Conte urbain: « Moé c’est ça Noël » qui sera joué à La Licorne en décembre

Pin It

C’est la copine, cliente et metteure en scène des 20e Contes urbains Brigitte Poupart, qui m’a demandé il y a quelque mois, d’écrire et de jouer l’un des contes, qui sera présenté du 2 au 20 décembre au Théâtre La Licorne. C’est une production du Théâtre Urbi et Orbi. Comme j’aime le risque (quoique je ne savais vraiment pas dans quoi je m’embarquais et que maintenant j’ai la trouille), j’ai accepté d’emblée.

« Croyez-moi ! Le secret pour récolter la plus grande fécondité, la plus grande jouissance de l’existence, consiste à vivre dangereusement ! »
de Friedrich Nietzsche

Théâtre La Licorne - Contes Urbains
Moé c’est ça Noël

DEBOUT

(Voix Hors-champ) AVERTISSEMENT : Les personnages de ce conte ne représentent personne en particulier et toute ressemblance avec des gens vivant réellement n’est que le fruit d’un très gros méchant hasard que personne ne pouvait imaginer. Mettons… Il était une fois

Ça commence bien un conte ça il était une fois.

PAUSE


Donc, il était une fois quelqu’un qui était en tabarnak. Mais vraiment en tabarnak. Noël c’est tellement une esti de période du tabarnak. Ce criss de Noël qui s’en vient encore. Cette maudite fête à marde. Cette période de l’année soi-disant pour les réjouissances. Allez donc chier avec le temps des fêtes. Que la dinde aille se faire fourrer de farce ailleurs.

ASSISE


Bon, quand même , quand même, il y a déjà eu des Noëls mémorables. Je me souviens de ma cousine Suzanne qui m’avait acheté une bonbonnière de chocolat au Noël de mes 6 ans. WOW, une bonbonnière de chocolat! Juste pour moi! Un cadeau de grand! Je me souviens aussi, lorsque j’étais ti-cul, de notre catalogue Distribution aux consommateurs. WOW. Je découpais les cadeaux dont je rêvais et je les collais dans un scrapbook spécialement pour le père Noël. Mais, ça arrivait des fois qu’il y avait un bon cadeau des deux côtés de la page. Mais j’avais de l’imagination et je découpais avec soin le plus gros des deux, je coloriais le bout qui dépasse de l’autre côté et je collais seulement un des côtés de l’image dans le scrapbook avec un warning « n’oubliez pas de tourner l’image il y a une autre idée cadeau de l’autre côté ».

Les photocopieuses n’existaient pas encore dans ce temps-là. D’ailleurs , on ne savait pas encore à quel point les photocopieuses seraient utiles dans le futur pour les partys de Noël.

Je me rappelle aussi ce Noël où j’ai reçu mon jeu de chimie à quatre panneaux, j’avais 11 ans. Je l’aimais TELLEMENT ce jeu de chimie! Ça m’a servi en secondaire 4 quand je distillais de l’alcool pendant les activités parascolaires.

J’ai déjà quand même aimé Noël, pis ça c’est à cause de ma mère. Ma mère aimait faire la cuisine bien avant que ce soit « trendy ». Une de ses chums mariées avec un chinois qui avait plusieurs restaurants lui avait montré tous les secrets de la vraie cuisine cantonaise. Je me souviens aussi de ce Noël chinois. Ma mère qui était fière de ses nouvelles connaissances s’était déguisée en geisha chinoise. Les geishas c’est Japonais, mais pour ma mère, fuck that, elle serait une geisha chinoise. Elle acheta de la musique chinoise, de l’encens chinois, des décorations chinoises, des lanternes chinoises et nous fit un festin chinois à tomber su’l cul pour le réveillon de Noël.

En plus ça se réchauffe bien les restants de chinois. Après une semaine de restants de chinois, on s’ennuie du pâté chinois, mais bon, une fois par année ça fait plaisir et ça fait du stock à raconter dans un conte urbain. Maudit que je l’aimais ma mère et que j’aimais sa passion à cuisiner, à inventer et à vivre pour nous ses enfants. Je l’ai aimé toute ma vie. Sauf une fois, OK je me sens cheap de dire ça. Surtout qu’elle avait le cancer généralisé, pis qu’il ne lui en restait pas beaucoup à vivre. N’empêche que de recevoir une buche de Noël pour ma fête qui est le premier janvier, je l’ai avalé de travers, pis il commençait à être pas mal sec à part ça. Disons que je comprends qu’elle n’avait plus la force de me faire un nouveau gâteau juste pour moi.

DEBOUT

D’ailleurs çà aussi ça me fait royalement chier. Avoir sa fête le jour de l’an. Yééééééééééé

Je suis née premier bébé de l’année en 1961. Ma face « sa » première page de tous les journaux. Mais aujourd’hui plus personne ne me reconnaît. Ma mère au eu 5 ans de couches en cadeau, pis d’autres cochonneries promotionnelles. Comme c’était des couches lavables, mes quatre autres frères et sœurs qui ont suivi ont tous porté mon cadeau de naissance. Le 1er janvier l’école est fermée. Personne de mes chums pour me dire bonne fête. Plus vieux, personne pour venir à mon party de fête. Ils étaient tous chez leur grand-mère. J’haïs ça les grand-mères. Encore plus vieux, ils ne pouvaient pas venir à ma fête parce qu’ils se remettaient de la brosse de la veille Et moi-même lorsque j’ai eu l’âge de prendre ma propre brosse, à minuit tout le monde était su’l party. Mais pas pour moi. Ils étaient su,l party pour le Nouvel An. Hey… bonne année! Ha oui. C’est vrai, c’est ta fête aussi? Bonne fête d’abord. Lorsqu’enfin quelqu’un pense à ma fête et m’offre un cadeau, il dit bon bin ça c’est pour ta fête ET pour Noël. S’il est prévoyant à Noël il me dit, ça c’est ton cadeau pour Noël ET pour ta fête. Tabarnak

Quand quelqu’un m’invite à son party de fête BBQ du 15 juillet, je lui réponds « va donc chier avec ta fête esti de fatiguant qui va recevoir plein de cadeaux et de chanson de bonne fête dehors, en gougoune, au gros soleil. Pis mange un gâteau de marde.

Bon j’étais où là déjà?

ASSISE


Ha oui, Noël pis le temps des fêtes ça me fait chier. Mais c’est tout de même récent.

J’ai grandi. À défaut d’être fêtée le jour de l’an, j’ai travaillé longtemps dans les bars. C’était une sorte de Noël du waiter. Maudit que c’était payant. Le monde sou à la Saint-Sylvestre, ça tip en sacréfice. J‘avais encore bin des « bonnes fêtes d’abord », mais avec un p’tit deux, ça passait pas mal mieux. Dire que les deux en papier ça n’existe plus non plus. J’aimais bin ça les deux en papier.

Pis un jour, à 33 ans, je suis tombée en amour. J’ai rencontré ma Bibitte Électrique. Ça c’est son nom d’amour que je lui donne pour la protéger des cons qui me veulent du mal. Des fois lorsqu’elle est vraiment, mais vraiment touchante, ou sexy, ou bin bin fine, je l’appelle Bibitos Sanctos. Sainte Bibitte.

Bibitte avait déjà un fils. Lorsque je l’ai rencontré la première fois, j’ai pogné mon buzz. J’imaginais un petit maigrichon intellectuel à lunette. Ho que boy que je m’étais trompé. La première fois que je suis allée chez elle, il m’ouvre la porte et me dit bonjour avec sa grosse voix. Ce n’était pas un petit ado, c’était un homme. J’ai demandé si j’étais bien à la bonne place. Bin oui. C’était là. Je suis entrée et on est devenu des chums. Drette ce soir-là.

Deux ans plus tard, on emménage ensemble, Bibitte, son fils et moi. Toute la petite famille recomposée. Puis, la mère de Bibitte et la mienne décèdent.

CIGARETTE


La mort de ma mère, je n’oublierai jamais ça. Je voulais lui faire un dernier cadeau avant son départ. Mais qu’est-ce qu’on donne à quelqu’un qui va crever? J’ai passé sa dernière soirée avec elle et toute la journée je me torturais à trouver quel dernier plaisir je pourrais lui faire. Je ne trouvais pas. Puis il y avait un plat de fruit avec des fleurs sur la commode de l’hôpital. Mais elle ne pouvait même plus manger. J’ai pensé à couper une orange en deux et lui foutre sous le nez. Comme elle était sur la morphine, elle se met à halluciner de bonheur. Je suis aux îles Canari, ça sent les fruits exotiques, les fleurs, j’entends la mer, il fait chaud, je suis bien. Mettons que j’étais un petit peu émue. Le lendemain matin, je lui tenais la main lors de son dernier souffle. Je n’oublierai jamais le frisson qui m’a traversé le corps lorsqu’elle est partie. C’est comme si elle me faisait une dernière caresse en s’en allant.

Ouf…

Pourquoi je vous parle de ça? Bin, c’est parce qu’elle est morte juste après le temps des fêtes. Le plus ironique est que son dernier cadeau était l’odeur d’une orange et que j’ai passé mon enfance à entendre ses histoires que lorsqu’elle était petite, ils étaient si pauvre qu’à Noël, ils ne recevaient qu’une orange dans un bas de laine avec des bonbons durs.
Pis on parle beaucoup du Père Noël, le Père Noël par ça, la parade du Père Noël, mais c’est les mamans qui font tout. Ce sont les fées des glaces qui se tapent la job. Sans fée des glaces, les réveillons sont plutôt drabes. Ce sont des Noëls en canne ou en produit congelé ou pire encore, au restaurant.

C’est ce qu’on vit avec le beau-père qui passe l’hiver en Floride. Donc en novembre, on se fait un Noël de la belle famille. C’est-à-dire qu’on se fait un souper dans un resto et le beau-père donne ses enveloppes de cash. C’est un Noël qui ressemble à un souper de chambre de commerce. On est habillé propre, on prend un verre et on discute de la météo et de sujets bin artificiels et insignifiants.

Après la mort de ma mère, j’ai décidé de faire le Noël de ma famille avec ma Bibitte. Un an sur deux, on recevra tout le monde de mon bord et notre fils. L’autre année ce sera pas mal plus mollo parce que mes sœurs iront chez leurs belles familles. Pour continuer les traditions de ma mère, on fait un méchant festin. Il y a tellement de bouffe et de boisson que nous pourrions être 60. On est plutôt une vingtaine. Puis plus tard, mes sœurs ont des enfants. Puis je tombe en amour avec mes neveux et nièces. Je les ai tellement aimés ces enfants-là. Quand je pense à eux, j’ai des images de grenouilles, de cerf-volant, de baignade, de fou rire, de bonbons et de Haagen-Dasz.

Comme je me souviens de mon immense bonheur d’avoir reçu une bonbonnière lorsque j’étais enfant, je propose à Bibitte l’idée qu’on fasse à chaque enfant une assiette de bonbons. Ça commence par une face de père Noël. L’année suivante la face grossit jusqu’à ce qu’elle devienne une maison. Finalement, c’est plutôt une ferme avec la clôture, l’étang et le chemin, puis un village pour chaque enfant que nous confectionnons chaque année et chaque année, le village grossit. Ça nous prend 3 jours à faire ces maisons et je trouve énormément de joie à les faire et à voir les yeux des enfants lorsqu’ils les reçoivent. C’est le moment fort de mes Noëls bisannuels. Pour les bouffes, nous nous efforçons de trouver ce qu’il y a de mieux. Il faut continuer la tradition de ma mère et la marche est haute.

Puis un peu avant Noël, y a une fée Carabosse qui débarque. Vous savez celle qui se promène dans votre petite tête à partir de l’hypophyse? Vous la voyez jamais, mais c’est elle qui décide en maudit « car à boss ». La fée Carabosse elle avait un méchant meeting avec moi. Elle me dit, tu te souviens, lorsque tu avais 3 ans et que tu pensais que t’étais une fille? Tu m’avais suppliée de t’aider à être ce que tu es vraiment? Bin cou donc, je ne suis pas vite, vite et 44 ans plus tard, ton souhait est exaucé. Tu seras une fille, heu bon une femme,. Ça va se faire dans les prochaines années et c’est ça ou tu seras en dépression le reste de ta vie. Là il y a comme un grand silence puis elle part à rire comme une malade et elle fou le camp.

Ayoye, que je me suis dit. Je vais changer de sexe! Ça ou la dépression. Et ça ne va déjà pas trop bien durant le temps des fêtes … s’il faut en plus que je sois sur la dep le reste de mes jours, aussi bien plonger. Je l’annonce à ma chérie et avec son amour incroyable, et sans doute un P’tipeu aussi parce que je suis hot, elle décide de m’accompagner. Je commence donc à changer de sexe et je l’annonce à ma famille. La réception est vraiment frette, tellement frette qu’une de mes sœurs m’a dit qu’elle aurait préféré que je lui apprenne que j’étais mort. Je suis donc morte pour elle et le reste de ma famille. Ils m’ont flushé de leur vie et de celle de mes neveux et nièces que j’adorais. Pus de Noël familial. Barré, flushé, fuck you, No way rosé, Adios amigos, Nieeeet.

Tant pis pour eux, Bibitte et moi on est allé fêter aux Îles-Turquoises. Que c’était une belle période des fêtes. Avec plein de gens qu’on ne connaissait pas et qui étaient très sympathiques. C’est drôle à dire, mais fêter, manger et boire comme des rois avec des gens qu’on ne connait pas, c’est cool et il n’y a jamais de drame! Le champagne coulait à flot puis sorti de nulle part, Bibitte se met à genoux et me demande de l’épouser. Je lui ai dit, bon tu en profites parce que je suis chaude? Par faiblesse (et par amour aussi sans doute) je lui dis oui avec mon plus beau sourire et les yeux humides (c’était à cause de la boucane de la machine à fumée du DJ). Ça fait déjà sept ans que ma famille m’a flushée et que je devrais avoir crissé ma blonde là et que je suis partie faire le tour de la planète de whatever.

Puis les années ont passé . Puis notre fils nous annonce qu’il serait papa.

DEBOUT


Ho que boy! Je serai grand-mère! Mon cœur ne fait qu’un tour!

Je pourrais enfin refaire un village de bonbon. Que dis-je, plutôt une ville, une capitale, une métropole de bonbon. Au lieu de passer trois jours à faire ma métropole, j’y passerai trois semaines. Pis fuck le père Noël. Ce sera un Spiderman de Noël. Faut comprendre ici Minerman parce que mon petit chéri appelle Spiderman Minerman. Même que son père tente de lui faire dire SSSSSSSSpiderman et il répète SSSSSSSMinerman. Je ferai même du homard au gingembre cantonais et des yet ca mein aux fruits de mer en mémoire de ma défunte maman. Il y aura de la bouffe pour 300 personnes. Je ferai des décorations sur ma maison, sur mon terrain, sur mes arbres, sur mon lac avec une piste d’atterrissage pour le traineau du Minerman. Je tenterai même de pogner une couple de chevreuils pour en faire des reines. Pis pour ma fête? Pas grave, je me soulerai avec un vieux deux en papier à côté de mon verre, en chérissant mes souvenirs de la nuit de Sminerman. Je suis maintenant si heureuse. Vive le temps des super héros…

Pis pour ceux qui n’aimeraient pas mon concept du temps des super héros y préférant le temps des fêtes avec le petit Jésus et le père Noël, moi je suis pour la diversité. Je vous rappellerai d’ailleurs que Jésus lui-même avait deux papas, trois parrains et que Marie était la mère porteuse du St-Esprit. Pis le Père Noël, j’ai des doutes sur le fait qu’il aime peut-être trop les petits enfants. Donc moi je vote pour la diversité, pour le temps des super héros avec Sminerman qui sera le boss des Captain America, Hulk, Bernard l’ours, Bob l’éponge et autres gentils personnages. Et je n’oublie pas la fée des glaces. Bibitte et moi serons les deux fées des bonbons, des biscuits, des gâteaux et des Haagen Dasz.

EN QUITTANT LA SCÈNE


Ha oui, la fin!

Elles vécurent heureuses et n’urent qu’un petit-fils. Mais maudit qu’il fut aimé, gâté, pourri et souriant à la vie et à la différence.

6 commentaires

Conférence Ressources humaines et médias sociaux, l’importance d’une politique médias sociaux

Pin It

Demain j’aurai le plaisir d’être à Victoriaville à titre de conférencière pour discuter du sujet Médias sociaux et relations de travail, les trois côtés de la médaille. C’est la Chambre de commerce et d’industrie des Bois-Francs et de l’Érable (CCIBFE) qui organise son 4e colloque « RH 3.0 : Destination innovation » », rendu possible grâce à la participation d’Emploi-Québec.

Comme c’est mon habitude, retrouvez plus bas le PPT de ma conférence et je vous invite aussi à relire mon billet Médias sociaux et relations de travail, les trois côtés de la médaille.

1 commentaire

Tous les hommes ne sont pas des violeurs, mais plusieurs sont des salauds inconscients

Pin It

Il existe des synchronicités troublantes dans la vie. Depuis quelques mois, je travaille sur une revue de la littérature « cyberagression sexuelle » pour les CALACS francophones d’Ottawa et depuis deux semaines, c’est le hashtag #AgressionNonDenoncee qui fait la manchette. Je suis aussi aux prises avec des dossiers criminels en cours dont je suis la victime. Quel mois de novembre!

J’ai déjà été un homme. J’étais très viril. Trop même. Je luttais désespérément contre moi-même et j’en faisais trop. Je me souviens de mon adolescence. J’ai en mémoire ces nombreuses blagues machos et misogynes qui venaient avec l’époque, et sans doute ma personnalité. Souvent, on est sexiste, raciste, homophobe, sans se savoir l’être et sans le réaliser. Si jamais quelqu’un nous le faisait remarquer, c’est avec la plus vive fougue qu’on protestera (lisez le dernier Foglia pour vous en convaincre) C’est vrai pour les inconscients. Pour les conscients eux, ils en seront fiers et admettront volontiers être sexiste, raciste ou homophobe.

Je me souviens de Saïd, mon pote marocain avec qui j’ai fait de très nombreux travaux universitaires, que j’avais invité dans ma famille à Noël et qui m’impressionnait par l’imposante mosaïque de citations de philosophe qui garnissait les murs de sa chambre d’étudiant. Un jour je lui dis, Saïd, t’es vraiment un criss de bon gars pour un Marocain. Ce n’est que quelques années plus tard, alors que je me trouvais à vivre à Vancouver et qu’un coloc anglophone me dit « You’re such a good guy for a Quebecer » que j’ai enfin réalisé le racisme inconscient que j’avais en moi-même. Ça m’a ouvert les yeux… et le cœur. Saïd étant justement une si bonne personne, ne m’en parla jamais. Mais je comprenais maintenant ce qu’était « être l’autre ». Ce que ça faisait de se faire dire « parmi toute ta gang, toi je te trouve correct » en sous-entendant inconsciemment que le reste de la gang ne valait pas cher.

Je me souviens aussi de cette blague, que je répétais à qui mieux mieux et que je trouvais très philosophique.

- Si une femme dit non, ça veut dire peut-être, si elle dit peut-être, ça veut dire oui, mais si elle dit oui, méfie-toi en.

Ne dit-on pas d’ailleurs que la vente commence lorsque le client dit non?

Aujourd’hui, avec le recul et ayant traversé le miroir, je ne la trouve vraiment plus drôle. Comme pour mon copain Saïd, je me rends maintenant compte de mon sexisme inconscient. Je me rends aussi compte de mon homophobie inconsciente et de comment moi-même, dans mon insécurité de faux viril, je faisais des blagues de fif.

J’ai aussi été durant des années dans des groupes d’hommes, mouvement initié à l’époque par Guy Corneau. J’en ai entendu des histoires d’hommes. J’en ai vu pleurer des mecs. Des vrais. Mais je sais aussi qu’une fois la porte des meetings traversée, ils redevenaient ces façades de virilités sans émotion.

Je me souviens aussi de mes cours d’anthropologie et de l’importance des rites de passage pour les hommes en particulier. C’était le moment durant lequel un enfant devenait un homme (ou pas et dans certaines cultures, de ne pas devenir un homme et d’être dans le 3e sexe ce n’était vraiment pas un drame). Les femmes elles, au contraire, savent être des femmes dans leur corps même. Elles ont d’abord des menstruations et chaque mois de leur vie, elles auront cette horloge biologique qui leur rappellera inéluctablement qu’elles sont des femmes. Les hommes n’ont rien de ça. Ils ne seront hommes que dans les yeux des autres, au moment d’un rite de passage structuré socialement, ou dans des rites de passage qu’ils s’inventeront (comme les gangs de rues par exemple). Puis ils passeront leur vie à se questionner sur leur propre mâlitude.

Parmi les nombreux rites de passage des sociétés dites primitives, il y a de toute évidence ceux de la vie et de la mort. Les femmes s’occupent de la naissance, et ce sont très généralement les hommes qui s’occupent de la mort.

Ce sont aussi les hommes qui garnissent très majoritairement nos prisons et nos asiles et nos morgues, une fois qu’ils se sont suicidés. Il y a très certainement un profond malaise masculin. Nous avons un ministère de la condition féminine, mais il serait peut-être judicieux d’en avoir maintenant un pour la condition masculine.

Je crois que les violents, les violeurs, les meurtriers, les sexistes, les racistes et les homophobes, sont avant tout des êtres malades et inconscients. Leurs victimes sont extrêmement nombreuses. On se doit de toute évidence de protéger et de défendre les victimes. Mais comme société, on se devrait certainement aussi de s’intéresser aux maux du mâle.

MAJ

Pour en ajouter une couche, le fascinant article Ce qu’un shaman voit dans un hôpital psychiatrique

Un des cadeaux qu’un shaman peut apporter au monde occidental est d’aider les gens à redécouvrir les rituels, une chose qui est tristement absente dans l’occident. « L’abandon du rituel peut être dévastateur. Du point de vue spirituel, le rituel est inévitable et nécessaire si l’on veut vivre », le Dr Somé écrit dans son livre Ritual: Power, Healing, and Community (des rituels communautaires de guérison). « C’est un euphémisme de dire que les rituels sont nécessaires dans le monde industrialisé. Nous avons vu chez mon peuple qu’il est probablement impossible de vivre une vie saine sans les rituels ».
(…)

Un autre rituel concerne l’initiation. Dans les cultures autochtones à travers le monde, les jeunes sont initiés à l’âge adulte quand ils atteignent un certain âge. L’absence de cette initiation dans l’Occident fait partie de la crise que les gens traversent ici, dit le Dr Somé. Il encourage aussi les communautés à réunir « les idées créatives des personnes qui ont eu ce genre d’expérience dans le but d’arriver à créer une sorte de rituel alternatif qui permettrait au moins de commencer à faire une brèche dans ce genre de crise ».

Son livre Ritual: Power, Healing and Community

4 commentaires

Conférence Les médias sociaux dans le monde des affaires en 2014

Pin It

Mardi prochain, le 28 octobre, je serai conférencière lors des Rendez-vous du commerce de Sherbrooke, journée organisée par Commerce Sherbrooke. L’événement affiche déjà complet depuis un bon bout de temps, mais comme c’est mon habitude, vous pouvez jeter un coup d’œil à ma présentation PowerPoint ou encore visionner la pudicité télévisuelle de l’événement dans laquelle je m’éclate à inciter les gens d’affaires à se diguidiner avec le commerce électronique et les médias sociaux. Ce sera assurément une partie de plaisir à échanger et à partager mes connaissances avec les entrepreneurs de la région de Sherbrooke.

C’est triste pour les nombreuses personnes qui voulaient venir à cet événement et qui ne se sont pris assez rapidement pour réserver leur place, mais en même temps, ça devrait inciter d’autres organisations à retenir mes services de conférencière commerce électronique et médias sociaux à Sherbrooke ou ailleurs puisque de toute évidence, la demande est là :-)

3 commentaires

Le grand vide et le trop-plein

Pin It

Pour la première fois de ma vie, l’hiver dernier j’ai senti une très forte pression sur ma poitrine, j’avais le vertige et je sentais le sol se dérober sous mes pieds. Je me suis étendue et j’ai appelé mon amour. Elle savait exactement ce que j’avais. Elle s’est collée sur moi et m’a réconfortée. Je vivais ma première crise d’angoisse. Quelques semaines plus tard, j’ai pleuré comme ça faisait une éternité que je ne l’avais fait. Je sentais ce grand vide tributaire d’un trop-plein.

Les mois passèrent, le travail et les diverses obligations me créant une distraction suffisante pour ne pas sentir ce grand vide. Mais ce vide il est visible ici dans ce blogue. De moins en moins de billets. Moi la grande missionnaire du blogue, je ne blogue plus assez. Ça me manque. Je m’étourdis avec les « j’aime », les retwitts et les chiffres fulgurants de mes abonnés. Je cueille cet amour virtuel d’inconnus alors que je ne vois plus ma famille immédiate depuis des années. Mais cet amour virtuel, il compense et panse cette plaie ouverte par ma différence. Il est lourd à porter aussi. Comme cette femme qui ne se pouvait plus de me rencontrer au supermarché. Elle tenait à se faire photographier avec moi alors que des larmes lui coulaient sur les joues. Moi qui sortais du bois, habillée comme la chienne à Jacques, pas maquillée, je me sentais comme la plante verte qui lui faisait du bien. Je ne voyais que trop ce miroir d’une allégorie qui lui appartenait et qu’elle projetait sur moi. J’avais un sentiment partagé de tristesse et de compréhension.

Ensuite j’ai des nouvelles d’un autre procès criminel pour lequel je devrai témoigner et dont je suis la victime de même que d’un autre dossier majeur qui est encore sous enquête. Je ressens une certaine joie. Celle de la personne qui se tient debout devant les vents et marée et qui contre toute attente, continue d’avancer, fière et digne.

Puis j’ai des troubles oculaires. Je vois double et par la suite je vois embrouillé. J’ai aussi une douleur lancinante partant de ma colonne vertébrale à l’un des nerfs me sortant du bas du dos. Je fais même mon premier voyage en ambulance. J’ai des symptômes que l’ont croit être un ICT. Après la rencontre d’une flopée de spécialistes m’ayant fait subir une batterie de tests, le diagnostic est formel. Je suis une stressée. Moi, la grande baba cool que pratiquement rien ne perturbe. Celle qui a un front de bœuf et qui se tient debout, je suis fragile. Mon cerveau ne le sait pas, mais mon corps ne cesse de me le dire. Je suis stressée et fatiguée.

J’en discute avec une psychologue spécialiste du stress post-traumatique, mais elle me dit ne pas pouvoir m’aider. C’est que les stress que je vis ne sont pas encore terminés. Peut-être ne le seront-ils jamais. Il n’est pas « post » mon traumatisme. Il est traumatique certes, mais je suis toujours en situation de stress et elle ne sait pas quoi faire avec ça. Ce stress de recevoir des menaces, de récolter régulièrement des insultes, de me faire poser ces mêmes sempiternelles questions intrusives et indiscrètes d’inconnus « qui veulent comprendre » et qui finissent par m’appeler monsieur dans des erreurs inconscientes et pas méchantes. Comme cette femme l’autre jour qui fait un détour spécialement pour venir me dire combien elle m’aime, qu’elle m’admire, qu’elle me trouve fantastique et qui me dit en s’en allant « ça m’a vraiment fait un grand plaisir de vous voir monsieur Blanc ».

Puis, sentant ce grand vide croulant sous le poids du trop-plein, je retourne pour une Nième fois en psychothérapie. Je dois apprendre à gérer un stress traumatique permanent, que je ne vois pas consciemment. Je sais objectivement qu’il est là. Mais j’ai toujours été une personne qui se lève de bonne humeur, je suis relax, je m’émerveille de choses simples et de beautés anecdotiques que m’offre la nature ou la vie. Je ne suis pas une femme compliquée. Ou plutôt si je le suis. Je ne le suis que trop.

Donc cette autre psy, qui se sent plus à l’aise à explorer avec moi la gestion de ce stress « hors des sentiers battus » m’aide à reprendre contact avec ces émotions que par mécanisme de défense, je refoule constamment en déviant la conversation par des blagues, des jeux de mots et autre étourderies qui me protègent de ressentir et de pleurer cette souffrance et même, ironiquement, cette joie qui régulièrement s’offrent à moi.

J’ai mes amours et mes passions. Je m’étourdis dans le travail. J’ai changé mon hamac d’endroit, pour qu’il soit plus « feng shui » (une blague ici pour ceux qui prendrait ça au sérieux). Je prends conscience que mon blogue me manque terriblement. Je navigue en ces eaux incertaines. Je m’entraine à ne plus écouter pour pouvoir enfin entendre. Entendre cette voix que j’ai trop longtemps étouffée. Celle qui pleure, qui rit, qui s’offusque et qui se réjouit. Celle qui envoie chier les trop nombreux esti de connards et qui embrasse la multitude d’âmes constructives qui se trouvent constamment sur mon chemin.

Je vous écris cela pour me forcer à prendre conscience qu’ici je suis chez moi. Que je le serai toujours et que de vous partager mes états d’âme, ça m’aide moi-même à les toucher et à les vivre enfin…

23 commentaires

Le discours numérique historique de Philippe Couillard et mon pétage de coche

Pin It

En fin de semaine se tenait Le Forum des idées pour le Québec. Il s’agissait d’une rencontre organisée par les collaborateurs du premier ministre du Québec pour discuter d’innovation et de numérique. C’était un forum réunissant des élus français, des chercheurs, des investisseurs de risque, des chefs d’entreprises, des geeks, des citoyens ordinaires, des libéraux, la majorité des ministres et le premier ministre lui-même qui a passé deux jours à prendre des notes et à écouter scrupuleusement tout (je dis bien tout) les conférenciers et panellistes présents. Déjà, j’étais surprise et ravie d’observer notre premier ministre ouvrir la discussion aux gens qui ne pensent pas comme lui et qui sont même d’allégeance politique différente. C’est clair qu’il s’inscrit dans cette mouvance politique qui fait de ses ennemis politique des collaborateurs. Nous n’avons qu’à songer à Obama qui nomme Kerry comme secrétaire d’État ou à Coderre qui utilise à bon escient Bergeron.

Comme monsieur Couillard le dit lui-même, nous ne serons de toute évidence pas d’accord sur certaines opinions politiques, mais nous pouvons travailler ensemble sur une foule d’autres enjeux (je paraphrase ici).

Depuis des années, je milite personnellement pour qu’enfin, nous puissions établir une stratégie numérique pour un Québec. Ça a débuté par une collaboration (bénévole) avec l’ex-ministre Henri-François Gautrin en 2004 pour son Rapport Gautrin tabletté plus rapidement qu’il n’eut été rédigé. Puis, suite à un commentaire de Patricia Tessier sur mon blogue, qui déboucha sur une lettre ouverte au premier ministre du Québec en 2008. Cette lettre fut signée par de très nombreux membres de Yulbiz. À l’époque on nous accusa de nous chercher un emploi et JAMAIS nous ne recevrons de réponse du premier ministre. Puis, lors de l’élection générale de 2012, j’eus la chance d’interviewer personnellement chacun des chefs de parti à propos du numérique. Ils me regardèrent tous comme une extraterrestre qui leur parle d’une réalité pas assez importante pour qu’ils se commettent hors des lieux communs. Finalement, douze autres passionnés du web et moi-même signions un rapport d’étonnement en 2012. Durant toutes ces années, de nombreux autres acteurs et joueurs du numérique claironnèrent aussi l’urgence d’agir sur le numérique. Je ne compte plus le nombre de cris d’alarme qui sont restés lettre morte. Strictement dans mon blogue, j’ai bien une centaine de billets là-dessus.

Il y a à peu près deux mois, je reçus un courriel puis un téléphone du pote Jean-François Gauthier, PDG de l’institut de gouvernance numérique, me demandant de reprendre encore une fois mon bâton de pèlerin pour venir sonner les cloches numériques (bénévolement) à ce fameux Forum. Je me disais donc, bon un dernier coup de barre avant de jeter définitivement la serviette. Après tout, le PM devrait être là en personne. Puis je devais être panelliste et agir comme faire-valoir des conférenciers français. Mais nous étions les derniers de la journée à passer, il manquait de temps et nous ne pourrions pas faire de réel débat. On me donnerait quelques minutes pour faire un « statement ». Voici donc ce statement improvisé, devant le premier ministre du Québec. J’étais nerveuse (ce qui m’arrive rarement) et comme je le mentionne, je n’ai pas dormi de la nuit à songer à l’importance de cette prise de parole et de ces deux jours de réflexion pour l’avenir numérique du Québec. Vous excuserez donc la forme (ou vous l’apprécierez), mais vous aimerez sans doute le fond de mon propos et ma passion qui semble évidente. Je vous suggère d’utiliser vos écouteurs pour le visionnement puisque le son n’est pas extraordinaire.

Le discours historique de monsieur Philippe Couillard

Juste avant le discours de clôture de monsieur Philippe Couillard, le pote Sylvain Carle présentait son point de vue avec une acuité et un humour qui toucha le premier ministre. Il y reviendra plusieurs fois lors de son allocution. Sylvain parla entre autres de son fameux plan nerd avec une tournure de phrase extrêmement marketing. Il y dit en gros que c’est bien beau le plan nord, mais ça utilise des ressources naturelles non renouvelables qui prennent de la valeur avec le temps, tandis que le plan nerd lui utilise de la matière grise renouvelable :-)

Finalement, après avoir porté avec de très nombreux autres passionnés du web (que je remercie très chaleureusement ici pour leur dévouement) l’idée d’un plan numérique pour le Québec, je suis plus qu’enthousiaste QU’ENFIN QUELQU’UN NOUS AI ÉCOUTER et qu’il fasse sienne l’idée d’une stratégie numérique globale pour le Québec. Je suis optimiste quant à l’avenir du dit plan et j’en serai sa plus vive critique, dans un esprit constructif. Je comprends le scepticisme de plusieurs, mais je crois que c’est le moment d’être positif et de vous aussi mettre l’épaule à la roue pour ce but commun. Il sera toujours temps de bitcher une fois que le plan sera connu.

Voici donc ce speech que je considère mémorable et qui est peut-être le moment marquant de notre prochaine révolution tranquille qui se voudra numérique…

À propos de la nationalisation des services numérique

La corrélation entre l’électricité et le numérique pour le développement économique du Québec de demain

6 commentaires

Qui devrait créer les contenus médias sociaux dans l’organisation?

Pin It

Comme je l’ai déjà mentionné, de plus en plus d’organisations confient la gestion et la création de contenus au département de relation publique, au détriment de la fonction marketing. J’avais d’ailleurs déjà eu cette discussion avec Steve Rubel. L’explication est sans doute que les gens de marketing ont le réflexe de dire et que celui des gens de RP d’écouter, ce qui est plus en ligne avec la nature conversationnelle des médias sociaux. Mais qu’en est-il des autres « fonctions traditionnelles des organisations »? C’est la question que je me suis faite posé à brûle-pourpoint hier et je suis plutôt fière de ma réponse.

J’étais avec une très grosse organisation gouvernementale à discuter de l’implantation des médias sociaux. J’expliquais que chacune des directions (et les spécialistes de ces directions) devrait aussi créer du contenu pour alimenter la présence web de l’organisation. L’une des gestionnaires du département de communication me dit « mais comment répondre aux directeurs des autres départements lorsqu’ils me diront ce n’est pas notre job de faire des communications »?

Je lui répondis : vous leur demanderez s’ils gèrent un budget, s’ils gèrent du personnel et s’ils font des achats. La réponse est de toute évidence oui. Pourtant vous avez un département de comptabilité, d’approvisionnement et de ressources humaines. Pourquoi voient-ils ces tâches comme allant de soi tandis que la communication se devrait elle d’être complètement centralisée? De pus, il est aussi évident que ça devra faire partie de leur description de tâche et ils font déjà, sur une base régulière, de la création de contenu spécifique à leur département et pour leurs clients internes et externes. Ils n’ont juste pas développé le réflexe de croire que cette somme d’information pouvait avoir un intérêt à être en ligne. Ce n’est donc pas tellement la création de nouveau contenu que l’identification de la pertinence des contenus déjà créés et le partage de ceux-ci. Par ailleurs, tout comme le département de la comptabilité est le tributaire ultime des budgets de chacun des gestionnaires, vous serez le tributaire ultime de chacune des communications. Mais les gestionnaires devront tous mettre l’épaule à la roue.

Ma cliente était enchantée de la réponse qu’elle se fera un plaisir à répéter à ses collègues des autres départements.

Je dois vous mentionner en terminant que cette réponse implique une prémisse de base qui est essentielle. Ça ne se fera que si au départ du mandat d’implantation des médias sociaux dans l’organisation, la très haute direction est impliqué et a donné son aval. Un dossier descend toujours mieux qu’il ne monte dans les organisations…

Ça sous-entend de surcroit qu’il faudra aussi gérer le changement. Les membres de la plupart des organisations n’aiment pas le changement y préférant la plupart du temps, le statu quo.

4 commentaires

Le suffixe .Quebec et les autres nouveaux TLD, méchant casse-tête en vue

Pin It

Sur Twitter on me demande ce que je pense du nouveau suffixe .Quebec qui sera disponible dès novembre.

Que pense les experts du web/MRK du .quebec? cc: @mcducas @MichelleBlanc @LucDupont @guillaumebrunet http://cnw.ca/Bx5br
https://twitter.com/C_Croteau/status/502455364059947010

Ma réponse fut courte et assez directe

@C_Croteau @mcducas @LucDupont @guillaumebrunet d’une inutilité qui sera très dispendieuse pour les brands
https://twitter.com/MichelleBlanc/status/502473978192343040

Permettez-moi de développer un peu plus ici.

Ce n’est pas la première fois que l’ICANN autorise de nouveaux Domaines de premier niveau (TLD Top-level Domain) ou plutôt de GTLD (Generic Top Level Domain) dans ce cas-ci. À chacune des nouvelles apparitions de TLD ou gTLD, on me demande ce que je pense des ces ajouts. C’est toujours un peu la même histoire. Tout d’abord avec l’explosion du nombre de sites internet sur le web, il était évident qu’il fallait ajouter des TLD. Ce n’est cependant plus le cas depuis belle lurette. Les ajouts de nouveaux gTLD ne servent maintenant plus qu’à enrichir les vendeurs de noms de domaine et l’ICANN et à complexifier la tâche des marques qui doivent acheter à fort prix une multiplicité de TLD et de gTLD pour protéger leur propriété intellectuelle pour très peu ou plutôt aucun avantage additionnel. Moi qui ne suis qu’une très petite marque, déjà je reçois de multiples demandes de domaineurs qui veulent faire une piastre avec les différentes déclinaisons de Michelleblanc.com et Analyweb.com comme AnalywebS.com Analyweb.cn, .fr, et toute les déclinaisons de TLD ou d’épellations possibles de mes marques. Imaginez maintenant ces déclinaisons d’épellations associées aux gTLD comme .travel, .name ou .biz. Maintenant, ajoutez à ça les NewgTLD qui sont déjà autorisés (vous en avez déjà plus de 300 (PDF)) comme .Quebec, vous vous retrouvez avec un capharnaüm d’adresses internet à enregistrer et à surveiller. Les seuls qui seront réellement heureux de cette situation sont les registraires de nom de domaines, les escrocs qui feront du cybersquattage avec la propriété intellectuelle des autres et les avocats et les consultantes comme moi qui aideront les clients à ne pas se faire arnaquer par cette nouvelle tour de Babel…

Finalement, on ne sait toujours pas comment les engins de recherche réagiront face à cette avalanche de nouveaux gTLD et comment les sites qui en seront affublés se positionneront dans les résultats des engins de recherches. Encore un autre casse-tête additionnel à monitorer…

MAJ
Pour ajouter au mal de tête et en plus des 300 nouveaux gTLD qui seront bientôt ajoutés, visualisez sur une page les TLD de pays et les gTLD qui existent déjà, chez IANA (Internet Assigned Number Authority).

4 commentaires

Les affaires sont les affaires, sauf que…

Pin It

Lorsque je voulais faire de la pizza avec une pâte cuite à la perfection, j’ai trouvé L’INVENTION révolutionnaire qui a finalement réussi à la cuire comme je le voulais. Il s’agit de la Baking Steel. J’ai trouvé ce site sur Google avec je ne me souviens plus quelle requête. Depuis, je ne jure que par elle et chaque fois que je fais une pizza, je suis fière d’en parler à mes convives et à mes amis.

J’expérimente et je raffine tranquillement mon art de pizzawoman et je partage avec fierté mes créations.

Pizza avec tomates herbes roquette de mon jardin et mozzarella frais sopressata et champignons marinés

Cette photo de l’une de mes pizzas que j’ai partagée sur mes présences médias sociaux a eu des résultats d’interaction au-dessus de la moyenne. Comme les gens veulent savoir comment je l’ai réussi, je partage ma trouvaille de la Baking Steel et même dans ce billet, vous trouvez un hyperlien vers leur site web. Je ne connais personne chez cette entreprise, Ils ne me connaissent pas (encore) et pourtant, je leur fais une pub du tonnerre, simplement parce que j’aime beaucoup leur produit. De plus, leur site est affublé d’un blogue avec des recettes intéressantes. Ça aide à garder le contact et à sortir comme une balle dans Google, disons.

Cette semaine, je reçois le téléphone d’une cliente que j’apprécie beaucoup. Elle m’informe qu’elle quitte son emploi actuel pour une très grosse organisation dans un autre secteur d’activité. Elle me dit aussi qu’une fois bien installé, comme cette organisation est plutôt débutante en médias sociaux, elle se fera un plaisir de m’engager comme consultante pour effectuer le virage média social nécessaire chez son nouvel employeur. Comme mon mandat avec son organisation précédente continuera malgré son départ, ça me fera un nouveau client d’envergure pour qui travailler.

D’autres très hauts dirigeants avec qui j’ai travaillé et avec qui je travaille encore, m’ont parlé de leur mort prochaine, de la maladie ou de la mort de l’un de leurs proches, de problèmes psychologiques de leur enfant, de l’inefficacité de certains des membres de leur pelrsonnel ou de tout autre enjeux ou drames qui n’ont absolument rien à voir avec ma pratique. Je les écoute, les conseille, je partage mes réflexions et je suis attentive à leurs confidences.

Tous les exemples dont je vous parle dans ce billet sont des exemples de business qui dans le fond ont peu à voir avec la business et énormément à voir avec l’humain. Que ce soit pour un produit ou un service, l’humain et l’émotion arrivent rapidement dans le portrait. C’est aussi souvent ce qui fait la différence dans les choix futurs d’achat ou de renouvèlement ou d’octroi de mandat. C’est de l’intangible. Ça se mesure très difficilement. Ça va bien au-delà de ce qui est demandé ou de ce qui est requis et c’est pourtant l’un des ingrédients essentiels de la réussite en affaire. Ces mêmes dirigeants (dont je vous parle plus haut) blaguent souvent avec moi (j’ADORE taquiner), me demandent des nouvelles de ma chienne Charlotte, de mes rénos ou de tout autre sujet qui n’ont strictement rien à voir avec la business. Je fais exactement la même chose avec eux. Ça s’appelle « de la relation humaine » et ça fait aussi partie intégrante des mes lignes éditoriales médias sociaux. Quelqu’un qui est tout le temps sérieux est plate et quelqu’un qui déconne tout le temps est con. La conversation est un savant mélange d’infos pratiques, pertinentes et de déconnage et d’humanité. (Encore une petite mise au point ici pour les ignares qui disent « Michelle Blanc dit n’importe quoi sur les médias sociaux, elle parle même de son chien », ce à quoi l’un de mes nouveaux collaborateurs répondit, alors tu sais qu’elle a un chien, donc tu la suis, donc sa stratégie doit être un petit peu efficace pour que tu m’en parles aujourd’hui? :-) )

D’ailleurs cette intangibilité se traduit simplement par la « conversation ». C’est aussi cette conversation que l’on retrouve sur les médias sociaux. C’est souvent la conversation qui fait qu’on écoute quelqu’un ou que simplement on change d’endroit pour écouter quelqu’un d’autre dans un cocktail. Dans ce même cocktail, ce n’est pas parce qu’on écoute une conversation qu’on va nécessairement donner un mandat ou acheter quelque chose de quelqu’un. Ça prend d’abord de toute évidence un besoin. Par contre, si la conversation a été plaisante, enrichissante ou divertissante, lorsqu’un besoin se présentera, c’est probablement à celui qui tenait la conversation qu’on songera.

Les affaires sont les affaires et le resteront sans doute toujours. Mais dans les affaires (comme sur les médias sociaux), la dimension humaine est fondamentale, intangible et difficilement mesurable, mais elle fera très souvent la différence entre un succès et un échec…

Par ailleurs, parlant de pertinence et de déconnage

Hier j’ai été sur le cul d’apprendre que la prestigieuse revue américaine Search Engine Journal, a choisi mon humble blogue comme l’un des 10 meilleurs blogues marketing au Canada. Disons que ça a fait ma journée, que ça me touche beaucoup et que ce n’est pas l’un de ces concours dont on présente soi-même sa candidature et pour lesquels les juges sont nos chums des autres agences. Je n’avais AUCUNE idée de ces SEOlympics.

De plus, ça devrait fermer la gueule à une couple de mes détracteurs pour une couple d’heures :-)

6 commentaires

Les crosseurs du web

Pin It

Étant donné la confidentialité de mes dossiers, je ne peux nommer le nom des fournisseurs ou des clients impliqués dans ces arnaques.

Durant mes vacances, j’ai dû travailler à quelques reprises pour aider certains clients aux prises avec des problèmes urgents. Une OSBL qui fait le plus grand bien dans la société, a un fournisseur web et d’hébergement qui lui facture $2000 par mois, strictement pour le serveur dédié qui est supposé hébergé leur site. Ils n’ont cependant pas accès à ce serveur, leur site est en désuétude depuis des années et ils ne peuvent donner accès à leur serveur à aucun autre fournisseur, n’ayant même pas accès eux-mêmes à celui-ci. La rationale du fournisseur pour le coût du serveur est qu’ils font du streaming audio et que ça devrait prendre beaucoup de bande passante. Pourtant ce streaming est fait via iTunes. Ce fournisseur facturait une quinzaine d’heures pour faire une simple redirection de DNS. Le client se rend compte de surcroit que son fournisseur épie les courriels des employés et de la direction et qu’il héberge sur le même serveur, d’autres sites qui semblent liés à des activités louches liées au monde interlope en Russie et ailleurs sur la planète. Disons que ce dossier est un capharnaüm on ne peut plus troublant, non efficace, couteux et très probablement criminel.

Un autre client d’envergure a fait un processus d’appel d’offres très détaillé. Le contrat de la firme très respectable qui a été retenu contient de nombreuses pages explicitant le processus de gestion de projet extrêmement professionnel et précis. Mon client pouvait donner le contrat les yeux fermés puisque le fournisseur choisi a une feuille de route impressionnante et des références impeccables. Malheureusement, mon client a déjà complètement payé le fournisseur et pourtant la livraison du site est maintenant 4 mois en retard. Les étapes du processus de gestion de projet décrite dans le contrat du fournisseur n’ont jamais eu lieu et plus le dossier avance, plus il dérape. Le fournisseur fournit à mon client un wireframe qu’il juge être ce que le client demande, puis chacune des modifications que le client demande, qui sont et dans le contrat et dans l’appel d’offres, sont maintenant considérées comme des demandes de changement à être facturé à la pièce. Même la configuration de l’hébergement du futur site web, est considérée comme une demande additionnelle. La semaine dernière mon client se fait dire par le fournisseur que ce dossier est maintenant trop complexe, qu’il a déjà coûté des milliers d’heures au fournisseur et que de continuer ce mandat pourrait mettre la survie de l’entreprise en péril. Le fournisseur exige donc plusieurs dizaines de milliers de dollars supplémentaires pour terminer le mandat, sinon rien ne sera livré. En douze ans de consultation, je n’ai jamais vu une situation semblable. Ou bien mon client allonge les dizaines de milliers de dollars, essuie ses pertes ou entame une poursuite en justice. Je ne parle même pas ici des pertes encourues par mon client pour le retard de mise en ligne de son site de même que les salaires des employés de celui-ci qui travaillent depuis des mois sur le projet ou de mes propres honoraires que mon client doit payer. Au moment d’écrire ces lignes, je n’ai aucune idée de ce qu’il adviendra de ce dossier et je suis triste de constater le merdier dans lequel se trouve mon client. Pour compliquer les choses, le grand patron de l’organisation cliente, accompagne son épouse qui combat présentement un cancer extrêmement virulent. Disons que le timing du fuck-up web n’est pas des plus approprié pour mon ami qui a bien d’autres chats à fouetter…

Voici donc quelques-uns des dossiers sur lesquels je me suis penchée durant mes vacances. J’observe que les problèmes eux ne prennent pas de vacance, que le secteur des services internet est encore une jungle dans laquelle les clients débutants ou même très préparés peuvent se faire avoir par des écueils gros comme le bras, ou encore extrêmement subtils et non prévisibles. J’ADORE ma job mais des fois je suis triste d’observer les requins et la mer agitée dans laquelle j’évolue de même que la naïveté positive avec laquelle certains clients se font avoir……

7 commentaires