Pourquoi le mandat de la ministre Anglade de développer la stratégie numérique est si important pour tous les Québécois

En fin de semaine, le professeur de droit Pierre Trudel dans sa chronique du Journal de Montréal disait.

Une stratégie numérique, c’est urgent!
Des pans entiers de l’activité économique sont en train de se métamorphoser.

Si on continue à laisser les mutations numériques s’installer sans se donner des politiques efficaces pour adapter la société québécoise, le numérique sera synonyme d’appauvrissement.

(…)

Le numérique, c’est plus que des ordinateurs, des fils et des trucs techniques. Le numérique induit des transformations plus profondes: ce sont les façons de faire qui changent.

Ces mutations induisent de profonds changements dans nos façons de produire, de travailler, d’interagir; elles contribuent à changer le fonctionnement de notre quotidien.

Pour réaliser ces changements profonds, il faut des politiques ambitieuses pour accompagner les transformations. Sinon, ces changements vont nous appauvrir.

C’est aussi le président de la communauté Européenne, Martin Schulz qui répétait sensiblement la même chose la semaine dernière (repris dans le Guardian) :

Digitisation brings undoubted benefits, but if we want to prevent becoming “remote-controlled ‘data cows’ who live in a world ruled over by a handful of multinational companies,” he said, “we cannot leave debating ‘internet issues’ to the nerds. It is a debate in which all must have their say.

Schulz’s challenge is profound. What is at stake is pluralism, autonomy and choice. It’s about democracy in the face of “intelligence and businesses’ insatiable appetite for information about every single aspect of our lives”. It’s about ensuring that “not just the happy few benefit from the digital revolution”, and that “those who want to stay off-grid are also protected”.

La semaine dernière aussi, le Forum Économique mondial disait dans son document The future of jobs, que les entreprises et les gouvernements devaient s’adapter rapidement aux bouleversements majeurs qu’induit le numérique.

Overall, there is a modestly positive outlook for employment across most industries, with jobs growth expected in several sectors. However, it is also clear that this need for more talent in certain job categories is accompanied by high skills instability across all job categories. Combined together, net job growth and skills instability result in most businesses currently facing major recruitment challenges and talent shortages, a pattern already evident in the results and set to get worse over the next five years.

The question, then, is how business, government and individuals will react to these developments. To prevent a worst-case scenario—technological change accompanied by talent shortages, mass unemployment and growing inequality—reskilling and upskilling of today’s workers will be critical. While much has been said about the need for reform in basic education, it is simply not possible to weather the current technological revolution by waiting for the next generation’s workforce to become better prepared. Instead it is critical that businesses take an active role in supporting their current workforces through re-training, that individuals take a proactive approach to their own lifelong learning and that governments create the enabling environment, rapidly and creatively, to assist these efforts.

Toujours la semaine dernière, question de renfoncer le clou encore une fois, la Banque Mondiale, dans son rapport sur les dividendes du numérique, nous apprenait qu’au moment d’écrire ces lignes,

Les technologies numériques connaissent une expansion rapide, mais leurs dividendes — avantages plus larges d’une croissance économique plus rapide, d’une multiplication des emplois et d’une amélioration des services — ne suivent pas le même rythme. Si plus de 40 % des adultes en Afrique de l’Est payent leurs factures de services d’utilité publique à partir d’un téléphone mobile, pourquoi d’autres personnes ailleurs dans le monde ne pourraient-elles pas faire de même ? Si 8 millions d’entrepreneurs chinois — dont un tiers de femmes — peuvent utiliser une plateforme de commerce électronique pour exporter leurs produits dans 120 pays, pourquoi d’autres entrepreneurs ne parviennent-ils pas à donner à leurs activités la même portée mondiale ? Si l’Inde est parvenue en cinq ans à étendre un système d’identification numérique à une population d’un milliard d’habitants, et à épargner ainsi des milliards de dollars en réduisant la corruption, pourquoi d’autres pays ne pourraient-ils pas à l’imiter ? Qu’est-ce qui empêche les pays de bénéficier des transformations profondes que les technologies numériques sont censées leur apporter ?

Deux raisons principales expliquent cette situation. D’abord, près de 60 % de la population mondiale n’a toujours pas accès au web et ne dispose d’aucun moyen pratique de participer à l’économie numérique. Ensuite et surtout, si les technologies numériques présentent des avantages, elles entraînent en contrepartie un accroissement des risques. Les nouvelles entreprises ont la possibilité de bouleverser les habitudes des entreprises traditionnelles, mais elles sont impuissantes lorsque les intérêts en place et l’incertitude réglementaire freinent la concurrence et bloquent leur entrée sur le marché. Les perspectives d’emploi peuvent être plus importantes, mais pas dans un marché du travail polarisé. L’internet peut être une plateforme propice à l’autonomisation universelle, mais pas lorsqu’il devient un outil de contrôle par l’État et de mainmise par les élites.

Que doivent faire les pays pour atténuer ces risques ?
La connectivité est essentielle, mais pas suffisante, pour récolter tous les fruits des technologies numériques. Les investissements dans le numérique doivent être appuyés par des « compléments analogiques » : des réglementations qui permettent aux entreprises d’exploiter l’internet pour affronter la concurrence et innover; de meilleures compétences pour que les individus puissent saisir toutes les possibilités offertes par le numérique ; et des institutions responsables, afin que les pouvoirs publics répondent aux besoins et aux exigences des citoyens. Les technologies numériques pourront, à leur tour, renforcer ces compléments, et accélérer le rythme du développement.

Comment connecter ceux qui ne le sont pas encore ?
La concurrence sur le marché, les partenariats public-privé et une régulation efficace des opérateurs internet et mobiles encouragent l’investissement privé qui peut rendre l’accès universel et abordable. Il faudra parfois réaliser des investissements publics, qui se justifieront par leur forte rentabilité sociale. Il sera cependant plus difficile de faire en sorte que l’internet reste ouvert et sans danger alors que les internautes sont confrontés à la cybercriminalité, aux atteintes à la vie privée et à la censure en ligne.

Quelle est la principale conclusion ?
Les stratégies de développement numérique doivent être plus ambitieuses que les stratégies en matière de TIC. La connectivité pour tous reste un objectif important et un énorme défi, mais les pays doivent aussi créer les conditions requises pour tirer profit de la technologie. Faute de compléments analogiques, l’effet de ces stratégies sur le développement sera décevant. En revanche, si les pays établissent un socle analogique solide, ils profiteront grandement de la révolution numérique – croissance plus rapide, emplois plus nombreux et services de meilleure qualité.

Le pourquoi du retard numérique du Québec

Depuis des lustres, je m’intéresse au numérique, aux médias sociaux et à l’avancement de notre société et de nos entreprises dans cette révolution majeure qu’apporte internet. Très tôt dans ma pratique, j’ai sciemment choisi d’écrire et de partager mes connaissances en français, pour faire avancer mon Québec, qui a financé grassement ma formation de Maître ès Science en commerce électronique. Je trouvais normal de redonner à ceux qui avaient fait de moi une experte de classe mondiale.

A mes débuts, j’ai remarqué un clivage important entre les TI (technologies de l’information) et le Web. Les TI c’était sérieux, ça coûtait cher, c’était du travail d’expert tandis que le Web c’était pour les geeks, les faiseux de dessins ( le Flash était bin à la mode) et les agences de communications marketing qui déclineraient sur le web les mêmes « concepts » qu’ils faisaient à la tv, la radio ou l’imprimée. Ils se créèrent leurs propres Oscars du web qu’on appela « les Boomerangs ». Vous payez pour proposer vos trucs et à tour de rôle, vous serez aussi juge pour évaluer votre propre travail.

Nous avions un événement de classe international qui s’appelait Webcom. On y faisait venir à Montréal les bonzes du Web mondial. Mais Webcom n’avait et n’a jamais eu aucune subvention. Démerdez-vous. Puis, sortie de nulle part, l’idée de C2 Montréal du Cirque du Soleil et Sid Lee apparut dans le décor. On y parlera de Commerce et de créativité. On subventionna $2 Million cet événement qui n’avait encore jamais eu lieu et on laissa mourir à petit feu Webcom qui lui faisait du transfert de connaissance. À peu près au même moment, on commença à développer une délégation du Québec pour présenter ce qu’on faisait de mieux… en culture… à SXSW, l’une des messes planétaires de la transformation numérique. Ce ne sera que plusieurs années plus tard, qu’on songera y inviter aussi certaines de nos start-ups. Au même moment, l’autre messe planétaire européenne se déroulait à Paris. C’était l’événement LeWeb. Jamais le Québec ou le Canada n’y sera représenté officiellement. Pourtant, Sarkozy lui-même y passera beaucoup de temps et invitera à l’Élysée les patrons numériques mondiaux. Ça permettra entre autres à Paris de se vanter d’un investissement de $100 M d’Euros pour un centre de recherche de Google.

Au même moment, des sommes gigantesques étaient investies dans les TI. Les Oracles, SAP et vendeurs de « mainframes » et d’intégration de ce monde, feront des affaires d’or à implanter ces ERP, KMS, CRM, comptabilité informatique et autres systèmes informatiques « sérieux ». Plusieurs n’ont jamais fonctionné et ne fonctionneront jamais. Plusieurs milliards ont été engloutis dans ces efforts titanesques et leurs gestionnaires et fournisseurs sont sérieux et intègres. Ils portent le complet bleu et la cravate. Ils travaillent pour CGI, LGS, DMR et autres trois lettres patentées. Leurs avocats et comptables sont les mêmes que ceux des gouvernements et des grands donneurs d’ordres. Mais pas d’inquiétude, il y a un « mur de chine » étanche entre les professionnels des mêmes bureaux qui font les contrats ou qui les vérifient.

Les médias eux-mêmes participent aussi à cette grande mascarade. Branchez-vous qui se penchait sérieusement sur les changements qu’apportaient le web, est vendu. Il deviendra l’ombre de lui-même. Direction Informatique aussi. Le Journal Les affaires qui avait de sérieuses colonnes et chroniques numériques, change tellement de formats souvent, qu’on ne retrouve plus aucune de ses archives. Je le sais que trop bien, j’ai longtemps écrit pour eux. Pour Branchez-vous aussi d’ailleurs. J’ai aussi chroniqué pour l’émission LeLab sur feu CanalVox, aussi disparu.

Les grands quotidiens ont tous un cahier « affaire » et une section « techno ». L’économie y a toujours le haut du pavé. L’économie numérique elle, bof, ce n’est pas sérieux. On préférera parler du dernier gadget du CES et faire la liste des hashtags les plus populaires de l’année précédente et louanger les clips les plus populaires de YouTube à heure de grande écoute. Pour s’informer des grands changements qui nous affectent, on pourra toujours lire les Américains ou les Français. Le petit nouveau qui arrive dans la salle de rédaction d’un média, sera affecté à l’analyse des médias sociaux et en deviendra « l’expert patenté ». De toute façon, on peut dire n’importe quoi à propos des médias sociaux puisque personne ne sait vraiment de quoi on parle. Le web, le numérique et les médias sociaux seront trivialisés à l’extrême. D’ailleurs, entre 2000 et 2005, lorsqu’on parlait avec éclat de Web dans les médias, c’était pour souligner son caractère dangereux et/ou insignifiant. Le Web permettrait le vol d’identité et les blogueurs, n’étaient que des narcissiques qui voulaient voler les jobs de journalistes. JAMAIS un journaliste qui se respecte n’écrirait dans un blogue. C’était TELLEMENT insignifiant les blogues. Vous connaissez la suite de l’histoire…

Flashback 2016, alors que la majorité des pays du G20 ont leurs ministre, ministère, vision économique et stratégie numérique, le Québec et le Canada n’ont toujours rien. Alors que la majorité des pays du G20 ont des médias spécialisés qui scrutent, décortiquent et vulgarisent le numérique, ici on parle de hardware et de la nouvelle cochonnerie qui pogne auprès de la masse.

Si nous accusons un retard de plus en plus alarmant face au numérique, c’est de notre faute à tous. À l’industrie des TI, des communications, des médias, des gouvernements et des citoyens qui se satisfont de peu, du dernier gadget ou de la photo ou du dernier vidéo qui score sur les médias sociaux…

La section « Sac de chip » du Journal de Montréal est un exemple éloquent de notre insignifiance numérique collective. Au moins il reste aussi dans le même journal la section « enquête » et « Bordel informatique » qui nous rappelle lucidement et amèrement notre faillite numérique commune…

Mon bilan médias sociaux et numérique 2015

Non je ne vous parlerai pas de #JesuisCharlie, de @Caitlyn_Jenner ou de ces autres hashtags ou comptes médias sociaux qui ont déjà fait ad nauseam la manchette. Je ne vous parlerai pas non plus des réseaux sociaux. Le réseau c’est l’ensemble d’un groupe, tandis que le média, c’est l’outil. Déjà trop de médias, journalistes ou « spécialistes médias sociaux » disent n’importe quoi et revisitent les lieux communs que même ma conjointe qui est pourtant une « ordinausore » connait déjà. Alors, allons-y.


Facebook

Après l’échec majeur de Facebook Commerce en 2012, Facebook tente une nouvelle fois de se réinventer en plate-forme commerciale avec son Buy Button. Étant donné que Facebook détient une part de lion dans le web mobile, il croit miser sur cet aspect pour faire finalement lever les ventes sur leur plate-forme. Pour le Québec, on s’entend que le web mobile est encore une utopie puisqu’à 50km des grands centres, l’internet ou les ondes cellulaires c’est de la merde. On remarque aussi que comme c’était le cas en 2012, si on va sur Facebook ce n’est pas nécessairement pour se faire imposer un pitch et les entreprises elle-même, surtout celles qui ont massivement investi dans Facebook et qui ont observé le déclin alarmant de la portée naturelle de leurs contenus (j’an ai parlé dans Facebook zero) n’ont sans doute par intérêt à se faire lessiver de nouveau. Par ailleurs, pour la première fois, on a observé un déclin substantiel du partage de contenu par les usagers eux-mêmes sur Facebook (ce qui a été démenti par les principaux intéressés). N’empêche que Facebook demeure le média social numéro un de la planète.

Par contre, il faut noter que les jeunes quittent Facebook en masse. Ce n’est plus cool d’être sur la même plate-forme que sa mère et sa grand-mère. Ils préfèrent aller sur Snapchat, la Canadienne Kik (qui concurrence sérieusement la Chinoise Wechat), Instagram (pour entre autres faire des selfies et voir les photos de Taylor Swift) et Twitter, pour avoir l’impression d’être branchés avec leurs « boyz band » favoris et partager des hashtags insignifiants de leurs idoles (la moitié des retweets les plus populaires de Twitter sont associés au groupe One Direction). D’ailleurs, les médias sociaux les plus populaires auprès des jeunes, dans l’ordre, sont : Snapchat, Kik, WeChat, Tumblr et Instagram.


L’année Émoticon

Le dictionnaire Oxford fait entrer l’émoticon « larmes de joie » (Face with tears of joy emoji en anglais) dans son célèbre répertoire de mots et d’expression. À noter que certains des autres mots qui étaient en compétition pour ce palmarès (qui nous donne une bonne idée des sujets chauds de l’année) sont :
Économie du partage (sharing economy)
Bloqueur de publicité (ad Blocker)
Et Web profond (dark web).


MCommerce

Le commerce mobile prend son envol partout, sauf au Québec. 8 usagers internet sur 10 ont un téléphone intelligent et on entend de plus en plus parler des termes webrooming et showrooming. Le premier étant le magasinage en ligne qui évolue par la suite à un achat en magasin, tandis que le second est le magasinage en magasin qui résulte en un achat en ligne. Pourquoi ces tendances ne sont pas encore très fortes au Québec? Pour les mêmes raisons citées plus haut. Nos services cellulaires, particulièrement en région, sont d’une « pochitude » A_BER_RAN_TE. On se souviendra aussi d’applications mobiles tels que Foursquare qui faisait un tabac dans les grandes villes américaines et européennes et qui n’a jamais levé au Québec.

Recrutement ISIS sur les médias sociaux

L’actualité nous a permis de constater que même ici, au Québec, nos jeunes se font recruter sur les médias sociaux pour aller combattre avec ISIS en Syrie. C’est un problème mondial et c’est cette année qu’on a pu mesurer l’ampleur de l’expertise d’ISIS en recrutement en ligne, bien qu’ils y soient déjà très actifs depuis quelques années. Les entreprises médias sociaux tels que Facebook ou Twitter, ont bien modifié leurs politiques aux usagers pour bannir les « menaces indirectes de violences » et Anonymous s’est engagé à troller ISIS dans tous les recoins du web, mais force est de constater que la tâche est énorme et que c’est toujours ISIS qui a le haut du pavé.

Le web au Québec et au Canada

En septembre 2014, Philippe Couillard lors de son propre Forum des idées, s’engageait à définir une stratégie numérique pour le Québec. Le Ministère de la Culture et des Communications du Québec a bien déposé sa stratégie culturelle numérique du Québec et le Ministère de l’Économie, Innovation et Exportation du Québec a mis sur pied un « groupe conseil » qui devra accompagner:

« le Ministère dans l’élaboration de la Feuille de route en économie numérique. Regroupant une dizaine de membres, le groupe conseil contribuera à établir un diagnostic de l’économie numérique au Québec, à déterminer les priorités d’action et à définir les grandes lignes de force où le Québec devrait investir afin de prendre une place enviable dans ce domaine.»

On s’entend qu’on est encore très loin d’une « stratégie numérique pour le Québec », qui idéalement serait transversale et toucherait tous les aspects de l’économie, tous les ministères et toutes les activités humaines, comme le numérique le fait déjà. À la place, on semble avoir une vision à la pièce, que pour quelques pans de l’économie.

Au fédéral, notre premier ministre a promis d’investir plusieurs milliards dans les infrastructures. Malheureusement, à ce que je sache, aucune discussion quant aux infrastructures numériques n’a encore été mentionnée.

En résumé, nous sommes donc et risquons d’être encore en retard pour un bout, sur les grands mouvements numériques de la planète…

MAJ

J’ai oublié de vous souligner que les médias journalistiques qui sont sur Facebook et qui comptent sur le média social pour se faire du trafic ont pris une méchante débarque cette année. Ainsi, selon Fortune

While some publishers saw an increase in traffic from Facebook—including Vice Media and Refinery29—the majority saw it fall. And to compound the problem, the more reliant a media outlet was on the social network, the more they saw their traffic from Facebook drop this year. The Huffington Post saw a decline of more than 60%, and BuzzFeed saw its Facebook referrals fall by more than 40%.

Le pourquoi de la nationalisation des infrastructures numériques

Que ce soit au niveau provincial ou national, il serait à mon point de vue judicieux et très rentable pour la société et l’économie, de doter notre territoire d’infrastructures numériques à tout le moins décentes, et idéalement à la fine pointe de ce qui se fait le mieux sur la planète. L’idée n’est pas saugrenue. Elle a ses mérites. L’état pourrait aussi se contenter de financer ces infrastructures et laisser les entreprises privées en profiter pour continuer de se graisser la patte indument au détriment de la collectivité, comme ils le font déjà depuis tant d’années. Plusieurs corolaires à cette idée de nationalisation des infrastructures numériques existent déjà. Pour vous en convaincre, vous n’avez qu’à relire mon billet La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain.

Mais pourquoi le gouvernement devrait-il investir dans de telles infrastructures?

La rationale qui suit, est librement adaptée du document The changing nature of telecommunications/information infrastructure (Steering comitee on the changing nature of telecommunications infrastructure National Research Council (US)) National Academy of Sciences (1995)

La rationale valorisant les investissements gouvernementaux dans les infrastructures de télécommunications pour le bien public se divise en quatre arguments principaux.

1. Remplir la mission de l’état : Cet argument est déjà utilisé afin de justifier les investissements en R&D dans les secteurs des systèmes de communications avancés aux fins de défenses, d’aérospatiale et de sécurité nationale. Nous pourrions aussi argumenter que cette mission de l’état (et les bénéfices d’investissements en télécommunications) devrait aussi inclure l’éducation, l’amélioration des opérations gouvernementales locales et toutes les autres activités reliées aux différents services publics de l’état, même si ce n’est pas directement le gouvernement qui en est maitre d’œuvre.

2. Équilibrer le sous-investissement privé en R&D : L’innovation et les nouvelles connaissances sont un bien public dispendieux à acquérir, mais généralement peut coûteuse à répliquer. Conséquemment, ils génèrent un retour de capital social beaucoup plus élevé que le retour sur investissement (social returns much higher than private returns). Les individus et les entreprises investiront donc toujours moins en R&D qu’il ne le faut pour obtenir ces rendements sociétaux optimaux. Cet argument justifie donc un financement gouvernemental fort particulièrement pour les secteurs de la recherche fondamentale, mais aussi pour les technologies dites « préemptives » et les prototypes avancés de réseautique avancée. C’est d’ailleurs la rationale qui est déjà derrière les crédits d’impôt à la recherche.
3. Corriger les failles du libre marché: Au-delà du financement en R&D, le libre marché peut faillir à la tâche de remplir la mission d’investissements optimaux en télécommunications pour des raisons telles que :

a.L’économie d’échelle et de gamme qui caractérise les investissements en services publics que ce soit pour les autoroutes, la distribution de l’électricité ou les infrastructures de communications. La tendance existante de la numérisation des communications (qu’elles soient voix, données ou images) renforce l’économie de gamme. C’est l’un des argumentaires principaux derrière la logique règlementaire des services de télécommunications (lire ici le CRTC).

b. Les externalités de réseaux qui sont plus spécifiques aux télécommunications puisque la valeur d’un réseau augmente à chaque usager qui s’y abonne.

c. L’incertitude de la demande pour de nouveaux services peut inciter les entreprises de télécommunications et les autres fournisseurs numériques et sous-investir dans de tels services. Cet argument valorise donc l’agrégation de la demande consommateur par le gouvernement ou encore de financer les coûts qui y sont associés afin de stimuler le marché.

d. Le manque d’information des consommateurs qui les décourage d’utiliser et d’acheter certains services de télécommunications. Cet argument est souvent utilisé afin de justifier les subsides gouvernementaux aux organisations paragouvernementales, aux PME et aux citoyens

e. Et finalement, le coût élevé de transaction aux usagers, qui est souvent reliée au manque d’information. Et j’ajouterai ici que ce coût, particulièrement chez nous, est associé au manque flagrant de compétitivité du marché des telcos qui est concentré chez quelques oligarques qui font la pluie et le beau temps à des prix indécent et pour un service minimal, en particulier en région.

4. Assurer un prix et un accès équitable partout sur le territoire. L’un des objectifs fondamentaux de tout gouvernement est de s’assurer que chaque citoyen a un accès juste et équitable pour accéder à une infrastructure essentielle. La numérisation des télécommunications fait apparaitre et exacerbe le faussé entre les villes et les campagnes, entre les riches et les pauvres et entre les centres et les régions.

 

MAJ
En 2009, l’Australie investissait $43 milliards dans ses infrastructures numériques. Ici on préfère investir $1.3 milliard dans Bombardier…

Vous aimerez aussi
Vous n’êtes pas tanné de payer bande de caves? Pont à péage et internet

L’internet en région ou comment handicaper l’essor économique

Budget fédéral : tabarnak ,haute vitesse pour le Grand Nord et quoi déjà pour les régions?

Un plan numérique pour le Québec pour éviter de se faire fourrer par les TELCOs

Verizon au Canada, levée de boucliers des Telcos et des syndicats (ou pourquoi je m’en fou)

Vous n’êtes pas tanné de payer bande de caves? Pont à péage et internet

Prenons une autoroute ou un pont. Disons le pont Champlain. Imaginons qu’il faille le construire et qu’on y impose un péage. Cela deviendra un enjeu électoral majeur. Les médias se saisiront de l’affaire. Les chroniqueurs et éditorialistes s’en donneront à cœur joie. Mais à quoi peut bien servir un pont ou une autoroute? À faire transiter les gens et les marchandises. On considèrera à juste titre que c’est un bien public et que c’est le gouvernement et la société dans son ensemble qui devra assumer les couts de l’ouvrage. On dira que c’est une infrastructure capitale pour la vitalité économique d’une région ou d’un pays. Dans le cas du pont Champlain, il en coutera 5 fois plus qu’un pont ordinaire strictement parce que des bateaux doivent passer dessous. Ces bateaux iront rejoindre Toronto et Chicago et on tentait de nous faire croire que le pont Champlain n’était que pour les besoins des Montréalais et des citoyens de la Rive-Sud.

Imaginons maintenant qu’on laisse aux entrepreneurs en construction le loisir de faire des ponts ou des autoroutes de la manière et avec les technologies qu’ils veulent bien et qu’en plus, ils puissent tarifer le passage sur ceux-ci, à leur guise et en fonction d’une compétition entre eux très limitée, voire inexistante. Nous aurions donc des autoroutes de diverses largeurs, de divers matériaux et il se pourrait que de passer d’une autoroute à l’autre soit dangereuse, voire impossible. De plus, nous aurions sans doute de belles autoroutes dans les grands centres et en région, que des routes de terre battue pleine de trous. Dans notre esprit collectif, cela est inconcevable. Et pourtant…

Ce long préambule vise à vous démontrer l’absurdité de nos infrastructures internet et cellulaire. Il vise à vous faire prendre conscience à quel point, notre inactivité collective et gouvernementale est en partie responsable de nos propres malheurs. Au début des années 2000, nous parlions à juste titre de « l’autoroute de l’information ». En effet, les infrastructures internet et cellulaires sont devenus les autoroutes incontournables de cette économie du savoir. Ce sont des « services publics d’importance capitale » qui sont laissés à quelques oligopoles qui font ce qu’ils veulent à des prix exorbitants et pour un service pitoyables, surtout en région. Les fournisseurs cellulaires ont des technologies incompatibles entre elles et dédoublent inutilement les antennes, pour une couverture très inadéquate, surtout en région. N’êtes-vous pas fatigué de cette situation? Moi si. Tout comme pour l’histoire de l’électrification au Québec, les infrastructures numériques mériteraient un dénouement différent de ce que nous vivons présentement. À quand la nationalisation?

Le titre de cette chronique est une boutade du fameux « vous n’êtes pas tanné de mourir bande de caves, c’est assez? » de la murale du Grand théâtre de Québec du sculpteur Jordi Bonet.

À lire aussi:
La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain

De l’urgence d’un plan pour bénéficier positivement de l’économie numérique

Débat, Économie du partage effets bénéfiques et pervers

C’est avec grand plaisir que ce soir je participerai à l’événement LeDevoir de débattre : AirBnB, Uber et compagnie : Les effets pervers et bénéfiques de l’économie du « partage », cette nouvelle forme d’économie est elle une innovation ou simplement une façon de contourner les règles?

AirBnB, Uber et compagnie: les effets pervers et bénéfiques de l'économie du partage

J’y participerai avec l’économiste (et ami) Ianik Marcil, la députée péquiste Martine Ouellet et le professeur de l’Université Laval (l’une de mes alma mater) Guillaume Blum et ce débat sera animé par l’éditorialiste politique Antoine Robitaille.

Comme je le disais dans mon billet Un réveil brutal : Pourquoi devrions-nous planifier le numérique ?:

J’en ai plein le cul de l’inertie numérique de nos gouvernements!

Pourtant, depuis plusieurs années déjà, tant au fédéral qu’au provincial, j’ai rencontré différents fonctionnaires et ministres pour tenter de faire avancer l’idée d’un plan numérique pour le Québec et le Canada. J’ai toujours fait ça gratuitement de surcroit.
(…)
Je suis tannée et inquiète de notre inertie collective et gouvernementale. J’ai fait une présentation Slideshare, délibérément en anglais, dans l’espoir qu’elle soit lue et fasse réagir ailleurs au Canada et dans le monde. Comme on dit « nul n’est prophète en son pays ». Ainsi, peut-être que mon wake-up call aura plus d’impact ailleurs qu’il n’en a jamais eu ici…

Avec tristesse… voici mon slideshare

Mon argumentaire reposera aussi sur une série de billets que j’ai déjà publié ici.

Les gagnants et les perdants de l’économie numérique

De l’urgence d’un plan pour bénéficier positivement de l’économie numérique

L’argumentaire économique du numérique

La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain

Internet, un impact économique plus important que l’agriculture ou l’énergie

LeWeb : Tandis qu’ici on patauge dans les scandales d’égouts et de trottoir, le gouvernement français courtise ouvertement les acteurs du Web

L’économie numérique, c’est plus que du bonbon

Innover grâce à la douleur

Agences de voyages et détaillants, même combat

Lorsque j’ai entrepris ma M. Sc Commerce électronique au tournant de l’an 2000, le gros des dépenses en ligne des Québécois était pour les voyages. À l’époque, bien peu d’agences de voyages voyaient l’utilité d’être en ligne. Dans les années qui ont suivi, plusieurs ont tout simplement fermé les portes. Celles qui ont survécu, étaient en ligne ou encore se spécialisaient dans des forfaits compliqués et difficilement vendables en ligne. Par exemple pour les voyages d’aventure ou les forfaits très spécialisés.

15 ans plus tard, le plus récent fascicule du CEFRIO sur les tendances du commerce électronique nous apprend que les catégories « mode » et « électronique » sont les deux catégories les plus populaires pour les dépensent des Québécois en ligne. Ironie du sort (ou juste équilibre des choses) au même moment, les fermetures de détaillants traditionnels se succèdent à un rythme impressionnant. Et ce sont justement les détaillants mode et électroniques qui en prennent un coup. Dans un article du Journal de Montréal, on cite les raisons principales de ces fermetures :

La faiblesse du huard, les loyers élevés, le salaire minimum en hausse, la concurrence féroce et les problèmes à s’adapter au marché québécois ont eu raison de centaines de détaillants depuis six mois.

Mais je préfère de loin, l’explication de Jacques Nantel en bas de l’article :

Surtout que, dans l’électronique, les consommateurs savent souvent ce qu’ils veulent et préfèrent acheter sur le web dans le confort de leur foyer.
À cet égard, les ventes web de Future Shop étaient faibles comparativement à ses concurrents, expliquait récemment Jacques Nantel, professeur à HEC Montréal.
Et ça va aussi pour l’industrie du vêtement, où plus d’un achat sur 10 se fait en ligne au Québec.
Or, les investissements des boutiques de vêtements en ce sens sont deux fois moins importants que ceux des grands magasins, concluait une étude effectuée l’an dernier par le Conseil canadien du commerce de détail.

Pire encore, dans une récente étude comparative de l’efficacité de la présence web de plusieurs joueurs en ligne « mode » canadiens et québécois, pour un gros détaillant québécois (je ne peux vous la montrer étant donné la confidentialité de ce dossier), j’étais estomaquée de la pauvreté des présences web commerciales et de l’utilisation des médias sociaux qu’ils en faisaient. C’est comme s’ils avaient décidé d’être en ligne parce qu’ils faillaient y être, mais en utilisant des technologies médiocres et sans aucune stratégie web. Disons que ça m’a grandement attristée et que je suis malheureusement convaincue que plusieurs autres détaillants fermeront encore.

Par ailleurs, la semaine dernière j’ai dépensé 1200 $ d’achat de vêtements chez le détaillant en ligne britannique http://ca.longtallsally.com/. J’aurais vraiment mieux aimé dépenser mon argent pour une entreprise québécoise, voire canadienne, mais à ma connaissance, aucune encore ne s’est réveillée pour satisfaire aux besoins des femmes de grandes tailles comme moi. Comme quoi d’avoir une niche très précise a peut-être permis à certaines agences de voyages « brique » de survivre à l’arrivée du web, mais pour les détaillants, il est très possible que ce soit exactement le contraire…

Monsieur Couillard, expliquez-moi la logique du plan Nord

Cher monsieur Couillard. J’ai fait des cours d’économie, de politique et comme vous le savez, parce que l’automne dernier je vous ai gentiment secoué les oreilles (avec quelques mots d’églises) à propos du manque de vision numérique, j’ai aussi étudié en commerce électronique. Tout ça pour vous dire que dans cette période dite « d’austérité », j’entends qu’en grande pompe, vous relancez le Plan Nord? Expliquez-moi s’il vous plait? Parce que lorsque je regarde les chiffres, je ne comprends vraiment pas cette fixation à tirer notre argent par la fenêtre.

Bon tirer l’argent par la fenêtre est une figure de style. Je comprends que vous investissez dans notre avenir. Vous avez la vision de léguer « de grands travaux » et de « grandes retombées » pour les générations futures. C’est très louable et je vous félicite pour l’audace. Je comprends aussi que le Québec est très grand, que nous n’habitons qu’une infime partie de ce territoire et que nous aurions intérêt à « coloniser » le Nord. Cependant, je me trompe certainement, mais à ce qu’on en rapporte, votre plan ne parle pas de colonisation. Il parle plutôt d’exploitation des ressources naturelles du Grand Nord. Il parle de faire un Jean Charest de vous-même. Il ne parle pas d’avoir une vision originale de ce que sera le Québec, il parle de la suite, plus modeste, de la vision de votre prédécesseur.

Que disent les chiffres que je ne comprends pas?

Radio-Canada nous informe que :

Québec investira environ 2 milliards de dollars dans des projets d’infrastructure d’ici 2035. Hydro-Québec investira pour sa part quelque 19,5 milliards au cours de cette période. Le gouvernement espère ainsi convaincre le secteur privé d’investir environ 29,7 milliards, pour des investissements totaux d’un peu plus de 51 milliards de dollars.

Humm, c’est du bidou. Maintenant, si je regarde les chiffres de l’institut de la statistique du Québec(PDF), qui doivent sans doute être ceux que vous consultez aussi pour prendre vos décisions, on y apprend, dans sa plus récente mouture, que le secteur économique Extraction minière, exploitation
en carrière et extraction de pétrole et de gaz
, représente pour 2013 (en chiffre actualisé de 2007) des retombées de 3,5 milliards. Je comprends aussi qu’essentiellement, le plan nord servira à ce secteur économique. J’imagine aussi que si Hydro-Québec investit 20 milliards, c’est qu’ils s’attendent à avoir des retombées à tout le moins équivalente mais qui ne sont pas comptabilisées dans le fascicule des secteurs économiques du Québec (bon je ne m’obstinerai pas avec l’institut de la stat du Qc pour leur catégorisation). Mais j’apprends aussi, la journée avant votre annonce, que le flyé américain inventeur de la Tesla, Elon Musk, s’apprête à rendre public sa batterie pour maison qui permettra aux consommateurs de ne plus être dépendants des fournisseurs d’électricité et d’emmagasiner l’électricité nécessaire à leur maison via des panneaux solaires et cette batterie révolutionnaire. Incidemment, après un seul twitt de sa part, la valeur de ses actions a bondi de 1 milliard (je dis bien 1 milliard). Disons que pour un seul twitt, c’est du bidou. Mais bon, cet original est issu du monde des technologies de l’information, pas des mines. Ce n’est pas sérieux quoi. C’est de l’intangible. Les banques n’aiment pas ça. C’est d’ailleurs pourquoi (j’imagine) que vous venez de donner la batterie développer depuis des années par Hydro-Québec, aux Français? D’ailleurs, à terme, si les gens peuvent emmagasiner l’énergie dans ces super batteries à l’aide d’éoliennes personnelles ou de cellules photovoltaïques, est-ce toujours opportun de faire d’autres mégas barrages? D’ailleurs, est-ce que je me trompe ou ai-je lu que les minerais sont aussi à un bas historique?

Bon avec toutes ces questions, et si peu de réponses qui me semble logiques, vous comprenez sans doute mon manque de compréhension.

Le plan nerd

L’automne dernier, mon pote Sylvain Carle vous disait ce passage prophétique, que vous avez applaudie chaudement :

Pourquoi Twitter, sérieusement qui l’aurait cru, pourquoi cette compagnie vaut maintenant 32 Milliard?

Elle optimise au maximum toute les méthodes des hackers pour créer une immense valeur à partir de rien.

Ben pas de rien, à partir de cellules grises. C’est super renouvellable en plus comme matière.

C’est pour ça que je parle de “Plan Nerd” plutôt que de “Plan Nord”.

L’ère industrielle et des ressources naturelles, c’était le 20ème siècle. Ça ne va pas disparaitre.

Mais il s’ajoute toute une couche additionnelle de valeur, Michelle Blanc avait de bons chiffres hier.

On ne peut pas ne pas profiter de cette nouvelle richesse.

Je disais hier à la blague, l’économie ça ne m’inquète pas.

Je n’en reviens pas qu’on donne tant d’efforts pour réduite les dépenses par rapport à augmenter les revenus. L’un n’exclut pas l’autre, je le sais bien, mais me semble qu’on pourrait au moins mettre des efforts égaux.

La mine qui va nous sortir du trou (ok, mauvaise métaphore), la matière première de l’ère du savoir, de la société en réseau, elle n’est pas dans le sol, elle est dans la tête des Québécois.

Et pis là, on est tous en réseau. Il faut apprendre à travailler ensemble. À collaborer. Sinon, on va passer à côté.

Sinon on va manquer la bateau et devenir un pays du tiers monde numérique.
Je ne veux pas ça. Vous non plus. Pis le bateau, il a déjà commencé à quitter le quai.

15% du 21ième siècle est déjà passé.

Vous avez conclu ce fameu week-end, pour lequel j’étais bé-né-vo-le, par l’assurance que vous développeriez une stratégie numérique pour le Québec. Et là vous nous ressortez le plan nord des boules à mites? Je vous disais que les mines c’est 3,5 milliards du PiB du Québec. Industrie de l’information et industrie culturelle c’est 10,2 milliards. Services professionnels,scientifiques et techniques c’est 16 milliards. Les technologies de l’information touchent directement TOUS les secteurs d’activités économiques et TOUS les aspects de la société. Pourtant, pas encore de ministre, de ministère, de vision ou de stratégies. Le secteur des TIC est celui qui est le plus en croissance de TOUTES les activités économiques, quelles qu’elles soient. Pourtant, vous voulez investir 21 milliards, pour une activité économique qui en rapporte 3?

Je ne comprends pas. Je suis perdue. Éclairez-moi de votre sagesse parce qu’à la lecture des éléments que je viens de vous présenter, votre logique m’échappe…

Je vous rappellerai aussi que j’avais « sauté une coche » à propos de nos infrastructures numériques et cellulaires pitoyables. Je vous parlais de notre très haute vitesse qui tourne autour de 40 MBPS, mais qui est plutôt de 5MBPS dans les régions. Vous vous en souvenez? Je vous donnais l’exemple de Google Fiber ou de Chattanooga avec leur 1GBPS (c’est mille fois 1MBPS juste pour être certaine que vous suivez). J’étais « su’l cul ». Et là, COMCAST annonce qu’ils livreront désormais à leurs clients le 2GBPS!!!

Ça ne vous tenterait pas de nationaliser les infrastructures numériques et cellulaires et que ça devienne votre lège pour les futures générations? Ça ne vous tenterait pas de développer une vision du numérique pour tous les Québécois et de mettre une couple de milliards là-dedans? En supposant évidemment que vous fassiez en même temps le ménage dans les milliards qui sont déjà dépensés inutilement par le gouvernement avec les firmes de trois lettres qui sont suivies depuis des mois par les journalistes et l’UPAC avec l’élogieuse épithète de « bordel informatique »?

J’ose croire que mes réflexions porteront fruit et que prochainement, vous nous annoncerez votre vision numérique et que vous songerez à mettre à niveau nos infrastructures cellulaires et internet? L’économie du savoir, ça passe aussi sur des infrastructures :-)

Vous aimerez peut-être aussi:
De l’urgence d’un plan pour bénéficier positivement de l’économie numérique

L’internet en région ou comment handicaper l’essor économique

La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain

Internet, un impact économique plus important que l’agriculture ou l’énergie

Un plan numérique pour le Québec pour éviter de se faire fourrer par les TELCOs

Les gagnants et les perdants de l’économie numérique

Les étonnés et le rapport d’étonnement

Un plan « big data » pour le développement économique du Québec

L’argumentaire économique du numérique

Le suffixe .Quebec et les autres nouveaux TLD, méchant casse-tête en vue

Sur Twitter on me demande ce que je pense du nouveau suffixe .Quebec qui sera disponible dès novembre.

Que pense les experts du web/MRK du .quebec? cc: @mcducas @MichelleBlanc @LucDupont @guillaumebrunet http://cnw.ca/Bx5br
https://twitter.com/C_Croteau/status/502455364059947010

Ma réponse fut courte et assez directe

@C_Croteau @mcducas @LucDupont @guillaumebrunet d’une inutilité qui sera très dispendieuse pour les brands
https://twitter.com/MichelleBlanc/status/502473978192343040

Permettez-moi de développer un peu plus ici.

Ce n’est pas la première fois que l’ICANN autorise de nouveaux Domaines de premier niveau (TLD Top-level Domain) ou plutôt de GTLD (Generic Top Level Domain) dans ce cas-ci. À chacune des nouvelles apparitions de TLD ou gTLD, on me demande ce que je pense des ces ajouts. C’est toujours un peu la même histoire. Tout d’abord avec l’explosion du nombre de sites internet sur le web, il était évident qu’il fallait ajouter des TLD. Ce n’est cependant plus le cas depuis belle lurette. Les ajouts de nouveaux gTLD ne servent maintenant plus qu’à enrichir les vendeurs de noms de domaine et l’ICANN et à complexifier la tâche des marques qui doivent acheter à fort prix une multiplicité de TLD et de gTLD pour protéger leur propriété intellectuelle pour très peu ou plutôt aucun avantage additionnel. Moi qui ne suis qu’une très petite marque, déjà je reçois de multiples demandes de domaineurs qui veulent faire une piastre avec les différentes déclinaisons de Michelleblanc.com et Analyweb.com comme AnalywebS.com Analyweb.cn, .fr, et toute les déclinaisons de TLD ou d’épellations possibles de mes marques. Imaginez maintenant ces déclinaisons d’épellations associées aux gTLD comme .travel, .name ou .biz. Maintenant, ajoutez à ça les NewgTLD qui sont déjà autorisés (vous en avez déjà plus de 300 (PDF)) comme .Quebec, vous vous retrouvez avec un capharnaüm d’adresses internet à enregistrer et à surveiller. Les seuls qui seront réellement heureux de cette situation sont les registraires de nom de domaines, les escrocs qui feront du cybersquattage avec la propriété intellectuelle des autres et les avocats et les consultantes comme moi qui aideront les clients à ne pas se faire arnaquer par cette nouvelle tour de Babel…

Finalement, on ne sait toujours pas comment les engins de recherche réagiront face à cette avalanche de nouveaux gTLD et comment les sites qui en seront affublés se positionneront dans les résultats des engins de recherches. Encore un autre casse-tête additionnel à monitorer…

MAJ
Pour ajouter au mal de tête et en plus des 300 nouveaux gTLD qui seront bientôt ajoutés, visualisez sur une page les TLD de pays et les gTLD qui existent déjà, chez IANA (Internet Assigned Number Authority).

De l’urgence d’un plan pour bénéficier positivement de l’économie numérique

Les gagnants et les perdants de l’économie numérique

L’auteur Rick Whiting fit récemment une lumineuse présentation d’une allocution donnée par Erik Brynjolfsson, professeur du MIT et directeur du MIT Center for Digital Business, dans sa présentation Winners And Losers In The Digital Economy. Certains seront très certainement rapides à le traiter de « pelleteur de nuage »! C’est qu’il parle d’économie numérique au Comdex Virtual. Ce n’est sans doute pas sérieux…

Mais moi je le trouve particulièrement éclairant et en plein dans la ligne d’une « sonnette d’alarme » que douze autres passionnés et moi-même avons actionnés dans notre Rapport d’étonnement à l’automne 2012 .

Les gagnants, et les perdants de l’économie numérique (en parlant des États-Unis)

Tel que cité par monsieur Whiting

« GDP is at an all-time high, profits are at an all-time high, investment is at an all-time high. That’s all good news.
(…)
« The labor participation rate, the share of workers that are in the workforce out of the total population, has fallen off a cliff. »

Puis le professeur Brynjolfsson poursuit en disant que des millions de personnes ont perdu leurs emplois parce que les entreprises et les compétences n’ont pas suivi l’évolution trop rapide des technologies numériques (je rappelle ici que l’Estonie vient d’instaurer les cours de codage informatique dès le primaire). Puis après avoir parlé des iniquités de la répartition de la richesse, engendrées par les profits des technologies, il poursuit en différenciant ceux qui ont des « skills » et ceux qui n’en ont pas.

There’s been a divergence, which economists call a ‘skill-biased technical change,’ » he said. The result: People with limited skills have difficulty finding employment while businesses have trouble filling jobs — such as in high-tech manufacturing — that require higher skill levels.

Il poursuit en identifiant les superstars de la nouvelle économie comme Lady Gaga qui utilise les médias sociaux pour rejoindre ses millions d’admirateurs (et monnayer cette exposition) ou Scott Cook qui après avoir inventé Turbotax, fit perdre des milliers d’emplois chez H&R Block.

Mais c’est justement sa conclusion que je trouve si lumineuse (sans doute parce que je partage tellement ce point de vue que j’ai donné bénévolement de mon temps pour travailler sur le rapport d’étonnement des 13 étonnés ), la voici donc.

« The truth is, technology has always been destroying jobs, technology has always been creating jobs, » Brynjolfsson said. But with advances in technology coming faster than ever, that equation is out of balance.
« We’re going to see this trend accelerate in the next 10 years, » he said of machines taking over tasks that have been exclusively the province of humans. « The consequences of this are very profound.
« Addressing this paradox is the grand challenge for our generation. »

Le grand défi de notre génération est de confronter ce paradoxe! Cette citation vient d’un prof. de MIT et citoyen américain, l’une des nations les plus en avance avec le numérique. Et nous ici, on ne se penche même pas encore sur ça. Le numérique ce ne sont que des outils… Au mieux, une connection à 4,5MBPS si vous êtes du bon côté de l’un de nos réseaux…
C’est justement cette réflexion sur la confrontation de ce paradoxe que proposait notre rapport d’étonnement.

Je deviens impatiente et à l’étape prochaine, je serai sans doute en tabarnak, plutôt qu’étonnée…

Mais je comprends que des fois l’aveuglement, le déni et l’obscurantisme c’est profond. Je sais de quoi je parle, j’ai nié mon sexe durant 45 ans…

Mais vous n’êtes peut-être pas encore convaincu de l’urgence des enjeux? Lisez donc ce paragraphe

Technology Change Accelerates In The Next 10 Years
Brynjolfsson cited two cases to illustrate how quickly technology is advancing. One is Google’s self-driving car technology, which the MIT professor recently experienced in a drive down Highway 101 in the San Francisco Bay Area. The other is IBM’s Watson computer (pictured) that defeated longtime Jeopardy champion Ken Jennings in a famous man vs. machine competition.

The Google technology could make obsolete thousands of jobs, from cab drivers to long-haul truckers. And Brynjolfsson said the Watson technology is being applied to call centers, financial processing tasks and even medical diagnostics — jobs that once only people could do.

Pourquoi est-il important de se questionner sur l’économie numérique?

Marie-Claude Ducas dans son billet La campagne 2012 et le mirage de « l’élection 2.0 » Disait:

Questionner les politiciens sur « ce qu’ils comptent faire avec l’économie numérique », comme l’a fait la consultante et blogueuse bien connue Michelle Blanc (d’abord avec le chef libéral Jean Charest, ensuite celui de la CAQ François Legault, puis avec Jean-Martin Aussant d’Option Nationale ) je veux bien. Et c’est sûr que, comme plusieurs le soulignent, comme l’a fait, dans ce billet, le spécialiste René Barsalo , il faut s’intéresser à autre chose qu’aux routes et aux ressources naturelles quand on parle de développement économique. Mais… pourquoi serait-ce tellement plus pertinent que si les patrons d’agence de pub allaient demander aux candidats « ce qu’ils comptent faire à propos de l’économie de la publicité »? Ou les comptables, s’enquérir de leur opinion « à propos de l’industrie des firmes de comptabilité et de consultation »? Pourtant, ce sont des enjeux économiques au moins aussi valables : il y a eu bien des fusions et des rachats, récemment, dans ces deux domaines; idem parmi les bureaux d’avocats, d’ailleurs.

Je lui répondis dans mon propre blogue

Se questionner sur l’économie numérique est plus pertinent que se questionner sur l’économie de la publicité ou de celle de la consultation strictement parce que le numérique touche toutes les sphères de l’activité humaine, que strictement pour la portion TI, ça représente 25 milliards de revenus pour le Québec (à l’heure actuelle et avec 40 000 emplois), que ça participe de l’économie du savoir et que comme pour l’électricité qui a permis un gain de productivité énorme pour toutes les industries, le numérique engendre les emplois et la « valeur économique » du XXIe siècle. Déjà en 1994 Nuela Beck parlait de la nouvelle économie et de comment la « valeur » avait transité des biens matériels aux biens immatériels. On a qu’à penser à la valeur de Facebook, d’Apple, d’Amazon et autres pour s’en convaincre. Malheureusement ce ne sont pas les banques qui capitalisent sur ces « valeurs intangibles » mais plutôt les fonds collectifs de placement. Ils sont ceux qui désormais (et depuis le tournant des années 2000) ont l’avoir collectif du capital…

La nouvelle économie de Nuela Beck (1994), Résumé

L’économie nord-américaine subit depuis nombre d’années une transformation radicale. Nuala Beck indique le sens de ces bouleversements et montre les chemins de l’avenir. Affirmant que les statistiques sous-estiment les forces motrices qui animent les industries nouvelles, l’auteure distingue trois cycles: celui des matières premières a dominé la révolution industrielle, celui de la production de masse a alimenté l’ère de la consommation et de l’automobile et la technologie domine le cycle actuel.

Dans La nouvelle économie, Nuala Beck présente le prochain cycle qui nous entraînera dans l’ère de l’intelligence artificielle, du génie génétique, de l’espace et des matières premières nouvelle génération.

M. Barsalo qui est aussi cité par madame Ducas dit avec raison dans un billet du Journal de Montréal, Notre avenir… numérique? :

La triste réalité est, qu’au tournant historique de notre civilisation vers le numérique, aucun des partis présents ne prends cette opportunité au sérieux. Les routes, les ressources naturelles et l’administration des services publics sont pour eux les seuls « vrai » enjeux. Pourtant, les deux sont inter-reliés. En termes d’infrastructures, l’accès au code via un réseau qui relie adéquatement l’ensemble du territoire, ses institutions, ses entreprises et ses citoyens est aussi important que l’eau courante et l’électricité dans la société qu’y émerge. En termes de réduction des coûts, l’utilisation du numérique en matière de planification, de suivi ou de réalisation permet d’assurer une meilleure gestion des ressources et des budgets tout en augmentant la qualité des biens et services.

En abordant de front la question de l’informatisation et de l’ingénierie en réseau des services publics, en partenariat avec le citoyen et l’entreprise privée, nous pourrions initier un chantier numérique dont le Québec entier sera le premier bénéficiaire. Mais avant de dépenser, il faut réviser le processus d’appels d’offres de projets informatiques. Tout comme celui de la construction, on y remarque depuis quelques années des dépassements de coûts vertigineux.

Le meilleur moyen d’assurer ce changement est de mettre de l’avant l’ouverture et la transparence, si chère à la génération des natifs du numérique qui n’attends que ce signal pour s’impliquer. Patenteux comme nous le sommes, avec la mise en place d’un tel chantier, nous pourrons non seulement améliorer notre société et réduire les coûts de l’État, augmenter le niveau de transparence et l’implication citoyenne, mais aussi créer au passage une avalanche de nouvelles entreprises technologiques, équipées pour affronter l’avenir plutôt que de creuser des trous. Dans toutes les régions, unis par le réseau, celles-ci profiteront du succès collectif et exporteront leur savoir faire au reste de la planète, tout en participant à notre croissance économique.

L’un des lecteurs de mon blogue me demanda en commentaire

Vos statistiques reliées à l’économie numérique parlent d’elles même… mais pouvez-vous mentionner vos sources, car des chiffres sans références peuvent perdre de leur crédibilité… malgré le fait qu’ils proviennent d’une plume aussi respectée que la vôtre?

Merci et continuez de vous faire entendre!

Il a raison, mais ça fait TELLEMENT de fois que je montre ces statistiques que je tiens pour acquises qu’elles sont connues et il semble que ce ne soit pas le cas. Donc ces statistiques sont colligées dans mon billet Le Tourisme vs Les TIC au Québec, met-on nos œufs dans le bon panier? . J’y citais Paul Journet dans son article Le tourisme québécois sévèrement critiqué qui disait aussi ceci :

L’industrie touristique représente 2,5% du PIB du Québec. L’année dernière, elle a rapporté des revenus de 10,4 milliards et fourni 134 600 emplois directs.

Or, je me suis amusé à comparer l’industrie du tourisme à celle des Technologies de l’information (qui n’est que l’une des nombreuses composantes de ce que l’on nomme le numérique) avec les chiffres que donnent Affaires étrangères et Commerce international Canada

Le secteur des TIC est un moteur de l’économie du Québec, puisqu’il génère des ventes de plus de 25 milliards de dollars. Ce secteur, qui compte quelque 5 000 entreprises dans la province, emploie approximativement 140 000 personnes. La production des TIC est en grande partie exportée (surtout vers les États-Unis) et représente 35 % de la production totale du Canada dans ce secteur.

Si je récapitule ces chiffres, l’industrie du tourisme génère 10,4 milliards et fournit 134 600 emplois et celle des TIC 25 milliards et 140 000 emplois

L’internet en région ou comment handicaper l’essor économique

En théorie, la beauté d’être un travailleur d’internet, de l’économie du savoir, d’être programmeur, développeur ou entrepreneur techno est qu’on peut travailler de n’importe où sur la planète. En réalité il faut plutôt travailler à des endroits qui offrent les infrastructures permettant à cette économie de se développer. Ces infrastructures incluent au moins deux éléments primordiaux. Un approvisionnement en électricité et un en bande passante. L’électricité est abondante et à un prix raisonnable au Québec. Par contre, la bande passante, c’est une autre histoire. Même dans les grands centres que sont Montréal ou Québec, notre bande passante ne correspond même pas à ce que fournis déjà les autres villes canadiennes qui font partie de iCanada , c’est à dire une vitesse de 100 MBPS. Ici à Montréal, lorsque nous avons un gros 4.5MBPS on considère déjà être chanceux. Et que dire du Vermont qui se targue de fournir maintenant 1000 MBPS à la moitié du prix du fameux Google Fiber du Kansas soit 35 $ par mois? Aurait-on des croûtes à manger?

Et en région, c’est la dèche encore plus extrême.

Dans mon cas particulier, je devrais faire abattre des pins centenaires si je veux avoir l’internet par satellite de Xplornet à un prix compétitif, pour une bande passante médiocre. Sinon, la solution modem cellulaire de Bell coûte 105 $ par mois pour un gros 15 Go de téléchargement. Et je ne vous parle même pas de la bande passante qui est ri-di-cu-le. Il faut donc obligatoirement oublier AppleTV, Netflix et autres services requérant un tant soit peu de téléchargement.

Vous me direz, mais tu n’as qu’à resté dans un grand centre! Je répondrai, vous avez raison, j’aurai vraiment dû m’installer dans un champ « nowhere » au milieu du Vermont…

Quelques autres chiffres:

Dans LeDevoir

Un doute? C’est l’OCDE qui le dit. En 2007, l’Organisation de coopération et de développement économique a mesuré en effet le prix pour accéder et utiliser à la bande passante dans une trentaine de pays, dont le Canada. Résultat: alors qu’un Megabit/seconde de bande passante, soit l’unité de base de mesure de la capacité de transfert d’un réseau, coûte 0,13 $ en moyenne à un Japonais, il faut près de 4 $ à un Canadien pour obtenir la même chose.

À titre comparatif, les Français (0,33 $), les Suédois (0,35$) ou les Américains (2,83 $) doivent débourser beaucoup moins pour avoir la chance d’échanger courriels, photos ou vidéos par Internet. Un clivage palpable cette semaine d’ailleurs alors que la compagnie Numéricâble en France proposait à ses clients une connexion par fibre optique contre 34 $ par mois. Au même moment, à Montréal, Vidéotron exposait sur son site une offre de branchement deux fois moins rapide pour les téléchargements et 100 fois moins rapide pour le téléversement en échange d’une facture de… 90 $, soit trois fois plus cher.

Sur Triplex Radio-Canada

Par exemple, le plus gros forfait de Vidéotron offre 170 Go en aval (vitesse de 120 Mbit/s) et 30 Go en amont (vitesse jusqu’à 20 Mbit/s) pour 149,95 $ mensuellement. « L’utilisation de la bande passante au-delà des limites définies pour cet accès sera facturée à 1,50 $ par gigaoctet supplémentaire, et ce, sans limite mensuelle de facturation », peut-on lire sur le site. De côté de Bell, le plus gros forfait offre 100 Go de bande passante pour 54,95 $, vitesse de téléchargement jusqu’à 25 Mbit/s et vitesse de partage de contenu de 7 Mbit/s. « Pour seulement 5 $/mois, le forfait Utilisation assurée vous offre une utilisation Internet additionnelle de 40 Go. »
(…)

Un film haute définition de 1 h 30 utilise environ 3 Go de bande passante, en définition standard, c’est environ 1 Go l’heure, et il faut compter une moyenne de 5-6 Go pour le téléchargement d’un jeu sur Steam. Selon l’étude de Credit Suisse sur la situation canadienne, utiliser un service comme Netflix pour écouter 30 minutes de télévision par jour équivaut à environ 32 Go d’utilisation Internet mensuellement (pour ce seul service). Bref, si on se tourne vers des services en lecture continue, on peut se retrouver avec une facture salée.

« Les opérateurs font énormément d’argent sur le dépassement de la bande passante, explique Laurent Maisonnave, président du conseil d’administration du service Île sans fil. Ça leur coûte 0,01 $ le Go, alors imaginez les profits lorsqu’ils font payer des surplus de 1 $ à 5 $ le Go supplémentaire. Mais ce n’est pas la seule raison, continue-t-il. Les fournisseurs Internet sont devenus des fournisseurs de contenu. Ils ont maintenant leur propre service de vidéo sur demande et ne veulent pas de concurrence. »

La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain

L’électricité n’est qu’un outil, ou plutôt une suite de technologies. L’électricité en soi ne fait pas grand-chose. Par contre, elle permet une activité économique incroyable. Elle fait littéralement tourner l’économie. Nous pourrions certainement faire un parallèle entre le numérique et l’électricité. Le développement du numérique fait d’ailleurs songer aux belles années du Duplessisme. Votez pur moi et vous aurez votre « haute vitesse ». Mais de quelle haute vitesse parle-t-on au juste?

D’ailleurs il est très instructif de lire ou relire la page de Wikipedia intitulé Histoire de l’électricité au Québec .

Les premiers tâtonnements de l’industrie sont marqués par une course au développement à Montréal, suivie d’une phase de consolidation nécessaire à des fins d’efficacité et de la création de monopolesrégionaux qui vont graduellement étendre leurs réseaux électriques dans les principaux centres du Québec. Le développement de ces entreprises s’effectue par l’expansion des réseaux ou, tout simplement, par l’acquisition d’une firme voisine et potentiellement concurrente. Les grandes perdantes de ce mode de développement se retrouvent toutefois dans les régions rurales ; certaines municipalités s’organisent de manière autonome, pendant que dans certaines régions, des résidents forment des coopératives de consommateurs. Les deux principales compagnies présentes sur le marché, la Montreal Light, Heat and Power (MLH&P) et la Shawinigan Water and Power Company (SWP) s’imposeront comme les entreprises dominantes du secteur jusqu’aux années 1930, pendant qu’au Saguenay—Lac-Saint-Jean, l’Alcans’implante solidement et développe son potentiel hydraulique en fonction de la croissance de sa production d’aluminium.

La domination des grands monopoles régionaux, « le trust de l’électricité », sera cependant contestée dans l’opinion publique. Cette contestation donnera lieu à une enquête publique, l’implantation d’organismes de surveillance et mènera en 1944 à la nationalisation de la MLH&P et à la création d’une société publique, Hydro-Québec, avec l’adoption de la loi 17, créant la Commission hydroélectrique de Québec.

(…)Influencé par le New Deal du président américain Franklin D. Roosevelt17, le gouvernement Godbout dépose un projet de loi à l’automne 1943, afin de prendre le contrôle la MLH&P, qui exerce un monopole dans la grande région de Montréal.

La loi créant une entreprise commerciale de propriété publique, La Commission hydroélectrique de Québec, est adoptée par l’Assemblée législative le 14 avril 1944. Elle confie à la nouvelle société le mandat initial de « fournir de l’énergie aux municipalités, aux entreprises industrielles et commerciales et aux citoyens de cette province aux taux les plus bas compatibles avec une saine administration financière ». Hydro-Québec avait aussi pour mission de réhabiliter un réseau vétuste et de développer l’électrification des régions rurales non desservies par les entreprises existantes.

Je vois d’étranges similitudes entre « La domination des grands monopoles régionaux » de l’électricité d’hier, et celle des fournisseurs internet et cellulaires d’aujourd’hui. Je vois une corrélation entre le « New deal » américain qui a poussé dans le cul des élus d’hier et le plan numérique de New York , de la France , le opengov d’Obama qui pourrait pousser dans le cul de nos politiciens d’aujourd’hui. Sauf que malheureusement, nos élus ne semblent pas encore comprendre l’urgence d’agir que leurs prédécesseurs eux, avaient compris avec l’électricité. L’électricité est l’un des « outils économiques » particulièrement importants lorsque vient le temps de discuter création d’emploi et emménagement de nouvelles entreprises manufacturières et de transformation. C’est un élément clé de la compétitivité industrielle. MERCI à Taschereau, Godbout, Lévesque et Bourassa d’avoir eu la vision de comprendre que l’électricité était plus qu’un « outil ». Ils ont compris que l’électricité pouvait être un projet de société, lui permettant qu’il devienne un outil de création de richesse et d’emploi majeur du Québec d’aujourd’hui.

Les études relatant l’impact sur l’économie industrielle de l’électricité sont abondantes. L’électricité et « l’énergie » en général sont des vecteurs évidents de l’économie industrielle et du confort de chacun. Tout le monde comprend ça aisément. Pourtant, le numérique est désormais cette électricité d’hier, mais pour l’économie du savoir. Cette nouvelle économie dans laquelle nous baignons depuis bientôt 20 ans. Malheureusement les études qui prouvent son impact sur l’économie, les mesures de cet impact, les ratios et autres indicateurs sont encore en développement. J’en parle d’ailleurs depuis plusieurs années déjà.

Nous étions très en avance au début des années 2000. Nous sommes très en retard aujourd’hui. Le mot clé « numérique » n’est plus à la mode. Le mot-clé qui est à la mode depuis dix ans est « innovation ». Question de mode sans doute. Malheureusement cette mode nuit au développement économique du Québec et nuira encore plus dans les années à venir si nous ne faisons rien. D’ailleurs le CEFRIO vient de mettre en ligne une étude intitulée Indice de l’innovation par les TIC . Étude très intéressante qui tente de rendre sexy, le numérique en l’affublant du mot-clé à la mode « innovation ». C’est à la fois triste et loufoque. Pas que les TIC ne soient pas responsable de la croissance de l’innovation, depuis des années déjà les TIC le sont. Mais il est triste que nous devions enrober le numérique du drap de l’innovation pour réveiller notre classe politique qui se gargarise justement de mots-clés sans pour autant réellement comprendre les enjeux.

Les conclusions de cette étude nous révèlent

Cette enquête trace un lien intéressant entre tiC et innovation. Plus une entreprise ou une organisation utilise de manière intensive les tiC, plus elle affiche une intensité d’innovation élevée. Ce constat s’applique aux innovations de produit, de procédé, de commercialisation ou organisationnelle. En fait, les résultats montrent qu’il est difficile de séparer ces innovations dans la pratique. Les organisations innovantes introduisent souvent plusieurs types d’innovations en même temps.

Le fait que l’on parle d’intensité d’utilisation des tiC et non de simple possession implique que l’investissement ne doit pas seulement être technologique, mais aussi organisationnel. il faut être organisé pour utiliser les tiC mises en place dans les organisations. les autres facteurs qui influencent de manière positive l’intensité d’innovation sont les modifications significatives à l’organisation, l’acquisition de nouvelles expertises, la présence d’équipes multidisciplinaires et la culture d’expérimentation. toutes ces dispositions vont permettre à l’organisation de maximiser l’intensité de l’innovation.
(…)

on reconnaît l’importance pour les entreprises et organisations publiques canadiennes d’accroître leur performance en matière d’innovation, afin qu’elles améliorent leur compétitivité et, de ce fait, la productivité de l’économie canadienne. les politiques mises en place doivent reconnaître le rôle des tiC, mais également tenir compte du contexte dans lequel elles s’insèrent. les politiques doivent en même temps favoriser les éléments complémentaires aux tiC.

Pour les gestionnaires, les résultats soulignent l’importance de voir les investissements en tiC de manière large. Ce ne sont pas simplement des outils à mettre en place. les tiC sont des leviers pour faire les choses différemment, et doivent être accompagnées de décisions parfois difficiles ou risquées sur les modes de fonctionnement de l’organisation.

Mais même les études et les analyses les plus savantes ne serviront à rien s’il n’y a pas de Taschereau, Godbout, Lévesque ou Bourassa pour porter le flambeau de la vision sociétale de l’économie de demain. Je me demande encore qui sera le porteur du flambeau de la richesse économique collective de nos enfants?

L’argumentaire économique du numérique

Après Nuela Beck sonnait les cloches des économistes et gestionnaires de portefeuilles avec son livre La nouvelle économie en 1994. En 2007, C’est le Dr. Robert D. Atkinson qui de The information technology and innovation foundation démontra dans son Digital prosperity, Understanding the Economic Benefits of the Information Technology Revolution , comment les TI sont devenu le fer de lance de la croissance économique et conclu

« In short, while the emerging digital economy has produced enormous benefits, the best is yet to come. » D’ailleurs l’une de ses recommandations est de placer le numérique au centre même, des politiques économiques gouvernementales.«Give the Digital Economy Its Due: Economic policymakers need to view IT issues not just as narrow IT policy, but as the centerpiece of economic policy. This means putting issues of digital transformation at the front and center of economic policy. »

À cet effet, Ed Felten, le premier CTO de la Federal Trade Commission américaine mentionnait dans un article recent

It would obviously be foolish for senior government officials to make economic policy without seeking input from trained economists. Perhaps someday, it will be seen as equally foolish to make technology policy without a computer scientist in the room.

La Banque mondiale quant à elle, rappelle qu’afin de déployer un gouvernement numérique, il est fortement conseillé de commencer par les infrastructures numériques .

Governments should promote strategies that focus on ICT infrastructure development as a prerequisite to e-government ± an « I before E’’ strategy.

Depuis des années déjà, l’OCDE analyse et finance la recherche de mesures économiques qui permettraient d’isoler l’apport du numérique à l’économie en général. ¨Pourtant, cette organisation conservatrice et neutre a déjà avancé dans son rapport THE IMPACT OF THE INTERNET IN OECD COUNTRIES que

“Existing empirical studies, including ongoing OECD work, suggest a positive link between increasing Internet adoption and use and economic growth. Even though the aggregated effects are still preliminary, the relationship between Internet development and economic growth, as well as microeconomic evidence, suggest that governments should continue to pursue policies that help promote Internet connectivity and encourage the take-up of services”.

PWC en 2011 observait aussi la relation intrinsèque entre la croissance économique et la technologie numérique.

Economic growth and technology are inextricably linked. Current economic conditions are fostering investment in technology as emerging markets ramp up their demand for technology to fuel growth, and advanced markets seek new ways to cut costs and drive innovation. This becomes a virtuous circle as digital technologies drive consumer income and demand, education and training, and efficient use of capital and resources—leading to increased economic growth, particularly in emerging markets.

Cette croissance qui lie le numérique à l’économie a même été chiffrée cette année par Boston Consulting Group. BCG avance que d’ici 2016, strictement pour les pays du G20, l’économie numérique représenterait une croissance potentielle de $4,2 billions (je rappelle ici qu’un billion c’est mille milliards).

Je suis certes très enthousiaste à l’idée de croissance économique que pourrait apporter le projet du Plan Nord qui a déjà été présenté par le gouvernement libéral du Québec. Mais il me semble qu’il est grand temps et que nous sommes même très en retard, de planifier, préparer et profiter d’une parcelle de pointe de la tarte de $4,2 Billions de croissance de l’économie numérique dans laquelle, que nous en prenions collectivement conscience ou non, nous sommes déjà partie prenante. Sauf que si nous n’en prenons pas collectivement conscience et que nous ne faisons pas les efforts individuels et collectifs nécessaires pour y prendre part, cette croissance bénéficiera inévitablement à d’autres citoyens.

En conclusion, je suis donc définitivement pour un Plan Nerd, ou plus prosaïquement, pour un plan numérique pour le Québec…

NOTE

Ce texte a d’abord été rédigé pour le collectif « Le Québec à l’heure des choix : regard sur les grands enjeux ». Malheureusement, l’éditeur n’aime pas ma manière de citer mes sources. Il semble que pour cet éditeur, un hyperlien n’est pas dans sa norme et qu’un auteur, titre, éditeur, page, date, soit plus ce qu’il recherche. Ayant déjà été édité 4 fois, je comprends le besoin de l’éditeur, mais étant aussi blogueuse, je comprends ma démarche, qui faisait tout à fait l’affaire de mon éditeur actuel Libre Expression. N’ayant pas le temps de gratuitement faire le tour de chacun des articles cités ici pour répondre aux besoins spécifiques de cet éditeur, je me retire simplement de ce projet. Par contre, vous aurez la chance de prendre connaissance ici de mon texte, et ce gratuitement, ce qui allait aussi à l’encontre de la « philosophie de cette maison d’édition ». Alors c’est triste, mais bon, c’est ça qui est ça…