ceperndant, comme vous pouvez le comprendre à la lecture de ce billet, j’ai de nombreuses inquiétudes.

  • Les cibles de vitesse internet que le Québec se donne semblent ambitieuses, mais si on fouille un peu, ces cibles (une fois qu’elles seront atteintes) seront en deçà des besoins identifiés par l’étude de la Eindhoven university Technology.
  • La mesure d’atteinte de ces cibles repose sur les données du CRTC qui elles-mêmes sont déjà la moitié de ce qui est dans l’encadré du document de la stratégie numérique du Québec et ces données, sont hautement critiqués par de nombreux observateurs dont la Fédération Canadienne des Municipalités cité ici.
  • Les vitesses disponibles dans une région peuvent être adéquate pour une personne, mais ne le seront de toute évidence pas pour une famille connectée et encore moins pour une entreprise avec des nombreux employés. Il faut comprendre que les vitesses internet, une fois branché à un routeur et divisé par le nombre d’usagers qui s’y branche, ne sont de toute évidence vraiment plus les mêmes.

C’est pourquoi, à termes (dans 5 ans), en supposant qu’on arrive réellement aux cibles du gouvernement du Québec et mesuré avec des indicateurs déficients, on risque fortement d’être toujours en retard sur les besoins réels des usagers et des entreprises. C’est pourquoi, je fais le triste constat qu’on risque fortement de se dépêcher pour être encore en retard. De surcroit, nous aurons des élections dans moins d’un an, il n’y a rien de garantie que le prochain gouvernement sjivra les recommandations traçé par le gouvernement précédent et que 5 ans à attendre que « peut-être » on ait enfin des vitesses internet qui ont moyennement de l’allure en région, c’est long en sacréfice…

Hydro-Québec et la fibre optique, la bonne « mauvaise approche » du gouvernement

Une excellente nouvelle nous vient du gouvernement Libéral du Québec à propos de la haute vitesse. En effet, selon LaPresse

Hydro-Québec étudiera la possibilité d’utiliser ses surplus de fibre optique pour aider les régions éloignées à améliorer leurs services de télécommunications.

La ministre de l’Économie, Dominique Anglade, et le directeur général de la société d’État, Éric Martel, ont annoncé mardi la tenue de cette étude, qui devrait être complétée d’ici la fin de l’année.

Plus spécifiquement, selon Direction informatique, l’étude

vise à analyser les aspects techniques, légaux, réglementaires, opérationnels et sécuritaires de la potentielle utilisation la fibre optique excédentaire que Hydro-Québec n’utilise pas.

Alors, pourquoi est-ce la mauvaise approche ? Parce qu’il me semble évident qu’Hydro-Québec ne pourrait et ne devrait certainement pas compromettre la sécurité de son réseau de fibres optiques qui est utilisé afin de garantir l’efficacité du transport d’électricité aux Québécois. Peut-être arrivera-elle à la conclusion que ses fibres excédentaires puissent être utilisées, ce qui est déjà une bonne nouvelle. Mais j’estime que les besoins en fibre optique et en service internet haute vitesse du Québec risquent d’être pas mal plus importants que cette fibre excédentaire. Aussi, les coupures de presse parlent d’aider « les régions éloignées ». Il m’apparaît dans ce cas que la Beauce n’est pas une région éloignée. D’ailleurs, ma propre municipalité, Chertsey, qui n’est qu’à 100 km de Montréal, a les mêmes problématiques que les régions « dites éloignées » et qu’elle ne sera pas dans les secteurs priorisés par l’étude d’Hydro-Québec. D’ailleurs, pour revenir à la Beauce, dans un article de LaTerre on pouvait lire :

« Une catastrophe totale »

Frédéric Marcoux n’y va pas par quatre chemins. À ses yeux, les infrastructures technologiques pour Internet haute vitesse, la téléphonie cellulaire et même le réseau de distribution d’électricité sont déficientes.

« C’est une catastrophe totale », affirme le président du Syndicat de l’UPA de la Nouvelle-Beauce au sujet du réseau électrique. En assemblée générale annuelle récemment, le producteur de lait de Sainte-Marguerite a fait de l’accès à ces trois services la priorité du plan d’action de son organisation pour la prochaine année.

En ce qui concerne Internet haute vitesse et la téléphonie cellulaire, Frédéric Marcoux estime que le service est très inégal. En Nouvelle-Beauce, explique-t-il, le relief vallonné fait en sorte que ceux qui peuvent apercevoir le mont Radar de Saint-Sylvestre sont en mesure de profiter d’un branchement aux micro-ondes. Les autres doivent se contenter de la bonne vieille ligne téléphonique.

« Avec la robotique et tous les systèmes connectés, le GPS pour les semences en grandes cultures, il y en a qui ont besoin de ça », affirme-t-il.

Une approche plus productive

À mon point de vue, une approche plus productive serait de mandater Hydro-Québec pour analyser les aspects techniques, légaux, réglementaires, opérationnels et sécuritaires de l’installation d’une « nouvelle fibre noire» à la grandeur du Québec habité, incluant les grands centres. À cette étude, il faudrait ajouter les aspects techniques, légaux, réglementaires, opérationnels et sécuritaires de l’utilisation des poteaux d’Hydro Québec pour que les fournisseurs locaux puissent brancher les clients pour « le dernier mile ». C’est l’un des problèmes majeurs que vivent TOUTES les entreprises fournisseurs d’internet. Ils doivent passer par les poteaux de Bell Canada/Hydro-Québec et Bell ne cesse d’inventer des critères, écueils et délais administratifs les empêchant de réaliser les projets de branchements qu’ils pourraient avoir pour les régions. Bien des histoires d’horreurs sont reliées à ces embuches. Comme Hydro-Québec se rend déjà dans chaque résidence du Québec, cette analyse pourrait faciliter grandement les futurs projets de fibre optique au Québec. Par ailleurs (et je ne suis pas avocate) le CRTC légifère « le transport de données ». Mais si Hydro-Québec installait la fibre optique elle-même à la grandeur du Québec et laissait « le marché » se battre par la suite aux deux bouts de la fibre, pour offrir les services internet, téléphonie et câbles, serait-elle celle qui effectue « le transport des données » ?

Aussi, dans plusieurs municipalités, il existe déjà de la fibre optique inutilisée qui se termine dans les écoles et aux diverses mairies des MRC. Plusieurs de ces fibres optiques qui ont déjà été implantées à grands coûts il y a 15 ans, sont inutilisées. Or, des ententes de location de ces fibres ont été faites à plusieurs petits joueurs dans l’éventualité qu’un jour, ils la développent. Malheureusement, pratiquement rien n’a été développé et ces fibres qui pourraient être utilisés, ne le sont pas et ne peuvent l’être à cause de l’imbroglio monumental de ces contrats de location qui ne servent encore à rien sauf, à stopper l’évolution de nos réseaux ruraux…

Le mandat que j’aurai confié à Hydro aurait donc été pas mal plus large que celui qui a déjà été donné…

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Pylône cerf

Préambule

Nos gouvernements tergiversent depuis des années et ne semblent plus avoir de projet de société. Nous avons bien eu la Révolution tranquille, la nationalisation de l’électricité, la création de la Caisse de Dépôt, la création des Cégeps, de plusieurs universités et des garderies. Mais depuis trop longtemps, nos guerres politiques internes et les divers scandales politiques ternissent cette envie de nous dépasser collectivement et de créer et d’imaginer un futur prospère pour notre nation. Cette situation me désespère et j’aimerais contribuer à ma manière à une réflexion d’action plutôt que de réaction. C’est bien beau de parler d’intelligence artificielle, de ville intelligente et d’innovation, mais bien qu’à plusieurs égards nous puissions faire notre place dans ces champs d’activités, ce ne sera qu’une infime portion de la population qui en profitera. Pour le commun des mortels, ça demeurera des mots creux. On parlera de « grappes » alors que le champ de vigne et le plat de fruit collectif demeurent d’un vide sidéral.

Ce document est ouvert à tous et apolitique. Il est donc souhaitable que vous le commentiez, que vous vous en inspiriez et pourquoi pas, que vous le fassiez vivre dans les propositions politiques des divers partis 

Quelques-unes de mes idées pour un projet de société de révolution éconumérique tranquille

Nationalisation de l’eau

Nous avons une ressource naturelle qui vaut maintenant plus cher au litre que l’essence raffinée. Pourtant, nous ne faisons pratiquement rien de l’eau que les multinationales viennent pomper ici et revendent à fort prix partout dans le monde. En outre, nous gaspillons et polluons allègrement cette ressource renouvelable dont nous pourrions tirer collectivement profit.

Si le Québec exportait 10% de ses 1000 milliards de m3 d’eau douce renouvelable par an à un prix égal au coût actuel de dessalement de l’eau de mer, soit 0,65 $/m3, et si le gouvernement percevait 10% de cette somme en redevances, cela générerait des revenus de 6,5 milliards $ par an pour le gouvernement, soit 5 fois plus que le dividende versé par Hydro-Québec.
tiré de Le Québec et sa vision économique du 19e siècle

Nationalisation des infrastructures numériques et cellulaires

Comme ça a été le cas pour l’électricité, les infrastructures numériques deviennent des outils de développements économiques majeurs. Ces infrastructures sont désuètes à la grandeur du Québec. Plusieurs études démontrent que la croissance de la pénétration de la fibre optique sur un territoire augmente significativement le produit intérieur brut de ce même territoire. Ces infrastructures se paieraient elles-mêmes et deviendraient un outil d’attraction des capitaux étrangers et de croissance de la main-d’œuvre.

most studies conclude that broadband penetration has an impact on GDP growth. However, one observes that such a contribution appears to vary widely, from 0.25 to 1.38 per cent for every increase in 10 per cent of penetration

Tiré de Pourquoi la Caisse de dépôt et placement ne s’intéresse-t-elle pas à la fibre optique ?

Voir aussi:

Internet, un impact économique plus important que l’agriculture ou l’énergie

Le pourquoi de la nationalisation des infrastructures numériques

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La piètre qualité des services internet québécois nuit aux exportations

L’internet en région ou comment handicaper l’essor économique

Création d’un ministère de la révolution numérique

Ce ministère à vocation transversale supervisera la transformation numérique de l’état et de la société. Il valorisera le code source ouvert dans l’appareil d’état et ses sociétés paragouvernementales. Il évaluera les besoins de transformation de la main-d’œuvre pour s’adapter à la révolution numérique. Il mettra sur pied un comité de sages qui feront des recommandations juridiques, économiques, politiques et sociétales pour faciliter la transition vers l’économie numérique.

Travailler à des solutions des problèmes structuraux du commerce électronique que sont le transport et la taxation.
Certains des problèmes structuraux du commerce électronique au Canada

Mettre en place les recommandations du Rapport d’étonnement

• Créer une Agence du numérique qui relèverait de l’Assemblée nationale (comme la Société Hydro-Québec qui a pour mission de gérer toutes les questions énergétiques). Cette agence relèverait du Parlement et devrait transcender les partis politiques et le pouvoir exécutif.

• Coconstruire un Plan numérique avec l’ensemble des acteurs et la population de toutes les régions du Québec, capable de développer à la fois l’économie, la culture et les savoirs, dans notre société qui doit s’adapter, comme toutes les autres, au XXIe siècle.
• Créer un Conseil national du numérique qui serait formé des représentants reconnus de l’ensemble des secteurs d’activités et de la société civile. Il serait obligatoirement consulté par le Parlement et les ministères pour toutes questions concernant le développement du numérique sur le territoire québécois. Nous pensons au modèle du Conseil supérieur de l’éducation à l’intérieur de la Loi sur l’instruction publique…

• Créer un forum de participation citoyenne indépendant du gouvernement, soutenu par celui-ci et une fondation par exemple, avec une gouvernance assurant sa neutralité. Un modèle inspirant : NESTA en Angleterre ou http://www.worldwatch.org/

• Investir prioritairement dans le savoir, et non dans l’avoir, c’est-à-dire principalement dans les transferts et la mutualisation des connaissances.

• Investir aussi dans le déploiement de réseaux à très haute vitesse (100 Mb symétrique et plus) et gérer selon les règles « OpenAccess » afin de rendre nos infrastructures interopérables, ouvertes et performantes pour communiquer entre nous et avec l’ensemble des pays avec qui nous entretenons des relations politiques, sociales et économiques.

Tiré de : Les étonnés et le rapport d’étonnement

 

Exploitation du travail à domicile

Avec des réseaux hautes-vitesses à la grandeur du territoire habité, nous n’aurions plus besoin d’autant de tours de bureaux et de l’énergie et capitaux pour les chauffer et les entretenir. En outre, la congestion routière diminuerait sensiblement. Nous pourrions commencer à songer aux campagnes intelligentes plutôt que strictement aux villes intelligentes. La délocalisation du travail est une réalité planétaire. Plus vite nous nous y adapterons, meilleur sera les chances de notre force de travail. Avec différents programmes et crédits d’impôt, nous pourrions complètement modifier nos pratiques en ce sens.

 

Production et développement des produits garantis à vie et à énergies vertes

Le temps de l’hyperconsommation et des produits à obsolescence programmée tire à sa fin. Plusieurs pays émergents se sont positionnés dans la fabrication de tels produits avec une main d’œuvre à bas couts. Pourquoi ne pas nous positionner comme étant LA société qui valorise les produits garantis à vie et ou avec des composantes biodégradables et réutilisables ? Ce serait un nouveau marché hautement lucratif.

Voir aussi:
DES PRODUITS QUI DURENT TOUTE LA VIE

Financement de la recherche sur l’énergie solaire, le transport électrique à haute tension (nous perdons 50% de l’électricité produite à cause des fils électriques désuets), des tours de transport électrique design et sur les batteries hautes-performances.

En Islande, un projet de pylônes à forme humaine

L’extraordinaire concept de tours électriques en forme de cerf

 

Financement de la recherche en
-Électrification de la machinerie, camions, tracteurs, autobus
-Pavages et toit à énergie solaire
-Conduite autonome
-Modèles d’affaires de copropriété et partage des équipements roulants
-Chaine d’approvisionnement et logistique

(Lire mon billet et écouter le vidéo qui y est présenté pour comprendre l’importance de ce financement) Pourquoi le REM est inutile et qu’Hydro-Québec doit se réinventer

Valorisation de l’agriculture urbaine, autonome, de proximité et des serres biologiques communautaires

L’objectif est de viser l’autonomie alimentaire 4 saisons dans toutes les régions du Québec.

Afin de viser à une autonomie alimentaire, nous devons être capables de nous nourrir convenablement et de continuer à nous approvisionner d’aliments frais même en plein hiver. Nos aïeuls colons avaient cette compréhension et nous pourrions retourner à ces sources de l’autosuffisance alimentaire grâce aux technologies et au partage des connaissances agricoles en terre libre et en serre avec l’ensemble de la population. Instauration de cours de jardinage dès le primaire et d’élevage et d’écologie au secondaire et transformation des plates-bandes urbaines, de portions des cours d’école et des terrains gouvernementaux en jardins communautaires et ouverts à tous. Création de crédits d’impôt pour la construction de serres bio.

Lire aussi: CourrierFrontenac : Les Incroyables comestibles : le mouvement est lancé à East Broughton

Fruits et légumes dans les parterres de l’Assemblée nationale

Les Jardins du cœur prennent racine à Victoriaville

Des poules en ville à Nicolet?

Inauguration d’une serre communautaire multifonctionnelle – Une première montréalaise en agriculture urbaine

Parler de développement durable c’est une chose, le mettre en pratique une autre…

 

Développement écoresponsable des ressources naturelles et du grand-nord

Nous avons un territoire immense qui regorge de ressources naturelles. Or ces ressources appartiennent à tous les Québécois et aux diverses nations autochtones qui peuplent notre territoire. Le développement des ressources naturelles n’est pas une course contre la montre. Que nous les exploitions ou pas, ces ressources prennent et prendront de la valeur étant donné les capacités limitées de notre planète. Alors, aussi bien analyser soigneusement les opportunités de développements des ressources naturelles et le faire en codéveloppement gouvernemental.

Aussi, pourquoi ne pas donner des « terres de la couronne » aux colons du XXIe siècle qui voudraient partir coloniser notre territoire en haut du 48e parallèle ? Ce développement devrait se faire sans créer d’autoroutes pour s’y rendre (sauf des routes de terre battue et l’utilisation de motoneiges en hiver) et valoriser les véhicules de types 4X4, Quad, chenillette, hydravion et hélicoptère. On pourrait développer un système de trains pour le déplacement des personnes, de la machinerie et des marchandises. On réduira ainsi les coûts associés au développement d’infrastructures routières, tout en préservant le plus possible l’environnement boréal. On y pratiquera et développera les services de santé à distance et approvisionneront numériquement les nouveaux villages grâce aux réseaux micro-ondes.

Santé

Planification, financement et implantation de services de santé ambulatoire, de la médecine à distance, des soins psychologique et services sociaux à distance et des chirurgies automatisées et à distance. Valorisation des services spécialisés dématérialisés tels que radiographie à distance et autres services diagnostiques spécialisés, délocalisés et numérisés. Planification et instauration des services des super-infirmières.

Instauration et financement des aidants naturels. Jumelage et expérimentation des modèles d’intégration des garderies et des centres de personnes âgés.

Éducation

Rétablissement des cours d’histoire et de sexualité au secondaire et développement de cours d’économie, de philosophie, d’agriculture et d’élevage, de cuisine et de métiers d’art et de numérique (Cours de base de codage, de vie citoyenne numérique et de réseaux).

Développement de cours de codage et de langue seconde 9avec un choix plus varié que strictement l’anglais) dès le primaire.

Développement et mise en œuvre des MOOC (Multiple Open Online Courses) pour les niveaux CEGEPs et Universitaires.

Formation aux adultes
Cours sur les usages du numérique, de codage, programmation, bureautique à code source ouvert et de réseautique.

Ministère des Infrastructures physiques

Démantèlement du Ministère des Transports du Québec et révision de fond en comble des politiques d’appel d’offres. Instauration d’appel d’offres incluant des clauses d’entretien obligatoire (comme cela se fait en Allemagne) (avec évaluation périodique par les ingénieurs du ministère) de 10, 15 ou 20 ans des infrastructures livrées et démantèlement des clauses « du plus bas soumissionnaire ». Ce ministère supervisera autant les travaux routiers, qu’immobiliers et autres infrastructures nécessaires (comme la construction des voies ferrées du Grand-Nord, les barrages et ligne de tension d’Hydro-Québec et l’établissement d’un réseau de fibres optiques et cellulaire national) au bon fonctionnement du gouvernement.

Ce ministère sera en outre responsable de la R ET D Génie civil visant à doter le Québec des infrastructures les plus performantes (au prix juste) et avec une garantie de longévité au-delà de ce qui se fait de mieux sur la planète.

Pourquoi devrions-nous faire tout ça?

De l’urgence d’un plan pour bénéficier positivement de l’économie numérique

Pourquoi le REM est inutile et qu’Hydro-Québec doit se réinventer

Étonnamment les investissements de 5 milliards dans le REM (Réseau électrique de métropolitain de la Caisse de Dépôts et de Placement du Québec) seront de l’argent jeté par la fenêtre et cet argent devrait plutôt être investi dans Hydro-Québec afin qu’ils s’ajustent rapidement aux innovations qui rendront et le REM et Hydro-Québec caducs si rien n’est fait.

Vous vous dites sans doute que j’en fume du bon ? Je vous répondrai que j’attends la légalisation du pot avant de me prononcer sur cette question :-) Je vous inviterai par contre à écouter l’excellente conférence de Tony Seba, Clean Disruption – Why Energy & Transportation will be Obsolete by 2030 présentée à Oslo en mars 2016. Avec deux images particulièrement frappantes, il explique qu’en l’espace de 13 ans, entre 1900 à 1913, les carrioles tirées par les chevaux ont été complètement remplacées par les automobiles. C’est une transformation (disruption) majeure de l’économie, des transports et de la société tout entière qui s’est opérée. C’est le même type de transformation que nous vivons présentement avec l’énergie et les transports (qu’ils soient collectifs ou individuels). À cause des innovations fulgurantes et de la baisse très significatives des coûts reliés à l’énergie et au transport, il prédit que d’ici 2030, 80% des voitures disparaitront et que grâce aux avancés de l’énergie solaire et des batteries, les industries de production d’électricité ne seront plus que l’ombre d’elles-mêmes.

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Nous nous retrouvons donc dans une situation comparable à celle d’un gouvernement qui veut investir massivement dans la fabrication de carrioles et d’étables en 1900. Nous n’avons pas la sagesse de regarder où s’en va l’économie et de nous y adapter avec prévoyance et vision. On ne se pose pas les questions fondamentales comme

-Que ferons-nous des chauffeurs de taxi, d’autobus et de camions qui perdront inévitablement leur travail?
-Comment allons-nous faciliter la formation et l’adaptation de notre main-d’œuvre aux besoins de la nouvelle économie?
-Que deviendront les grandes villes une fois que la délocalisation du travail (travail à domicile) sera la norme?
-Pourquoi construisons-nous et investissons-nous dans de supers hôpitaux alors que de plus en plus de spécialistes travailleront de leurs sous-sols (comme les radiologues qui ne sont déjà plus dans les hôpitaux)?
-Et surtout, sachant que la fibre optique devient le vecteur de transport primordial de cette économie numérique, qu’attendons-nous pour y investir massivement?

Cette dernière question est pourtant LA QUESTION cruciale. Y répondre permettrait entre autres de trouver une vocation de remplacement, ou plutôt d’adaptation pour Hydro-Québec. Elle serait aussi garante de la pérennité et du rendement des investissements de la Caisse de dépôt et placement du Québec et rejaillirait sur l’ensemble de l’économie.

Récemment, je m’insurgeais contre l’idée d’un Amazon Québec d’Alexandre Taillefer. L’idée est que même si un commerçant de Rouyn-Noranda voulait faire du commerce électronique sur cette plate-forme, il lui serait impossible de téléverser son inventaire en ligne à cause de la vétusté des services internet de cette région. Un de mes clients, manufacturier de classe internationale de l’Estrie, doit prendre sa voiture et venir à Montréal pour mettre à jour son site web, étant incapable de le faire de son établissement en région. Les exemples d’aberrations de notre vision stratégique sociétale sont nombreux et pendant ce temps, on se gargarise « d’innovations » qui ne veulent rien dire dans le contexte de transformation majeure de l’économie qui s’opère.

On aura sans doute la calèche la plus performante, la plus légère et la plus économique de la planète, alors que le reste du monde roulera en voiture électrique autonome… :-(

Voici certaines des prédictions (très documentées) de Tony Seba

This $12 trillion/yr disruption will melt down investment portfolios based on these soon-to-be obsolete industries. The Clean Disruption will also provide ample opportunities for entrepreneurs and investors to create new products, services, markets, and industries.Tony Seba’s recent book “Clean Disruption of Energy and Transportation” shows how the disruption is unfolding. This book focuses on market disruptions caused by exponential technology improvement, business model innovation, and disruptive product design enabled by this technology convergence. “Clean Disruption ” projects that by 2030:
– All energy will be provided by solar or wind.
– The architecture of energy will flip from centralized, command-and-control, secretive, and extractive to distributed, mobile, intelligent and participatory.
– Electric Utilities as we know them will be obsolete.
– Oil will be obsolete.
– Nuclear will be obsolete.
– Natural Gas will be obsolete.
– Coal will be obsolete.
– All new mass-market vehicles will be electric.
– All new mass-market vehicles will be autonomous (self-driving).
– The auto industry will shrink by 80%.
– 80% of parking space and highway space will be redundant.
– The parking industry will be disrupted.
– The car insurance industry will be disrupted.
– The construction and real estate industries will change dramatically.
– Cities will undergo the most radical transformation since horses gave way to gasoline cars and electric streetcars.
– Taxis as we know them will be obsolete.
– Logistics as we know it will be obsolete.

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Alexandre Taillefer , notre gouvernement et le financement du copycat

Alexandre Taillefer est un homme brillant qui a de la suite dans les idées. C’est aussi un opportuniste dans le bon sens du terme. De surcroit, il a la chance d’être bien « plogué » avec les gens de pouvoir et les financiers gouvernementaux qui font valser les millions issus de nos impôts. Ses idées ne sont pas du siècle dernier comme peut l’être la cimenterie de Port-Daniel (de la famille Bombardier) qui a reçu au moins 450 millions de dollars.

Mais avant de parler du cas Alexandre Taillefer, j’aimerais vous rappeler certaines habitudes « réactives » de notre bon gouvernement (et de ses financiers gouvernementaux). Il y a 15 ans, c’était l’industrie hôtelière qui était dans le marasme. Les tripadvisor, expedia et autre hotels.com chamboulaient les habitudes de consommations. L’Ontario décida de créer « les clés du tourisme » afin d’outiller les prestataires touristiques pour qu’ils se prennent en main. Ici, on créa BonjourQuebec.com afin de tenter de remplacer les « joueurs venus d’ailleurs ». Comme vous le savez peut-être, ce fut un gouffre financier qui profita allègrement à Bell qui était le partenaire du Ministère du Tourisme. Les prestataires québécois eux, continuèrent d’être poche en ligne et de voir une portion importante de leurs revenus être accaparé par les intermédiaires en ligne.

De même Quebecor et sa filiale Canoë, voulaient compétitionner les grands de ce monde. Ce qui me fit dire sur Twitter

Alexandre Taillefer propose de créer un Google et un Facebook québécois
Alexandre Taillefer veut créer un Amazon québécois
Ça me rappelle le « TonTuyau » de Quebecor pour contrer YouTube et Espace Canoë pour combattre MySpace Au moins, Quebecor faisait ça avec son argent…

Ce à quoi monsieur Taillefer répondit

Franchement insultant.

Il faut ici noter qu’en l’espace de deux jours, on pouvait lire les titres Forum Culture + Numérique: Alexandre Taillefer propose de créer un Google et un Facebook québécois et Alexandre Taillefer veut créer un Amazon québécois. Vous m’excuserez donc cher monsieur Taillefer mais c’est plus fort que moi et disons que ça frappe mon imaginaire…

Comme vous le savez peut-être, TonTuyau et Espace Canoë n’existent plus. Mais que voulez-vous, nous avons ce réflexe de copycat bien ancré dans nos gènes collectifs. Vous souvenez-vous du Miniputt? Un Miniputt, c’est bien. Dix miniputt, c’est encore bien. 100 miniputts, et ils ferment tous. La même chose pourrait se passer avec le concept arbre en arbre /arbraska, le nouveau Miniputts.

Par ailleurs, au début de ma pratique il y a 15 ans, existait le crédit au développement informatique. J’ai rencontré au moins 25 entrepreneurs qui avaient développé le nouveau CMS qui devait révolutionner la planète et aujourd’hui, aucun d’eux n’est encore en affaire. Toutes ces « inventions » copycat ont été largement financées avec nos impôts. Je me souviens aussi des investissements majeurs de la Cité du commerce électronique et de la Cité du multimédia. Des centaines de millions qui ont enrichis les entrepreneurs en construction et qui sont maintenant occupés par les CGI et Cognicase de ce monde.

Cela étant dit, l’innovation est souvent aussi de prendre quelque chose qui existe déjà et de l’améliorer avec un ajout ou une modification qui en fait quelque chose de différent. C’est ce qu’a fait monsieur Taillefer avec son fameux taxi Teo. Le timing était parfait pour lui. Le gouvernement du Québec ne se pouvait plus avec les voitures électriques, Uber grugeait le modèle d’affaires des taxis traditionnels et le gouvernement ne savait plus comment le contrôler. La solution évidente devenait d’allonger des dizaines de millions à monsieur Taillefer qui devenait le sauveur de notre industrie locale. Ainsi, il put recevoir 30 millions de notre gouvernement (via entre autres la Caisse de dépôt).

Ces 5 millions $ versés à Taxelco s’ajoutent aux investissements de 25 millions $ de la Caisse de dépôt et d’Investissement Québec.

«Nous sommes le groupe le plus impliqué et le plus ambitieux pour électrifier les transports au Québec», dit Alexandre Taillefer. Cette vaste stratégie a été, selon lui, le facteur décisif pour convaincre de grands joueurs de s’impliquer. La Caisse de dépôt et Investissement Québec participent à XPND2, lancé en novembre dernier. Ce fonds a amassé 75 millions pour déployer ce plan. «Ce ne sont pas des subventions, précise-t-il. Ils ont investi de l’argent, aux mêmes conditions que moi.»

Tout comme Bell avec BonjourQuébec, on ne parle pas de subventions. On parle ici d’investissement…

Monsieur Taillefer étant un fin observateur de la scène politique québécoise et étant de tous les grands débats numérique, remarque à juste titre que notre gouvernement et ses institutions ne savent plus comment appréhender la bête numérique. La Culture et les communications ne savent plus comment freiner l’érosion des revenus publicitaires et le commerce de détail ne sait plus comment faire face aux géant américains. Le réflexe traditionnel est de demander à ceux qui savent de les sortir de leur aveuglement. Ça a déjà été Bell, CGI, Quebecor ou Bombardier et là ça s’enligne pour être Taillefer.

Mais se pourrait-il qu’à l’instar de l’Ontario (avec l’initiative citée plus haut) ,on songe plutôt à outiller les petits acteurs pour qu’ils prennent leur place? Est-ce possible qu’on légifère pour récupérer nos taxes et qu’on prenne des mesures pour redistribuer les droits d’auteur aux ayants droit? Serait-ce une bonne idée d’investir massivement dans des infrastructures cellulaires et internet à prix abordable à la grandeur du Québec jumelé au développement de l’expertise numérique chez nos entrepreneurs afin qu’ils puissent être en ligne convenablement? Est-ce une bonne idée qu’au lieu de faire à la place du citoyen qu’on lui montre comment faire et qu’il ai les réseaux de bande passante pour le faire?

« Si tu donnes un poisson à un homme il mangera un jour; si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours »

Il faudra un jour que collectivement, on cesse de donner du poisson…

Si entretemps, monsieur Taillefer qui est un excellent pêcheur arrive à se faire financer du poisson par nos gouvernements, j’en serai très heureuse pour lui. Mais j’ai bien peur que collectivement, on reste sur notre faim…

MAJ

Je serais une gérant d’estrade http://www.michelleblanc.com/2017/03/24/je-serais-une-gerant-destrade/

MAJ2

On veut faire un AmazonQuebec alors que les marchands ne peuvent même pas uploader une photo. Faudrait peut-être revoir les priorités…
Les élus mettent de la pression: assez, c’est assez !

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Certains des problèmes structuraux du commerce électronique au Canada


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Certains des problèmes structuraux du commerce électronique au Canada

De toute évidence, le plus gros problème des entreprises Canadiennes et québécoises face aux défis du commerce électronique, est leurs propres inhabilités ou pires, leur absence à acquérir une saine présence en ligne. Cela va de soi. Mais au-delà de cette présence qui est déjà déficiente, plusieurs autres problèmes structuraux nuisent à nos entreprises.

Tout d’abord, la question de l’iniquité des taxes (en ligne vs hors-ligne) est un facteur déterminant dans le déclin des ventes en magasin et en ligne au Canada. C’était d’ailleurs un argument présenté la semaine dernière par le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), tel qu’expliqué chez Radio-Canada.

« Le problème fondamental, c’est que nous assistons à une situation inéquitable au vu et au su de nos décideurs politiques », a résumé le président-directeur général du CQCD, Léopold Turgeon, lors d’un point de presse tenu mardi matin, à Québec.
« Le CQCD dénonce cet état de fait depuis au moins trois ans et rien ne bouge », déplore-t-il, en soulignant qu’il en va pourtant « de la survie même de plusieurs détaillants et, par extension, de celle de nos artères commerciales et de nos centres commerciaux, partout au Québec. »
« Nos détaillants ici paient des taxes, des salaires, des loyers, alors que toutes les entreprises étrangères qui nous envoient leurs produits, leurs services, ici, au Québec et au Canada, ne contribuent en rien à l’économie du Québec », résume M. Turgeon dans sa capsule diffusée en ligne.

Puis il y a la question des coûts de transport avec Poste Canada. J’en parlais récemment dans mon billet : Comment Poste Canada nuit au Commerce en ligne canadien.

Faire livrer un produit acheter en ligne au Canada chez une entreprise canadienne peut coûter jusqu’à dix fois plus cher que si le même produit est livré par une entreprise chinoise, depuis la Chine.
C’est le triste constat que fait l’entrepreneur Claude Denis, PDG d’Électro-5 dans une lettre qu’il a adressée à Françoise Bertrand, Présidente du Groupe de travail sur l’examen de Postes Canada.

Il y a certainement aussi la fracture numérique qui existe entre les services internet disponibles dans les grands centres et ceux disponibles en régions. Ainsi, un commerce de détail qui se trouve dans l’une de ces régions aura toutes les difficultés du monde à téléverser les images de son produit sur son propre site internet. Si cette entreprise doit téléverser des vidéos ou un inventaire très volumineux, on parle alors d’une tâche quasi impossible. Cette fracture numérique grand-centre/région est un thème abordé dans ce blogue depuis des années déjà.

Finalement, il y a aussi le problème criant de la disparité des prix et des taxes, des deux côtés de la frontière canado-américaine, pour un produit strictement identique. C’était le propos d’un article du National Post hier Why Canadian Club is cheaper in America: A product-by-product look at the U.S.-Canada price gap.

BFGoodrich Advantage T/A (size 195/65R15)
U.S. (TireRack): $94.75 ($71.25 USD)
Canada (Canadian Tire): $120.99
Price gap: 27.6% more expensive

Canadian Club Whiskey (1.75 L)
U.S. (BevMo!): $25.25 ($18.99 USD)
Canada (LCBO): $59.00
Price gap: Canadian price is 233% of U.S. price (133% higher)

Mini stripe crewneck sweater
U.S. (The Gap): $79.73 ($59.95 USD)
Canada (The Gap): $64.95
Price gap: 18.6% cheaper

Barney’s Version
U.S. (Barnes and Noble): $15.27 ($11.48 USD)
Canada (Chapters Indigo): $19.98
Price gap: 31% more expensive

The Canadian Customs Tariff Schedule is a 1,600-page document detailing virtually every product known to humanity, and outlining whether or not it’s slapped with a surcharge at the Canadian border. Near-identical products can have wildly different tariffs, and the tariff also depends heavily on where the product is from. Footwear is a particularly byzantine section of the schedule. Soccer cleats are hit with a 17.5 per cent tariff, while Australian cleats are only 13 per cent. A women’s running shoe can be hit with a border tariff of as much as 18 per cent, while luxury women’s shoes with an “at cost” rate of more than $30 only get an 11 per cent tariff. For reasons that may be forever lost to history, the highest shoe tariff of all (20 per cent) is for “riding boots.” Nobody ever lost an election by levying higher taxes on people who own ponies. 

C’est intéressant de s’attaquer aux défaillances de présence en ligne de nos entreprises, mais il ne faudrait certainement pas oublier les autres facteurs qui aggravent de manière généralisée, la compétitivité de nos entreprises qui y sont déjà, face à cette concurrence qui est de plus en plus mondiale…

Pourquoi devrions-nous investir massivement dans les infrastructures numériques

(Dévoilement j’ai travaillé autant pour le PQ que le PLQ à titre de consultante pour les questions numériques)

 

Enfin, il est de plus en plus question des infrastructures numériques au Québec et au Canada. Il était temps. La ministre Anglade entamera une consultation populaire à ce sujet dans les prochains jours, tandis que la candidate à la chefferie du PQ, Martine Ouellet, si elle devenait première ministre, donnerait deux ans aux TELCO pour fournir 1GBPS aux Québécois, sans quoi elle nationaliserait leurs services.

 

Mais POURQUOI faut-il s’intéresser à cette question de large bande ?

 

Pour le commun des mortels, la consultation publique qui s’amorce au Québec n’est sans doute que de peu d’intérêt. Qu’est-ce que ça mange en hiver la large bande et quel impact ça peut bien avoir dans nos vies ?

 

La large bande est (pour faire simple) des liens internet très haute vitesse. Ça va potentiellement si rapidement que vous n’aurez pas besoin, à court terme, de toute cette puissance de vos branchements internet. Pour vous expliquer, le Canada se targe d’avoir de la haute vitesse à 5MBPS (pour méga bit par seconde) alors que la ministre Anglade propose de fournir 30 MBPS pour tous les foyers québécois et que la candidate à la chefferie du PQ réclame quant à elle 1000 MBPS qu’on traduit aussi par 1GBPS.

 

Le Québec peut faire quelque chose pour les infrastructures filaires, mais n’a que très peu de possibilités d’intervention pour les infrastructures mobiles, ce champ d’activité étant strictement sous contrôle du fédéral et du CRTC. Mais pour le filaire, il semble que l’on puisse agir (à ce que je sache). Aussi, les deux paliers de gouvernements se gargarisent depuis bientôt 10 ans du mot-valise « innovation ». Or, les innovations circulent sur des réseaux qui sont justement des infrastructures numériques. Les nôtres sont désuètes et nous coutent la peau des fesses (comme consommateurs).

 

Les bénéfices de la très large bande

 

La très large bande circule le plus efficacement sur la fibre optique. C’est ce que nous appelons « Fiber to the home » ou FTTH (la fibre jusqu’à la maison et c’est loin d’être la « Fibe » que Bell Canada a si judicieusement utilisé comme termes pour désigner l’un de ses services).

 

Parlant d’innovation, les récents déboires d’Uber au Québec, ne sont que l’un des nombreux changements qui nous attendent et qui sont issus de cette nouvelle révolution industrielle, qu’est l’économie numérique. L’un des pays les plus visionnaires à ce chapitre est la Norvège. Très tôt, dès 2004 en fait, ils ont identifié que la FTTH était la bouée de secours indispensable pour se positionner dans cette nouvelle économie et y ont investi massivement. D’ailleurs, l’internet le plus rapide de la planète se trouve dans un « shack » isolé de la mer du Nord, sur l’île de Bjørndalen, à plusieurs centaines de kilomètres de la Norvège.

L'internet le plus rapide du monde
(source: http://www.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303325204579467542262163298)

Le tableau suivant, illustre de façon éloquente, plusieurs des bénéfices qui y sont associés. Pour ne prendre que quelques exemples, imaginez un réseau fibre optique à la grandeur du Québec si efficace, jumelée à des incitatifs fiscaux favorisant le travail à domicile, pourraient réduire très substantiellement le trafic, les congestions routières, l’énergie pour chauffer les grandes tours à bureau, le pied carré commercial nécessaire, la pollution, le besoin d’un nouveau train électrique à Montréal et favoriser la croissance des régions. Imaginez aussi que présentement vous pouvez faire votre bac en ligne à Virginia Tech. Il serait sans doute intéressant par exemple que l’UQAC se questionne à savoir comment elle va faire compétition avec ça dans les années à venir.

 

Bénéfice socio-économique de la FTTH
(Source: http://www.epliitto.fi/images/09_Tobias%20Ahl_FTTH%20Council.pdf)

 

On investit massivement dans de super hôpitaux alors que présentement, plusieurs radiologistes américains travaillent de chez eux, avec de la large bande. Il en sera ainsi de plusieurs spécialistes médicaux et les consultations médicales virtuelles iront en s’accélérant.

 

Nos campagnes se vident parce que les jeunes s’y sentent coupés du monde et qu’ils vont chercher du travail en ville. La très haute vitesse permet de garder et de créer des emplois en région et de dynamiser les économies à la grandeur du territoire. Un travailleur de l’économie numérique n’a pas besoin d’être en plein centre-ville. S’il a de la très haute vitesse, il peut très bien travailler de n’importe où sur la planète.

 

Au moment d’écrire ces lignes, nous n’avons certainement pas besoin d’avoir 1GBPS par résidence au Québec. Mais d’ici 5 ans, le temps de mettre sur pied un réseau digne de ce nom, ça pourrait changer drastiquement. Les emplois les plus payants de cette économie qui bouleverse déjà tout transiteront par ses réseaux. Il y a présentement une course à l’installation du FTTH et nous sommes en queue de peloton. Voilà quelques-unes des très nombreuses raisons pourquoi, ça devrait vous faire réagir, pour vous, mais aussi pour vos enfants et pour votre propre sécurité financière pour les années à venir.

 

Maintenant comment devrions-nous financer de telles infrastructures ? En nationalisant, en faisant des PPP, en subventionnant les TELCOs ou en favorisant la création de coops municipales ? Là est toute la question qui sera débattue dans les prochains mois. Je vous suggère donc fortement de vous impliquer dans ce débat parce qu’il fera la différence entre une position de superpuissance ou de tiers-monde numérique…

Question de vous prouver que je n’exagère pas lorsque je dis que nous sommes au tier-monde numérique et que contrairement à plusieurs informations dont celles de l’IEDM qui disait n’importe quoi dernièrement à propos de nos services de télécom (à moins que ce ne soit de l’infopub commandée par les TELCOs), voici un tableau de la pénétration de la FTTH dans le monde.(Tiré de Five common FTTH myths debunked) Et le Canada est à la troisième avant-dernière ligne :-(

tableau de la pénétration de la FTTH dans le monde

 

 

En prime, cette succulente vidéo :-)

La Blague de IEDM et du CRTC à propos de l’internet haute vitesse au Canada

La semaine dernière, je discutais avec des amis à qui il était venu aux oreilles que de hauts fonctionnaires disaient que le Québec n’avait pas besoin de services internet à haute vitesse. Ils prétendaient que 96% des ménages Canadiens avaient accès à la haute vitesse et que le 4% qui ne l’avaient pas, c’était parce qu’ils ne savaient pas comment ça marche. Et le haut fonctionnaire était certain de cette affirmation parce qu’elle venait des TELCO (Compagnies de téléphones et de câblodistribution). De toute évidence, mes amis sautèrent une coche. il y a deux semaines, lors du lancement du Plan d’Action en Économie Numérique du Québec, en fumant une clope, je rencontre un pote de chez Bell Canada qui me sort les mêmes sornettes. Il ajoute que c’est la vérité puisque ça vient du CRTC. Comme c’est un pote, j’ai ri poliment dans sa face en lui disant que c’était pitoyable de berner les gens de la sorte. Toujours est-il que j’ai retrouvé cette citation dans une étude de l’IEDM L’ÉTAT DE LA CONCURRENCE DANS L’INDUSTRIE DES TÉLÉCOMMUNICATIONS AU CANADA – 2016.

D’après le CRTC, 96 % des ménages canadiens pouvaient bénéficier d’une vitesse de téléchargement de 5 Mbps en 2014, une vitesse qui permet à un internaute de faire à peu près tout ce qu’il veut sur le Web, y compris regarder des vidéos d’assez haute qualité – et 77 % des ménages sont abonnés à un tel service comparé à 71 % à peine un an plus tôt.

Et le paragraphe suivant on peut lire aussi

En 2014, 93 % des Canadiens étaient également couverts par un réseau sans fil LTE, une technologie 4G offrant des vitesses excédant 5 Mbps. Comme de plus en plus de Canadiens accèdent maintenant à Internet par un téléphone intelligent ou une tablette électronique plutôt qu’un ordinateur personnel, il s’agit là d’un autre indicateur de la disponibilité d’Internet haute vitesse.

À lire ces deux passages, on se croit réellement dans le meilleur des mondes. Or c’est on ne peut plus faux. D’abord, Comment est définit la haute vitesse au Canada? (tel qu’on peut le lire dans L’Enquête québécoise sur l’accès des ménages à Internet 2012, INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC):

Internet haute vitesse Au Canada, une connexion Internet qui permet un débit d’au moins 1,5 mégabit par seconde (Mbit/s) est dite à haute vitesse.

Juste pour que vous compreniez (traduit librement de Quora), avec une vitesse de 1.5MBPS, disons que vous voulez télécharger un film de 700MB ( l’équivalent de 5,600 Mbit et on s’entend que ce n’est pas un film de 2 heures en HD), il vous en prendra 93 minutes. Vous aurez donc le temps de vous faire à souper, de souper et de prendre votre digestif avant que le film soit téléchargé.

Ensuite, ce n’est pas parce que le client paie pour 5MBPS que c’est réellement la vitesse qu’il recevra. D’ailleurs selon le Consumer Report américain, même une vitesse de 5MBPS est considérée comme une vitesse déficiente.

Netflix and others say your Internet service needs to run at at least 5Mbps for streaming HD shows and movies—streaming 4K videos requires much greater speed—but 5Mbps is sufficient for only one user at a time. And given how much data Americans consume, 5Mbps isn’t going to cut it since performance can suffer as your broadband speed is split among more simultaneous users and/or activities. Deloitte LLP’s recent Digital Democracy Survey of 2,000 consumers age 14 or older, 90 percent of respondents said they multitasked—browsing the Web and texting, for example—while watching programs.

The FCC considers 10Mbps to 25Mbps reasonable for households that stream video, but heavy data users might want even more robust connections of up to 50Mbps or more. The good news is that often you can upgrade from 25Mbps to 50Mbps service for as little as $10 more per month.

But even if you pay for faster broadband, you might not get that speed boost all the time. Cable Internet service can slow down during the evening when more people in your area are also streaming. Congestion can also occur farther up the line when data travels though third-party networks, which can also get bogged down by traffic.

Et étonnamment, 5MBPS est l’idéal souhaitable de la haute vitesse au Canada.

Habitant en région (Lanaudière) et faisant régulièrement le tour de la province, je suis à même d’observer la déficience de nos réseaux cellulaires et services internet, surtout en région. Si vous habitez un grand centre, vous trouverez que c’est dispendieux, mais vous vous direz que les gens des régions se plaignent peut-être pour rien.

Vous trouverez ça dispendieux probablement parce que même si vous avez des réseaux cellulaires et internet potables, vous devrez payer de nombreux « extra » une fois que vous aurez atteint le maximum de téléchargement permis par le forfait de votre fournisseur. C’est ce que l’on nomme un « data cap » et le Canada, encore une fois, fait piètre figure à ce chapitre.

En conclusion de cette triste blague, je laisse la parole à la Fédération Canadienne des municipalités, tiré de leur document Broadband Access in Rural Canada: The role of connectivity in building vibrant communities.

Impeding an assessment of the state of broadband in Canada is the lack of complete data. Anecdotally, we often hear messages regarding the poor state of Internet access in Canada, particularly in rural and remote areas, while simultaneously being told that network operators are pouring billions of dollars into network improvements. Detailed information is a closely guarded secret and, the information that is publicly available is often not completely representative of the situation.

Vous pourriez aimer aussi lire:

Tiré de UnBlockCanada

Why internet upload speed in Canada lags behind world average. Source: CBC.

Canada is way below the OECD average on fibre Internet adoption. Source: OECD Communications Outlook 2013.

Canada ranks behind 33 other countries. Source: Huffington Post.

OECD Report: Canada Still Among Ten Most Expensive Countries for Broadband Internet Services. Source: Michael Geist.

Phone, Internet costs soar in Canada, StatsCan data shows. Source: Huffington Post

De mes archives:

Verizon au Canada, levée de boucliers des Telcos et des syndicats (ou pourquoi je m’en fou)

Un plan numérique pour le Québec pour éviter de se faire fourrer par les TELCOs

Comment et pourquoi implanter un programme national de large bande

La piètre qualité des services internet québécois nuit aux exportations

Le pourquoi de la nationalisation des infrastructures numériques

La stratégie numérique du Québec, c’est sans doute pour avoir un meilleur Facebook

Vendredi dernier, la ministre Anglade accompagnée du premier ministre Couillard, ont déposé leur Plan d’Action en Économie Numérique du Québec(PDF). Tout le gratin technophile et économique y était. Mais monsieur/madame tout le monde, les médias et même les partis d’oppositions, ont l’air de s’en foutre éperdument. Ils ont tous deux exprimés des critiques disons, laconiques (ici et ici).

Le commun des mortels ne semble pas s’émouvoir de la gravité et de la précarité de notre position collective concurrentielle dans le marché maintenant mondial de l’économie et de ce changement de paradigme majeur qu’est l’économie numérique. Le plus ironique de la chose est que plus souvent qu’autrement, ce sont ceux qui ont peu à gagner de ces transformations, qui militent pour un réveil collectif. Les geeks font déjà de l’argent et ne risquent pas d’en faire moins avec ou sans l’appui de la population. Par contre, elle, cette population, pourrait se retrouver « gros Jean comme devant » si elle ne prend pas conscience des changements qui sont déjà là et qui continueront de s’accélérer.

Bien des agences de voyages ont fermé. Il y a dix ans, beaucoup de propriétaires d’agences de voyages paniquaient seuls devant leurs destins. Bien des chaines de commerce de détail ont fermé, pourtant seulement seulement 12 % des entreprises québécoises des secteurs de la fabrication, du commerce de gros, du commerce de détail ou des services
vendent leurs produits et services en ligne. Bien des usines de confection vestimentaire sont aussi disparues. Tous cela est maintenant fait en Asie. Les chauffeurs de taxi sont heureux de voir le gouvernement maté Uber mais ne s’inquiètent pas des voitures autonomes qui les feront définitivement disparaitre. Il y a deux ans, nous avions les états généraux de l’éducation supérieure et pas une fois le numérique ne fut mentionné. Nous avons bien un Plan numérique Culturel mais il ne servira qu’à rattraper l’indécent retard de cette industrie par rapport à la communauté internationale. L’Afrique se dote d’un Silicon Savannah alors que nous pourrions songer à un Silicone Boréal. Nous avons des services cellulaires et internet à des prix hors proportion pour des vitesses pitoyables mais on nous fait croire que c’est parce que le Canada est grand. On ne soulève pas les conflits d’intérêts des TELCOs qui sont câblo, diffuseurs de contenu, producteurs et régie publicitaire à la fois. On ne dit pas non plus qu’ils doivent installer trois fois des antennes cellulaires pour un même territoire strictement parce qu’ils utilisent des technologies non-compatibles. Notre dévoué CRTC juge que 5MBPS est une vitesse rapide pour tous les Canadiens. Pourtant, bien des pays du monde vise le 100MBPS ou même le 1000 MBPS.(PDF) C’est comme si lors de l’avènement de l’électricité, nous étions fiers de continuer de nous chauffer au bois et luttions pour sauver les vendeurs de glace et de charbon parce que le réfrigérateur et le calorifère électrique, bah, ce n’est pas très important. Ce qui importe, c’est de garder des jobs pour les semaines à venir et de toute façon, la technologie et la révolution industrielle, ils auront besoin de nos ressources naturelles, faut pas s’inquiéter. Nous pourrons encore draver pendant des années…

Voici d’ailleurs la critique que j’ai fait lors de l’émission 24 heures en 60 minutes, du Plan d’action de la stratégie numérique, tout de suite après l’entrevue de la ministre Anglade. Ironiquement, d’habitude c’est l’opposition officielle qui critique le dépôt d’un plan du gouvernement. Faut croire que les oppositions n’avaient rien à dire ou que les députés étaient déjà partis en long week-end. Je les remercie dont de m’avoir offert cette belle visibilité par leur absence :-)

24/60 Politique numérique du gouvernement Couillard. Entrevue avec Michelle Blanc, à partir de 31:30

24-60-2

Comment et pourquoi implanter un programme national de large bande

Depuis des années, je vous parle du besoin d’un plan numérique pour le Québec et le Canada. Depuis des années je mentionne que la question des infrastructures numériques est à la base de cette même planification du numérique. Or comment pouvons-nous faire ça? D’un côté, on peut nationaliser les infrastructures numériques (internet et cellulaire) comme nous l’avons déjà fait pour l’électricité et à l’autre extrême, on peut financer les Telcos pour qu’enfin elles donnent accès à ses services aux régions. Et entre les deux, on peut faire l’un des fameux PPP (partenariat public-privé). Mais qu’ont fait les autres états? Qu’est-ce qui fonctionne? Que devrions-nous faire? C’est la question que pose le document Benchmarking 15 national broadband plans de Cullen International (financé par Erickson).

Les constats de Cullen international (librement adaptée)

Un plan de large bande ambitieux a plus de chance d’avoir de l’impact. Une cible très élevée peut être inspirante (même si les réalisations concrètes peuvent être moindres que l’objectif initial, le changement sera néanmoins significatif)

L’ambition du plan de large bande doit être étendue et avoir une portée. Plus l’envergure de ce plan sera large, plus il risque d’avoir un impact important sur l’économie nationale et la société

Aucun des constats précédents n’aura d’importance (aussi ambitieux qu’ils puissent être) si les cibles à atteindre n’ont pas été définies clairement avec un plan robuste et une organisation efficace devant en assurer son implantation, sa surveillance et son succès.

Pourquoi avoir plan de développement de large bande? Pour créer de l’emploi et de la richesse

Dans le chapitre Convergent Objectives, Divergent Strategies: A Taxonomy of National Broadband and ICT Plans, (adaptée librement) on présente que la rationalité derrière la croissance de l’adoption et de l’expansion d’une infrastructure nationale de large bande, a des effets à court et long terme. Pour le court terme, la construction du réseau stimule les économies locales par l’embauche de travailleur et l’achat de matériel. Pour le long terme, c’est l’effet réseau créé par les infrastructures à large bande )une fois installées) qui créera un impact économique sur les autres industries non reliées aux télécoms? Plusieurs études confirment ceci :

Several studies have identified short-term employment effects stemming from (1) direct labor employed to build broadband infrastructure and (2) indirect and induced jobs that are created by suppliers and services supporting the construction activity. One review of six studies that estimate various employment impacts suggests that, on average, 1.56 direct and indirect jobs result per employment opportunity focused on broadband network construction; this figure rises to 2.78 for direct, indirect, and induced jobs created.

In the long term, business utilization of broadband can result in network effects and gains in productivity. In the United States, the employment impacts caused by network effects are estimated to be 1.17 jobs per direct and indirect job. Recent research by Qiang and Xu at the World Bank examined cross-country time-series and firm-level data; they determine that broadband has “longterm effects on growth, and contributes to the growth of a number of non-telecom industries, especially high-tech industries.”


Comment financer ça

Dans le document du Groupe de travail n° 2 sur la concurrence et la réglementation de l’OCDE, SYNTHÈSE DE LA TABLE RONDE SUR LE FINANCEMENT DU DÉPLOIEMENT DES RÉSEAUX HAUT DÉBIT on peut lire :

(1)La couverture nationale en haut débit est perçue comme essentielle pour le développement économique et social d’un pays. L’accès au haut débit sur la totalité du territoire est donc au cœur de l’agenda numérique et du plan national pour le haut débit de nombreux pays, membres de l’OCDE ou non.

(2) Le déploiement de la fibre optique pour offrir un service haut débit n’est commercialement viable que dans les zones très densément peuplées et à revenu élevé. Il est donc probable que déployer la fibre à l’échelle nationale nécessitera un financement public sous une forme ou une autre. Les pays doivent donc aujourd’hui trouver le moyen de garantir le déploiement du haut débit sur la totalité de leur territoire tout en préservant les incitations à l’investissement privé.

(3) Avec l’évolution technologique, il pourrait devenir moins coûteux de proposer un accès haut débit également dans les zones isolées et/ou moins densément peuplées. Cela signifie que les subventions et autres types d’aides d’État visant à favoriser le déploiement du haut débit pourraient ne plus être une condition nécessaire pour atteindre les objectifs fixés dans les plans nationaux pour le haut débit et les agendas numériques des pays.

(4) La concurrence au niveau des infrastructures devrait être meilleure pour le marché qu’une configuration à un seul réseau. Néanmoins, la présence de plusieurs infrastructures peut, dans de nombreux cas, s’avérer n’être pas rentable.

Par ailleurs, on y apprend aussi que pour les zones de faible densité de population :

Dans les zones où la demande est faible, l’implication d’investisseurs privés dans le déploiement du haut débit est peu probable. Pour veiller à ce que ces zones ne soient pas oubliées, d’autres formes de financement sont donc utilisées :
• subventions directes (dans l’UE, aux États-Unis et au Chili par exemple) ;
• subventions indirectes, telles que les taux d’intérêts favorables ou les avantages fiscaux (au Japon par exemple) ;
• partenariats public-privé (au Mexique ; cette option est également envisagée en Italie), et
• réseaux (de gros) construits avec des fonds publics (en Australie par exemple).

Tout ça pour vous dire qu’à la lecture de ce billet, vous ne pouvez que conclure qu’à chaque mois qui passe, le Canada et le Québec prennent de plus en plus de retard pour se positionner convenablement dans cette nouvelle économie dont l’autoroute sera numérique et que justement, cette autoroute est ce que l’on nomme la large bande. Plus nous attendrons avant de nous doter collectivement de ces infrastructures ESSENTIELLES pour le développement économique de notre pays, moins bien nous serons positionnés pour concurrencer les autres états dans cette révolution pour laquelle nous sommes déjà en retard. Durant le temps qu’on s’obstine pour savoir quoi faire avec Uber, 60% de notre commerce en ligne (consommateur) sort déjà du pays et une fois qu’on se sera décidé sur le comment on se dote d’une infrastructure, il faudra toujours la construire. Nous en avons pour plusieurs années et par rapport aux pays européens qui sont déjà en retard sur la Corée du Sud, on peut lire dans ce même document :

Par exemple, l’agenda numérique de la Commission européenne prévoit que 100 % de la population de chaque pays européen ait accès à l’internet à une vitesse d’au moins 30 Mbit/s dès 2013 avec des connexions internet de plus de 100 Mbit/s pour au moins 50 % des ménages d’ici à 2020.

Comme le disait notre premier ministre Trudeau dans un autre dossier «  Parce que nous sommes en 2015 »… mettons.