Alexandre Taillefer , notre gouvernement et le financement du copycat

Alexandre Taillefer est un homme brillant qui a de la suite dans les idées. C’est aussi un opportuniste dans le bon sens du terme. De surcroit, il a la chance d’être bien « plogué » avec les gens de pouvoir et les financiers gouvernementaux qui font valser les millions issus de nos impôts. Ses idées ne sont pas du siècle dernier comme peut l’être la cimenterie de Port-Daniel (de la famille Bombardier) qui a reçu au moins 450 millions de dollars.

Mais avant de parler du cas Alexandre Taillefer, j’aimerais vous rappeler certaines habitudes « réactives » de notre bon gouvernement (et de ses financiers gouvernementaux). Il y a 15 ans, c’était l’industrie hôtelière qui était dans le marasme. Les tripadvisor, expedia et autre hotels.com chamboulaient les habitudes de consommations. L’Ontario décida de créer « les clés du tourisme » afin d’outiller les prestataires touristiques pour qu’ils se prennent en main. Ici, on créa BonjourQuebec.com afin de tenter de remplacer les « joueurs venus d’ailleurs ». Comme vous le savez peut-être, ce fut un gouffre financier qui profita allègrement à Bell qui était le partenaire du Ministère du Tourisme. Les prestataires québécois eux, continuèrent d’être poche en ligne et de voir une portion importante de leurs revenus être accaparé par les intermédiaires en ligne.

De même Quebecor et sa filiale Canoë, voulaient compétitionner les grands de ce monde. Ce qui me fit dire sur Twitter

Alexandre Taillefer propose de créer un Google et un Facebook québécois
Alexandre Taillefer veut créer un Amazon québécois
Ça me rappelle le « TonTuyau » de Quebecor pour contrer YouTube et Espace Canoë pour combattre MySpace Au moins, Quebecor faisait ça avec son argent…

Ce à quoi monsieur Taillefer répondit

Franchement insultant.

Il faut ici noter qu’en l’espace de deux jours, on pouvait lire les titres Forum Culture + Numérique: Alexandre Taillefer propose de créer un Google et un Facebook québécois et Alexandre Taillefer veut créer un Amazon québécois. Vous m’excuserez donc cher monsieur Taillefer mais c’est plus fort que moi et disons que ça frappe mon imaginaire…

Comme vous le savez peut-être, TonTuyau et Espace Canoë n’existent plus. Mais que voulez-vous, nous avons ce réflexe de copycat bien ancré dans nos gènes collectifs. Vous souvenez-vous du Miniputt? Un Miniputt, c’est bien. Dix miniputt, c’est encore bien. 100 miniputts, et ils ferment tous. La même chose pourrait se passer avec le concept arbre en arbre /arbraska, le nouveau Miniputts.

Par ailleurs, au début de ma pratique il y a 15 ans, existait le crédit au développement informatique. J’ai rencontré au moins 25 entrepreneurs qui avaient développé le nouveau CMS qui devait révolutionner la planète et aujourd’hui, aucun d’eux n’est encore en affaire. Toutes ces « inventions » copycat ont été largement financées avec nos impôts. Je me souviens aussi des investissements majeurs de la Cité du commerce électronique et de la Cité du multimédia. Des centaines de millions qui ont enrichis les entrepreneurs en construction et qui sont maintenant occupés par les CGI et Cognicase de ce monde.

Cela étant dit, l’innovation est souvent aussi de prendre quelque chose qui existe déjà et de l’améliorer avec un ajout ou une modification qui en fait quelque chose de différent. C’est ce qu’a fait monsieur Taillefer avec son fameux taxi Teo. Le timing était parfait pour lui. Le gouvernement du Québec ne se pouvait plus avec les voitures électriques, Uber grugeait le modèle d’affaires des taxis traditionnels et le gouvernement ne savait plus comment le contrôler. La solution évidente devenait d’allonger des dizaines de millions à monsieur Taillefer qui devenait le sauveur de notre industrie locale. Ainsi, il put recevoir 30 millions de notre gouvernement (via entre autres la Caisse de dépôt).

Ces 5 millions $ versés à Taxelco s’ajoutent aux investissements de 25 millions $ de la Caisse de dépôt et d’Investissement Québec.

«Nous sommes le groupe le plus impliqué et le plus ambitieux pour électrifier les transports au Québec», dit Alexandre Taillefer. Cette vaste stratégie a été, selon lui, le facteur décisif pour convaincre de grands joueurs de s’impliquer. La Caisse de dépôt et Investissement Québec participent à XPND2, lancé en novembre dernier. Ce fonds a amassé 75 millions pour déployer ce plan. «Ce ne sont pas des subventions, précise-t-il. Ils ont investi de l’argent, aux mêmes conditions que moi.»

Tout comme Bell avec BonjourQuébec, on ne parle pas de subventions. On parle ici d’investissement…

Monsieur Taillefer étant un fin observateur de la scène politique québécoise et étant de tous les grands débats numérique, remarque à juste titre que notre gouvernement et ses institutions ne savent plus comment appréhender la bête numérique. La Culture et les communications ne savent plus comment freiner l’érosion des revenus publicitaires et le commerce de détail ne sait plus comment faire face aux géant américains. Le réflexe traditionnel est de demander à ceux qui savent de les sortir de leur aveuglement. Ça a déjà été Bell, CGI, Quebecor ou Bombardier et là ça s’enligne pour être Taillefer.

Mais se pourrait-il qu’à l’instar de l’Ontario (avec l’initiative citée plus haut) ,on songe plutôt à outiller les petits acteurs pour qu’ils prennent leur place? Est-ce possible qu’on légifère pour récupérer nos taxes et qu’on prenne des mesures pour redistribuer les droits d’auteur aux ayants droit? Serait-ce une bonne idée d’investir massivement dans des infrastructures cellulaires et internet à prix abordable à la grandeur du Québec jumelé au développement de l’expertise numérique chez nos entrepreneurs afin qu’ils puissent être en ligne convenablement? Est-ce une bonne idée qu’au lieu de faire à la place du citoyen qu’on lui montre comment faire et qu’il ai les réseaux de bande passante pour le faire?

« Si tu donnes un poisson à un homme il mangera un jour; si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours »

Il faudra un jour que collectivement, on cesse de donner du poisson…

Si entretemps, monsieur Taillefer qui est un excellent pêcheur arrive à se faire financer du poisson par nos gouvernements, j’en serai très heureuse pour lui. Mais j’ai bien peur que collectivement, on reste sur notre faim…

MAJ

Je serais une gérant d’estrade http://www.michelleblanc.com/2017/03/24/je-serais-une-gerant-destrade/

MAJ2

On veut faire un AmazonQuebec alors que les marchands ne peuvent même pas uploader une photo. Faudrait peut-être revoir les priorités…
Les élus mettent de la pression: assez, c’est assez !

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Haute Vitesse : Les beaux rêves et les bonnes blagues du CRTC et des gouvernements

J’apprends à l’instant l’excellente nouvelle que le CRTC promet que « tous les Canadiens ont droit en principe d’avoir accès à une connexion internet de 50 mégabits par seconde (Mb/s) et un forfait internet avec des données illimitées ». J’apprends aussi dans un article de LaPresse et dans le communiqué de presse du CRTC que « Le CRTC estime que la proportion de Canadiens ayant accès à une vitesse internet de 50 Mb/s passera de 82% à 90% d’ici 2021, et à 100% d’ici 10 à 15 ans ».

Juste avant Noël, c’est un rêve. Je ne me peux plus. Je suis hors de moi d’extase et de bonheur… un gros 30 secondes. Par la suite, le triste réalisme fait place à la déception parce que je sais que c’est une bonne blague, voire, une triste plogue ou pire, du cynisme pour endormir les foules. Mais soyons positifs durant le gros 30 secondes dont je parlais. Au moins le CRTC a élevé son minima de vitesse pour les Canadiens de 5 à 50 MBPS. C’est déjà une cible juste un peu plus réaliste. Aussi, pour la première fois, le CRTC parle maintenant de données illimitées (les fameux datacap) pour tous les Canadiens. Je me prends à presque m’exciter le poil des jambes de nouveau.

Pourquoi est-ce une mauvaise blague ?

Que le CRTC avance le plus sérieusement du monde que 82% des Canadiens ont déjà 50 MB/s est un oxymoron. Selon le dernier rapport Akamaï dont j’ai pris connaissance ce matin, on apprend que seulement 31% de Canadiens ont une vitesse moyenne supérieure à 15MB/s. Alors je demande qui est réellement dans le champ ? Notre CRTC ou Akamaï ???

vitesse internet au canada selon akamai

Par ailleurs, les gouvernements du Québec et du Canada se gargarisent qu’ils veulent brancher les régions (quoiqu’au fédéral on confond souvent région et région éloignée avec un gros penchant pour l’éloigné). Or, pour pouvoir jouir des investissements fédéraux ou provinciaux pour acquérir la haute vitesse, il faut que l’on « fit » dans le tableau mis de l’avant par Industrie Canada pour déterminer si notre région a ou n’a pas « la haute vitesse ». Hier je parlais à mon maire, Michel Surprenant pour lui pousser dans le cul afin qu’il redépose de nouveau son projet de fibrer ma localité de Chertsey (projet qui a déjà été refusé par le fédéral) pour le provincial. Or il m’apprend que pour être éligible au programme provincial, il faut qu’on ne soit pas dans la « zone grise de la map » d’industrie Canada. Malheureusement pour nous, Industrie Canada considère que nous sommes en « zone urbaine non admissible » puisque nous avons déjà la haute vitesse. Wouah !!! Personne ici n’était au courant ??? Même le maire, le préfet de la MRC, moi-même ou tous mes voisins.

Haute vitesse supposé à Chertsey selon Industrie Canada

Alors je décide de vérifier par moi-même. Tout d’un coup que la haute vitesse est arrivée en cachette et que personne n’était au courant. Sur le tableau, on parle de Bell qui ferait du DSL. Or non Bell ne fait pas DSL ici et DSL est loin d’être de la haute vitesse. Puis on parle de Sans-fil fixe de GroupAcces Communications. Alors je vérifie leur service de 10MBPs et non, ils disent ne pas être disponibles ici. Puis on passe au suivant Xplornet (du Nouveau-Brunswick) qui enfin est disponible ici. J’ai déjà acheté leur 10MBPS, mais après avoir vérifié ma vitesse qui n’était jamais supérieure à 4MBPs, on m’explique que le satellite ne peut me fournir la vitesse pour laquelle je paye parce qu’il appert que le signal de Chertsey arrive sur le « edge » du satellite. Alors je demande pourquoi on ne me fait pas payer pour du 5, ce qu’on se dépêche de changer sans pour autant me créditer les mois que je payais pour du 10 alors qu’il n’était pas disponible. Puis vient les services mobiles. Oui en effet les modems cellulaires 3G à 10MBPS sont disponibles ici. Ils coûtent la peau des fesses, mais oui ils sont dispo. Est-ce vraiment de la haute vitesse ? Disons que c’est discutable. C’est très loin du 50MBPS et de la fibre optique entéka. Et avec une datacap très vorace en termes de coûts. Puis finalement, DeryTelecom qui offre de la fibre. J’inscris l’adresse de l’hôtel de ville (qui est ce qu’il y a de plus central à Chertsey) et non, malheureusement le service n’est pas disponible.

En résumé, c’est bien de vouloir offrir la haute vitesse à 50MBPS. Sauf qu’il semble que ce soit déjà disponible lorsque ce ne l’est pas et qu’il ne soit pas possible de se qualifier pour un projet de fibre optique municipal pour avoir la haute vitesse, parce que malgré ce que l’on peut penser ou observer, le gouvernement est convaincu que nous sommes déjà servis et comble de l’ironie, que nous sommes en zone urbaine.

La morale de l’histoire, vous seriez mieux d’être en région très éloignée plutôt qu’à 100km d’un grand centre, car dans ce cas, vous risquez définitivement de faire partie longtemps du tier-monde numérique Canadien et Québécois branché à 82% à 50MBPS…

MAJ

Juste pour en avoir le cœur net, j’ai vérifié d’autres localités (sur la carte interactive d’Industrie Canada) que je connais bien puisque j’y ai fait de nombreux ateliers médias sociaux et TOUS les entrepreneurs se plaignaient de se faire fourrer par Xplornet (la Néo-Brunswickoise) et de ne pas avoir de haute-vitesse, je ne veux pas vous faire pleurer mais vous aussi avez déjà la haute vitesse et vous ne le savez pas. Je parle ici de Val-D’or, Rouyn, Ville-Marie (dans le Témiscamingue), Lac-Mégantic, Coaticook, Ste-Marie de Beauce, Saint-Malo (Estrie) et St-Armand. Là je me suis arrêté parce que je pense que je ferais le tour des villages du Québec et qu’ils sont déjà tous sur la haute-vitesse. Mais bon, il ne faut pas en vouloir à Industrie Canada. Ils ont une notice de désistement :

Désistement de responsabilité concernant l’information provenant de tiers
Certains des renseignements contenus dans cette page proviennent de sources externes. Le gouvernement du Canada n’est pas responsable de l’exactitude, de la fiabilité ou de l’actualité des renseignements provenant de sources externes. Les utilisateurs qui désirent des renseignements fiables ont intérêt à communiquer directement avec la source en question. L’information provenant de sources externes n’est pas assujettie aux exigences en matière de langues officielles, de protection des renseignements personnels et d’accessibilité.

Alors ce n’est pas Industrie Canada qui dit n’importe quoi et qui se sert de ce n’importe quoi pour déterminer l’éligibilité (ou pas) des projets de haute vitesse locaux qui peuvent être présentés. C’est la faute des « maudits tiers » qui fournissent de la mauvaise info et qui nous fourrent à tour de bras en même temps.

Oui, oui, oui, Bell Fibe pis Vidéotron s’en viennent qu’ils disaient…

Le désistement de responsabilité c’est une manière polie de dire « on écrit n’importe quoi et on s’en criss »

De demander aux TELCOs s’ils offrent de la haute vitesse et de fournir leur étendue c’est comme les sondages qui demandent « Combien de fois par semaine faites-vous l’amour? ou Quelle est la longueur de votre pénis? » Les résultats sont toujours très près de la réalité…

Certains des problèmes structuraux du commerce électronique au Canada

De toute évidence, le plus gros problème des entreprises Canadiennes et québécoises face aux défis du commerce électronique, est leurs propres inhabilités ou pires, leur absence à acquérir une saine présence en ligne. Cela va de soi. Mais au-delà de cette présence qui est déjà déficiente, plusieurs autres problèmes structuraux nuisent à nos entreprises.

Tout d’abord, la question de l’iniquité des taxes (en ligne vs hors-ligne) est un facteur déterminant dans le déclin des ventes en magasin et en ligne au Canada. C’était d’ailleurs un argument présenté la semaine dernière par le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), tel qu’expliqué chez Radio-Canada.

« Le problème fondamental, c’est que nous assistons à une situation inéquitable au vu et au su de nos décideurs politiques », a résumé le président-directeur général du CQCD, Léopold Turgeon, lors d’un point de presse tenu mardi matin, à Québec.
« Le CQCD dénonce cet état de fait depuis au moins trois ans et rien ne bouge », déplore-t-il, en soulignant qu’il en va pourtant « de la survie même de plusieurs détaillants et, par extension, de celle de nos artères commerciales et de nos centres commerciaux, partout au Québec. »
« Nos détaillants ici paient des taxes, des salaires, des loyers, alors que toutes les entreprises étrangères qui nous envoient leurs produits, leurs services, ici, au Québec et au Canada, ne contribuent en rien à l’économie du Québec », résume M. Turgeon dans sa capsule diffusée en ligne.

Puis il y a la question des coûts de transport avec Poste Canada. J’en parlais récemment dans mon billet : Comment Poste Canada nuit au Commerce en ligne canadien.

Faire livrer un produit acheter en ligne au Canada chez une entreprise canadienne peut coûter jusqu’à dix fois plus cher que si le même produit est livré par une entreprise chinoise, depuis la Chine.
C’est le triste constat que fait l’entrepreneur Claude Denis, PDG d’Électro-5 dans une lettre qu’il a adressée à Françoise Bertrand, Présidente du Groupe de travail sur l’examen de Postes Canada.

Il y a certainement aussi la fracture numérique qui existe entre les services internet disponibles dans les grands centres et ceux disponibles en régions. Ainsi, un commerce de détail qui se trouve dans l’une de ces régions aura toutes les difficultés du monde à téléverser les images de son produit sur son propre site internet. Si cette entreprise doit téléverser des vidéos ou un inventaire très volumineux, on parle alors d’une tâche quasi impossible. Cette fracture numérique grand-centre/région est un thème abordé dans ce blogue depuis des années déjà.

Finalement, il y a aussi le problème criant de la disparité des prix et des taxes, des deux côtés de la frontière canado-américaine, pour un produit strictement identique. C’était le propos d’un article du National Post hier Why Canadian Club is cheaper in America: A product-by-product look at the U.S.-Canada price gap.

BFGoodrich Advantage T/A (size 195/65R15)
U.S. (TireRack): $94.75 ($71.25 USD)
Canada (Canadian Tire): $120.99
Price gap: 27.6% more expensive

Canadian Club Whiskey (1.75 L)
U.S. (BevMo!): $25.25 ($18.99 USD)
Canada (LCBO): $59.00
Price gap: Canadian price is 233% of U.S. price (133% higher)

Mini stripe crewneck sweater
U.S. (The Gap): $79.73 ($59.95 USD)
Canada (The Gap): $64.95
Price gap: 18.6% cheaper

Barney’s Version
U.S. (Barnes and Noble): $15.27 ($11.48 USD)
Canada (Chapters Indigo): $19.98
Price gap: 31% more expensive

The Canadian Customs Tariff Schedule is a 1,600-page document detailing virtually every product known to humanity, and outlining whether or not it’s slapped with a surcharge at the Canadian border. Near-identical products can have wildly different tariffs, and the tariff also depends heavily on where the product is from. Footwear is a particularly byzantine section of the schedule. Soccer cleats are hit with a 17.5 per cent tariff, while Australian cleats are only 13 per cent. A women’s running shoe can be hit with a border tariff of as much as 18 per cent, while luxury women’s shoes with an “at cost” rate of more than $30 only get an 11 per cent tariff. For reasons that may be forever lost to history, the highest shoe tariff of all (20 per cent) is for “riding boots.” Nobody ever lost an election by levying higher taxes on people who own ponies. 

C’est intéressant de s’attaquer aux défaillances de présence en ligne de nos entreprises, mais il ne faudrait certainement pas oublier les autres facteurs qui aggravent de manière généralisée, la compétitivité de nos entreprises qui y sont déjà, face à cette concurrence qui est de plus en plus mondiale…

Comment la fibre optique nous rendrait collectivement plus riches

Le site du gouvernement du Québec nous informe que le PIB du Québec est de $363 milliards. Or selon différentes études de l’impact de la très large bande sur les économies nationales et tel que je l’ai présenté dans mon billet Pourquoi la Caisse de dépôt et placement ne s’intéresse-t-elle pas à la fibre optique ?, à chaque augmentation de pénétration de la très large bande de 10 % d’un territoire, le PIB de ce même territoire augmente de 0.25 % à 1.38 %.

most studies conclude that broadband penetration has an impact on GDP growth. However, one observes that such a contribution appears to vary widely, from 0.25 to 1.38 per cent for every increase in 10 per cent of penetration

Si nous supposons que le Québec décide de couvrir de fibre optique notre territoire et qu’elle arrive à le couvrir à 90 %, nous avons donc une pénétration de 90 % du territoire (nous sommes actuellement à plus ou moins 2 % de la pénétration de la fibre optique au Canada), on parlerait donc d’une croissance de notre PIB variant de 9 X 0.25 % à 9 X 1.38%.

Question de mettre ces chiffres en perspective, avec le scénario le plus pessimiste, notre PIB aurait une croissance de $742 millions et avec le plus optimiste, de $4.09 milliards. Je rappelle ici que pour couvrir 100 % du territoire, j’ai déjà démontré qu’il en coûterait $2,9 milliards. Donc avec l’hypothèse la plus pessimiste (des différentes études colligées par le Forum Économique Mondial et l’International Telecommunication Union,) la croissance du PIB couvrirait le tiers des coûts de la fibre optique et selon le scénario optimiste, elle en paierait la totalité en générant un beau milliard additionnel. Il faut aussi considérer qu’au-delà de l’augmentation du PIB, ce service se payerait lui-même (s’il était développé par nos gouvernements) puisque les usagers n’en profiteraient pas gratuitement. Ils paieraient pour ces services.

Par ailleurs, je lisais ce matin dans les actualités que:

Hydro-Québec pourrait investir jusqu’à 20 milliards $ pour prendre de l’expansion à l’étranger au cours des prochaines années.

Il serait peut-être pertinent qu’Hydro-Québec prenne de l’expansion chez nous plutôt qu’ailleurs! Par la mise en chantier de la fibre optique sur tout le territoire par exemple…

Pourquoi la Caisse de dépôt et placement ne s’intéresse-t-elle pas à la fibre optique ?

Michel Surprenant, le Maire de Chertsey, avait fait des études préliminaires pour couvrir de fibre optique notre localité. Pour les 300 km² de notre ville, il en couterait $8millions.

Si nous extrapolons ce calcul à la province, en considérant que celle-ci compte 110 000 km² de territoire habité (selon Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord (CEFAN)) avec une simple règle de trois, on obtient un beau $2,9 milliards pour couvrir le Québec habité en entier.

Or, au moment d’écrire ces lignes, la CDP est prête à investir $5,5 milliards pour son réseau électrique métropolitain. Dans le site web dédié à cette initiative, elle présente que pour un investissement de $5,5 milliards, il y aura des retombés de $3 milliards, sur une période de 4 ans.

Les retombées potentielles de ce réseau représentent plus de 3 milliards de dollars sur quatre ans pour le PIB québécois. En ce qui concerne les développements immobiliers le long du tracé, près de 5 milliards de dollars en investissements privés sont actuellement anticipés. Près de 7 500 emplois directs et indirects seront également générés durant chacune des quatre années de construction de ce nouveau réseau. Plus de 1 000 emplois permanents seront générés à la suite de sa mise en service.

L’économiste Hal Singer (financé par Bell Canada) dans son document Economic Impact of FTTH Deployment in Toronto, présente que pour un investissement de $1 milliard dans la fibre optique à Toronto, il prévoit la création de 19 000 emplois et des retombés de $3 milliards pour ce même PIB, mais sur une période de 2 ans.

impact économique de la Fibre optique à Toronto

Pourtant, j’imagine que la CDP est au fait des publications du Forum Économique Mondial, de même que de l’International Telecommunication union (ITU)? Or, selon le Forum Économique Mondial

Based on a significant body of research1 on the economic impact of broadband, it is generally accepted that broadband has a beneficial impact on economic growth. Moreover, some research suggests that broadband speed matters. The impact of broadband includes (1) direct effects through large-scale infrastructure investments that lead to increased economic activity in the investment area (e.g. immediate increase in employment and purchase of raw material), (2) indirect- or long-term effects that spur innovation and productivity through e.g. improved broadband speeds, and (3) induced effects such as spill-over into other economic sectors by enabling access to entertainment, education, healthcare, banking services, e-commerce and other. The benefits of faster broadband include economic effects such as increased innovation and productivity, social effects such as better access to services and improved healthcare and environmental effects such as more efficient energy consumption.

et

Studies of the impact of broadband on the economy have generated a number of elasticity estimates for a 10% increase in broadband penetration. These estimates refer to different geographic regions and country clusters. The range proposed by these studies for the impact on GDP of a 10% increase in broadband penetration is 0.25%- 1.38%. For broadband speed, it has been found that a doubling of broadband speeds for an economy can add 0.3% to GDP growth.6 These different elasticities are set out in Table 1 below. It should be noted that results indicate that the impact on GDP from an increase in penetration and also speed is higher for lower-income countries, as compared with higher income countries. However, results also show that a critical mass of penetration is needed to achieve these positive effects.

Quant à elle, l’ITU présente que

The study of the impact of broadband on economic growth covers numerous aspects, ranging from its aggregate impact on GDP growth, to the differential impact of broadband by industrial sector, the increase of exports, and changes in intermediate demand and import substitution. While the research on the contribution of broadband to GDP growth has confirmed its positive impact, it has also yielded results that vary widely. Constrained by data availability, the analyses have primarily focused on OECD countries (generally Western Europe and North America) and states in the United States (see Table 1).

Tableau des études d'impact de la fibre optique sur le PIB

As the data in Table 1 indicates, most studies conclude that broadband penetration has an impact on GDP growth. However, one observes that such a contribution appears to vary widely, from 0.25 to 1.38 per cent for every increase in 10 per cent of penetration

Quoi qu’il en soit, il m’apparaît évident que les retombées économiques trébuchantes de la mise en place de la fibre optique à la grandeur du Québec risquent clairement d’être plus rentables que dispendieuses. Et cela autant au bénéfice de la Caisse de dépôt et placement du Québec, ou du gouvernement lui-même, que pour la santé de notre produit intérieur brut.

D’ailleurs, si on investissait dans la fibre optique, nous n’aurions probablement plus besoin de ce réseau électrique métropolitain et les bénéfices de ces investissements rejailliraient sur le Québec tout entier plutôt que strictement à la région métropolitaine de Montréal…

Pourquoi devrions-nous investir massivement dans les infrastructures numériques

(Dévoilement j’ai travaillé autant pour le PQ que le PLQ à titre de consultante pour les questions numériques)

 

Enfin, il est de plus en plus question des infrastructures numériques au Québec et au Canada. Il était temps. La ministre Anglade entamera une consultation populaire à ce sujet dans les prochains jours, tandis que la candidate à la chefferie du PQ, Martine Ouellet, si elle devenait première ministre, donnerait deux ans aux TELCO pour fournir 1GBPS aux Québécois, sans quoi elle nationaliserait leurs services.

 

Mais POURQUOI faut-il s’intéresser à cette question de large bande ?

 

Pour le commun des mortels, la consultation publique qui s’amorce au Québec n’est sans doute que de peu d’intérêt. Qu’est-ce que ça mange en hiver la large bande et quel impact ça peut bien avoir dans nos vies ?

 

La large bande est (pour faire simple) des liens internet très haute vitesse. Ça va potentiellement si rapidement que vous n’aurez pas besoin, à court terme, de toute cette puissance de vos branchements internet. Pour vous expliquer, le Canada se targe d’avoir de la haute vitesse à 5MBPS (pour méga bit par seconde) alors que la ministre Anglade propose de fournir 30 MBPS pour tous les foyers québécois et que la candidate à la chefferie du PQ réclame quant à elle 1000 MBPS qu’on traduit aussi par 1GBPS.

 

Le Québec peut faire quelque chose pour les infrastructures filaires, mais n’a que très peu de possibilités d’intervention pour les infrastructures mobiles, ce champ d’activité étant strictement sous contrôle du fédéral et du CRTC. Mais pour le filaire, il semble que l’on puisse agir (à ce que je sache). Aussi, les deux paliers de gouvernements se gargarisent depuis bientôt 10 ans du mot-valise « innovation ». Or, les innovations circulent sur des réseaux qui sont justement des infrastructures numériques. Les nôtres sont désuètes et nous coutent la peau des fesses (comme consommateurs).

 

Les bénéfices de la très large bande

 

La très large bande circule le plus efficacement sur la fibre optique. C’est ce que nous appelons « Fiber to the home » ou FTTH (la fibre jusqu’à la maison et c’est loin d’être la « Fibe » que Bell Canada a si judicieusement utilisé comme termes pour désigner l’un de ses services).

 

Parlant d’innovation, les récents déboires d’Uber au Québec, ne sont que l’un des nombreux changements qui nous attendent et qui sont issus de cette nouvelle révolution industrielle, qu’est l’économie numérique. L’un des pays les plus visionnaires à ce chapitre est la Norvège. Très tôt, dès 2004 en fait, ils ont identifié que la FTTH était la bouée de secours indispensable pour se positionner dans cette nouvelle économie et y ont investi massivement. D’ailleurs, l’internet le plus rapide de la planète se trouve dans un « shack » isolé de la mer du Nord, sur l’île de Bjørndalen, à plusieurs centaines de kilomètres de la Norvège.

L'internet le plus rapide du monde
(source: http://www.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303325204579467542262163298)

Le tableau suivant, illustre de façon éloquente, plusieurs des bénéfices qui y sont associés. Pour ne prendre que quelques exemples, imaginez un réseau fibre optique à la grandeur du Québec si efficace, jumelée à des incitatifs fiscaux favorisant le travail à domicile, pourraient réduire très substantiellement le trafic, les congestions routières, l’énergie pour chauffer les grandes tours à bureau, le pied carré commercial nécessaire, la pollution, le besoin d’un nouveau train électrique à Montréal et favoriser la croissance des régions. Imaginez aussi que présentement vous pouvez faire votre bac en ligne à Virginia Tech. Il serait sans doute intéressant par exemple que l’UQAC se questionne à savoir comment elle va faire compétition avec ça dans les années à venir.

 

Bénéfice socio-économique de la FTTH
(Source: http://www.epliitto.fi/images/09_Tobias%20Ahl_FTTH%20Council.pdf)

 

On investit massivement dans de super hôpitaux alors que présentement, plusieurs radiologistes américains travaillent de chez eux, avec de la large bande. Il en sera ainsi de plusieurs spécialistes médicaux et les consultations médicales virtuelles iront en s’accélérant.

 

Nos campagnes se vident parce que les jeunes s’y sentent coupés du monde et qu’ils vont chercher du travail en ville. La très haute vitesse permet de garder et de créer des emplois en région et de dynamiser les économies à la grandeur du territoire. Un travailleur de l’économie numérique n’a pas besoin d’être en plein centre-ville. S’il a de la très haute vitesse, il peut très bien travailler de n’importe où sur la planète.

 

Au moment d’écrire ces lignes, nous n’avons certainement pas besoin d’avoir 1GBPS par résidence au Québec. Mais d’ici 5 ans, le temps de mettre sur pied un réseau digne de ce nom, ça pourrait changer drastiquement. Les emplois les plus payants de cette économie qui bouleverse déjà tout transiteront par ses réseaux. Il y a présentement une course à l’installation du FTTH et nous sommes en queue de peloton. Voilà quelques-unes des très nombreuses raisons pourquoi, ça devrait vous faire réagir, pour vous, mais aussi pour vos enfants et pour votre propre sécurité financière pour les années à venir.

 

Maintenant comment devrions-nous financer de telles infrastructures ? En nationalisant, en faisant des PPP, en subventionnant les TELCOs ou en favorisant la création de coops municipales ? Là est toute la question qui sera débattue dans les prochains mois. Je vous suggère donc fortement de vous impliquer dans ce débat parce qu’il fera la différence entre une position de superpuissance ou de tiers-monde numérique…

Question de vous prouver que je n’exagère pas lorsque je dis que nous sommes au tier-monde numérique et que contrairement à plusieurs informations dont celles de l’IEDM qui disait n’importe quoi dernièrement à propos de nos services de télécom (à moins que ce ne soit de l’infopub commandée par les TELCOs), voici un tableau de la pénétration de la FTTH dans le monde.(Tiré de Five common FTTH myths debunked) Et le Canada est à la troisième avant-dernière ligne :-(

tableau de la pénétration de la FTTH dans le monde

 

 

En prime, cette succulente vidéo :-)

La stratégie numérique du Québec, c’est sans doute pour avoir un meilleur Facebook

Vendredi dernier, la ministre Anglade accompagnée du premier ministre Couillard, ont déposé leur Plan d’Action en Économie Numérique du Québec(PDF). Tout le gratin technophile et économique y était. Mais monsieur/madame tout le monde, les médias et même les partis d’oppositions, ont l’air de s’en foutre éperdument. Ils ont tous deux exprimés des critiques disons, laconiques (ici et ici).

Le commun des mortels ne semble pas s’émouvoir de la gravité et de la précarité de notre position collective concurrentielle dans le marché maintenant mondial de l’économie et de ce changement de paradigme majeur qu’est l’économie numérique. Le plus ironique de la chose est que plus souvent qu’autrement, ce sont ceux qui ont peu à gagner de ces transformations, qui militent pour un réveil collectif. Les geeks font déjà de l’argent et ne risquent pas d’en faire moins avec ou sans l’appui de la population. Par contre, elle, cette population, pourrait se retrouver « gros Jean comme devant » si elle ne prend pas conscience des changements qui sont déjà là et qui continueront de s’accélérer.

Bien des agences de voyages ont fermé. Il y a dix ans, beaucoup de propriétaires d’agences de voyages paniquaient seuls devant leurs destins. Bien des chaines de commerce de détail ont fermé, pourtant seulement seulement 12 % des entreprises québécoises des secteurs de la fabrication, du commerce de gros, du commerce de détail ou des services
vendent leurs produits et services en ligne. Bien des usines de confection vestimentaire sont aussi disparues. Tous cela est maintenant fait en Asie. Les chauffeurs de taxi sont heureux de voir le gouvernement maté Uber mais ne s’inquiètent pas des voitures autonomes qui les feront définitivement disparaitre. Il y a deux ans, nous avions les états généraux de l’éducation supérieure et pas une fois le numérique ne fut mentionné. Nous avons bien un Plan numérique Culturel mais il ne servira qu’à rattraper l’indécent retard de cette industrie par rapport à la communauté internationale. L’Afrique se dote d’un Silicon Savannah alors que nous pourrions songer à un Silicone Boréal. Nous avons des services cellulaires et internet à des prix hors proportion pour des vitesses pitoyables mais on nous fait croire que c’est parce que le Canada est grand. On ne soulève pas les conflits d’intérêts des TELCOs qui sont câblo, diffuseurs de contenu, producteurs et régie publicitaire à la fois. On ne dit pas non plus qu’ils doivent installer trois fois des antennes cellulaires pour un même territoire strictement parce qu’ils utilisent des technologies non-compatibles. Notre dévoué CRTC juge que 5MBPS est une vitesse rapide pour tous les Canadiens. Pourtant, bien des pays du monde vise le 100MBPS ou même le 1000 MBPS.(PDF) C’est comme si lors de l’avènement de l’électricité, nous étions fiers de continuer de nous chauffer au bois et luttions pour sauver les vendeurs de glace et de charbon parce que le réfrigérateur et le calorifère électrique, bah, ce n’est pas très important. Ce qui importe, c’est de garder des jobs pour les semaines à venir et de toute façon, la technologie et la révolution industrielle, ils auront besoin de nos ressources naturelles, faut pas s’inquiéter. Nous pourrons encore draver pendant des années…

Voici d’ailleurs la critique que j’ai fait lors de l’émission 24 heures en 60 minutes, du Plan d’action de la stratégie numérique, tout de suite après l’entrevue de la ministre Anglade. Ironiquement, d’habitude c’est l’opposition officielle qui critique le dépôt d’un plan du gouvernement. Faut croire que les oppositions n’avaient rien à dire ou que les députés étaient déjà partis en long week-end. Je les remercie dont de m’avoir offert cette belle visibilité par leur absence :-)

24/60 Politique numérique du gouvernement Couillard. Entrevue avec Michelle Blanc, à partir de 31:30

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Comment et pourquoi implanter un programme national de large bande

Depuis des années, je vous parle du besoin d’un plan numérique pour le Québec et le Canada. Depuis des années je mentionne que la question des infrastructures numériques est à la base de cette même planification du numérique. Or comment pouvons-nous faire ça? D’un côté, on peut nationaliser les infrastructures numériques (internet et cellulaire) comme nous l’avons déjà fait pour l’électricité et à l’autre extrême, on peut financer les Telcos pour qu’enfin elles donnent accès à ses services aux régions. Et entre les deux, on peut faire l’un des fameux PPP (partenariat public-privé). Mais qu’ont fait les autres états? Qu’est-ce qui fonctionne? Que devrions-nous faire? C’est la question que pose le document Benchmarking 15 national broadband plans de Cullen International (financé par Erickson).

Les constats de Cullen international (librement adaptée)

Un plan de large bande ambitieux a plus de chance d’avoir de l’impact. Une cible très élevée peut être inspirante (même si les réalisations concrètes peuvent être moindres que l’objectif initial, le changement sera néanmoins significatif)

L’ambition du plan de large bande doit être étendue et avoir une portée. Plus l’envergure de ce plan sera large, plus il risque d’avoir un impact important sur l’économie nationale et la société

Aucun des constats précédents n’aura d’importance (aussi ambitieux qu’ils puissent être) si les cibles à atteindre n’ont pas été définies clairement avec un plan robuste et une organisation efficace devant en assurer son implantation, sa surveillance et son succès.

Pourquoi avoir plan de développement de large bande? Pour créer de l’emploi et de la richesse

Dans le chapitre Convergent Objectives, Divergent Strategies: A Taxonomy of National Broadband and ICT Plans, (adaptée librement) on présente que la rationalité derrière la croissance de l’adoption et de l’expansion d’une infrastructure nationale de large bande, a des effets à court et long terme. Pour le court terme, la construction du réseau stimule les économies locales par l’embauche de travailleur et l’achat de matériel. Pour le long terme, c’est l’effet réseau créé par les infrastructures à large bande )une fois installées) qui créera un impact économique sur les autres industries non reliées aux télécoms? Plusieurs études confirment ceci :

Several studies have identified short-term employment effects stemming from (1) direct labor employed to build broadband infrastructure and (2) indirect and induced jobs that are created by suppliers and services supporting the construction activity. One review of six studies that estimate various employment impacts suggests that, on average, 1.56 direct and indirect jobs result per employment opportunity focused on broadband network construction; this figure rises to 2.78 for direct, indirect, and induced jobs created.

In the long term, business utilization of broadband can result in network effects and gains in productivity. In the United States, the employment impacts caused by network effects are estimated to be 1.17 jobs per direct and indirect job. Recent research by Qiang and Xu at the World Bank examined cross-country time-series and firm-level data; they determine that broadband has “longterm effects on growth, and contributes to the growth of a number of non-telecom industries, especially high-tech industries.”


Comment financer ça

Dans le document du Groupe de travail n° 2 sur la concurrence et la réglementation de l’OCDE, SYNTHÈSE DE LA TABLE RONDE SUR LE FINANCEMENT DU DÉPLOIEMENT DES RÉSEAUX HAUT DÉBIT on peut lire :

(1)La couverture nationale en haut débit est perçue comme essentielle pour le développement économique et social d’un pays. L’accès au haut débit sur la totalité du territoire est donc au cœur de l’agenda numérique et du plan national pour le haut débit de nombreux pays, membres de l’OCDE ou non.

(2) Le déploiement de la fibre optique pour offrir un service haut débit n’est commercialement viable que dans les zones très densément peuplées et à revenu élevé. Il est donc probable que déployer la fibre à l’échelle nationale nécessitera un financement public sous une forme ou une autre. Les pays doivent donc aujourd’hui trouver le moyen de garantir le déploiement du haut débit sur la totalité de leur territoire tout en préservant les incitations à l’investissement privé.

(3) Avec l’évolution technologique, il pourrait devenir moins coûteux de proposer un accès haut débit également dans les zones isolées et/ou moins densément peuplées. Cela signifie que les subventions et autres types d’aides d’État visant à favoriser le déploiement du haut débit pourraient ne plus être une condition nécessaire pour atteindre les objectifs fixés dans les plans nationaux pour le haut débit et les agendas numériques des pays.

(4) La concurrence au niveau des infrastructures devrait être meilleure pour le marché qu’une configuration à un seul réseau. Néanmoins, la présence de plusieurs infrastructures peut, dans de nombreux cas, s’avérer n’être pas rentable.

Par ailleurs, on y apprend aussi que pour les zones de faible densité de population :

Dans les zones où la demande est faible, l’implication d’investisseurs privés dans le déploiement du haut débit est peu probable. Pour veiller à ce que ces zones ne soient pas oubliées, d’autres formes de financement sont donc utilisées :
• subventions directes (dans l’UE, aux États-Unis et au Chili par exemple) ;
• subventions indirectes, telles que les taux d’intérêts favorables ou les avantages fiscaux (au Japon par exemple) ;
• partenariats public-privé (au Mexique ; cette option est également envisagée en Italie), et
• réseaux (de gros) construits avec des fonds publics (en Australie par exemple).

Tout ça pour vous dire qu’à la lecture de ce billet, vous ne pouvez que conclure qu’à chaque mois qui passe, le Canada et le Québec prennent de plus en plus de retard pour se positionner convenablement dans cette nouvelle économie dont l’autoroute sera numérique et que justement, cette autoroute est ce que l’on nomme la large bande. Plus nous attendrons avant de nous doter collectivement de ces infrastructures ESSENTIELLES pour le développement économique de notre pays, moins bien nous serons positionnés pour concurrencer les autres états dans cette révolution pour laquelle nous sommes déjà en retard. Durant le temps qu’on s’obstine pour savoir quoi faire avec Uber, 60% de notre commerce en ligne (consommateur) sort déjà du pays et une fois qu’on se sera décidé sur le comment on se dote d’une infrastructure, il faudra toujours la construire. Nous en avons pour plusieurs années et par rapport aux pays européens qui sont déjà en retard sur la Corée du Sud, on peut lire dans ce même document :

Par exemple, l’agenda numérique de la Commission européenne prévoit que 100 % de la population de chaque pays européen ait accès à l’internet à une vitesse d’au moins 30 Mbit/s dès 2013 avec des connexions internet de plus de 100 Mbit/s pour au moins 50 % des ménages d’ici à 2020.

Comme le disait notre premier ministre Trudeau dans un autre dossier «  Parce que nous sommes en 2015 »… mettons.

Le Québec et sa vision économique du 19e siècle

Le Québec est riche en ressources naturelles. Très riche même. La beauté de ces ressources est qu’elles sont là et qu’elles y resteront si on n’y touche pas. L’une de ces ressources dont le prix le litre dépasse déjà celui du pétrole, est l’eau douce. Nous en avons des réserves importantes et à moyen terme, il est très plausible de l’exporter et d’en faire des revenus très substantiels pour l’état québécois. D’ailleurs, dans un document de 2008 de l’IEDM (Institut économique de Montréal) on pouvait déjà lire :

Le Canada possède la plus grande réserve d’eau douce du monde, soit 8% du stock mondial. Quant au Québec, il possède sur son territoire 3% de l’eau douce du globe, soit 13 fois plus d’eau douce renouvelable par habitant qu’aux États-Unis. Le Québec n’utilise que 0,5% de son eau douce renouvelable disponible, comparativement à 18,9% aux États-Unis. Une utilisation adéquate de ces ressources renouvelables n’aurait pas d’impact sur la réserve d’eau du Québec.

Différents scénarios d’exportation d’eau font apparaître des possibilités de revenus beaucoup plus importants que ceux provenant de l’exportation d’énergie. Si le Québec exportait 10% de ses 1000 milliards de m3 d’eau douce renouvelable par an à un prix égal au coût actuel de dessalement de l’eau de mer, soit 0,65 $/m3, et si le gouvernement percevait 10% de cette somme en redevances, cela générerait des revenus de 6,5 milliards $ par an pour le gouvernement, soit 5 fois plus que le dividende versé par Hydro-Québec.

Or, pour l’instant, nous laissons plutôt les multinationales américaines venir pomper notre eau, et ce, tout à fait gratuitement.

Il faut aussi comprendre que cette eau, pour être salubre, a besoin d’un écosystème environnant sain. Or, plusieurs lacs au Québec ont des problèmes d’algues bleues. Ces algues sont créées entre autres, par les coupes sauvages de l’industrie forestières, avec la bénédiction de notre ministère de la déforestation, comme vous avez pu le constater dans mon récent billet Comment détruire une forêt millénaire et un site de villégiature avec un coup de crayon. Le seul tableau de coupes qui y est présenté, traversera et touchera directement 8 lacs et plus d’une dizaine de rivières et ruisseaux affectant les bassins versants de très nombreux autres lacs et rivières. Et ce n’est là que l’une des nombreuses cartes de plans de coupes prévues. Mais on nous dit que ça cré des jobs et que c’est payant. Même si le Canada est encore sur les dents pour vendre le bois d’œuvre aux États-Unis à un prix décent.

Par ailleurs, le Québec a aussi une industrie minière. Comme vous le savez sans doute déjà, le prix des métaux et des énergies fossiles est à un bas historique. Il ne pourra que remonter et si nous n’y touchons pas pour quelques années, ces ressources ne disparaitront pas et risquent même d’augmenter de valeur très sensiblement. Il ne semble donc pas y avoir de besoins alarmants à exploiter ses ressources coûte que coûte, au moment d’écrire ces lignes.

Paradoxalement, s’il existe une course économique, c’est bien celle du numérique et de l’adaptation de l’économie et de la main-d’œuvre pour s’y adapter avant la compétition internationale. Cette course touche tous les secteurs économiques et tous les aspects de la société. Elle génèrera (et génère déjà) des dividendes astronomiques ou des pertes d’emplois et fermetures d’entreprises majeures, pour les sociétés qui ne seront pas assez rapides pour tirer leur épingle du jeu.

Étonnamment, le Canada et le Québec qui étaient leaders incontestés des télécommunications au tournant des années 2000 se sont virés vers les ressources naturelles sous Harper (avec les sables bitumineux) et Charest et Couillard (avec le Plan Nord). Récemment, notre premier ministre s’est engagé avec des investissements d’un peu plus de 51 milliards de dollars, pour ce fameux plan nord, visant justement à exploiter ces ressources naturelles. Pourtant, dans son dernier budget, notre bon premier ministre s’est engagé à investir un GROS 160 millions de dollars sur 5 ans, pour aider le virage numérique. Il a même nommé une ministre responsable d’une stratégie numérique. C’est dire tout le sérieux qu’il met à ce tournant majeur de l’histoire économique mondiale.

Finalement, il y a trois ans je vous parlais dans le billet Internet, un impact économique plus important que l’agriculture ou l’énergie, de cette autre réalité économique qui semble absente dans les actions et le discours de nos gouvernements. Ça m’a donné l’idée de faire l’exercice de comparer les chiffres actuels pour le Québec, des mines, des forêts et des TIC (technologie de l’information et des communications). Mais il vous faut comprendre que les chiffres des mines incluent aussi les industries de transformation des minéraux et des métaux, que ceux des forêts incluent aussi les industries du papier et de la fabrication de produit de bois (comme les meubles) et que les TIC n’incluent pas le chiffre des impacts financiers de celles-ci sur tous les autres secteurs économiques. Pourtant, à la lecture de ce tableau, comme moi vous vous demanderez sans doute pourquoi

  • il n’y a pas de ministère du numérique,
    Il n’y a pas de vision et de stratégies
    Il n’y a pas de données spécifiques à ce secteur
    Il n’y a pas d’investissements à la hauteur de l’impact économique actuel de ce secteur comparativement à ce qu’on fait pour des industries issues du 19e siècle?
  • Regardez bien ces chiffres et jugez du ridicule de l’approche économique de notre gouvernement par vous même…

    Tableau-comparatif-mines-forets-TIC

    Une autre observation qui nous vient du document Feuille de route en économie numérique (PDF, 2015)

    Entre 2010 et 2013, les exportations internationales du secteur des TIC du Québec sont passées de 4,3 G$ à 5,4 G$, ce qui représente un taux de croissance annuel moyen de 7,3 % 

    La piètre qualité des services internet québécois nuit aux exportations

    J’ai passé les dernières semaines en région. Non je n’étais pas à Kujuak, mais ça aurait certainement été mieux puisqu’étonnamment, le Grand Nord aura des services internet de meilleure qualité que les régions mitoyennes aux grands centres. Toujours est-il que j’ai rencontré ou travaillé avec des hôteliers, des manufacturiers, des producteurs laitier et fromager émérites, des détaillants ou des pourvoiries de l’Estrie, des Laurentides ou de Lanaudière. Tous, sans exception, ont de méchants problèmes de connectivité internet. Tous paient très cher pour un service médiocre. Tous veulent vendre en ligne, mais ne peuvent que très difficilement le faire. Le réseau internet est trop poche.

    Ce matin j’étais avec un entrepreneur touristique dont le marché principal est en France. C’est le propriétaire d’une pourvoirie haut de gamme. Ces clients, majoritairement français, achètent ses services depuis son site qui est hébergé en France. Mais pour se brancher à celui-ci depuis ses installations de Ferme-Neuve, c’est l’enfer. Heureusement qu’il y a encore le téléphone, des grossistes et des transporteurs aériens qui peuvent temporiser son manque de connexion Internet et parler et vendre à ses clients à sa place. Tout comme moi qui ne suis qu’à 100km de Montréal, le seul fournisseur disponible est le fameux Xplornet … du Nouveau-Brunswick. L’Internet Satellite à soi-disant 10MBPS pour un prix de fou. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est l’internet avec les petites criss de soucoupes sur le toit des habitations ou dans des poteaux (prononcer pôto puisque je viens de Québec :-) ) comme celui que je me suis fait installé pour la modique somme de 500 $. C’était ça ou je devais faire couper une dizaine de pins centenaires pour avoir un signal. Toujours est-il que lorsque ça marche, c’est poche et s’il neige, grêle ou s’il pleut trop fort, plus de signal du tout. D’ailleurs, je me suis patenté un balai télescopique de 16,5 pieds strictement pour enlever la neige qui se dépose sur cette soucoupe. Je suis chanceuse, ça pourrait être sur le toit et là, monter sur le toit à chaque fois qu’il neige juste pour pouvoir profiter d’un signal minable, ce n’est pas le Pérou (qui eux par contre, jouissent d’un service internet même dans les coins les plus reculés).

    Nous discutions de ce problème majeur et il me disait que lorsque les Touristes Français débarquent et qu’ils sont plus que deux à vouloir se servir d’internet pour raconter à leur pote d’outre-Atlantique à quel point leur voyage est extraordinaire, et ainsi les inciter à venir faire un tour eux aussi, 5MBPS divisé entre 10 personnes, oubliez ça. Votre page Facebook ne s’affiche même pas. Vous pouvez toujours envoyer un courriel qui prendra 10 minutes à s’envoyer si vous n’y ajoutez pas une seule photo. Skype, Facebook messenger, Facetime, instagram et autre, impossibles. Je lui disais qu’il pourrait toujours s’installer une dizaine de soucoupe et de modems avec la dizaine de comptes pour chacun d’eux, mais on parle ici de plusieurs milliers de dollars par mois pour un service par usager pire que la basse vitesse à Montréal. C’est, disons, surréaliste.

    Lorsque je parle à des détaillants, je leur explique qu’il faut que leur site soit « responsive », c’est-à-dire qu’il s’adapte aux écrans mobiles. Mais ils ne le feront pas pour leurs clients qui ont des connexions sans fil déficientes dans leur coin. Ils le feront juste pour ne pas être pénalisés par Google et son algorithme de classement des sites web. Je parle aussi à une dame propriétaire d’une entreprise manufacturière qui vend à la grandeur de l’Amérique. Elle le fait au téléphone. Elle a bien un site web, mais pour le transactionnel, faut oublier ça. Elle ne pourrait que très difficilement recevoir ses commandes. Elle pourrait par contre s’ouvrir un bureau à Montréal, strictement pour prendre ses commandes internet et se les transférer par fax en Estrie. C’est bien beau de dire aux entrepreneurs qu’ils se doivent d’être en ligne, qu’en Chine 8 millions d’entreprises vendent en ligne dans 120 pays, ici au Québec, si on n’est pas à Montréal, Québec, Sherbrooke, Gatineau ou Trois-Rivière, juste à 20 km de ces villes, c’est le Nouveau-Brunswick notre seul fournisseur* (Xplornet) avec un service qui ferait faire une dépression à un entrepreneur Chinois ou Péruvien…

    *Note: Chez moi, Bell Canada est aussi disponible avec son Turbo Hub 3G (Internet sur ondes cellulaires) mais les prix sont si prohibitifs pour la bande passante, qu’en contexte d’affaires, ça en devient d’un ridicule à peine consommé… Et faut-il que les ondes cellulaires se rendent, ce qui très souvent n’est pas le cas. Chez moi, j’ai dû ajouter un « booster » (de modèle ZBoost) de signal cellulaire, juste pour recevoir un signal correct…

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