Ne pas faire de commerce en ligne afin de ne pas cannibaliser les ventes en magasin

Hier j’étais conférencière sur le sujet Le commerce de détail en ligne et les médias sociaux, le cas Lululemon pour une chaîne de magasins au détail. Cette chaine est en plein processus de mise en ligne d’un nouveau site transactionnel. Or, certains des proprios de magasins sont contre l’idée du commerce en ligne de peur de cannibaliser leur vente en magasin.

Ne pas faire de commerce en ligne pour ne pas cannibaliser les ventes en magasin est certainement une réticence légitime. Cependant il est bon de rappeler que les commerces qui ne sont pas en ligne se font déjà cannibaliser des ventes par ceux qui y sont. Cette chaîne de magasins a le vent dans les voiles et est très compétitive (je ne la nommerai pas pour des raisons de confidentialité) et est active dans la catégorie vente de détail de mode. Or dans un récent rapport du CEFRIO(PDF), on apprend que c’est justement la catégorie Mode qui est celle qui est la plus populaire auprès des cyberacheteurs québécois

Sur la période allant de juillet à décembre 2012, on observe que 22,9% des cyberacheteurs ont réalisé au moins un achat dans la catégorie des articles de mode (vêtements, chaussures, bijoux et accessoires) . Les autres catégories qui figurent en tête de liste des achats en ligne sont les suivantes: musique, films et jeux vidéo (22,4%), électronique et ordinateurs (22,3 %), livres, revues et journaux (19,1%) et billets de spectacles, de cinéma ou de divertissement (19%).

Par ailleurs, le lèche-vitrine en ligne et le partage des recommandations des internautes sont d’autres facteurs primordiaux d’une saine présence commerciale web. Difficile d’inciter des acheteurs à acheter en magasin si au moment de leur recherche initiale ils ne vous trouvent pas. Et encore plus difficile d’apparaître sur le radar des consommateurs si personne ne parle de vous en ligne.

Lorsqu’ils magasinent un produit ou un service, deux internautes québécois sur trois (67,4%) considèrent des avis ou des recommandations en ligne . Ce sont ceux qui proviennent de la famille, d’amis ou de connaissances qui ont le plus d’écho auprès de la plus grande part des internautes (51,9%) . Les avis ou recommandations d’experts, tels que ceux de la revue Protégez-Vous (35,8%), mais aussi l’avis ou les recommandations d’autres consommateurs (30,1%) sont considérés par une proportion non négligeable d’internautes québécois . avec respectivement 19% et 14,4%, l’avis ou les recommandations de membres d’une communauté ou d’un réseau social ou bien ceux de blogueurs suivis sont considérés par une fraction moins importante d’internautes.

Aussi, comme je le révélais dans plusieurs billets concernant notre économie en ligne, chaque mois, selon les derniers chiffres dont j’ai pris connaissance, entre 40 et 60% des dépenses en ligne des Québécois sortaient du pays. Si on parle de cannibalisation économique, selon moi le bobo se situe plutôt là.

Finalement, l’un des gestionnaires de nos épiciers en ligne les plus performants m’a déjà confié qu’après avoir fait une étude interne ils se sont rendu compte que c’était principalement des acheteurs d’autres bannières physiques qui magasinaient en ligne chez eux….

Internet, un impact économique plus important que l’agriculture ou l’énergie

Les dépenses et la consommation reliées directement et indirectement à l’internet ont maintenant un impact économique plus important que les secteurs de l’agriculture ou de l’énergie. En moyenne, l’internet contribue pour 3.4% du produit intérieur brut de 13 pays analyse par une récente étude de McKinsey et il a une croissance plus importante que celle du Brésil. D’ailleurs internet contribue à 21% de la croissance du produit intérieur brut de 5 des pays qui sont les plus avancés avec internet. Pour un emploie perdu, internet en crée 2.6. 75% de l’impact d’internet se retrouve dans des industries traditionnelles et les petites et moyennes entreprises qui utilisent beaucoup le web exportent et croissant deux fois plus que les autres. Plusieurs autres chiffres éloquents militant pour que les décideurs d’affaires et gouvernementaux s’ouvrent les yeux et réalisent que le Web, est maintenant l’outil de croissance numéro un de la planète.

Dans sa lumineuse publication Internet Matters: The Net’s sweeping impact on jobs, growth and prosperity (PDF), McKinsey prend l’analogie du développement de l’électricité comme corolaire du développement industriel et économique. Analogie que j’avais utilisé dans mon billet La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain . Ils reprennent aussi certains arguments des analyses de l’OCDE THE IMPACT OF THE INTERNET IN OECD COUNTRIES, de PWC The New Digital Economy How it will transform business (PDF) ou de BCG The Internet Economy in the G-20, The $4.2 Trillion Growth Opportunity.

Bref, si tous ces bonzes de l’analyse économique mondiale s’entendent pour dire que le Web et internet sont maintenant le moteur principal de la croissance économique, il me semble qu’ici au Québec, il serait peut être temps qu’on s’y arête un peu, qu’on nomme un ministre du numérique et qu’on enclenche un virage à 360 180 degrés visant à mettre en oeuvre les recommandations que tous ces éminents analystes font. Pour citer McKinsey:

• Promote human capital
• Ease access to financial capital
• Develop infrastructure
• Create an attractive business environment

Et

• Public Decision makers should act as catalysts to unleash the internet’s growth potential
• All business leaders, not juste e-CEOs, should put the internet at the top of their strategic agenda
• All stakholders should take part in a fact-based, public-private dialogue.

Comme on dit en anglais, “food for thought”, matière à reflexion…

1.4G$ de dépense temporaire du gouvernement du Québec pour des licences Microsoft

C’est cette semaine que le gouvernement du Québec avalisera une dépense de 1.4G$ pour le renouvèlement des licences Microsoft des postes de travail des quelques 700 000 fonctionnaires. Pourtant, la ministre Malavoy, alors qu’elle était dans l’opposition, fulminait contre cette dépense « sans appel d’offres », mais est tout d’un coup bien silencieuse. Dans l’article de Valérie Lesage de LesAffaires Microsoft, une solution temporaire à Québec en attendant le logiciel libre ? on apprend que cette mesure est « transitoire »:

Le renouvellement possible des licences de la suite Office de Microsoft sans appel d’offres par le gouvernement Marois apparaît comme une mesure transitoire, le temps que le secteur du logiciel libre prenne des forces au Québec. Le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, annonce d’ailleurs aujourd’hui une série de mesures pour permettre au gouvernement de développer son expertise du logiciel libre et d’en intensifier l’utilisation au sein des organismes publics.

«Si on avait eu une approche sur les logiciels libres il y a deux ou trois ans, on n’en serait pas là, mais je ne veux pas mettre à risque les services à la population. D’autre part, si les coûts d’impacts pour aller vers le libre sont plus élevés que les coûts de renouvellement (des licences), ça ne va pas. Parfois, on est pris avec les choix technologiques d’il y a 5-10 ans», explique M. Bédard en entrevue avec Les affaires.
(…)«Il y a quelques ministères qui ont des activités critiques. Par exemple, il faut que les chèques de la Régie des rentes soient bien émis, sinon ce serait la catastrophe, alors il y a des endroits où il faut y aller avec beaucoup de précautions», juge-t-il.

Mon point de vue

Tout d’abord je suis rassurée que ce ne soit qu’une solution « transitoire ». Avec une dépense estimée de 1.4G$ si le gouvernement s’engageait dans une solution permanente on parlerait de combien de milliards de plus? J’ose à peine l’imaginer.

Par ailleurs, il me semble que si le gouvernement veut réellement une solution transitoire et conserver Microsoft pour ne pas trop perturber les fonctionnaires, la suite Microsoft 360 aurait déjà fait baisser la facture de moitié. Il y a aussi la possibilité d’utiliser les services de chiffrier et de traitement de texte de Google Document, pour un gros GRATIS. Mais de toute évidence, il faudra gérer le changement et faire de la formation, qui est déjà incluse dans l’enveloppe de 1.4G$. D’ailleurs, la vraie question est de savoir quel est la proportion de coûts de licence et de gestion de changement et support qui est dans cette mirobolante enveloppe de 1.4G$, qui elle (la dépense) n’est pas transitoire?

Finalement, lorsqu’on parle de logiciel libre, de licence pour les ordinateurs des fonctionnaires et de processus critiques pour émettre les chèques de la Régie des rentes, il me semble qu’on mêle bien des épouvantails en même temps. Je vous informe en passant qu’une organisation qui a réellement le sens de ce que monsieur le ministre Stéphane Bédard appelle “des activités critiques” est la CIA, qui elle vient de signer un accord pour utiliser les services Web et l’infonuagique de Amazon. Mais bon, ici on prend des décisions sans appel d’offres et on consulte pour ce faire, les mêmes firmes “Microsoft certified” qui empochent par la suite les contrats qu’il faut absolument réaliser. Dire qu’on croyait que c’était dans la construction que les magouilles payaient le plus…

MAJ

J’apprends aussi ce matin que Microsoft est sous investigation par The Justice Department and the Securities and Exchange Commission concernant des allégations de versement de pots-de-vin à des Microsoft Certified Partners et fonctionnaires étrangers. C’est dans BusinessInsider qui cite le Wall Street journal

There are also allegations that Microsoft partners offered money to officials in Europe. Specifically, there are allegations of a reseller bribing Romanian officials. There is also an investigation into allegations Microsoft used consultants in Italy as a way to funnel money to Italian officials to secure software contracts.

MAJ2
Pour votre plus grand étonnement, voici un document de 2007 du Sous-ministériat à l’encadrement des ressources informationnelles Direction de l’architecture :

Les logiciels libres et ouverts et le gouvernement du Québec

Étrangement, il semble que maintenant en 2013, on doit encore faire « des projets pilotes ». Étonnant, vraiment oui, é-ton-nant…

Est-ce que les fonctionnaires efficaces sont tous partis à la retraite, souffrent-ils d’amnésie, les députés savent-ils lire ou est-ce qu’un groupe d’individus a pris le contrôle de l’informatique du gouvernement pour s’emplir les poches indument? D’ailleurs qui est le boss de l’informatique au gouvernement du Québec? Quelle est la valeur exacte des dépenses du gouvernement du Québec en matière d’informatique des ministères et des organismes paragouvernementaux et des secteurs de la santé et de l’éducation? Il semble que ces chiffres soient inconnus. Étrangement, l’un des postes budgétaires les plus importants pour le bon fonctionnement de l’appareil gouvernemental est mal documenté et il semble que personne ne puisse avoir de réponses. Étonnant, vraiment é-ton-nant! Et il se trouve encore des gens pour se demander pourquoi nous devrions avoir un ministère du numérique…

Pour comprendre davantage ou pour suivre le triste historique ce ce feuilleton, mes billets :
Moi, ministre du numérique? Je préfèrerais plutôt une job de rêve

Les paradoxes néfastes d’une enquête sur la collusion/corruption en TI au Québec

Des projets d’intégration au gouvernement du Québec, de CGI et de l’absence d’usage des Web services

Comment se faire fourrer en TI (ou pas) avec l’aval des députés et des hauts fonctionnaires

Les données personnelles des Québécois sont-elles déjà scrutées par les Américains

Le SFPQ en beau fusil contre la collusion en TI, demande formellement une enquête publique

Un plan numérique pour le Québec pour éviter de se faire fourrer par les TELCOs

La gangrène des TI au gouvernement du Québec et son impact sur notre développement économique

Un plan « big data » pour le développement économique du Québec

Un plan numérique pour le Québec, entre autres pour éviter de se faire fourrer collectivement

Les gagnants et les perdants de l’économie numérique

Les étonnés et le rapport d’étonnement

Un plan numérique pour le Québec devrait-il faire une place au logiciel libre ?

Le gouvernement du Québec poursuivi pour avoir ignoré le logiciel libre

Le gouvernement du Québec , une succursale de Microsoft?

Les paradoxes néfastes d’une enquête sur la collusion/corruption en TI au Québec

Tout comme pour la corruption dans le domaine de la construction au Québec, il semble y avoir de très nombreuses irrégularités, inefficacités gaspillage et sclérose dans les technologies de l’information au gouvernement du Québec. Paradoxalement, nous sommes à un moment de notre histoire pour lequel les technologies en général et le numérique en particulier revêtent une importance capitale pour notre avenir économique et pour la place qu’auront nos enfants dans l’échiquier économique mondial de demain.

Une enquête publique, de l’UPAC ou autre, pourrait certainement nous éclairer sur plusieurs pratiques douteuses de fournisseurs et de fonctionnaires du gouvernement du Québec. Malheureusement, ça risque aussi d’accroitre sensiblement notre retard en matière d’adoption des technologies comme vecteur de réduction des dépenses gouvernementales, d’augmentation de l’efficacité de la prestation de services et d’accroissement de l’ouverture des données et de la limpidité des prises de décisions gouvernementales (gouvernement ouvert). Mais ça risque aussi surtout de repousser aux calendes grecques la mise sur pied d’un plan numérique pour le Québec. Déjà, les mandarins de l’état voient les technologies de l’information comme une « patate chaude » de laquelle il faut se tenir loin. Nos élus aussi, ont peur de prendre des décisions pouvant les faire mal paraîtres en cette ère de gouvernement minoritaire. De plus, rares sont les politiciens qui ont une réelle compréhension du numérique et de son importance pour notre économie ou pour l’évolution de la société.

Il est dommage, triste et inquiétant qu’on ait maintenant peur de ces technologies qui sont pourtant à la fois notre planche de salut économique et sociétale pour la société du savoir dans laquelle nous évoluons. D’ailleurs, à ce que je sache, les états généraux de l’éducation ne touchent en rien la question du numérique dans les débats qui s’y font. Pourtant, il y a fort à parier que d’ici 10 ans, la désintermédiation des connaissances se fera certainement via le Web (elle se le fait déjà) et il est fort probable que pour faire des études universitaires, il ne soit plus nécessaire de se retrouver physiquement sur un campus. Pourquoi aller à l’Université du Québec à Chicoutimi si je peux graduer de Harvard en restant chez moi? Juste un exemple, parmi tant d’autres, des enjeux auxquels il me semble que collectivement nous devrions réfléchir…

Pour en savoir plus, relisez mes billets:

Les gagnants et les perdants de l’économie numérique
Les étonnés et le rapport d’étonnement
La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain
Un plan numérique pour le Québec, entre autres pour éviter de se faire fourrer collectivement
La gangrène des TI au gouvernement du Québec et son impact sur notre développement économique
Un plan numérique pour le Québec pour éviter de se faire fourrer par les TELCOs

Un plan numérique pour le Québec pour éviter de se faire fourrer par les TELCOs

Je lis une très bonne nouvelle ce matin dans la presse dans l’article Un recours se dessine contre Bell, Telus et Rogers. On peut y lire

Selon le document déposé à la Cour supérieure du Québec, les tarifs d’itinérance internationale pratiqués par Bell et Rogers étaient de 30,24$ le Mb en 2010. C’est presque le triple du tarif moyen de 10,56$ pratiqué dans les 34 pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

(…)Au Québec, Fido offre un gigaoctet (l’équivalent de 1024 Mb) pour 12,50$ et, en France, le groupe Orange facture 12,82$ pour la même somme de données. En ajoutant un «généreux» pourcentage de 20% pour la facturation, on arrive à un prix de 30,38$ le gigaoctet, indique la requête.

Or, en appliquant les prix facturés par Fido pour l’itinérance en France, un utilisateur devrait payer… 31 948$ pour un gigaoctet! Mille fois trop cher, en d’autres mots. «L’écart est tellement monumental que cela démontre que le défendeur a agi de mauvaise foi et profité des consommateurs», peut-on lire.

C’est sensiblement le même type d’arnaque que nous vivions au Québec avec l’électricité il y a de ça plusieurs décennies telles que je l’expliquais dans mon billet La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain.

La domination des grands monopoles régionaux, « le trust de l’électricité », sera cependant contestée dans l’opinion publique. Cette contestation donnera lieu à une enquête publique, l’implantation d’organismes de surveillance et mènera en 1944 à la nationalisation de la MLH&P et à la création d’une société publique, Hydro-Québec, avec l’adoption de la loi 17, créant la Commission hydroélectrique de Québec.

Un plan numérique pour le Québec devrait entre autres se pencher sur les infrastructures cellulaires et numériques afin qu’elle permette un sain développement de l’économie numérique et donne accès aux citoyens à ces infrastructures à un prix juste, honnête et compétitif.

La gangrène des TI au gouvernement du Québec et son impact sur notre développement économique

Ce matin mon #jeudiconfession sur les médias sociaux était celui-ci

#JeudiConfession très hâte que l’UPAC et la commission Charbonneau se penchent sur les magouilles TI au Québec pour qu’on songe à un #PlanQc

En fait, les TI (pour technologies de l’information) coûtent si cher et sont si inefficaces dans certains cas au gouvernement du Québec, qu’ils gangrènent l’idée même d’un plan numérique pour le Québec. Les TI sont devenues une « patate chaude » autant pour les fonctionnaires, que pour les élus. Rien ne bouge et il semble que rien ne bougera non plus puisque seule la mention des mots « Technologie de l’information » donne des boutons et actionne un frein majeur. C’est que les TI sont une « dépense », une « spirale de coûts sans fin » et la meilleure façon de se brûler les ailes. Le statu quo est donc la norme et la meilleure manière de « ne pas se planter ».

Aussi, les technologies de l’information ne sont que des outils. Le numérique c’est beaucoup plus que ça. Le numérique c’est l’économie du XXIe siècle, ce sont des revenus, une augmentation de l’efficacité, une réduction des dépenses, une manière d’adapter notre économie et nos secteurs économiques aux bouleversements majeurs qui modifient pratiquement tous les aspects de la société. Mais ici, c’est une grosse patate chaude avec laquelle on est certainement mieux de se tenir loin.

La bonne nouvelle est que dans son bilan de fin d’année, le commissaire de l’Unité permanente anticorruption (l’UPAC), Robert Lafrenière a déclaré

« La corruption ne concerne pas que le milieu de la construction, et notre champ d’intervention est vaste. Nos enquêtes nous mènent vers des milieux tout aussi variés que l’informatique, le milieu de la santé, le Plan Nord et les infrastructures. » — Robert Lafrenière

Déjà de faire le ménage, aiderait grandement à assainir l’air vicié qui affecte tout ce secteur primordial pour notre économie. Dans mon billet Les scandales TI aux gouvernements du Québec et du Canada, tentative d’explication, je développais comment la sclérose affectait ce secteur :

Les fuck-up TI sont peut-être associés sans doute à du graissage de patte éhonté, mais aussi à une approche d’intégration qui rend les projets impossible à livrer et créent une spirale inflationniste ingérable.
(…)
En réponse à ces défis, les Web Services offrent les solutions suivantes :
• La simplicité : Les Web Services réduisent la complexité des branchements tout en rendant la tâche plus facile aux nouveaux participants. Cela se fait en ne créant la fonctionnalité qu’une seule fois plutôt qu’en obligeants tous les participants à reproduire la fonctionnalité à chacun des bouts (comme avec l’architecture client/serveur);
• Composante logicielle légèrement couplée : L’architecture modulaire des Web Services, combinée au faible couplage des interfaces associées, permet l’utilisation et la réutilisation de services qui peuvent facilement être recombinées à différents autres modules;
• Hétérogénéité : Les Web Services permettent d’ignorer l’hétérogénéité entre les différentes applications et modules. En effet, ils décrivent comment transmettre un message (standardisé) entre deux applications, sans imposant comment construire ce message;
• Ouverture : Les Web Services permettent de réduire les inquiétudes liées aux différents «lock-in» que les entreprises subissent des fournisseurs informatiques. Ils permettent aussi de tirer une valeur économique supplémentaire des infrastructures informatiques existantes et des plates formes ouvertes tel que l’Internet

Mais si j’étais un haut fonctionnaire et que par malheur je devais donner un contrat informatique, est-ce que je prendrais une chance avec une petite firme informatique utilisant le développement AGILE, les web services ou de code source ouvert ou j’irais plutôt avec l’une des firmes à trois lettres? Si le projet est un fiasco avec une petite firme, je perdrais peut-être ma job ou je serais rétrogradée, mais avec une firme d’importance à 3 lettres, « qui aurait pu prédire que le projet ne fonctionnerait pas? » Le choix devient donc évident. Qui plus est, si je suis un haut fonctionnaire qui octroie un projet de plusieurs dizaines, voire centaines de millions et que tout d’un coup je me retrouve par magie V-P chez l’une des firmes à qui le contrat a été octroyé, c’est ce que l’on nomme la mobilité corporative et c’est « business as usual ».

Le problème avec les TI c’est que c’est compliqué, que souvent les décisionnels n’ont pas les compétences pour comprendre ou faire des choix éclairés et que ceux qui conseillent, sont aussi ceux qui font. Le dernier rapport du vérificateur général du Québec était d’ailleurs assez troublant à cet effet. De même qu’un article de LaPresse de 2010 qui explique comment une firme, R3D, est passée d’un montant 2 million en contrats gouvernementaux en 2003-2005 à 84 millions en 2005-2010. C’est ce qu’on appelle de la croissance phénoménale. Et dire que ce n’est que la pointe de l’iceberg.

Entretemps, Bill Clinton qui n’est probablement pas l’ex-politicien le plus numérique de la planète, s’insurge de la lenteur de la largeur de bande de son pays comparativement à celle de la Corée.

Surrounded by next generation flexible displays and the next big tech toys at the 2013 International Consumer Electronics Show, former President Bill Clinton made this observation: South Korea is now number one in the world for computer download speeds, and the U.S. has fallen to number 15. “Our speeds are one-fourth of theirs, and we have fallen off the map,” Clinton said.

For the uninitiated, the former president is referring to the fact that there are few to no American communities that are hubs of the kind of world-leading bandwidth sufficient to drive next-generation innovation in our economy. He’s referring to the fact that, though international studies differ, the United States does not enjoy bandwidth that is nearly as fast as our peer countries. He’s referring to the fact that, for the first time since American ingenuity birthed the commercial Internet, we do not have a single national wireline provider with plans to deploy a better, faster and bigger network. For most Americans, five years from now, the best network available to them will be the same network they have today. As a result, the best networks — along with the innovations and economic power they enable — will live in other countries as well.

Un plan « big data » pour le développement économique du Québec

Encore ce matin, le journal Le Monde parle du « Big Data » et de pourquoi la France se fait damer le pion à ce chapitre par les Américains. Dans l’article Les données, puissance du futur, les auteurs Stéphane Grumbach et Stéphane Frénot ont quelques éléments qui ajoutent de l’eau au moulin d’un plan numérique pour le Québec que bien d’autres personnes et moi-même alimentons depuis un certain temps. Par exemple, on peut y lire

Il nous est aussi difficile d’imaginer les évolutions de la société de l’information qu’il l’était de prévoir au milieu du XIXe siècle les possibilités permises par l’électricité.

Les données constituent les briques de base de la société de l’information. Leur quantité est en croissance exponentielle. Alors que la loi de Moore, prédisant le doublement de la capacité de calcul des ordinateurs tous les dix-huit mois, touche à sa fin, les données semblent avoir usurpé à leur profit cette prédiction.

Désormais qualifiées de Big Data dans le monde anglo-saxon, elles représentent déjà des masses considérables pour lesquelles on recourt à de nouvelles mesures.

L’infrastructure physique de la société de l’information, les systèmes de télécommunications, les centres de stockage et de traitement des données, les nouveaux services en ligne, constituent des secteurs industriels qui connaissent une croissance inégalée.

Les centres de données consommeront bientôt autant d’électricité qu’un pays comme la France.

Les données en elles-mêmes offrent un potentiel extraordinaire que l’on commence à exploiter. Elles permettent de générer des connaissances, qui étaient soit hors d’atteinte, soit inexistantes, parce que hors du domaine du pensable.

(…)Dans un autre registre, le cabinet de consultants McKinsey estime le potentiel économique annuel du Big Data pour le système de santé américain à 300 milliards de dollars, soit 1 000 dollars par habitant et par an !

(…)GOOGLE SAIT PLUS DE CHOSES QUE L’INSEE SUR LA FRANCE

En ne construisant pas d’industrie du Web 2.0, elle s’est privée de l’accès à la ressource, y compris à celle provenant de son territoire. Pour des raisons historiques et politiques, l’Europe a peur des données. Elle voit dans la société de l’information une menace qu’il convient de circonscrire, et qui semble inhibertoute vraie ambition.

La faiblesse en données et en capacité de traitement de la donnée résulte d’une asymétrie d’information. L’économiste Joseph Stiglitz a montré les conséquences sur les marchés de cette asymétrie. Grâce à l’analyse des requêtes sur son moteur, Google sait, ou est en capacité de savoir, plus de choses que l’Insee sur la France.

Et l’argument dont le bas blesse

Nos pays sont condamnés à un rôle subalterne, à la protection illusoire d’industries, dont les modèles sont en pleine évolution, et que nous sommes incapables de réinventer.

Si nous revenons au Québec

Ces données qui ont besoin de centre de stockage et d’autant d’électricité qu’un pays comme la France auraient tout avantage à être exploité au Québec. Ces centres de données ont besoin de beaucoup d’électricité entre autres, pour refroidir les installations. Or ici il fait déjà froid et nous produirons bientôt plus d’électricité que nous en avons besoin. En outre, Google a déjà voulu s’installer ici, mais dans sa grande sagesse, le gouvernement libéral jugeait que ça ne créait pas assez d’emplois. Pourtant, il y a moins d’un mois, le Google Fiber a été installé à Kansas City et il permettra une bande passante de 1000 MBPS (alors qu’ici on est à 1,5MBPS) pour $70/mois. Disons qu’avec juste un peu plus de vision, ce serait peut-être Montréal plutôt que Kansas City, qui jouirait de cette avancée. D’ailleurs la comparaison des auteurs entre l’électricité et le numérique, est un comparaison que j’avais fait dans mon billet La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain. Mais le « hic » de ce billet et de la corrélation est de malheureusement entretenir le mythe de l’électricité (ou du numérique) comme « outil », plutôt que comme levier incontournable de l’économie (industrielle pour le XXe siècle et numérique pour le XXIe siècle). Mais si nous restons strictement dans ce mythe du numérique comme outil, il est sans doute utile de rappeler qu’en décembre dernier, BaselineMag présentait dans l’article Worldwide Demand for Data Centers Surges que:

  • Total annual investment in data centers has reached $105 billion, up 22% from 2011.
  • By 2013, data center investments will reach $120 billion.
  • Spending on facilities management and mechanical/electrical needs has grown by 22.5%.
  • Spending on IT equipment—including servers, storage, switches and routers—has grown 16.7%.
  • By 2013, the amount of real estate devoted to data centers will reach almost 38 million square yards.

Et dire que comme le mentionne Le Monde

Les données personnelles, tant celles produites par les usagers (textes, photos,vidéos, etc.) que celles générées par les systèmes que nous utilisons souvent à notre insu, sont au coeur de l’économie de la société de l’information, et donc de l’économie.
Les données sont devenues une ressource, peu différente des matières premières, comme le charbon ou le minerai de fer, et dont l’importance économique dépassera celle du pétrole. La comparaison avec le pétrole illustre une caractéristique essentielle de l’économie des données personnelles : la concentration.

(gros soupir ici) Peut-être aurons-nous la chance en 2013 de commencer à penser à un plan numérique pour le Québec. C’est du moins ce que je nous souhaite collectivement pour nous tous, mais surtout pour nos enfants et petits-enfants, afin qu’ils ne deviennent pas le tiers-monde de cette économie en pleine explosion