Un texte puissant contre la transphobie médiatique de Michel Beaudry du Journal de Montréal

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Je suis profondément touchée de lire le texte de Claude Bordeleau, qu’il a mis en commentaire à la suite de mon statut à propos de la chronique transphobe de Michel Beaudry du Journal de Montréal. Le voici:

C’est au top ten des fois où j’ai eu le plus mal de ma vie.

Ma sœur s’est suicidée la semaine dernière. Elle était en processus de changement de sexe pour être reconnue comme la femme qu’elle était.

J’ai eu la malchance le lire le ‘billet d’opinion’ du 6 mars de Michel Beaudry dans le Journal de Montréal cette semaine.

L’objectif d’un éditorial est de mettre de l’avant un point de vue. Parfois controversé, souvent polarisant, l’éditorial sert de plate-forme permettant de donner une personnalité propre au média dans lequel il est publié.

En lisant Michel Beaudry, je ne perçois que de la haine, de l’intimidation et de l’immaturité. Je ne lis aucun message pertinent, si ce n’est que de tenter de justifier son intolérance sous le couvert de la plaisanterie et de la vulgarité populiste.

J’adore l’humour noir et irrévérencieux. Cependant, l’humour sans message et sans contenu n’est qu’un corps gras insipide qui bouche les artères de notre cœur collectif. L”humoriste’ Gab Roy a été à juste titre vilipendé pour n’avoir pas su faire cette distinction. Qu’un éditorialiste publié dans un de nos principaux médias provinciaux puisse propager l’intolérance sans représailles est une honte pour le journalisme. Non seulement le fond de sa chronique est ignoble, mais la forme est d’un amateurisme gênant.

Les journalistes ont une responsabilité qu’ils devraient assumer avec dignité. Les transgenres démontrent déjà un courage admirable en affrontant quotidiennement les quolibets et les regards désapprobateurs d’inconnus. Comment apprendre à bien vivre dans sa peau quand les bully de l’école secondaire se voient récompensés avec un piédestal médiatique? L’influence insidieuse des propos irresponsables de M Beaudry ne sont pas à sous-estimer. Encourager de tels préjugés arriérés peut suffire à étouffer le bourgeon de l’estime naissante d’une âme souffrante.

J’ai foi en la bonté humaine et je présume que M Beaudry a écrit sa chronique en toute candeur. Qu’il ne réalise pas les responsabilités inhérentes à son travail. Que l’humour qu’il a vu dans la situation n’est pas causé par un manque d’empathie psychopathique, mais par l’ignorance. Qu’il aura la décence de s’excuser pour son attaque publique et personnelle envers quelqu’un qui doit déjà quotidiennement faire face à de grands défis.

Ma réponse:

Ouf Claude. Mes plus sincères condoléances à toi, ta famille et aux amis de ta soeur. C’est justement pour tenter de sauver des vies, ne serait-ce qu’une seule, que j’ai décidé il y a maintenant 10 ans, de parler haut et fort et d’exprimer ce que c’est que d’être trans et de me battre pour les droits de cette population dont les taux de tentative de suicide sont de 33%, ce qui est le taux le plus élevé de tous groupes socio-démographique. Ton texte me fait mal et je suis triste d’avoir perdu une soeur en devenir. Mais ton texte permettra je l’espère, d’ouvrir les yeux et les coeurs du trop grand nombre de transphobes qui persiste encore. MERCI

Pour lire le texte particulièrement dégueulasse de Beaudry:

C’est au top ten des fois où j’ai le plus ri dans ma vie. Tôt un samedi matin, en ligne à la caisse des entrepreneurs au Réno-Dépôt. Devant moi, une femme, grande, corpulente, blonde, pas vraiment jolie et exagérément maquillée. Lorsqu’elle tend sa carte de crédit, la caissière alterne son regard entre les yeux de la cliente et sa carte. Et la caissière lance spontanément : « Ben là… » Je ne comprends pas ce qui se produit. L’employée de Réno-Dépôt, qui voit bien que je suis préoccupé par ce qui se passe, se tourne vers moi et me dit : « Elle s’appelle Jacques… » Je ne comprends toujours pas, mais la blonde s’impatiente. « Ben oui, je m’appelle Jacques. C’est pas de tes affaires, ça, câlisse ! » Et, ensuite, toujours très offusquée, elle empoigne sa propre chevelure, lève sa perruque découvrant un crâne d’homme rasé et conclut en disant à la caissière de manger vous savez quoi. Elle fout le camp sans payer, abandonnant du même coup des achats à la caisse.

INOUBLIABLE

Une scène de film de Louis de Funès. Lorsque j’ai vu la tronche de ce gars sous la perruque, je n’ai pu m’empêcher d’éclater.

Rajoutez le rire aussi soudain et encore plus fort de la caissière. Je n’étais plus capable de m’arrêter. Je ne faisais que croiser les yeux de la caissière et je repartais dans mon délire… j’en ai pleuré. En route pour la maison, je ne faisais que revoir cette séquence de la perruque et je m’esclaffais instantanément. Je devais me concentrer de toutes mes forces pour ne plus y penser et cela a duré des semaines.

Statistiques des personnes transgenre (tiré du site de l’ATQ)

  • 78% rapportent avoir été victimes de harcèlement verbal
  • 48% ont même été victime d’assaut (armé ou sexuel).
  • 40% des patients suivis en clinique d’identité du genre en Alberta entre 1996 et 2008, ont eut recours à une chirurgie de réassignation sexuelle.
  • De façon générale, 10% des crimes contre la personne au Canada ont des motivations reliées à l’orientation sexuelle! Ce nombre atteint 17% au États-Unis!
  • 8.3%(1/12) des personnes MTF aux États-Unis courent la chance de se faire tuer alors que le taux normal est de 0.005% (1/18000). C’est 1500 fois plus élevé.
  • 34% des personnes trans obtiendront un diplôme d’étude supérieure contrairement à 27% dans la population générale.
  • 70% ont déjà pensé au suicide et entre 33% y ont déjà eu recours.
    Le taux de suicide est 20 fois moins élevé une fois que les personnes trans « traité » pour leur trouble de l’identité que chez les « non-traité »
  • 24% utilisent des hormones du marché noir.

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Robert Dumas de la Financière Sun Life : une vision proactive de la santé

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Le lundi 26 février dernier, j’étais au diner-conférence du Cercle canadien pour écouter Robert Dumas, président et chef de la direction à la Financière Sun Life (qui est aussi client), parler de la santé globale. Il était rafraichissant d’entendre un PDG, du secteur de l’assurance de surcroit, parler de prévention. Avec de très nombreux exemples, M. Dumas démontra qu’aider les employés à prévenir les problèmes de ce qu’il nomme la « santé globale », permet d’avoir un impact positif sur la productivité du personnel, le taux d’absentéisme et de prévenir la détresse psychologique. Cette santé globale dont il parle inclut la santé physique, psychologique et financière. Disons que c’était inédit d’entendre ça. Un exemple parmi ceux qu’il a présentés :

À Gatineau, un entrepreneur de l’événementiel voyait que ses employés étaient débordés et que le moral des troupes était bas. Il a décidé de donner à tous ses employés une semaine de vacances de plus par année. Je sais que notre premier réflexe est de nous demander combien ça lui a coûté. Eh bien, sa motivation était simplement de faire la bonne chose pour avoir des employés heureux et engagés.

Un an plus tard : la rétention d’employés est pratiquement parfaite, les employés sont encore plus motivés… et les revenus de l’entreprise sont en croissance !

Faire une place à cette vision de la « santé globale » en entreprise, contribue à une saine approche de développement durable, qui inclut l’actif le plus important des entreprises : leurs employés. D’ailleurs à la lecture des diapos de sa présentation PPT que j’ai partagé sur les médias sociaux et que je vous présente ici-bas), on ne peut qu’être étonné de ces constats.

Santé financière
Santé Physique
Santé mentale

Voici d’ailleurs certaines des statistiques tirées de son discours.

On sait que si on faisait un peu plus d’exercice, on arrêtait de fumer et si on consommait moins d’alcool, on pourrait réduire de 80 % les cas de maladies cardiaques, d’accidents vasculaires et de diabète de type 2. On pourrait même prévenir 40 % des cancers.

Et tout cela, grâce à de saines habitudes de vie. Grâce à des choix personnels pour prioriser sa santé.
On sait tout ça, mais on ne le fait pas.

(…) Selon nos analyses, 1 réclamation sur 3 en invalidité à long terme découle d’un problème de santé mentale. C’est plus que le cancer ! Et dans 44 % des cas, l’absence de la personne dure plus de six mois.

(…) Les employés qui ont un problème financier passent 13 % de leur temps au travail à essayer de régler leurs problèmes. C’est environ 1 heure par jour.

Par ailleurs, après son allocution, monsieur Dumas s’est présenté à la table des médias/blogueurs. Étant un peu baveuse (et j’ose croire d’à-propos), je lui ai demandé : « On comprend que les assureurs se doivent de prévenir la fraude et qu’il est normal qu’ils refusent certaines réclamations, mais que pensez-vous du scandale de réclamations qui a éclaboussé Desjardins la semaine dernière? »

Il commença par dire que ça aurait aussi pu arriver à la Financière Sun Life. Il ajouta que certains de ses conseillers jugeaient que c’était un moment délicat pour lui de parler d’assurance après ce scandale, mais qu’il pensait que ce n’était pas le moment de se cacher. Il m’expliqua que, contrairement à la santé physique, la santé mentale est beaucoup plus difficile analyser et donc à compenser. Il mentionna qu’effectivement une personne atteinte mentalement peut avoir besoin de retourner travailler par petits blocs d’heures, ne serait-ce que pour aider son estime de soi et faciliter la guérison, et qu’un assuré ne devrait pas être pénalisé pour ça. Il me dit que malgré l’arbitraire qui peut entrer dans la prise de décision face à un assuré, les fraudes en cas de réclamation pour santé mentale sont très minimes, qu’un processus de révision des décisions (présentées systématiquement aux assurés en cas de rejet de leur réclamation) et qu’un ombudsman est même disponible en cas de litige entre un assureur et un assuré. Je lui indiquai alors que ma conjointe étant psychologue, c’est plus souvent avec la CSST qu’avec les assureurs que ses patients ont de la difficulté. Il reconnut ce problème et nota qu’on en parlait sans doute pas assez. Il dévoila aussi que les prestations pour santé mentale des employés de la Financière Sun Life sont passées de 1 200 à 12 500 $ / an, afin de fournir aux employés des ressources pour les soutenir.

Il était surpris que je l’aborde d’abord avec ma question sur la fraude. Je lui répondis que j’avais fait de nombreux mandats avec SAS Canada, qui est entre autres spécialisée en détection de fraude (pour les services financiers, banques et assureurs notamment).

Je le remerciai d’avoir le courage de se jeter dans la gueule du loup, sans le filet de ses gens de relations publiques, ce à quoi il sourit amicalement.

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Expedia et son ouverture à la diversité (conférence)

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conference de Michelle Blanc chez Expedia
Il y a quelques mois je reçois un téléphone d’un gestionnaire d’Expedia pour faire une conférence aux employés des départements d’ingénieries des quatre coins de la planète via leur intranet sécurisé. Ma surprise est venue de la requête de ce gestionnaire (Philippe Deschenes, que je connais depuis plusieurs années puisqu’on a déjà siégé ensemble sur le comité aviseur de MCETECH). Il me demandait de parler de diversité, de l’apport des trans en technologie, de ma transition, de comment les embuches que j’ai pu rencontrer m’ont aidé à innover et de sexisme. J’étais enchantée de pouvoir parler aux employés de cette prestigieuse entreprise, mais surtout, de tenter d’exprimer comment d’être différente, au lieu d’être un poids, pouvait plutôt être un atout. Voici donc le PPT de ma conférence et MERCI à Expedia d’avoir une ouverture si évidente à la diversité, qu’elle soit culturelle, raciale, sexuelle ou de genre.


MAJ

Dans le cadre de la Journée Internationale des Femmes 2018, du 8 mars prochain, Desjardins Lab, m’invite à prononcer cette même conférence, cette fois-ci en Français, pour le bénéfice de leurs employés et des gens intéressés à l’innovation, aux enjeux LGBTQ2 ou aux droits de femmes. Vous pourrez assiter à cette conférence en vous inscrivant sur Eventbrite

Elle a eu à faire des choix très difficiles dans sa vie, dont celui de changer de sexe. Elle était déjà une personnalité médiatique connue et son changement de sexe s’est fait sous le regard des médias québécois. Elle a beaucoup perdu, mais a gagné encore plus.

Comment ses expériences personnelles l’ont inspirée à innover, à donner et à s’adapter à des événements particulièrement stressants? Comment recevoir des menaces de mort lui a permis de développer une expertise en cybercriminalité? Pourquoi y a-t-il tant de trans en technologie et dans l’armée? Qu’est-ce que d’être une femme en technologie et comment cela a-t-il un impact sur le design? Comment gérer et se réinventer tout en vivant le sexisme? Et pourquoi, à sa mort, elle sera fière d’avoir osé parler ouvertement de sa transition?

Voilà quelques-unes des questions auxquelles elle répondra dans sa conférence.


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Qu’est-ce qu’un « pivot » ou comment changer son modèle d’affaires

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(Crédit photo https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e1/COLLECTIE_TROPENMUSEUM_Een_kapsalon_te_Surabaya_Java_TMnr_10002829.jpg)
Lorsque j’étais enfant, j’allais chez Beaulieu. Beaulieu était le dépanneur situé dans le sous-sol de l’un de nos voisins. Longtemps, avant que ma mère me dise « va chercher un pain chez Beaulieu » elle disait plutôt « va me chercher un pain chez le barbier ». C’est que monsieur Beaulieu, était barbier pour enfant. Or, il n’avait pas tellement de talent comme barbier. Afin de grossir et de fidéliser sa clientèle, il offrait aussi et vendait des bonbons. Les enfants aimant les bonbons et se foutant un peu des qualités esthétiques de son travail, aimaient bien aller se faire couper les cheveux chez lui. Mais après un certain temps, et l’appréciation esthétique des mamans aidant, monsieur Beaulieu vendait pas mal plus de bonbons qu’il ne coupait les cheveux. C’est alors qu’il commença à diversifier son inventaire et à vendre du lait, du pain et de la bière. Comme il était le seul dépanneur/barbier dans une dizaine de rues aux alentours, son barbier/magasin de bonbons/dépanneur se transforma. Il devint de plus en plus dépanneur, un peu moins magasin de bonbons et pratiquement plus barbier. Sa chaise trônait toujours dans son échoppe, mais plus personne ne s’y assoyait. Avec le temps et la poussée de la demande pour la bière, sa chaise disparue un jour. Sauf les enfants habitués du coin, pratiquement personne ne remarqua ce changement majeur. Dans les rues avoisinantes, le « va me chercher un pain chez le barbier » perdura encore un certain temps puis, les gens se mirent à dire « va chercher un pain chez Beaulieu ».

C’est là toute l’essence de ce qu’on appelle le pivot. Ce n’est pas un concept nouveau mais avec l’éclosion des startups, on en parle de plus en plus. C’est en fait de se monter une entreprise qui rend un service, puis avec le temps, de s’adapter au marché, aux besoins des consommateurs et surtout, de réaliser que notre rêve du départ, n’est pas coulé dans le béton, que l’on doit s’adapter et surtout, qu’il faut réaliser ce qui devient payant et ne pas s’accrocher à notre rêve initial…

Dans une définition moins poétique, Wikipédia définit le pivot comme étant :

Dans le processus d’apprentissage par itérations, une startup peut découvrir par des retours terrain avec de vrais clients que son produit n’est pas adapté, qu’il ne répond pas à un besoin. Toutefois, pendant ce processus d’apprentissage, il se peut que la startup ait identifié un autre besoin (souvent connexe au premier produit). Lorsque la startup change de produit pour répondre à ce nouveau besoin identifié, on dit qu’elle a effectué un « Pivot ».
À noter qu’un pivot peut tout aussi bien concerner un changement de modèle d’entreprise.
Une startup peut pivoter plusieurs fois au cours de son existence

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Ces gens ordinaires qui m’inspirent

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Samedi matin dernier, je songeais à ces gens qui m’inspirent. Ce sont des gens qui sont ou qui ont été près de moi. Ces personnes ne font pas les nouvelles, ils roulent leurs bosses et si vous les rencontriez, à moins de ne discuter un certain temps avec eux, vous n’imagineriez jamais à quel point ils sont spéciaux. J’ai partagé un petit bout de leur histoire sur les médias sociaux et ce fut un succès qui m’a grandement surprise. Je découvre avec joie que oui, malgré les « fake news », le négativisme et les conneries qu’on retrouve sur les médias sociaux, les gens ont encore besoin d’espoir, d’histoires positives et d’inspiration.

Voici mes statuts

J’ai un ami qui il y a 10 ans, était sur le bord de la faillite avec une maladie du coeur. Il est maintenant millionnaire, travaille à l’international et est un succès digne de mention. Je suis vraiment heureuse pour lui et ça m’inspire à ne jamais perdre confiance. Le succès des autres ne doit pas susciter la jalousie, mais plutôt l’inspiration à se dépasser…

Mon parrain, oncle Yvon, a fait faillite à 49 ans. Il a quitté Havre St-Pierre pour Québec, sans le sou, avec quelques valises et 11 enfants. Il a recommencé à zéro et à sa retraite à 65 ans, ses enfants qui voulaient aller à l’université y sont allés, sa maison était payée, sa retraite planifiée et il a été le chef contremaître du Complexe G, de Place Laurier et de plusieurs des plus importantes constructions de la ville de Québec. Tomber peut arriver à tous, mais de se relever est la réelle inspiration…

Il avait une boucherie et ce qui l’a mis en faillite a été d’être trop gentil et de faire crédit à ses clients dans ces temps difficiles. Les banques elles n’avaient pas ce même élan de compréhension et dans ce temps-là, faire faillite était assez catégorique. Lorsqu’ils sont arrivés à Québec, il n’avait même pas d’ustensiles pour manger. Durant les premières années, ils vivaient dans un 4 1/2 à treize personnes…

Mon voisin, monsieur Robert, s’ennuyait après avoir vendu son abattoir à 65 ans. Il décida de s’acheter 2 terres à bois et jusqu’à ses 81 ans, il abattait des arbres, coupait, fendait et livrait lui-même mon bois de chauffage. Les gens inspirants sont plus nombreux qu’on le pense…

et c’est le même voisin qui se trompait tout le temps à me parler au masculin jusqu’à ce que je lui dise, “si tu te trompe encore je te french”. Depuis, il ne fait plus d’erreur 🙂

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Ce  client dont on avait « épuré » le contenu web

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Une organisation qui travaille en accompagnement des jeunes travailleurs et des entreprises qui ont des problématiques en recrutement, a récemment fait refaire son site web. On lui a conseillé un site en parallaxe (c’est la dernière tendance parait-il) et on a « épuré le contenu du site » qui semblait-il, était trop volumineux.

Je vous ai déjà parlé de la connerie du Parallaxe et de ces « modes web ». Vous vous souvenez sans doute des sites en Flash qui faisaient fureur à une certaine époque ? 🙂

Mais pour revenir à ma discussion à-propos d’un site au contenu « épuré », lorsque je pose des questions sur la vision d’affaires, les objectifs à court et moyen termes, les cibles de marché, on me dévoile une foule d’informations les plus pertinentes les unes que les autres. De surcroit, cette organisation se doit de parler autant aux entreprises (qui recrute), qu’aux jeunes (qui se cherche un emploi). Pourtant, dans l’architecture du site et dans ses contenus, il n’y en a que pour les jeunes… et encore. C’est qu’il y avait trop de redites et qu’on se perdait dans du charabia. Il faut être efficace maintenant. Le résultat est un site avec une quinzaine de pages et une visibilité Web soutenue par des Adwords, et par une présence Google MyBusiness (qui est gratuit) et qu’on facture $100/mois.

Lorsque les gestionnaires me disent qu’ils avaient trop de contenus, je leur demande – Trouvez-vous que LaPresse à trop de contenu ? Et Amazon, Harvard Business Review, une librairie ou Netflix ? Vous sentez-vous perdu lorsque vous visitez ces sites? Peut-être est-ce juste parce que l’info de votre site était mal distribuée et encadrée? Comment arriverez-vous à communiquer à vos différents publics si rien dans votre site ne leur parle ? N’avez-vous pas jamais entendu parler de « marketing de contenu » ? Qu’est-ce que font vos employés à longueur de journée ? Ne gèrent-ils pas de l’information ? Pourquoi ces très nombreux PDF, études, dossiers et analyses qui dorment sur vos serveurs ne sont-ils pas disponibles en ligne  (sur Slideshare, Scribd, YouTube et autres) ? Vous me parlez de cette initiative particulièrement inspirante et innovante dont vous aimeriez que les médias parlent et pourtant, elle n’est mentionnée ou expliquée à aucun endroit sur votre site ?

Comme ce sont des gens intelligents, ils ont allumé assez rapidement sur mes questions et remarques qui ironisaient gentiment la « duperie que des soi-disant spécialistes web » leur avaient vendue.

C’est triste et enivrant à la fois. C’est aussi symptomatique de trop nombreux clients qui se font conseiller « la dernière mode web » et qui se font présenter une « expertise » la plupart du temps basée sur la facilité et l’improvisation.

Ce qu’il y a d’heureux pour moi est que j’ai encore bien du travail devant moi et ce qui est triste pour les organisations est que plusieurs d’entre elles, font partie du Web invisible sans le savoir puisque comme ils peuvent aller sur le web admirer leur beau site Web qui bouge, ils ne réalisent souvent malheureusement pas, qu’ils sont les seuls à admirer ces inepties qui donnent le mal de tête…

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Rich snippet, schema, https et autres baguettes magiques du référencement

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Depuis 15 ans déjà, j’observe l’évolution du référencement (SEO Search Engine optimization) de sites web, j’ai fait de nombreuses analyses, j’ai formé des gens à ces techniques, mais étant une généraliste, je me réfère aussi à plus spécialiste que moi pour des questions très techniques. Ainsi, le pote et sous-traitant occasionnel, Eric Baillargeon, me parle de ces baguettes magiques depuis un bout déjà.

Je vous invite à lire ses billets Les résultats zéro s’étoffent dans Google et 5 tactiques de référencement local.

Mais pour revenir à mon sujet, qu’est-ce que les Rich snippet et le Schema? Selon definitions-marketing.com.

Le « rich snippet » ou extrait enrichi est un descriptif de page apparaissant dans les pages de résultats de Google qui est enrichi par rapport au snippet classique qui ne comprend généralement que 2 lignes. 

Au moment de l’écriture de cet article, le rich snippet est essentiellement utilisé par Google pour présenter des avis consommateurs, des définitions, des données relatives à l’adresse d’un entreprise, des données relatives à un individu, des concerts ou des recettes de cuisine. Les types de contenus affichés sous formes de rich snippet ont cependant tendance à s’étendre et on les désigne généralement sous le terme de données structurées.

Pour bénéficier d’un rich snippet dans les SERP Google, une page web doit le plus souvent être optimisée par le biais du balisage de données structurées.

Donc, le « rich snippet » permet de mieux se positionner dans les résultats des moteurs de recherche. En fait, ça pourra même vous permettre que dans ses résultats, on voie plus de vos informations. Le « schema » quant à lui est, est une structure permettant de classifier les données structurées. Il y a une foule de schema (par exemple XML Schema) mais lorsqu’on parle de schema en corrélation avec les rich snippets et le référencement, on fait plutôt référence à Schema.org, qui est un effort particulier regroupant les principaux moteurs de recherches (Google, Bing, Yandex et Yahoo) pour standardiser (pour eux-=même et les webmasters) le code associé à une structure de donnée pour le web, les courriels.

Les avantages d’utiliser la structure de données de Schema.org sont nombreux. Comme les moteurs de recherches eux-mêmes sont les instigateurs de ce système, vous faciliterez leur vie et risquez d’en tirer de nombreux bénéfices, dont ceux d’augmenter la visibilité de votre site dans les résultats de recherche (en termes de position et d’espace dans les résultats) puisque les extraits affichés dans les résultats occuperont plus de lignes avec des détails comme le prix, heures d’ouvertures, avis de consommateurs et autre. Ces informations peuvent aussi augmenter le taux de conversion en augmentant la crédibilité de vos produits et services aux yeux des consommateurs.

HTTPS

Depuis quelques mois, Google pénalise fortement les sites qui ne sont pas sécurisés avec HTTPS. Il arrive souvent que lorsque vous recevez un hyperlien dans Google Chrome et que vous cliquiez dessus, on vous indique que le site qui y est associé n’est peut-être pas sécurisé. Il en est de même à partir de votre mobile et d’une foule de services médias sociaux. Il est donc maintenant impératif de modifier chez votre hébergeur, les paramètres de sécurité, d’acquérir un certificat SSL et de passer au HTTPS. Vous pouvez visiter le tutoriel de Moz pour débuter votre transfert vers https.

Le web et les techniques de référencement n’étant pas coulé dans le béton, il est primordial de faire évoluer ses présences web au gré des dieux « moteurs de recherches » et leurs dernières innovations (visant à améliorer l’expérience utilisateur et favoriser le web sécuritaire) sont donc à prendre très au sérieux et requiert de s’adapter puisqu’ils sont des portes d’entrée majeures vers vos sites et vers votre prospérité…

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Infrastructures numériques au Québec, se dépêcher d’être en retard

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Écouter nos politiciens parler d’infrastructures numériques ou de numérique au Québec, pour l’oreille le moindrement informée, est d’une tristesse à peine voilée. On peut se targuer d’avoir des soi-disant « villes intelligentes », de faire des symposium sur l’innovation et autres efforts de gargarisassions de mots à la mode, mais la réalité est que nous peinons à simplement suivre l’évolution des bouleversements numériques. On se dépêche d’être en retard.

Au tournant des années 2000, on se régalait avec des expressions comme « l’autoroute de l’information ». 17 ans plus tard, notre autoroute est un chemin de bois. De surcroit, il n’est même pas entretenu. Pour l’autoroute, on repassera.

Le CRTC reconnaît qu’une infrastructure à large bande bien développée est essentielle pour favoriser la participation des Canadiens à l’économie numérique. C’est pourquoi il a établi de nouvelles cibles pour les vitesses de connexion Internet. Le Conseil veut que tous les ménages et toutes les entreprises du Canada aient accès à une connexion Internet à large bande d’au moins 50 Mbits/s en téléchargement et d’au moins 10 Mbits/s en téléversement.
Bien qu’une majorité de Canadiens profitent de tels niveaux de services à l’heure actuelle, cet avantage fait défaut dans les secteurs ruraux et les régions éloignées. Dans le cadre de ses efforts déployés pour soutenir une telle infrastructure, le CRTC a établi un fonds destiné à s’assurer que des niveaux minimaux de services d’accès Internet à large bande soient offerts partout au Canada. Il prévoit qu’à la fin de 2021, 90 % des foyers et des entreprises du pays profiteront de vitesses de connexion d’au moins 50 Mbits/s en téléchargement et d’au moins 10 Mbits/s en téléversement.

https://crtc.gc.ca/fra/internet/performance.htm

Hier, notre ministre de l’économie et du numérique, Dominique Anglade, nous présentait La stratégie numérique du Québec. Dans son document, on présente des cibles que certains jugent adéquates. On peut y lire :

GRANDE CIBLE :
Que 100 % des citoyens aient accès à des services Internet haut débit et que plus de 90 % d’entre eux aient accès à des services Internet fixes très haut débit d’au moins 100 Mbps en téléchargement et 20 Mbps en téléversement d’ici cinq ans.

Puis, dans un autre encadré, on mentionne :

SITUATION DE DÉPART
• En 2016, 99 % des ménages québécois avaient accès à des forfaits offrant des débits de 5 Mpbs et plus 60.
• En 2016, 83 % des ménages canadiens avaient accès à des forfaits offrant des débits de téléchargement d’au moins 100 Mbps 61.
60. CRTC, Rapport de surveillance des communications 2017, 2017, 397 p. Pour plus d’information sur la cible, voir l’annexe 4.
61. Idem.

Or, dans le document du CRTC, on parle plutôt de 50MBPS

Comme les sections précédentes le mentionnent, dans la politique réglementaire de télécom 2016‑496, le Conseil a établi des critères pour mesurer la réalisation de l’objectif de service universel, lequel comprend la disponibilité d’un service d’accès Internet à large bande fixe ayant une vitesse de téléchargement d’au moins 50 Mbps et une vitesse de téléversement d’au moins 10 Mbps, ainsi que la disponibilité d’une option de transfert (consommation) mensuel illimité de données. Le 31 décembre 2016, un service satisfaisant à ces critères était accessible à 84 % des ménages canadiens. Toutefois, la disponibilité varie beaucoup entre les régions urbaines et rurales, 39 % des ménages ruraux ayant accès à ce type de service par rapport à 96 % des ménages urbains. Dans l’ensemble, 11 % des ménages canadiens sont abonnés à un service satisfaisant à ces critères. Il est important de noter que le Conseil avait pour objectif de rendre ces vitesses accessibles aux Canadiens, tandis que l’abonnement est à la discrétion des consommateurs.

Là où le bât blesse, est que ce minime 50 MBPS que le CRTC se targe d’être disponible à 84% de la population, est lui-même une création de l’esprit (ou de la bullshit marketé par les TELCOs). Tel que mentionné dans un document de la Fédération Canadienne des municipalités Broadband Access in Rural Canada: The role of connectivity in building vibrant communities :

Misleading data?
Impeding an assessment of the state of broadband in Canada is the lack of complete data. Anecdotally, we often hear messages regarding the poor state of Internet access in Canada, particularly in rural and remote areas, while simultaneously being told that network operators are pouring billions of dollars into network improvements. Detailed information is a closely guarded secret and, the information that is publicly available is often not completely representative of the situation.

Vitesse internet réelle et estimations des besoins futurs

Dans un rapport indépendant de la CIRA (Canadian Internet Registration Authority) CANADA’S INTERNET PERFORMANCE: NATIONAL, PROVINCIAL AND MUNICIPAL ANALYSIS APRIL 2016, on obtient un portrait plus sombre, mais également plus objectif de la réelle vitesse des services internet au Canada, que vous pouvez voir dans le tableau plus bas.

Vitesse internet réelle au Canada, par province

Ils ont d’ailleurs l’humilité de mentionner que ces observations peuvent même être sur-estimées.

It is important to note that in provinces and territories where a high concentration of tests originated in an urban center the data can over-estimate the experience of many in the entire region. This is of particular concern in the north. Yellowknife, where access is generally good, dominates the averages for the NWT + Nunavut combined. The experience of many in NWT and Nunavut will be well below the 15.4 Mbps reported here.

Par ailleurs, une étude de la très crédible Eindhoven university Technology Fast Forward » How the speed of the internet will develop between now and 2020, on peut prendre connaissance (dans le tableau ci-dessous) de la croissance des besoins en spécifiant les différences entre les besoins d’usagers moyens, de gros usagers, d’innovateurs, de retardataires et de tous les usagers.

Estimation des besoins de connectivité internet par type d'usagers pour 2020

Considérations importantes pour les besoins futurs de bande passante au Québec

J’applaudis les efforts et la volonté démontré par notre ministre Dominique Anglade et notre premier ministre Philippe couillard, de doter (enfin) nos régions de services internet potables. Ceperndant, comme vous pouvez le comprendre à la lecture de ce billet, j’ai de nombreuses inquiétudes.

  • Les cibles de vitesse internet que le Québec se donne semblent ambitieuses, mais si on fouille un peu, ces cibles (une fois qu’elles seront atteintes) seront en deçà des besoins identifiés par l’étude de la Eindhoven university Technology.
  • La mesure d’atteinte de ces cibles repose sur les données du CRTC qui elles-mêmes sont déjà la moitié de ce qui est dans l’encadré du document de la stratégie numérique du Québec et ces données, sont hautement critiqués par de nombreux observateurs dont la Fédération Canadienne des Municipalités cité ici.
  • Les vitesses disponibles dans une région peuvent être adéquate pour une personne, mais ne le seront de toute évidence pas pour une famille connectée et encore moins pour une entreprise avec des nombreux employés. Il faut comprendre que les vitesses internet, une fois branché à un routeur et divisé par le nombre d’usagers qui s’y branche, ne sont de toute évidence vraiment plus les mêmes.

C’est pourquoi, à termes (dans 5 ans), en supposant qu’on arrive réellement aux cibles du gouvernement du Québec et mesuré avec des indicateurs déficients, on risque fortement d’être toujours en retard sur les besoins réels des usagers et des entreprises. C’est pourquoi, je fais le triste constat qu’on risque fortement de se dépêcher pour être encore en retard. De surcroit, nous aurons des élections dans moins d’un an, il n’y a rien de garantie que le prochain gouvernement sjivra les recommandations traçé par le gouvernement précédent et que 5 ans à attendre que « peut-être » on ait enfin des vitesses internet qui ont moyennement de l’allure en région, c’est long en sacréfice…

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Mes clients de 72 ans

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Ce matin je recevais deux clients de 72 ans. Ce sont d’anciens hauts dirigeants de l’un des organismes paragouvernementaux les plus importants au Québec. Ils sont à leur retraite depuis une vingtaine d’années, mais ont poursuivi depuis, en faisant des services-conseils de gestion et de conformité, de la formation et des conférences. Or, ces deux messieurs viennent me voir pour que je les aide à monter et peaufiner leur prochaine affaire. C’est qu’ils ont une expertise reconnue internationalement, qu’ils ont déjà fait des mandats aux quatre coins de la planète et que là, ils ont une certification et une accréditation particulière qui est maintenant en grande demande au Québec et autour du globe. Ils veulent donc valider plusieurs points de leur modèle d’affaires et mettre sur pied la mise en marché de leurs nouveaux services.

Je vous parle de ça parce que dernièrement je lisais l’article de LaPresse Marie-Lou, toujours derrière le bar à 100 ans. On peut y lire :

«

Le secret de la longévité est de faire ce qu’on n’a pas le droit de faire!». À 100 ans révolus, Marie-Louise Wirth continue d’officier derrière son comptoir à Isbergues, dans le nord de la France, dans le bar où elle a commencé à travailler à 14 ans.

(…)
Il ne faut pas en effet chercher le secret de la longévité de cette centenaire dans une hygiène de vie irréprochable. «Je mange tout ce qu’on n’a pas le droit (de manger), de la mayonnaise, des cornichons, jamais de fruit.»

(…)
«Si on vit pour ne rien faire et ne rien voir, ce n’est pas la peine», appuie cette femme pleine d’entrain, qui danse tous les dimanches, raffole des voyages et des mots-croisés et dit regarder la télévision seulement pour les documentaires des Routes de l’impossible.

Je leur ai parlé de cet article et ils m’ont répondu. Mais nous autres on n’est pas vieux!

Tout ça pour vous dire que c’est inspirant de rencontrer ces hommes si actifs, vifs d’esprit, rieurs et qui ont la « drive » de mener de grands projets et de songer « croissance » alors qu’ils pourraient simplement se la couler douce et « profiter de la vie ». Mais justement, profiter de la vie c’est aussi de vivre, d’avoir des projets, de foncer, de se dépasser et d’être actif.

D’ailleurs, tout comme eux, ma conjointe et moi-même risquons fortement d’être encore très actives à cet âge qu’on considérait autrefois « vénérable » mais qui de plus en plus, est le nouveau 50…

Je connais bien des gens (dont ma mère et son 2e mari) qui sont décédés quelques années seulement après leur retraite. Le secret de la longévité c’est peut-être justement ça. De continuer de travailler et d’avoir bien du plaisir à le faire…

Passer quelques heures avec ces messieurs qui ont la vitalité et la vivacité de jeunes de la génération X, me rassure quant à la soi-disante pénurie de main-d’œuvre générationnelle qu’on prédit

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Ce soir je suis triste, fière et angoissée.

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Je suis triste

Hier, je suis allée voir mon père à l’hôpital. Il me parlait des flammes de la mort devant lesquelles il avait reculé. Il me disait que la prochaine fois, il n’hésiterait pas à les traverser. Il me disait sa douleur de se voir finir ses jours comme ça. Il était dans un corridor de l’hôpital Notre-Dame en attendant un changement de chambre. Depuis décembre dernier, il ne peut plus faire de vélo. Sa dernière passion. À 86 ans, beau temps mauvais temps, il allait voir les constructions de Montréal. Il se divertissait de ces gratte-ciels qu’on monte. Il a toujours été inventif et créatif. J’ai en mémoire ses deux cabanons à l’architecture très innovante qu’il avait construit avec une fenêtre au milieu des deux pentes de toits décalés qu’il avait inventés, ce, malgré sa 3e année scolaire. Mais depuis six mois, sa santé périclite rapidement. Très rapidement. Il fait les portes tournantes entre son appartement qu’il avait encore jusqu’à la semaine dernière, et l’hôpital.

Avant hier, en allant à la toilette de sa chambre d’hôpital, il s’est écrasé. Ses jambes ne le supportaient plus. Déjà, depuis plusieurs semaines, il a une marchette. Lui, cet homme fier et bâtit comme un cheval dont l’exploit était de lever une Volksvagen beetle, par en avant, où se situe le moteur. De se voir ainsi diminué l’affecte beaucoup. Hier, de son lit d’hôpital dans le couloir, pour la première fois de ma vie, je lui caressais le front. Il pleurait abondamment et s’en voulait d’avoir eu peur de la mort alors qu’elle lui avait rendu visite. Il capotait à l’idée de ne plus pouvoir marcher. Cette incapacité est certainement tributaire de l’infection sanguine qu’ils viennent de découvrir, mais sa vision en était tout autre.

Je ne savais pas s’il avait vu ces flammes en rêve ou en hallucination mais j’étais certaine qu’il me parlait de son désir de partir une fois pour toute.

Aujourd’hui, j’ai appelé plusieurs fois à sa chambre sans réponse. Ce soir, d’un message Facebook de mon plus vieux frère, j’apprends qu’il a décidé d’en finir et qu’il refusera tous les soins à partir de maintenant et qu’il ira en soins palliatifs.

Je suis fière

J’arrive enfin à pouvoir communiquer avec quelqu’un à sa chambre. On me le passe. Il accueille le son de ma voix avec un « bonjour Michelle » Lumineux et enjoué. Il me dit qu’il a arraché tous ses fils et qu’il a arrêté ses antibiotiques. Qu’il refuse tous les traitements et qu’il veut en finir. Je lui dis que je comprends et que je l’accompagne dans cette décision. Je lui demande s’il est serein avec sa décision et sa réponse est sans équivoque. Je lui dis que je l’aime, il me répond qu’il m’adore, qu’il est fier de moi et qu’il me remercie de tout ce que j’ai fait. Dans ma tête je ne sais pas de quoi il est fier mais ça me fait tellement de bien de l’entendre de sa bouche et ça me rend vraiment très fière.

J’angoisse

Demain j’irai le voir. Je sais que ça ira bien, que ce sera émotif et qu’on se fera nos adieux de nombreuses fois d’ici son trépas. Mais j’anticipe aussi la suite avec des membres de ma famille qui ne me parlent plus depuis maintenant dix ans. J’angoisse à l’idée de les croiser à l’hôpital ou au cimetière. Je ne veux vraiment pas faire ombrage à ce passage difficile que vivra mon père et je veux être là pour lui. Mais en même temps, je ne veux vraiment pas être l’objet de discorde durant ce moment crucial pour lui et pour mes frères et sœurs. J’envoie des ondes positives à l’univers pour que les étoiles s’alignent et que les choses se passent bien. J’ai accompagné ma mère et ma belle-mère dans ces derniers moments, j’aimerais en faire autant pour mon papa…

MAJ

Il est 03:52 du matin. Je me réveille. Je pense à mon père.

Il m’a inculqué l’amour des arbres et des plantes. Le jardin de fleurs et d’arbres de mon enfance était le plus beau du quartier. C’était mon père et ma mère qui voulaient ça. Ils voulaient qu’on grandisse avec la beauté de la nature qu’ils voulaient recréer derrière notre maison à Neufchatel . Je le revois encore planter cet érable mature à quatre troncs, sous la pluie battante, dans le coin de la cour avec sa force surhumaine. Je me souviens aussi qu’il me faisait arracher les pissenlits par la racine et les herbes sous la clôture blanche avec mes mains. Ça me faisait vraiment chier de devoir faire ça à 8 ans. Pourtant, lorsque j’ai eu ma première maison à St-Bruno-de-Montarville, pour le taquiner gentiment, je suis allé avec lui acheter un arrache pissenlit que je l’ai fait choisir et ironiquement, mon gazon était sans pissenlit et je faisais cette tâche avec affection pour lui. C’est aussi à cette période qu’il me donna mon héritage. Il me donna ses outils. Ceux-là même qu’il avait utilisé pour construire de ses mains ses merveilleux cabanons. Il me donna ses rabots, son équerre, son kit de soudure, sa scie, ses mèches et ses couteaux à bois. Est-ce de la synchronicité mais cette semaine c’était l’anniversaire de l’un de mes neveux qui est venu nous voir pour la première fois à Chertsey durant une partie du week-end. Je lui donnai un marteau en lui disant que ça lui permettrait de bâtir sa vie et un niveau pour que celle-ci soit équilibrée. Je ne savais pas la symbolique que ce geste et les souvenirs prendraient en moi quelques jours plus tard. C’était un geste spontané que je n’avais pas réellement réfléchi. Aujourd’hui ça me touche de me remémorer d’avoir fait ce geste et dit ces mots.

L’héritage de ma mère a été ses livres et la collection de films et de photos de la famille. Son dernier cadeau a d’ailleurs été une encyclopédie des fines herbes et épices. En songeant à ça je réalise que mes parents m’ont donné tous les deux leurs passions et leurs fiertés de faire. Aujourd’hui j’irai voir mon père avec deux gros albums de photos de la famille. S’il le désire, je les regarderai avec lui afin qu’il puisse faire le chemin de ses souvenirs.

Je suis assise à mon bureau et je pense à Georges. Georges est mon arbre préféré de mon terrain. C’est un pin centenaire sur le bord du lac, juste au coin de la terrasse où je passe mes étés. Georges a toujours été pour moi la représentation symbolique de mon père. Même si mon père s’en va, il sera toujours avec moi…

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