J’ai pensé mourir

Pin It

Avant-hier il faisait beau. Nous étions prêtes pour la quarantaine. Les achats de bouffe pour deux semaines étaient faits, les provisions rangées, nous étions dans l’attente d’aller chercher petit-fils pour qu’il passe la semaine avec nous. Mon amour me dit, pourquoi n’irions-nous pas dehors? Il fait si beau!. J’étais bien d’accord avec elle. Je me disais que j’irais préparer le terrain pour qu’on puisse installer les chevilles et les sceaux après les érables pour en faire du sirop avec petit-fils. Je voulais aussi régler quelques trucs dans le cabanon et déglacer un peu l’entrée de garage et le chemin qui est une vraie patinoire.

Je me disais que je serais prudente. C’est que la semaine dernière, j’ai appris avoir déjà fait un infarctus et que ce n’est vraiment pas le temps de tomber malade, disons. Avant de me faire opérer pour l’ablation de mon rein au printemps dernier, j’avais passé un électrocardiogramme. Il semble qu’il n’était pas commun. Le cardiologue qui l’inspecta me dit que ce n’était pas très grave et que je pouvais me faire opérer. C’était peut-être juste que mon cœur ne bat pas avec la même régularité que tous. Mais bon, ce ne serait sans doute pas la seule « spécificité bizarre » que j’aurais de la moyenne des gens et c’était peut-être mon rein défaillant qui affectait mon cœur. Il me prescrit donc quelques pilules et voulait me revoir cet automne. L’automne venu, il me dit qu’une investigation plus poussée de mon cœur était nécessaire. Ce n’était pas l’urgence nationale et ne nécessitait pas une investigation invasive. Il irait donc par étape et on ne commencerait que par une échographie cardiaque. C’est la semaine dernière que cette procédure se fit.

Mon cardiologue est un homme qui semble vraiment très compétent. Mais il a la particularité d’être chinois. Lorsqu’il vient regarder la centaine de photos, de vidéos et d’audio de mon cœur, il me parlait alors que j’étais allongée à côté de lui sur la civière. Il commentait en direct, la revue qu’il faisait des pièces qu’avait prises la technicienne en radiologie. Nous étions à moins d’un mètre l’un de l’autre. Je ne pouvais m’empêcher de penser « A-t-il de la famille qui est revenue de Chine? Y est-il lui-même allé durant les vacances? Habite-t-il un quartier Chinois? ». Puis je me disais voyons donc Michelle! C’est un professionnel de haut niveau. Il connaît les risques et les dangers. Jamais il ne mettrait la vie de ses patients et collègues en péril. Tu penses n’importe quoi. Je me jugeais.

Puis il me dit : vous avez déjà fait un infarctus? Ça fait un certain temps. Vous en souvenez-vous? J’étais stupéfaite. Je ne me souviens de rien. Peut-être l’ai-je fait en dormant?

Quoi qu’il en soit, nous devons investiguer davantage. Je vais vous faire passer une angiographie. On passe une caméra dans votre bras puis on va jusqu’au cœur voir les artères. Mon père a eu un pacemaker et plusieurs pontages. Croyez-vous que c’est héréditaire? Je ne sais pas, qu’il me dit. Vous devrez prendre des prises de sang au plus vite et je fais avancer votre rendez-vous. Je veux vous revoir d’ici deux semaines.

La semaine précédente, voyant venir la pandémie possible et voulant être prête pour l’inévitable quarantaine que j’appréhendais et pour que mon amour puisse terminer ses derniers achats pour notre voyage au Mexique que nous devions faire vendredi dernier, nous sommes allés magasiner au Carrefour Laval puis nous irions souper au P. F. Chang avec la belle-mère de mon amour. Vers la fin de l’après-midi, épuisée de toutes ces courses, je décidai de me prendre un café froid au Starbuck, en attendant que mon amour termine ses derniers achats. Je me suis pris une chaise et je sirotais mon café froid en l’attendant. Entre deux coups d’œil sur mon iPhone, je remarquais que bientôt, tous les gens qui m’entouraient, étaient d’origines nord-africaines, y avait-il des Iraniens parmi eux? Je ne savais pas. Mais je me posai sérieusement la question. Suis-je en train de m’exposer à ce virus potentiel qui est en train de faire le tour du monde?

Puis nous avons soupé au P.F Chang et je me disais, ce ne sont très probablement pas des Chinois qui sont aux cuisines. Et s’il y en a, ils sont certainement assez consciencieux pour ne pas venir travailler s’ils sont malades. Calme toi donc Michelle et lâche la paranoïa, que je me dis. En outre, ce sera peut-être le dernier souper avec Louise avant notre voyage et probablement plusieurs semaines après notre retour. Jouis de ce moment privilégié avec elle et relaxe-toi.

Avance rapide à samedi dernier. J’ouvre la porte du garage et il y a plein de boîtes de carton que je dois défaire pour aller déposer à mon bac de récupération qui est dans mon chemin. Je prends donc mon « cutter » et j’avance tranquillement avec les boîtes pour les défaire près du bac. Mais en me rendant au bac, je réalise à quel point le chemin est glissant et dangereux. Je marche en pingouin pour être certaine de ne pas tomber. Une fois au bac je me dis que ça n’a vraiment pas d’allure. Je vais revenir au garage chercher la poche de sel pour saler cette patinoire. Arriver au garage, les deux pieds me partent d’un seul coup. Je tombe de mes six pieds deux pouces et de tout mon poids sur mon omoplate gauche. J’ai le souffle coupé. Mais vraiment coupé. Je ne respire plus. Je cherche mon air, mais je n’y arrive pas. Le temps passe. Ça doit faire maintenant les trente secondes les plus longues de ma vie. Puis je me dis, si je reste sur le dos je vais crever. Je prends toutes mes forces pour me tourner sur le côté, puis miracle, je recommence à respirer. Je n’oublierai jamais ces instants. Je tente de crier à mon amour qui est toujours à l’intérieur, mais de toute évidence, elle ne m’entend pas. Je songe à lui téléphoner et lorsque la première sonnerie se fait entendre, il s’adonne qu’elle sort de la maison. Elle est stupéfaite de me voir de tout mon long allongée sur le chemin et accourt vers moi. Elle m’aide à me relever et péniblement j’entre par le garage. Je lui demande d’appeler l’ambulance.

J’ai de toute évidence une ou quelques côtes de casser et peut-être même le poumon gauche d’affaisser. J’arrive à l’hôpital de Joliette qui est sur le branle-bas de combat. Des gardes de sécurité partout et personnes à l’urgence. C’est tout dire. On met mon lit d’hôpital dans un cubicule de deux lits. Une heure plus tard, on vient y placer un homme d’un certain âge, avec de l’oxygène. Il tousse à l’occasion. Pour venir le voir, le médecin se met gants et masques. Je ne sais pas vraiment ce dont ils discutent. Une demi-heure plus tard, ils déplacent son lit à deux cubicules de moi et y ajoutent un autre homme qui lui aussi est sous oxygène. Les infirmières qui s’occupent d’eux mettent des masques et des gants chaque fois. C’est lorsque le même médecin est finalement venu me voir sans masques et sans gant que ça m’a frappé. Et si ces hommes avaient le coronavirus? Et moi qui a passé près de deux heures à côté d’eux sans masques. Quels étaient leurs diagnostics? Étais-je en danger? Le suis-je toujours? Ai-je contracté la fameuse calamité? Suis-je en train d’infecter à mon tour ma chérie et petit-fils?

Ça fait deux soirs que je dors assise dans le salon parce que ma côte cassée est vraiment trop douloureuse pour dormir couché. Ce soir j’ai tenté de dormir couchée, mais je me lève pour écrire ce billet. C’est que j’ai une douleur au cou. Je ne sais pas si c’est à force d’avoir dormi assise ou si c’est lors de ma chute ou pire encore, si c’est l’un de mes ganglions qui lutte contre un hypothétique virus. Je tousse à l’occasion et étant donné ma côte cassée, c’est particulièrement pénible. Et il arrive qu’en toussant, j’aie une déjection qui me remonte dans la gorge. Je vais lire les symptômes du Coronavirus et non je ne fais pas de fièvre et je n’ai pas de difficulté à respirer. Mais je commence à avoir peur. En fait je dis toujours que je n’ai pas peur de la mort. Que je suis prête. Que j’ai plutôt peur de souffrir et que je suis moumoune. Mais ce soir j’ai peur oui de souffrir, d’avoir attrapé ou d’attraper cette saleté en allant passer cette angiographie prochaine et j’ai surtout peur de donner cette merde à mes amours. Mais bon, je n’ai pas les « symptômes officiels ». Mais j’ai des circonstances atténuantes, disons et surtout, j’ai maintenant la chienne. J’ai entrevu la mort en tombant et j’ai peur de la revoir en me relevant…

4 commentaires

Ateliers Michelle Blanc – « Les médias sociaux au service des commerces »

Pin It

C’est mercredi soir que je donnerai mon premier atelier « Les médias sociaux au service des commerces », pour la Chambre de commerce de Rawdon. J’y parlerai de:

Qu’est-ce que le Web?
Survol des mythes tenaces associés aux médias sociaux
Profil sociodémographique de divers médias sociaux
Efficacité des médias sociaux en fonction des objectifs d’affaires
Les médias sociaux c’est pour la vente, le marketing, les communications, le recrutement, les TI, pour l’organisation ou pour les clients?

Vous pouvez encore vous y inscrire à CCdRawdon@Gmail.com ou par téléphone au 450-834-2282

Ateliers Michelle Blanc pour Chambre de commerce de Rawdon

Voici d,ailleurs le PowerPoint de l’atelier, dont une partie sera didactique, tandis que l’autre sera plus pratique avec les questions des participants. Au plaisir de vous y voir…


Les commentaires sont fermés

J’ai un problème d’image

Pin It

Étant connue, médiatisée et pratiquant le conseil de puis bientôt 20 ans, bien des gens se font une idée de ma pratique et de ma clientèle. Il arrive que ce ne soit que des préjugés. Il est certain qu’on aime bien parler des gros noms avec qui l’on a travaillé. Ça rassure quant à notre expertise. Mais ça peut aussi donner l’impression qu’on ne travaille qu’avec les gros, ce qui n’est vraiment pas le cas.

J’ai quelquefois écrit à ce propos dans des billets tel que À propos des médias sociaux et des petits, LA différence entre très et trop occupé, Gourou, papesse ou reine des médias sociaux, inaccessibilité et narcissisme ou La phobie du taux horaire. Mais j’observe que j’ai un problème de perception. Je serais trop impressionnante, inaccessible, exorbitante. C’est du moins, ce que me dit une récente cliente dans son commentaire.

Josee Brouillette22 février, à 12 h 00 ·

Tranche de vie
Les gens qui me connaissent savent à quel point je suis nulle sur internet et tout ce qui est web et en plus je déteste ça Maintenant que j’ai une nouvelle génération de clients je devais m’y mettre mais essayer de trouver un bon et gentil consultant web et marketing c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin . C’est loin d’être facile .
Je ne nommerai pas de nom et je ne raconterai pas mes conversations mais deux mots les décrivent : arrogance et snobisme .

Il y avait une personne que je connaissais de réputation , mais je me disais qu’elle ne devait sûrement pas travailler avec une petite PME et que ça devait être hors de prix alors je n’osais même pas lui téléphoner
Un jour je me suis décidée à lui écrire et je me suis dit que le pire qu’elle pouvait faire c’est de ne pas me répondre. Non seulement elle m’a répondu mais je la rencontrais, 9 jours plus tard.
Quelle femme merveilleuse cette Michelle Blanc

En plus d’être auteure , conférencière , consultante experte en marketing et des stratégies internet et titulaire d’une M. Sc. en commerce électronique, c’est une femme passionnée, intelligente, intéressante , facile à comprendre mais aussi une femme gentille, emphatique, motivante et tellement drôle et mon dieu que ça fait bien
En quelques heures , cette femme colorée avec sa personnalité et son langage bien à elle , est devenue mon gourou du web ,elle ma donné le goût d’apprendre et de travailler fort ( je sais qu’il y a du monde qui tombe en bas de leurs chaises 🙂 )

Michelle m’a dit que ce serait bénéfique à moyen et long terme ( je vous en donnerai des nouvelles ) mais je peux dire que même à très court terme , j’ai déjà gagné beaucoup et j’ai déjà hâte à mon prochain rendez-vous .

Oui j’ai fait des conférences à l’international, oui j’ai dans ma liste de clients des entreprises comme Expedia, Cirque du Soleil, Lassonde, Royal Canin ou Pierre-Karl Péladeau. Mais j’ai aussi d’illustres inconnus qui le sont beaucoup moins après avoir utilisé mes services. D’ailleurs, c’est avec les PME que j’ai eu mes plus éclatants succès (DessinsDrummond, SpiceTrekkers, Tourisme Mauricie ou PianoTechnique) parce qu’étant moins grosse, il y a moins de « red tape », ils sont plus agiles et il est beaucoup plus facile d’y implanter une stratégie numérique de A à Z que de le faire dans une très grande entreprise…

Les commentaires sont fermés

Le 5G ou la fibre optique?

Pin It

Chaque fois que je parle de l’importance de doter le Québec habité de fibre optique, il y a toujours quelqu’un pour me dire que ça ne sert à rien puisque le 5G arrivera bientôt. Remettons donc les pendules à l’heure…

Tout d’abord est-il important de préciser que pour avoir le 5G, ça prend d’abord de la fibre optique qui alimentera la tour du 5G. Le 5G ne puise pas ses capacités « dans l’air ». Il n’y a pas de magie. Le 5G se connecte donc sur un « backbone », un réseau en quelque sorte, qui lui est en fibre optique. C’est l’émetteur qui est à la source et à la réception de la fibre, qui déterminera la capacité (ou la vitesse) de la fibre optique. Maintenant, il est impossible de brancher de la fibre optique sur un objet qui n’y serait pas connecté. Disons une voiture par exemple. C’est là que la 5G prend tout son intérêt. De brancher des objets non connectés à un réseau de très haute vitesse. Aussi, le 5G pourrait être utilisé pour brancher les ménages et les entreprises à partir d’un émetteur 5G (qui est branché sur la fibre optique) pour desservir les équipements fixes des clients, disons leur serveur, sans avoir à passer de la fibre chez chacun d’eux. Il est clair que ça pourrait générer certaines économies. Mais il faut aussi considéré que dans ce cas, le signal serait diminué par le nombre d’objets (fixe ou non) qui partageraient ce signal. En outre, la météo, l’épaisseur des murs et la composition de ceux-ci, de même que la topographie (y a-t-il une montagne entre l’émetteur et le récepteur) et la distance à parcourir, seraient tous des éléments qui auraient un impact direct sur la qualité et la bande passante du signal 5G.

Donc il faut cesser de dire des âneries telles que « nous n’avons pas besoin de fibre optique puisque nous aurons le 5G ». Comme vous le comprenez désormais ce n’est donc pas l’un OU l’autre, mais bien l’un ET l’autre et idéalement, un lien fibre optique jusqu’à la résidence, ou l’entreprise, est de loin supérieur à un approvisionnement strictement 5G. Par contre, pour les objets connectés qui s’avèrent aussi à être mobiles, le 5G sera indispensable…

Les commentaires sont fermés

Le biais montréalocentriste

Pin It

Ce n’est certes pas nouveau, mais on n’en parle pas assez et on ne prend pas en considération l’impact négatif que ça peut avoir sur la société. Je vous parle de ce biais montréalocentriste. Le phénomène est amplement documenté en anthropologie. On nomme ça l’ethnocentrisme.

Tendance à privilégier les normes et valeurs de sa propre société pour analyser les autres sociétés.

Ainsi, Montréal la belle, a toutes les qualités et les régions ont des défauts que la métropole ne se reconnaît pas. Ainsi, les gens des régions seraient racistes, homophobes, peu cultivés et sans culture. Ce ne serait que des travailleurs manuels, des bûcherons, pêcheurs ou « farmers ». Ils seraient pratiquement consanguins et ne comprendraient pas l’importance du multiculturalisme et de l’apport des immigrants comme peut le faire « Montréal La Belle ».
Ce qui aide à cette perception est que les médias nationaux sont tous à Montréal et les quelques rares médias régionaux restants, sont la propriété de conglomérats montréalais. Même la culture est montréalisée. Lorsqu’on y parle ou qu’on présente les régions, c’est souvent pour son côté candidement folklorique. Les décisions importantes du gouvernement se doivent de plaire à Montréal et la supporter dans ses choix et aspirations. S’il reste du temps et de l’argent, on songera aux feux les plus pressants à éteindre en région.

Les régions seraient racistes!
Pourtant l’Abitibi a été colonisée presque exclusivement par des immigrants.

Jusqu’au début des années 1960, une partie importante de la population de Noranda était constituée d’immigrants d’origine européenne. La grande diversité des groupes ethniques de Noranda durant les années 1930 et 1940 a vite fait de se refléter dans la construction de nombreux lieux de culte. Si bien qu’en 1950, Noranda regroupait deux églises catholiques, une église anglicane, une église baptiste, une église de l’Église Unie et une synagogue juive. Cette dernière, construite en 1932 sur la 9e Avenue, était destinée à servir la communauté juive des deux villes, dont plusieurs membres étaient des commerçants ou des industriels.
(…)
Rouyn a également connu l’influence des immigrants, si bien qu’en 1952 débute la construction de l’église Christ-Roy de tradition catholique ukrainienne. Quelques années plus tard soit en 1954, un lieu de culte de tradition orthodoxe-russe fut érigé à proximité.

Pourtant les seuls maires noirs au Québec ont été élus dans les régions.
Pourtant le premier député juif a été élu dans les régions.
Pourtant le premier député noir a été élu dans les régions.
Pourtant la première députée Vietnamienne-noire a été élue dans les régions.
Pourtant le village voisin de celui que j’habite, Rawdon, a été constitué de 47 ethnies différentes

Aujourd’hui il y a plus de 47 ethnies qui cohabitent dans ce village multiculturel situé à près de 70 km de Montréal, qui accueille d’ailleurs le seul centre d’interprétation multiethnique au Québec.

Mais les régions seraient de toute évidence des racistes fermés à la diversité.

Les régions seraient homophobes!
Pourtant, la première mairesse trans a été élue en région
Pourtant, le premier maire gai marié a été élu en région
Pourtant plusieurs députés gais et lesbiennes ont été élus dans les régions au Québec
Pourtant le plus gros camping gai au Québec est en région
Pourtant en 1990 ouvrait le premier bar gai de Rouyn-Noranda
Mais les régions seraient de toute évidence des homophobes fermés à la diversité.

Les régions seraient sans culture!
Pourtant, de très grands écrivains, poètes, chanteurs, acteurs, comédiens ou danseurs sont issus des régions.

Les régions ne seraient que des travailleurs manuels, des bûcherons, pêcheurs ou « farmers »!
Il est vrai que les régions sont le garde-manger du Québec. C’est même une maudite chance qu’on puisse s’approvisionner d’aliments locaux. Mais les régions ont aussi toute une vitalité manufacturière. Il suffit de regarder la carte des usines au Québec pour s’en convaincre.
Carte des usines au Québec

 

 

Malheureusement on ne parle pas ou que peu des régions. Les médias sont concentrés à Montréal, voire sur Le Plateau. Les nouvelles sont Montréalocentristes. Que sait-on de ce qui se passe en région à Montréal? Pratiquement rien. Que sait-on de ce qui se passe en région, en région? Peu de chose. Radio-Québec aurait pu avoir le mandat de développer le journalisme régional pour nous offrir de réelles « nouvelles nationales ». mais ça ne s’est jamais fait. On pourrait commencer à réellement sortir des visions folkloriques ou de villégiatures et touristiques pour parler des enjeux régionaux au niveau national, mais ça ne s’est encore pas fait. D’ailleurs l’une des ironies est que la maison des régions est (vous l’aurez deviné) à Montréal. Sur sa page d’accueil, nous pouvons lire :

La Maison des Régions est une porte qui donne directement sur tout ce que la Métropole a à offrir aux Régions.

C’est, disons, symptomatique de l’ethnocentrisme montréalais qui prévaut depuis trop longtemps…

2 commentaires

L’alternative à l’endémique fraude par clic

Pin It

“It’s easier to fool people than to convince them that they had been fooled.” Mark Twain

Dans mon billet La pourriture marketing web Partie 2 (fraude par clic), j’exposais les découvertes à propos de la fraude par clic du Dr Augustine Fou. Depuis, il a fait plusieurs autres publications donc son Fake everything 2019. Il n’hésite d’ailleurs pas à traiter l’ANA (Association of national Advertisers) et l’industrie publicitaire d’incompétents.
Augustine Fou traite l'ANA d'incompétents

À la lecture des observations du Dr Fou, les preuves de l’ampleur de ces fraudes sont indiscutables. C’est d’ailleurs tellement répandu et connu de plusieurs, tant des publicitaires, des agences que même des clients, qu’il est aberrant de constater que ce soit la plus lucrative des activités cybercriminelles et pire encore, que ce soit encore tout à fait légal (ou plutôt, non encore réglementé). D’ailleurs, l’ironie ultime de cette arnaque de grande envergure est l’exemple de Procter and Gamble comme je le citais dans mon dernier billet :

L’ironie du sort est cette nouvelle de AdWeek qui présente que Procter and Gamble en coupant $200 millions de publicités numériques, a augmenté sa portée de 10% 🙂

Comment continuer à rejoindre ses clients sans tomber dans la fraude et encourager les arnaqueurs?

1- Valoriser le marketing de contenu et vos propres propriétés web
2- Valoriser le trafic naturel et la longue traîne
3- Valoriser la publicité traditionnelle (journaux, radio, tv, panneaux routiers) et idéalement en mode écoute en direct (Météomédia, sports, grande écoute en live)
4- Valoriser la publicité numérique strictement sur les plateformes des éditeurs numériques reconnut et que vous savez qu’ils ont pignon sur rue et qu’ils sont visités par de réels internautes (médias en ligne, sites spécialisés, site web sérieux que vous connaissez et visitez, blogues reconnus)
5- Faite de la commandite
6- Faite de la publicité en point de vente
7- Faite de la publicité événementielle

Protection-fraude-clic-PME


Facebook-purge

fake-influenceurs

 

Mon changement de perspective

À mes débuts, il y a près de vingt ans, je valorisais grandement le Web étant donné qu’on pouvait tout mesurer contrairement à la pub traditionnelle qui était une création de l’esprit. Je suis toujours de cet avis avec de grosses nuances. J’aimais dire que si on écoutait une émission de grande écoute (disons Tout Le Monde En Parle) et qu’on vendait le 1 million d’auditeur, on payait pour ce million d’auditeurs mêmes si plusieurs se levaient lors des pauses publicitaires pour faire autre chose ou que comme moi, ils enregistraient l’émission et débutaient son écoute un peu plus tard en accélérant les pauses publicitaires pour ne pas les voir. C’est toujours le cas. Sauf que sur le million d’auditeurs, un pourcentage non défini regardera tout de même la publicité et que si on peut mesurer sa conversion, ça peut toujours valoir la peine. Il en est de même des autres supports traditionnels.

J’ai toujours eu de la difficulté avec la pub comme telle. Qu’elle soit en ligne ou hors-ligne. J’ai toujours valorisé le marketing de contenu et le trafic naturel qu’on nomme aussi « own media ». C’est plus de travail, mais beaucoup moins dispendieux. En outre, ça offre une pérennité à l’investissement puisqu’une fois que c’est en ligne, ça y demeure même si on coupe le budget publicitaire. Mais il est vrai que c’est plus de travail et que c’est plus difficile. Quoi qu’il en soit, étant donné l’ampleur des arnaques de fraude par clic, de trafic invalide et acheté et de la programmatique qui semble maintenant érigé en système, il m’apparaît de plus en plus évident que mon instinct et que mon sens moral antipub, est de plus en plus judicieux. C’est donc à vous de faire vos choix…

 

Les sources:

https://www.linkedin.com/in/augustinefou/

https://drive.google.com/file/d/1r3g4GwBTl0hxh6RI97zxwCVErlrYauu8/view

Les commentaires sont fermés

La fraude publicitaire en ligne est le crime numérique le plus payant, aperçu de la cybercriminalité

Pin It

Dans quelques mois, je donnerai une conférence à propos de la criminalité du web et des médias sociaux pour les secteurs financiers et des assurances. Vous serez sans doute surpris d’apprendre, comme je l’expliquais dans mon billet La pourriture marketing web Partie 2 (fraude par clic), que la fraude par clic est la plus lucrative des activités criminelles en ligne. En fait, selon Mashable, la fraude publicitaire serait la deuxième activité criminelle de la mafia la plus payante après la drogue. C’est tout dire.

C’est entre autres une des raisons pourquoi j’ai toujours préféré me concentrer sur le marketing de contenus, plutôt que sur la pub numérique. Une question de pérennité de l’investissement de mes clients et d’éthique personnelle.

L’ironie du sort est cette nouvelle de AdWeek qui présente que Procter and Gamble en coupant $200 millions de publicité numérique, a augmenté sa portée de 10% 🙂

Quoi qu’il en soit, voici le PowerPoint de ma présentation.


3 commentaires

Comment le “storyline” est la pratique idéale pour le recrutement sur Facebook

Pin It

 

 

Dans le cadre d’un mandat de services-conseils pour un client de grande envergure, je devais examiner les meilleures pratiques de recrutement Facebook. De toute évidence, la documentation parle abondamment du marketing de contenu (storyline, raconter une histoire) comme étant la pratique la plus efficace pour ce type de recrutement. Voici donc le PPT de mon livrable avec mes recommandations et l’analyse concurrentielle de mon client qui y ont été expurgées. Vous pourrez trouver les références dans la verticale droite des diapositives.

 


Les commentaires sont fermés

Une utopie qui permettrait un cadre juridique international du cyberespace

Pin It

En 2006 j’écrivais au père du Web Tim Berners-Lee . Voici une traduction libre de ce que je lui écrivait (plusieurs portions anglophone de ce texte ont été traduite librement afin d’en faciliter la lecture).

Cher Monsieur Berners-Lee

Je voudrais tout d’abord bous remercier chaudement pour l’immense cadeau que vous avez fait au monde et reconnaître votre apport à cette innovation majeure qui nous a donné le Web. Je reconnais aussi que c’est surtout l’Amérique qui a contribué à son expansion internationale. Nous nous devons donc d’être reconnaissants envers vous tous.

Je suis aussi une rêveuse et je sais que quelquefois, les rêves deviennent réalité si un nombre suffisant de gens partage ce même rêve. Afin de pallier au manque de régulation du web, de l’inefficacité des législations nationales du Web qui sont confrontés aux limites géographiques de leurs territoires et afin d’être capable de protéger la neutralité du Net, j’aimerais vous partager mon utopie. Comme vous le savez, le web n’a pas de frontières, il est partagé à la grandeur de la planète et est le réceptacle de ce que nous pourrions appeler la conscience et l’inconscience collective mondiale des nombreux individus qui forment un cerveau collectif que tous partagent. Le web est donc devenu une sorte de cerveau virtuel et de mémoire virtuelle que nous devrions protéger et rendre accessible à tous. Dans le monde physique, nous avons aussi un espace collectif commun. Je parle des océans, de l’antarctique, des corps célestes et de la lune. Toutes ces entités territoriales patrimoniales ont été assujetties è des traités transnationaux qui régulent le comportement des nations et des individus auxquels ils doivent se soumettre, dans l’esprit que nous devrions les partager au bénéfice de tous, avec certaines limites. Mon utopie est donc celle-ci. Pourquoi ne déclarons-nous pas le Web comme étant un territoire transnational devant être régulé par un traité international sous l’égide d’une entité de l’ONU? C’est certainement un acte de foi, mais souvent, c’est ce à quoi servent les rêves et les utopies…

Les bases juridiques et argumentaires de cette utopie sont développés ici, dans l’adaptation d’un texte de 2001 rédigé par moi-même et Nicolas Burger pour un cours de droit des Technologies de l’information lors de notre M.Sc. commerce électronique. Il m’apparaît plus pertinent que jamais, même s’il s’agit d’une utopie. Notez aussi que lorsqu’il est écrit « commerce électronique » ou « consommateurs », cela s’adapte tout à fait aux notions plus larges du Web et des internautes, dans leurs entièreté.

Nous vous proposons de découvrir la nécessité d’avoir des lois internationales en commerce électronique via une argumentation reposant sur des analyses politiques, économiques, sur des arguments de droits et de structure. Nous terminerons notre exposé en vous proposant une brève perspective historique et une tentative d’approche nouvelle pour analyser et recadrer ces enjeux.

Nous pouvons nous apercevoir que certaines caractéristiques particulières du commerce électronique, comme la facilité et la rapidité avec lesquelles les entreprises et les consommateurs peuvent communiquer sur les produits et services et engager des transactions transfrontières, peuvent créer des situations commerciales nouvelles peu connues des consommateurs et qui peuvent menacer leurs intérêts et qu’il est donc de plus en plus important que les consommateurs et les entreprises soient informés et conscients de leurs droits et obligations relatives au marché électronique :
En effet, les règles en matière de droit applicable et de compétence juridictionnelle dans le contexte de la protection du consommateur pourraient avoir des incidences sur un large éventail de questions relatives au commerce électronique, tout comme les règles en matière de droit applicable et de compétence juridictionnelle dans d’autres contextes pourraient avoir des incidences sur la protection du consommateur.

Malgré cela, la confiance des consommateurs dans le commerce électronique est renforcée par le développement constant de mécanismes efficaces et transparents de protection des consommateurs, qui limitent la présence en ligne de comportements commerciaux frauduleux, trompeurs ou déloyaux .

«Considérant que les réseaux mondiaux devraient être ouverts et accessibles à tous les consommateurs;Considérant que les gouvernements, les entreprises, les consommateurs et leurs représentants devraient consacrer une attention particulière à la mise en place de systèmes de recours transfrontières efficaces. »

Sans portée juridique obligatoire, les recommandations du Conseil de l’OCDE ont pour objectif d’inciter les États membres de l’Organisation de Coopération et de Développement Économique à adopter des législations pour instaurer la confiance des consommateurs dans le commerce électronique. L’homogénéité des législations permettra d’assurer le développement des transactions commerciales électroniques, raison pour laquelle le Conseil de l’OCDE recommande dans ce document un certain nombre de lignes directrices en matière de commerce électronique entre entreprises et consommateurs.

Ces lignes directrices ont pour objectifs d’établir une protection transparente et efficace du consommateur ainsi que la loyauté des pratiques en matière de commerce, de publicité et de marketing, de préciser le contenu des informations en ligne, de garantir la sécurité des paiements et la protection de la vie privée, de prévoir le règlement des litiges et de contribuer à l’éducation et à la sensibilisation des consommateurs en matière de commerce électronique.

– niveau de protection équivalent pour les consommateurs qui effectuent des transactions électroniques à celui d’une vente à distance traditionnelle ;
– information claire des consommateurs, dans une langue qu’ils comprennent, sur l’identité de l’entreprise menant des activités de commerce électronique et sur les biens et services offerts ;
– information complète concernant l’offre ;
– consentement clair et transparent du consommateur ;
– délai de réflexion appropriée offert aux consommateurs;
– information sur le droit applicable au contrat et le tribunal compétent ;
– mise en place de mécanismes d’authentification ;
– mise en place de mécanismes de réclamation et d’autodiscipline ;
– sensibilisation des consommateurs ;
– développement de la coopération internationale.

À la lumière de ces recommandations, il est impératif que la communauté internationale prenne conscience du fait, que ce nouveau médium puisse encore créer des opportunités d’affaires qui nécessitent un cadre juridique stable et dirigé vers le consommateur. Comme nous pouvons l’observer dans la thèse contraire, ces règles sont pour l’instant dirigées vers le B2B et les entreprises. Nous pensons que ce n’est pas suffisant, et que la base d’un système économique repose sur le consommateur. Car les entreprises peuvent continuer à produire, mais si personne n’achète leurs services ou leurs biens, virtuels ou réels, nous tombons dans une impasse. (ex. : surproduction actuelle aux États-Unis, par exemple dans la vente d’ordinateurs. )

C’est pourquoi nous pensons que des lois internationales serviraient à rassurer et protéger le consommateur, afin de l’inciter à consommer en plus grande liberté sur le NET. Dans un contexte de globalisation des échanges actuel, il ne faut pas oublier que l’individu ne doit pas disparaître au profit de multinationales qui tentent d’uniformiser un système de plus en plus complexe et divers. Lessig prévient contre l’absence des juristes dans le débat et écrit-il,le code constitue la Constitution d’Internet et celle-ci, laissée aux intérêts de l’argent et du gouvernement américain, a déjà amorcé un glissement dangereux menant à un espace d’identification, de surveillance et de contrôle sans précédent dans l’Histoire.

C’est pourquoi nous pensons que dans le cas du commerce électronique, des lois internationales doivent réguler un marché virtuel afin de le rendre plus accessible dans son architecture actuelle.

Comme nous en avons discuté précédemment l’OCDE dans ces recommandations termine en insistant sur la nécessité de la coopération internationale et insiste sur le besoin pour la communauté de développer un consensus sur la compétence juridictionnelle et de trouver des mécanismes facilitant les recours des consommateurs. Notre conclusion quant à ces lignes directrices est qu’ils sont un pas dans la bonne direction, mais qu’il représente pour l’instant les vœux pieux de l’OCDE vers l’établissement ultérieur d’un cadre légal international, aboutissement ultime du dialogue international valorisé.

Pour démontrer notre point de vue, nous utiliserons les arguments présentés par Me Gautrais lors d’une conférence du Barreau du Québec sur les relations juridiques dans le ¨ cyberespace ¨ .

Me Gautrais nous fait valoir la prépondérance du contrat papier sur le contrat cyberspatial en ce qui a trait à la preuve. Ces arguments reposent sur la nature intemporelle, immatérielle et internationale voire anationale des contrats cyberspatiaux. En effet, le contrat cyberspatial a une nature intemporelle. Prenons l’exemple d’un grossiste en alimentation de Montréal qui s’approvisionne directement chez un distributeur de pamplemousse du Maroc et qu’ils utilisent l’EDI pour leurs transactions courantes. Lors des commandes et livraisons subséquentes, le processus s’actualise sans intervention humaine. Plusieurs mois plus tard si un retard dans la livraison ou si un pépin quelconque arrive il sera bien difficile de déterminer le moment précis où ce sous-contrat a pris forme. La nature immatérielle du contrat se présente dans l’exemple que nous venons de faire lorsque le sous-contrat est activé par l’EDI. Il n’y a pas de contact entre les intervenants vivants, ce sous-contrat n’est pas matérialisé sur papier et avec une signature et pour illustrer plus encore ce phénomène, prenons l’exemple de l’auteur :

Voici un exemple encore plus incontestable d’immatérialité.

Avec la vente et le contrat de service (accès, publicité), on retrouve typiquement sur l’Internet, le contrat de licence. Conclu en cyberespace, ce dernier contrat est entièrement dématérialisé. Les prestations respectives de la livraison de l’objet de la licence et du paiement s’effectuent sans contact physique des cocontractants ni échange concret ou matériel.

Finalement Me Gautrais nous parle d’internationalité voire d’anationalité. Il nous mentionne que 80% des contrats cyberspatiaux ne renferment pas de clause compromissoire qui ancrerait ce contrat dans une réalité géographique, voire territoriale, ce qui a pour effet de rendre ces contrats anationaux. Nous vous soulignons enfin le caractère obligatoirement international d’un contrat entre deux contractants de juridiction différente et attirons votre attention sur le formalisme contractuel qui est préconisé par Me Gautrais afin d’encadrer les relations juridiques.
La conclusion logique de ce qui précède plaide amplement en faveur de l’utilité de lois internationales pour baliser le commerce électronique. Si le contrat papier a préséance sur le contrat cybernétique comment pouvons-nous envisager avec confiance le développement du commerce électronique? La pratique courante nous indique qu’en commerce Business to business le contrat papier et les contrats-cadres d’échange EDI sont utiliser et ne font pas obstacle au développement du commerce électronique. Nous croyons cependant que pour le Business to consumer si le contrat cybernétique n’est pas efficace et efficient cela ralentira le sain développement du commerce électronique. Une autre particularité qui découle des arguments légaux de Me Gautrais et l’aspect territorial du commerce électronique. En effet, si le contrat cybernétique est immatériel, intemporel et international, voire anational où se situe son territoire, son temps et sa nationalité ?

David R. Johnson et David Post nous aide à cerner cette question. Le droit s’exerce sur un territoire, sur une juridiction. La juridiction s’exerce à l’intérieur d’une frontière. Or, dans le cyberespace il n’y a plus de frontière et nous devrions même faire l’exercice de se demander s’il y avait une frontière dans le cyberespace où serait-elle? Serait-elle à la frontière d’un état lorsque les bits traversent un conducteur fibre optique, serait-elle dans le modem de réception, dans le CPU, sur l’écran? Les auteurs nous proposent une solution : (traduction libre)

Il faudrait traiter le cyber-espace comme un « espace » distinct dans lequel le droit devrait s’appliquer de manière naturelle puisque l’entrée dans ce monde de communications numériques archivées se fait habituellement via un écran et une frontière de mots de passe. Il y a donc un lieu associé au cyberespace puisque l’accès aux messages est de nature persistante et accessible à plusieurs personnes. Vous savez quand vous êtes dans le cyberespace. Personne ne traverse ses frontières accidentellement. Pour être encore plus précis, le cybespace n’est pas un lieu homogène; les groupes, les activités et les plate-formes ont tous leur propre règle d’accès, leurs caractéristiques et distinctions qui leur sont propres. Mais la ligne qui différencie une transaction numérique et celle du monde non virtuel est aussi distincte et peut-être même plus importante que celles qui défférenties les frontières entre les différents gouvernements territoriaux. Traverser la frontière du cyberespace est un acte signifiant qui permettrait l’application d’un « droit du cyberespace » effectif pour ceux qui traversent les frontières du non numérique au numérique.

Si nous optons pour la frontière du mot de passe, déjà nous avons territoire pour lequel légiférer. Cependant ce territoire ne fait pas partie du monde physique et la tentative de légiférer ce territoire non physique ou même de tenter de contrôler le flux d’information entre ce territoire non physique et le territoire physique peut s’avérer vaine et illusoire.

Puisque l’ingénierie du web est basée sur un lieu de logique binaire, et non sur la géographie, toute tentative d’associer le lieu d’un message à un lieu physique est aussi futile que d’associer un atome à un bit. Qui plus est, les assertions de quelques autorités territoriales que ce soit qu’une activité numérique se passe sur son territoire géographique pourraient être contestées par toute autre autorité territoriale.

Et:

Puisque le contrôle du flot des électrons au travers des frontières étatiques est si difficile, un état qui chercherait à restreindre l’accès de ses citoyens à certains contenus, devra se couper complètement l’accès au web, se déconnectant lui-même du marché mondial, ou encore tenter d’imposer sa volonté sur le numérique mondial. Ce serait l’équivalent de tenter d’arrêter la route de la soie à sa frontière (au détriment de ses consommateurs et marchants locaux) ou tenter de légiférer sur l’entièreté du monde connu (à l’époque de la route de la soie).

Nous devons donc considérer le Net comme un territoire à part entière défini à partir de règles spéciales hors du contexte physique dans lequel nous nous trouvons et d’où nos lois s’appliquent. Si nous recadrons le cyberespace dans un nouveau contexte légal (international) nous pourrons plus facilement contrôler et définir les paramètres d’analyse des particularités de frontières, de temps et de matière qui influeront sur les aspects de nature intemporelle, immatérielle et internationale voire anationale des contrats cyberspatiaux dont nous parlait Me Gautrais.

Mais quel pourrait bien être ce nouveau cadre pour le cyberespace et historiquement qu’avons-nous fait devant des problèmes semblables? Encore une fois Johnson et Post nous éclairent :

Peut-être que l’analogie valorisant le plus l’idée d’un cadre juridique spécifique au cyberespace est celle de « the Law merchant », un ensemble de règles développé lors de la croissance rapide des transactions transfrontalières du moyen-âge afin de résoudre les conflits entre marchants qui ne pouvaient se régler auprès de leurs noblesses locales étant donné que les règles féodales ne s’appliquaient que sur leurs propres territoires. Les seigneurs locaux n’arrivaient pas à réguler ces sphères d’activités qu’ils comprenaient à peine et qui s’exécutaient hors de leurs frontières. La résultante de ces confusions fut l’émergence d’un nouveau système légal le Lex-Mercatoria. Les personnes qui comprenaient le plus les enjeux du commerce furent ceux qui en firent la promotion, ce qui ne remplaça pas ou ne fit pas disparaître les autres lois déjà existantes. Nous pourrions donc prétendre que c’est le même genre de phénomène qui se développe présentement dans le cyberespace.

Un autre exemple de coopération international résultant de la nature conflictuelle des intérêts nationaux pour l’exploitation d’un territoire anational est le système de traités de l’Antarctique .

L’esprit du traité est de valoriser l’utilisation pacifique de l’Antartique et d’assurer la conservation de sa faune et de sa flore et de son environnement naturel pour le plus grand bien de l’humanité.

L’intérêt de l’humanité (sous-entendons l’intérêt scientifique) est ici le leitmotiv qui a poussé les pays membres de l’ONU à définir un nouveau cadre légal qui régirait les intérêts nationaux différents sur ce territoire anational qu’est l’Antarctique. Finalement, un autre traité international a aussi tenté d’encadrer légalement un territoire anational et d’en définir les paramètres de l’utilisation commerciale. Il s’agit de : Agreement Governing the Activities of States on the Moon and Other Celestial Bodies.

Selon Ward and Partners les principes de droit spatial se résume à :

1. L’espace, incluant les corps célestes, est une province de l’humanité et sera développé au bénéfice de l’humanité;
2. L’espace, incluant les corps célestes, est libre d’être exploré, utilisé et exploité par tous;
3. Les corps célestes ne peuvent appartenir à aucune nation
4. Les corps célestes ne devront être utilisés qu’ »à des fins pacifiques; et
5. Le droit international s’étend à l’espace et aux corps célestes.

Et le traité de la lune:

1. L’étendue du droit international couvre la lune et les autres corps célestes
2. La lune et les autres corps célestes ne sont pas sujets à l’appropriation nationale au à sa souveraineté
3. Les corps célestes doivent être utilisés exclusivement à des fins pacifiques
4. Il y a une liberté d’accès à la lune à des fins scientifiques; et
5. les activités perturbant l’environnement lunaire sont prohibées.

Nous pourrions remplacé dans ces énoncés de principe les mots espace, lune et corps céleste par cyberespace et nous obtiendrions ce qui nous apparaît être un nouveau cadre légal international pouvant s’harmoniser dans le contexte du commerce électronique.

Dans ce plaidoyer en faveur de l’utilité des lois internationales pour l’encadrement du commerce électronique, nous avons insisté sur le besoin des consommateurs d’être rassurés par des mécanismes de protection internationaux. Nous avons aussi démontré la tangente procoopération internationale de l’OCDE pour le développement d’un nouveau cadre légal international. Nous avons aussi démontré par l’argumentaire de Me Gautrais, l’inefficacité du contrat cybernétique dans le contexte international. Nous avons prouvé grâce à Johnson et Post les limites structurelles de droit sur la nouvelle frontière de l’internet et nous avons illustré comment historiquement l’humanité a innové pour créer un nouveau cadre lorsque la territorialité d’un nouvel espace ne correspond pas au critère juridictionnel jusqu’alors existant.

Épilogue philosophique

Le cyberespace n’a pas de frontière, l’ONU non plus; le cyberespace est une création virtuelle, l’ONU aussi. Le cyberespace en lui-même et certains sites font désormais partie du patrimoine mondial comme d’ailleurs plusieurs sites écologiques, historiques ou même marins. L’héritage intellectuel, technologique et multimédia de même que divers bienfaits économiques, sociaux, culturels (et j’en passe) que le cyberespace apporte et apportera, appartient à tous et nous devons participer à l’élaboration des moyens de le protéger. Il ne faudrait pas que nos gouvernements capitulent devant la montagne de travail qu’il reste à faire ou pire, devant les pressions américaines. Je valorise la création spécifique d’une agence Onusienne à cette fin, car l’ampleur de la tâche à accomplir et les liens déjà douteux de certaines agences existantes avec des acteurs majeurs du monde internet et du gouvernement américain le justifient amplement. J’anticipe le plaisir de recevoir et d’envoyer des messages Gmail sans avoir à me soucier de l’interception de ceux-ci par un état sur lequel les politiciens qui me représentent n’ont aucun pouvoir d’intervention législatif, exécutif ou judiciaire.

1 commentaire

La tristesse de la privatisation du bien commun numérique

Pin It

Le constat est triste et indiscutablement inquiétant. C’est certainement grâce à l’entreprise privée et aux services scientifiques et militaires si récemment, nous avons fêté le 50e anniversaire d’internet. Il est aussi important de souligner que ce sont les gouvernements (et en très grande partie le gouvernement américain) et les taxes des citoyens, qui ont massivement financé cette grande innovation.

Internet est très certainement, avec l’impression, la renaissance, le siècle des Lumières, la réfrigération, les vaccins, l’industrialisation puis les avions, l’une des très grandes avancées de l’humanité. Et comme pour toute innovation, elle peut autant servir le bien, que le mal.

Tout comme l’eau ou l’électricité, l’échange de « bits » est devenu malgré lui, un bien public. Et comme pour l’eau ou l’électricité, les gens qui la produisent ou la distribuent sont certainement en droit d’être convenablement rémunérés pour le travail qu’ils font. Généralement, pour ne pas dire presque exclusivement, ce sont d’ailleurs aussi les « services publics » qui gèrent et distribuent ces biens publics. Or, encore dans certains pays, ces services publics sont toujours entre les mains de conglomérats (les TELCOs) et une grande iniquité existe entre les usagers. Cette disparité est connue sous le vocable de fracture numérique.

La fracture numérique ne se limite pas à l’accès aux nouveaux moyens de communication. Il importe de distinguer trois niveaux d’inégalités vis-à-vis des nouvelles technologies :
• L’inégalité dans l’accès à un ordinateur, à Internet…
• L’inégalité dans l’usage d’outils.
• L’inégalité dans l’usage des informations issues de ces outils.

Mais il demeure que l’accès aux nouveaux moyens de communication demeure la première marche à gravir. Or, quoi qu’en dise le CRTC ou le gouvernement du Québec, la très haute vitesse et la fibre optique demeurent endémiques au Canada, tant dans les grandes villes que dans les campagnes. Ce que l’on nomme « la haute vitesse » est d’un flou à peine artistique puisque cette vitesse évolue dans le temps et qu’on aime se faire croire que la majorité des Canadiens en sont pourvus, ce qui est un mensonge éhonté. En outre, on présente souvent les réseaux de fibre optique comme étant dispendieux parce que le Canada est grand. C’est tout aussi faux. Le Canada habité n’est pas le Canada et il se compare avantageusement à la Norvège qui a déjà cette fibre optique gouvernementale, sur laquelle les TELCOs offrent le transport des données. En outre, on présente souvent ça comme une dépense alors que tout comme l’électricité, c’est plutôt une source de revenu, de développements économiques, sociétaux et scientifiques majeurs et que nous pourrions, comme l’a fait l’ONU, reconnaître qu’Internet est un droit fondamental.

Mais étant donné que nos parlementaires ne semblent pas comprendre l’importance capitale de ce « service public », nous continuerons de payer outre mesure, pour prendre du retard sur les meilleurs de la planète et nous risquons fortement de handicaper les chances de nos enfants de vivre convenablement de cette nouvelle économie plutôt que d’en être que des consommateurs…

Vous pourriez aimer lire:

Haute Vitesse : Les beaux rêves et les bonnes blagues du CRTC et des gouvernements

Comment la fibre optique nous rendrait collectivement plus riches

Pourquoi devrions-nous investir massivement dans les infrastructures numériques

Infrastructures numériques au Québec, se dépêcher d’être en retard

Comment et pourquoi implanter un programme national de large bande

Le drame des infrastructures numériques au Québec, ma conférence à la COMAQ

Frappé par un train : Ces industries qui subissent l’érosion à cause du numérique et des GAFA

Le plan numérique du Parti Québécois, trop fière de ces engagements

Les commentaires sont fermés